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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 00:50

577291 france-shoah-jewishLe 3 octobre 2010, Serge Klarsfeld et son fils Arno dévoilent au public, par l'intermédiaire de l'Agence France Presse (devant 25 journalistes), un document qui a été "authentifié" comme étant le texte original du statut des juifs, et comportant une écriture au crayon à papier attribuée à Pétain. Klarsfeld père ajoute que ce dernier aurait voulu durcir à l'extrême la législation antisémite de l'Etat Français. Une petite enquête réalisée par mes soins va démontrer que les paroles du soit-disant historien sont à remettre en cause, voir à mettre à la poubelle. 

 

Un document authentique ou un faux ?  

 

Premièrement, le document est apparu comme par magie (soit disant donné par un anonyme au Mémorial de la Shoah) et il est diffusé à la télévision bizarrement 70 ans jour pour jour après le premier statut des juifs en France. Lorsque Serge Klarsfeld livra le document au public par l'intermédiaire des médias, il certifia que son authenticité ne fait aucun doute, et qu'il avait par conséquent fait l'objet d'une expertise scientifique. Malgré tout, il va involontairement se contredire, prouvant un premier mensonge de sa part, puisqu'il avouera que le document n'avait même pas été analysé par un graphologue (analyse de l'écriture, étude cependant très fragile et pas toujours fiable) avant d'être placé devant les caméras. En effet, la fin d'une entrevue publiée dans Le Monde et datée du 4 octobre 2010 (http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/10/04/serge-klarsfeld-petain-n-a-pas-hesite-a-s-aligner-sur-l-ideologie-raciale-nazie_1420144_3224.html), le journaliste Thomas Wieder demande "Etes-vous sûr de l'authenticité du document ?", alors Klarsfeld répond "Oui, les circonstances de sa découverte ne doivent pas jeter un doute sur son authenticité", mais ajoute "On fera expertiser par un graphologue, s'il le faut, mais on reconnaît très bien l'écriture de Pétain – et nous avons bien sûr comparé avec d'autres documents rédigés par lui à l'époque avant de rendre public le document." Autrement dit, le document n'a pas été analysé par un expert avant qu'il soit rendu public à la télévision, alors qu'il aurait très bien pu n'être qu'un faux. Il indique que son authenticité est simplement prouvée par une écriture qui ressemble à celle de Pétain, alors que n'importe qui aurait pu l'imiter (ce n'est pas bien difficile). Le comble, ce document avait été "authentifié" avant son passage dans les médias par ... Arno Klarsfeld, fils de Serge, qui n'a  aucune compétence pour analyser un document historique. Nous reparlerons de l'écriture un peu plus tard.

 

Lorsqu'un document est reconnu comme authentique, alors un certificat d'authenticité doit-être délivré par un expert. Quelques jours après qu'il soit rendu public, le document fut vérifié par Tierry Bodin. Celui-ci est expert de la cour d'appel de Paris, mais surtout spécialiste en documents autographes. Quelques-unes de ses déclarations ont été publiées dans divers journaux (http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/10/06/97001-20101006FILWWW00592-le-statut-des-juifs-authentique.php). Il explique que ce texte est "incontestablement authentique", qu'il a été "annoté par la main même du maréchal Pétain", qu'il "s'agit bien d'un document original, tapé à la machine et annoté à la main"et surtout qu'il date "indubitablement des années 1930-1940, et tout à fait semblable à d'autres documents émanant du cabinet du maréchal Pétain ou du gouvernement de l'Etat français que nous avons eus en main". Un autre expert de la cour d'appel de Paris, Alain Nicolas, a délivré le certificat d'authenticité après une seconde expertise (http://www.letelegramme.com/ig/generales/france-monde/france/statut-des-juifs-une-seconde-expertise-confirme-l-authenticite-du-document-07-10-2010-1074998.php). "Ce document de travail sur une loi portant sur le statut des juifs est incontestablement corrigé et annoté de la propre main du maréchal Pétain, à l'exception du mot "Projet", mentionné en rouge sur la première des cinq pages du document."  Sur quoi se sont basés les deux experts pour certifier que le document est authentique ? Selon le discours de Bodin, il daterait "des années 1930-1940". Quelle superbe précision pour un expert ! Peut-être que cette fourchette est la conclusion d'une analyse du papier, mais elle reste bien large. De plus, rien n'empêche à un faussaire de prendre un papier de cette époque puis d'écrire dessus. Bodin n'a même pas soumis le papier à une expertise scientifique qui apporterait plus de précision, et n'a sans doute utilisé que l'oeil nu. En effet, il est impossible, je dis bien impossible, de dater précisément un document en quelques coups d'oeil, car une analyse scientifique requiert plusieurs étapes indispensables qu'il est nécessaire de rappeler. Premièrement, pour procéder à un examen optique fiable il est nécessaire d'analyser l'aspect et la structure du papier ainsi que de son grain, tout en utilisant un éclairage tangentiel. L'éclairage permet d’étudier l'homogénéité du papier, et voir sa fluorescence sous l'effet des radiations UV afin de distinguer des différences. Le phénomène de fluorescence est lié à l'utilisation d'azurants dans la pâte du papier. Par exemple, la coumarine est un azurant qui renvoie la lumière et fait apparaître plus blanche la matière à laquelle elle est mêlée. Cette étape est indispensable car elle permet de savoir si le papier du document date de avant ou après les années 1950. Secondement, il est nécessaire d'examiner la pâte du papier au microscope en prélevant une partie infime équivalent à une tête d'épingle, qui est ensuite placé sur une lame accompagnée d'une goutte d'eau. Ce procédé permet de connaître le type de pâte en papier pour déterminer l'origine et le procédé de fabrication, c'est-à-dire s'il s'agit d'une pâte industrielle, chimique ou de chiffon. De plus, cela permet également d'en savoir plus sur l'état du papier en observant l'usure de ses fibres. En fonction des résultats obtenus, nous pouvons obtenir des éléments qui pourraient nous permettre de dater le document concerné. Bref, comme les fameux experts n'ont pas effectué d'analyse approfondi en employant les méthodes cités, alors que le document est considéré comme important, cet argument est à jeter aux oubliettes. Mais le motif principal des experts est que ce document est "tout à fait semblable à d'autres documents émanant du cabinet du maréchal Pétain ou du gouvernement de l'Etat Français"et que l'écriture ressemble à celle du maréchal Pétain. Par conséquent, les experts Bodin et Nicolas ont authentifié la source de la même manière que les Klarsfeld, d'après des ressemblances ... Belle manière d'établir l'authenticité d'un document !

 

Cela nous amène à étudier l'écriture annotée au crayon à papier. Pour accuser le maréchal Pétain, Klarsfeld et son fils expliquent que l'écriture présent sur le document serait de lui. Ils se justifient : "L'écriture de Pétain est très personnelle". La parole des "très honnêtes" Klarsfeld ne font bien-sûr pas office de preuve. Tout le monde peut apercevoir sur les deux photos publiées que ce texte tapé à la machine ne comporte seulement que quelques mots et morceaux de phrases qui sont annotés. L'expert Tierry Bodin explique "Le maréchal Pétain utilisait couramment le crayon de papier pour annoter ou corriger des documents, ou annoter des livres. Le graphisme des lettres comme celui des chiffres (y compris dans la numérotation des articles) est absolument le sien". Le Maréchal possédait donc une écriture unique dans l'histoire de l'humanité !  En regardant les annotations présentes sur les deux photos de cet article, nous pouvons rapidement constater que l'écriture est assez courante, seul un menteur ou un aveugle pourrait prétendre le contraire. La seule exception concerne la forme particulière de la lettre "d", mais nous pouvons retrouver ce style dans des sources datant de l'Ancien Régime et du XIXème siècle, car n'oublions pas que le supposé auteur est né en 1856. Alors de quelle manière peut-on certifier que l'écriture présente sur le document est bien de Pétain ? Une analyse de datation de la matière utilisée pour écrire permettrait d'en savoir davantage. Problème, ce type d'étude se fonde sur l'encre employée par l'auteur, or l'ustensile utilisé était un crayon à papier. Par conséquent, la source est quasiment indatable ... Bodin le justifie par le fait que le Maréchal "utilisait couramment le crayon à papier", mais il ne prouve pas que c'est bien lui qui a écrit sur ce document. De plus, il n'est guère difficile d'imiter l'écriture d'une personne. En conclusion, l'analyse du document n'a révélé aucune preuve scientifique sur l'auteur du document.

 

Enfin, il faut signaler que la cinquième feuille du projet indique le lieu de sa rédaction et la fonction de ses rédacteurs, «fait à Vichy, par le maréchal de France, chef de l'Etat, le vice-président du Conseil»et huit autres ministres. Malgré tout, il n'y a ni date, ni nom, ni signature, et ni côte administrative ... . Par conséquent, au mieux ce document a servi de brouillon. Au pire il s'agit d'un faux.

En clair, aucune donnée ne permet de certifier que ce document est authentique ou non, en l'absence de signature de l'auteur, d'indice de datation et d'analyse scientifique avérée du papier. Mais dans le point suivant, nous allons partir du principe qu'il est bien authentique pour analyser les rectifications qui auraient été réalisées par le Maréchal.

 

Statut des Juifs - page 2Des informations inédites ?

 

Tout d'abord, le Maréchal aurait annoté que "tout les membres du corps enseignant" seraient interdis pour les juifs, alors que alors que les rédacteurs du statut avaient prévu cette interdiction uniquement pour les recteurs, inspecteurs, proviseurs et directeurs d'établissements primaires et secondaires. Egalement, Pétain voulait exclure les juifs des fonctions judiciaires, ainsi que de la possibilité de siéger dans "toute assemblée issue de l’élection" et d'"inspecteur des colonies". En réalité, ces points étaient déjà connus puisque Pétain avait demandé que l'enseignement et la justice et ne comprennent aucun juif dès le Conseil des ministres du 1er octobre 1940. De plus, il est bien noté dans le statut du 3 octobre 1940 que tous les juifs ne sont pas exclus de la fonctions publique, contrairement à ce qu'affirme Klarsfeld. Voici l'article 4 de cette loi : "L'accès et l'exercice des professions libérales, des professions libres, des professions dévolues aux officiers ministériels et à tous les auxiliaires de la justice sont permis aux juifs, à moins que les règlements d'administration publique n'aient fixé pour eux une proportion déterminée. Dans ce cas, les mêmes règlements détermineront les conditions dans lesquelles aura lieu l'élimination des juifs en surnombre."

De plus, si nous faisons référence à la loi du 2 juin 1941, l'article 3 stipule que des juifs pouvaient garder leur emploi en remplissant certaines conditions, les principales étant d'avoir participé à un conflit dans lequel la France a été engagée, ou encore être pupille de la nation, veuve ou orphelin de soldat tué au combat. Par conséquent, un nombre considérable de juifs gardèrent leur travail n'en déplaise aux théologiens klarsfeldiens :

Les juifs ne peuvent occuper, dans les administrations publiques ou les entreprises bénéficiaires de concessions ou de subventions accordées par une collectivité publique, des fonctions ou des emplois autres que ceux énumérés à l'article 2, que s'ils remplissent l'une des conditions suivantes :
a) Être titulaire de la carte du combattant, instituée par l'article 101 de la loi du 19 décembre 1926 ;
b) Avoir fait l'objet, au cours de la campagne 1939-1040, d'une citation donnant droit au port de la Croix de guerre instituée par le décret du 28 mars 1941;
c) Être décoré de la Légion d'honneur ou de la médaille pour faits de guerre ;
d) Être pupille de la nation ou ascendant, veuve ou orphelin de militaire mort pour la France.

Toujours sur ce point, ce que les Klarsfeld se passent bien de dire, c'est que les membres exclus de la fonction publique furent indemnisés selon leur ancienneté dans la profession exercée. Ce fait peut être facilement prouvé puisque l'article 7 de la loi sur le statut des juifs du 2 juin 1941 définit précisément les dispositions pour indemniser ces fonctionnaires, dispositions déjà  prises plus brièvement dans l'article 7 de la loi du 3 octobre 1940. Relevons notamment l'un des points importants de cet article du 2 juin 1941 : "3º Les fonctionnaires des départements, communes ou établissements publics qui possèdent une caisse spéciale de retraites bénéficieront, avec jouissance immédiate, de la pension d'ancienneté ou de la pension proportionnelle fixée par leur règlement de retraites, s'ils remplissent les conditions de durée de services exigées pour l'ouverture du droit à l'une de ces pensions."

Afin de comprendre de manière raisonnée cette disposition, l'intellectuel René Rémond évoque une autre raison que l'antisémitisme supposé de Pétain. En effet, il observe objectivement que la politique du gouvernement tend à enfermer les juifs "dans un statut discriminatoire qui les écarte de tout poste de responsabilité ou d'influence". Il ajoute que "le gouvernement du Maréchal ne vise aucunement à la disparition des Juifs" (René Rémond, Préface à l'ouvrage d'Asher Cohen, Persécutions et sauvetages: Juifs et Français sous l'Occupation et sous Vichy, Editions du Cerf, Paris, 1993).

 

Deuxième chose, d'après le document, une mesure prévoyait que "les descendants de Juifs nés français ou naturalisés avant 1860" ne soient pas concernés par la loi portant sur le statut des juifs. Cet alinéa a été rayé. D'après les Klarsfeld et les "experts", le responsable ne peut être que Pétain. Et ils en ajoutent une couche en affirmant que le Maréchal n'avait jamais tenté de protéger les juifs français. Nous ne sommes pas certains que ce soit bien de sa main, n'importe qui aurait pu le gribouiller, le responsable ayant effectué cette rayure peut tout aussi bien être Pétain qu'une autre personne. Mais partons du principe que le Maréchal avait un style de rayure unique dans l'histoire de l'humanité, tout comme son écriture "très personnelle". Pour les Klarsfeld, il s'agit d'une pulsion antisémite dans lequel l'accusé mettait tous les juifs dans le même paquet à l'égal des nazis. Il n'y a pas à chercher très loin pour s'apercevoir que les accusateurs ont volontairement menti, car rien que le contenu des différents statuts des juifs présents dans le Journal Officiel prouve très clairement que Pétain avait tenté d'épargner au maximum les juifs français. En effet, l'article 8 du 2 juin 1941 établi une mesure réduisant de manière conséquente le nombre de concernés par la législation antijuive, soit en ayant accompli « des services exceptionnels » comme par exemple avoir été récompensé pour en engagement dans la Première Guerre mondiale ou en 1940, ou soit si les familles juives vivaient en France « depuis au moins cinq générations » :

"Peuvent être relevés des interdictions prévues par la présente loi, les juifs :

1º Qui ont rendu à l'État français des services exceptionnels ;
2º Dont la famille est établie en France depuis au moins cinq générations et a rendu à l'Etat français des services exceptionnels."

De plus, le deuxième point de l'article 8 est intéressant, car si Pétain aurait rayé dans le document des Klarsfeld la mesure prévoyant de protéger les "les descendants de Juifs nés français ou naturalisés avant 1860", il a été en réalité encore plus loin dans le sauvetage des juifs français en voulant préserver les familles présentes en France "depuis au moins cinq générations", et qui pouvaient très bien être naturalisés après 1860.

Par conséquent, les propos de Klarsfeld expliquant que Pétain voulait durcir le statut des juifs pour des raisons antisémites sont largement contestables, pour ne pas dire mensongers. On peut affirmer que, si ce document est authentique, il n'apporte strictement rien dans le cadre de l'analyse historique du statut des juifs, et beaucoup d'interprétations sans fondement ont été réalisées par les Klarsfeld à des fins de propagande, agissant soit disant au nom de la mémoire des juifs.

 

Les désaccords de plusieurs « historiens »

 

Je ne vais pas m'étendre sur ce point, mais je vais prendre simplement deux entretiens concernant deux « historiens » envers lesquels je ne suis pourtant pas toujours d'accord.

 

Le premier est celui de Henry Rousso paru sur Libération (http://www.liberation.fr/politiques/01012294794-petain-et-les-juifs-l-obsession-juridique), qui n'a rien d'un pétainiste mais qui conteste largement l'authenticité du document ainsi que le point de vue falsificateur de Klarsfeld. Voici ce qu'il explique :

- au sujet de l'authenticité du document : "Si on laisse les effets d’annonce, l’analyse même rapide du document dans son intégralité peut conduire à d’autres hypothèses. Si rien ne permet de penser qu’il s’agit d’un faux, s’il est probable qu’il provienne de papiers ayant appartenu à Pétain ou à l’un de ses ministres les plus impliqués comme Raphaël Alibert, le garde des Sceaux, rien ne permet en revanche d’identifier formellement le ou les auteurs des annotations. L’expertise graphologique constitue ici un élément fragile : aucun tribunal n’aurait accepté cette pièce comme preuve à charge contre Pétain."

- au sujet de l'exclusion des juifs de la fonction publique : "les mesures d’exclusion professionnelles prévues à l’origine seront presque toutes appliquées, le caractère radicalement antisémite du texte étant acquis dès l’origine. En revanche, elles en étendent le périmètre et limitent les exceptions : plus de gens seront ainsi touchés. Parmi les catégories nouvelles, on relève les enseignants (et pas seulement les cadres de l’instruction publique), catégorie particulièrement détestée par Pétain, qu’ils soient Juifs ou pas. Pour les magistrats, contrairement à ce qui a été dit, presque toutes les catégories sont déjà exclues, une annotation ajoutant les juges de paix et les membres d’assemblées juridictionnelles élues (comme les prud’hommes) ce qui n’est pas une extension considérable  [...] les fonctionnaires juifs proches de la retraite seront renvoyés mais pourront toucher tout ou partie de leur pension ; les autres recevront leur traitement pendant une durée qui «ne pourra excéder quinze ans», précise l’avant-projet, une disposition rayée par celui qui l’a annoté, ce qui signifie, au moins sur un plan formel, que la durée pourra être plus longue."

- au sujet de l'alinéa rayé concernant l'exemption des descendants de juifs français nés avant 1860 : "Celui ou ceux qui ont modifié le texte ont supprimé l’exemption concernant les descendants de Juifs français «nés avant 1860», soit une population conséquente : c’est un point qui mérite examen, moins parce qu’il a été supprimé que parce qu’il a été prévu, sans que l’on puisse en l’état comprendre le sens de cette disposition jusque-là inconnue."

- au sujet de la responsabilité de Pétain dans le statut des juifs : "Pétain a peut-être annoté tout ou partie de ce texte puisque toutes les modifications seront retenues dans la loi du 3 octobre, ce qui signifie que celui qui les a faites avait le pouvoir de les imposer. Mais c’est ici une pure supposition. Rien ne permet de conclure que c’est lui, qu’il était seul, qu’il n’y a pas eu discussion au sein de son cabinet ou que ces modifications relèvent en priorité d’un antisémitisme plus forcené que le projet initial. [...] imagine-t-on le militaire Pétain relever le fait que l’on a oublié les juges de paix ou les inspecteurs des colonies ? Elle montre une volonté d’égalité dans l’opprobre, mâtinée d’une préoccupation pseudo-humanitaire qui permet de comprendre pourquoi on se préoccupe du paiement des fonctionnaires renvoyés : justifiant la promulgation du statut des Juifs, le gouvernement parlera d’«indispensables sécurités» prises avec un «esprit d’humanité»."

En clair, même si Henry Rousso pense que Pétain est antisémite, un avis que je ne partage pas du tout, il parvient quasiment à la même conclusion que moi vis-à-vis de ce document, c'est-à-dire un document à l'authentification fragile et qui n'apporte rien de neuf dans la recherche.

 

Un deuxième sera interrogé sur ce document, Alain Michel. Cet entretien est paru dans Le Monde (http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/10/08/petain-klarsfeld-et-le-statut-des-juifs_1421990_3232.html). Voici les points intéressants :

- au sujet de l'intérêt historique : "Je ne suis pas, loin de là, un "défenseur de Pétain", mais en tant qu'historien travaillant sur cette période, je ne peux être que frappé par les inexactitudes, pour le moins, qui ont entouré la découverte du document, tant dans la présentation des faits que dans leur analyse. Ce document n'apporte rien d'essentiel sur le statut des juifs d'octobre 1940. Nous savons depuis longtemps que le maréchal a insisté pour aggraver le projet, et le document vient seulement le confirmer. Il est intéressant sur le plan de la mémoire, bien plus que sur le plan de la connaissance historique, à laquelle il n'apporte rien de neuf."

- au sujet de l'antisémitisme français et du "durcissement" sur le statut des juifs : "Surtout, ce document ne dit rien quant à l'argument de certains concernant la protection ou non donnée par Vichy aux juifs français. Nous sommes en octobre 1940, dans le contexte d'un antisémitisme français qui est le prolongement d'une vision propre à la France développée dans les années trente, et qui est un antisémitisme essentiellement différent du racisme nazi. A la date du document, la solution finale n'a pas encore été mise en place et il n'est nulle part question d'un danger physique pour les juifs, en tout cas pour ceux de nationalité française. Nous ne pouvons donc tirer aucune conclusion quant à l'attitude de Vichy presque deux ans plus tard, lorsque les nazis mettront en place en France la solution finale, et que le gouvernement de Vichy devra faire des choix quant à son attitude et à sa collaboration dans le domaine des déportations."

- au sujet de l'analyse de certains "historiens" : "L'interprétation abusive de ce document est directement liée à la manière à la fois trop globalisante, et surtout anachronique, utilisée par nombre de personnes, dont beaucoup d'historiens, pour lire et reconstituer les événements difficiles de cette période."

Par conséquent, Alain Michel explique bien que non seulement ce document est d'un intérêt historique moindre, mais il ajoute qu'on ne pas en tirer grand chose. De plus, il remet en cause l'analyse arbitraire de plusieurs historiens qui se laissent submerger par leurs pulsions haineuses et aveugles plutôt que par la raison et l'objectivité. Les Klarsfeld, Paxton, Azéma ou encore Ferro sont quelques-uns des nombreux exemples.

 

2011-04-17_135922.jpgUn coup politico-médiatique préparé à l'avance

 

Selon Klarsfeld, le document du statut des juifs aurait été donné par une personne qui souhaitait rester anonyme. Dans le n° 303 du magazine Faits & Documents daté de la deuxième quinzaine d'octobre, le rédacteur précise que "cette apparition miraculeuse apparaît comme très soigneusement orchestrée et ne relevant absolument pas d'une découverte récente" (page 7). Il justifie sa déclaration en publiant le carton d'invitation distribué plusieurs semaines avant cet événement médiatique, prouvant que celui-ci a bien été un coup monté initié par plusieurs "historiens", Serge Klarsfeld en tête, avec la classe politique, dont les très "honnêtes" Robert Badinter et Bertrand Delanoë comme chefs de file.

 

Je terminerai sur ce sujet en rappelant que j'ai rédigé 5 articles à propos de Pétain et sa liaison avec l'antisémitisme, dont les arguments sont plus fournis ceux de monsieur Klarsfeld et ses copains politiciens, mais qui sont moins connu puisque je ne bénéficie pas du même statut médiatique :

-http://realite-histoire.over-blog.com/article-22916931.html

-http://realite-histoire.over-blog.com/article-23403054.html

-http://realite-histoire.over-blog.com/article-23879774.html

-http://realite-histoire.over-blog.com/article-24985330.html

-http://realite-histoire.over-blog.com/article-26518930.html

 

 

Pas de date ni de signature, datation impossible à réaliser, analyses graphologiques peu fiables ... Par conséquent, il faut être particulièrement prudent sur ce fameux document, soit disant original, qui tombe à pic et qui était tant attendu par les Klarsfeld, 70 ans jour pour jour après le premier le premier statut des juifs du 3 octobre 1940. Et même si un certificat d'authenticité fut délivré par des experts, ces derniers n'ont absolument pas prouvé que l'écriture sur le document était bien celle de Pétain, ils se sont simplement basés sur des ressemblances vis-à-vis d'autres documents, des arguments biens fragiles et non dénués de subjectivité. Donc il peut s'agir tout aussi bien d'un authentique que d'un faux. Si c'est le cas, il ne faudrait pas s'en étonner puisque bon nombre de documents considérés autrefois comme authentiques se révélèrent finalement être des falsifications, et celui qui nous concerne ne serait pas le premier, loin de là. Il ne faut pas oublier qu'au XVIIème siècle, le moine oratorien Jérôme Vignier (1606-1661) avait réalisé de faux documents mérovingiens et carolingiens, une supercherie mise au jour en 1886. Plus récemment, un certain Konrad Kujau avait vendu le Journal d'Adolf Hitler en 61 livres à l'hebdomadaire Der Stein, pour une coquette somme de plus de 9 millions de marks en février 1983. Quelques mois après la publication de ce document, l'Office fédéral allemand des archives découvrit la fraude et Kujau fut condamné à 4 ans et demi de prison. Incontestablement, il existe des faussaires de génie à travers l'histoire. Quoi qu'il en soit, même si le texte imprimé concernant le statut des juifs serait authentique, il n'a en aucun cas l'importance que les Klarsfeld et autres historiens-théologiens le prétendent. Non seulement ils ont interprété très grossièrement ce document, mais en plus parfois avec des explications mensongères. Par ailleurs, je ne suis pas le seul à effectuer cette conclusion puisque plusieurs historiens sont en complet désaccord avec les Klarsfeld, dont Henry Rousso et Alain Michel que j'ai cité. Ceux-ci remettent aussi en cause l'authenticité de ce document ainsi que les propos des Klarsfeld alors qu'ils ne sont absolument pas pétainistes et ni admirateurs du Maréchal. Le document tant évoqué par les médias n'a clairement presque aucune importance historique. Malgré tout, on ne doute pas que les bien-pensants vont protéger pendant longtemps les élucubrations de Klarsfeld père et fils, vu leur position dans la sphère politico-médiatique. En effet, il n'est pas donné à tout le monde d'être un ami proche de l'ancien président de la République française Nicolas Sarközy comme Arno Klarsfeld, ce dernier étant aussi un ex-amant de Carla Bruni, l'une des trois femmes de ce même président, sans oublier qu'il fut également conseiller au cabinet du premier ministre François Fillon et chargé de missions auprès de son ami intime. Quoi qu'il en soit, l'histoire regorge de sources tellement plus importantes qu'un simple document à l'authenticité douteuse et aux interprétations théologiques qui sont liées.

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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 18:10

Certaines personnes aiment faire croire à la population française que la France a capitulé face à l'Allemagne nazi, employant le même discours de de Gaulle. Il s'agit d'un mensonge historique des plus grossiers. C'est entièrement faux, elle a signé un armistice et non capituler. Quelle distinction peut-on fait entre les deux ? La différence est pourtant grande :

- un armistice est simplement une suspension des hostilité, autrement dit un cessé-le-feux, et cela pour un temps souvent indeterminé. Certes, lors d'un armistice, il y a un vainqueur et un vaincu. Malgré tout, ce dernier conserve une partie de sa souveraineté et peut négocier avec les vainqueurs. Ce fut le rôle donné au général Huntziger, chef de la délégation française. Ainsi, la France put conserver, en théorie, son autorité sur la métropole et l'ensemble de son Empire, même si cela fut provisoire. Paradoxalement, ce sont les gaullistes qui ébranleront les premiers cette autorité maintenue par notre pays, notamment en tentant de soulever immédiatement une partie de l'Afrique contre elle, afin de faire reconnaître l'autoproclamé chef de la résistance Charles de Gaulle. Cet armistice de Rethondes était contraignant, certes, mais il était nécessaire, quoi qu'en dise les mythologistes gaullistes. Cela a permit notamment de conserver une partie l'armée française, et à long terme de la restructurer et de la renforcer, ou de maintenir la législation française comme prioritaire à la législation allemande. De plus, condamner l'armistice, ce n'est pas prendre en compte les 10 millions de français (un quart de la population) sur les routes qui devaient être relogés. Ce n'est pas dans une métropole mise à sac que ces Français auraient pu refaire leur vie. Mais le noble de Gaulle ne s'intéressait sans doute pas à ces gens du peuple, dont le fils de paysans Pétain faisait parti. Egalement, il n'y a pas besoin d'être un expert en stratégie pour constater qu'en laissant la zone Sud de la métropole à la France, les Allemands ne purent accéder directement à l'Afrique du Nord. A cause de cette erreur stratégique monumentale, les Américains purent débarquer puis s'installer en Afrique du Nord sans rencontrer de grande opposition, les armées du Reich étant peu présentes. A titre d'information, rappelons qu'un armistice entre la France et l'Italie fut également signé le 24 juin à Olgiata, au nord de Rome.

- une capitulation, c'est lorsque le vaincu est totalement soumis à la volonté du vainqueur, et cela sans aucune condition. Le vainqueur peut faire ce qu'il souhaite, sans aucune limite. Le vaincu ne peut que se taire et subir.

 

Voici quelques citations d'hommes célèbres permettant de nous faire réfléchir sur la nécessité d'un armistice :

- Churchill

* "Je n'ai jamais dit que le gouvernement de Vichy, en signant l'armistice, avait commis un acte de trahison. Mais j'ai trouvé à Londres quelqu'un qui le prétendait. C'est un général français, je m'en suis servi !" (Louis Christian Michelet, La légende gaullienne, Editions Godefroy de Bouillon, 2008, p. 266).

selon lui, à cause de l'armistice, Hitler "a commis la plus grande erreur possible en n'étandant pas son empire à l'Afrique du Nord." (Marc Ferro, Pétain, Fayard, 1987, p. 106).

* au colonel Groussard, il déclara "Je respecte profondément la personne du maréchal Pétain. Je sais qu'à sa place, il serait difficile de faire mieux. Il a à jouer une partie surhumaine, surhumaine vraiment." (André Pertuzio, "Vérités et mensonges", article de l'Action Française 2000, numéro du 19 juillet au 1er août 2001). 

* au général Georges, il lui confie le 8 janvier 1944 à Marrakech : "En juin 1940, après la bataille du Nord, l'Angleterre n'avait plus d'armes. Nous n'avions pas vu la question des chars et celle de l'aviation sur un plan suffisant. L'armistice nous à, en somme, rendu service. Hitler a commis une faute en l'accordant. Il aurait dû aller en Afrique du Nord, s'en emparer et poursuivre en Egypte. Nous aurions eu alors une tâche bien difficile." (Procès Pétain, 9ème audience, Journal Officiel du procès, p. 167, puis rapporté par Jacques Le Groignec dans Pétain, gloire et sacrifice, Nouvelles editions Latines, 1991, p. 115, puis par François Georges Dreyfus dans Histoire de Vichy, Editions de Fallois, 2004, p. 157).

 -de Gaulle

* au général Odic, commandant des forces aériennes d'Afrique du Nord, venu à Londres, il lui dit le 12 décembre 1941 : "N'avouez jamais que l'armistice ne pouvait être évité." (Pierre Chandelier, "Celui qui a dit non", article de Présent, 20 juin 2001, puis rapporté dans la revue Le Maréchal, n°205, 1er trimestre 2002 ; également indiqué par Kenneth Pendar dans Le dilemme France-Etats-Unis, Editions SELF, p. 280-288, et par Louis-Christian Michelet dans la Revanche de l'Armée d'Afrique, Editions Godefroy de Bouillon, 1998, p. 201-202).

* devant l'Assemblée consultative, le 15 mai 1945 : "Qu'on imagine ce qu'eût été le développement du conflit, si la force allemande avait pu disposer des possessions françaises d'Afrique. Au contraire, qu'elle fut l'importance de notre Afrique du Nord comme base de départ pour la libération de l'Europe." (discours rappelé par Jacques Le Groignec dans Pétain et les Américains, Nouvelles Editions Latines, 1995, p. 340).

* au colonel Rémy, il confia en 1947 : "Voyez-vous Rémy, il faut que la France ait toujours deux cordes à son arc. En juin 1940, il lui fallait la corde Pétain aussi bien que la corde de Gaulle." (Jean Rémy, Dix ans avec De Gaulle. 1940-1950, Editions France-Empire, 1971, puis repris par Pierre Chandelier, "Celui qui a dit non", article de Présent, 20 juin 2001, et rapporté dans la revue Le Maréchal, n°205, 1er trimestre 2002, p. 27).

* lors de la signature du décret du 11 avril 1959 par le Premier ministe, relatif à la Commémoration de la Victoire de 1945, il déclara : "Cette victoire n'est d'ailleurs pas la nôtre. L'action de nos forces, qu'elle fut celle de nos armées ou celle de la Résistance, n'a été d'aucun poids dans le résultat final. Elle n'a pas modifié d'un jour ou même d'une heure le moment de la capitulation allemande. Naturellement, j'ai dit et affirmé le contraire, car il fallait que la France figurât parmi les puissances victorieuses et fût présente à la table des vainqueurs." (Roger Belin, Lorsqu'une République chasse l'autre, 1958-1962. Souvenir d'un témoin, Editions Michalon, 1999, p. 199).

-quelques nazis

* l'un des plus fidèles compagnons d'Hitler, le ministre Von Renthe-Fink, déclare à Walter Stucki, ambassadeur de Suisse à Vichy : "Le Führer, le plus grand de tous les hommes vivants, a commis en juin 1940 une faute inconcevable en concluant un armistice avec la France, au lieu d'occuper tout le territoire français et, après avoir traverser l'Espagne, l'Afrique du Nord." (Walter Stucki, La fin du Régime de Vichy, Editions de la Baconnière, 1947, p. 30, et Jacques Le Groignec, Pétain et les Américains, Nouvelles Editions Latines, 1995, p. 233).

* Hermann Goering, maréchal du Reich, avouera que "L'armistice fut la plus grande faute du Führer." (Jean-Raymond Tournoux, Pétain et la France, Plon, 1980, p. 154).

-quelques historiens

* Henri Amouroux, l'un des plus grands historiens français, explique que : "Aujourd'hui, la nécessité de l'armistice n'est pratiquement pas remise en cause, ce qui boulverserait de Gaulle." (Henri Aouroux, La page n'est pas encore tournée, Robert Laffon, 1993, p. 12). La même année de la publication de ce livre, il précisa dans le magazine Valeur Actuelle : "Le gaullisme a imposé l'idée qu'il ne fallait pas signer cet armistice et que Vichy était illégitime. C'est fabuleux ! Mais ce n'est pas sérieux." (Interview d'Henri Amouroux à Valeur Actuelle, 13 décembre 1993, repris par Jacques Le Groignec dans Pétain et les Américains, Nouvelles Editions Latines, 1995, p. 341, puis dans son Phillippique contre les mémoires gaulliens, Nouvelles Editions Latines, 2004, p. 10).

* L'historien allemand Elmar Krautkramer écrira : "Dans l'histoire de la seconde guerre mondiale, on a pas apprécié à sa juste valeur le rôle que la france avait joué entre les deux camps ennemis. Le combat mené par la France et la façon dont elle s'est relevée de sa défaite n'a pas commencé avec l'appel du 18 juin, mais tout a débuté, et peut-être avec plus d'efficacité, avec l'armistice de Rethondes." (Elmar Krautkramer, Vichy 1940-Alger 1942, Economica, 1992).

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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 23:52

Alors que la France s'apprête à commémorer le 70ème anniversaire de l'appel du général de Gaulle, un article rédigé par le journaliste du nom de José Castano ébranle le mythe du résistant qui aurait lutté pour les intérêts de la France. Plusieurs sites mentionnent cet article (http://www.nationspresse.info/?p=103664, http://jacquesthomet.unblog.fr/2010/06/10/lappel-du-18-juin-ou-la-meconnaissance-de-lhistoire-par-jose-castano/, http://forums.france3.fr/france3/Les-Pieds-Noirs-Le-documentaire/gaulle-bluff-1940-sujet_638_1.htm).

 

Il dévoile quelques sources peu connues du général réfugié à Londres, notamment sur ses ambitions personnelles. Cependant, je peux émettre deux critiques à propos de l'article de Castano. La première est la réalisation de quelques erreurs historiques. Je peux prendre pour exemple la donation des pleins pouvoirs à Pétain qui avait lieu de 10 juillet et non le 17 juin. Par ailleurs, le Maréchal devint Président du Conseil au soir du 16 juin. Un autre erreur de datation concerne la date de l'armistice (à ne pas confondre avec une capitulation) de Rethondes, qui avait lieu le 22 juin 1940 et non le 24 juin. L'auteur a effectué une deuxième faute qui est tout aussi facile à constater. Il n'a pas indiqué l'origine de ses sources. Un exemple dans son article, un passage où il explique que de Gaulle allait quitter Londres pour retourner en France avant son appel, conformément à l'ordre du général Colson, mais que les Britanniques qui l'ont forcé à rester là-bas :

"La réponse arriva de Bordeaux sous la forme d’un câble adressé par le général Colson, secrétaire d’Etat à la Guerre, à l’attaché militaire à Londres, le général Lelong : « Informez le général de Gaulle, qu’il est remis à la disposition du Général commandant en chef. Il doit rentrer sans délai. »

Hésitation de de Gaulle : Obéir ou pas ? Dans un premier temps il décida d’obéir et demanda un avion au général Lelong. Celui-ci désigna le capitaine de l’armée de l’air Brantôme, pour l’accompagner avec l’unique avion que les Anglais avaient laissé aux Français. Cet officier déclarera : « Tout semblait devoir se dérouler sans encombre  lorsque j’apprends que les Anglais, sans avertir personne, avaient fait vidanger le matin même l’essence des réservoirs et déplacer l’avion dans un hangar aux portes cadenassées et gardées par des sentinelles en armes. »"

Je ne remets pas en cause l'honnêteté de Castano, mais comment un historien peut vérifier si la source mentionnée est authentique s'il ne donne pas les références bibliographiques ? Si ce témoignage est probablement réel et ce fait exact, je ne peux pas le vérifier puisque je ne connais pas le livre dans lequel est extrait ce passage. Par conséquent, il m'est impossible d'apporter la preuvre qui me permettrait de confirmer les propos de Castano.

 

Malgré tout, deux questions me viennent à l'esprit après la lecture de l'article de Castano. De Gaulle a-t-il agit prioritairement pour les intérêts de la France ou pour ses intérêts personnelles ? La deuxième question est encore plus importante. Les actions du général français ont t-il contribué davantage à l'unité de la France ou à sa désunion ?

Je peux vous donner des éléments de réflexions à travers un sujet étudié précédément dans ce blog, la Bataille de Dakar du 23 au 25 septembre 1940, marquant le premier acte d'un conflit franco-français créé par de Gaulle et largement évitable, avec des conséquences catastrophiques engendrant notamment l'entrevue de Montoire entre Pétain et Hitler :

- Le 23 septembre 1940 : le début d'une guerre franco-française (1)

- Le 23 septembre 1940 : le début d'une guerre franco-française (2)

 

Enfin, quelques infos sur l'appel du 18 juin lancé de Londres par de Gaulle. Tout d'abord, il faut savoir que quasiment personne n'a entendu l'appel du 18 juin lors de sa diffusion, tout simplement parce qu'il fut lancé par l'intermédiaire de la BBC, une radio anglaise. Encore aujourd'hui, il y a peu de Français qui écoutent les émissions étrangères, que ça soit à la radio ou à la télévision. Environ 10 000 personnes auraient entendu l'appel du 18 juin, mais ce chiffre est très approximatif et sans grande fiabilité. Par ailleurs, il était considéré comme si peu important à l'époque qu'aucun enregistrement d'époque n'existe. En revanche, celui du 22 juin, soit 4 jours après, nous est parvenu. En Angleterre, le nombre de soldats français est estimé a environ 340 000, qui étaient présents (avaient fuit la débâcle) avant la venue de de Gaulle. Il s'en servira pour créer son armée. La plupart de ces soldats suivaient de Gaulle non pas par admiration, mais tout simplement par qu'ils souhaitaient avant tout libérer la France de l'occupation allemande. En décembre 1942, de Gaulle aura à sa disposition approximativement 540 000 hommes, soit seulement 200 000 de plus qu'en 1940. Du côté des pétainistes, il suffit de prendre en compte le nombre de membres affiliés aux Chantiers de la jeunesse pour battre le nombre de soldats aux ordres de de Gaulle, soit environ 1 200 000 en 1941. Parmis toutes ces personnes, plus de 600 000 participeront à la libération de la France, dont Delattre de Tassigny. En parlant de ce dernier, nous ne pouvons pas faire impasse sur la composition de la 1ère armée française qu'il dirigea. En effet, sur les sept divisions qui composeront cette armée, une seule sera commandée par un gaulliste, le général Brosset. Sur les six autres, quatre sont des pétainistes qui ont fait partis de l'Armée de l'armistice, c'est-à-dire Magnan, Montsabert, Touzet du Vigier et Vernejoul. Et encore, je ne prends pas en compte le nombre de soldats intégrés à l'Armée d'Afrique du Nord, les Français les plus admirables selon les Américains. Les pétainistes ont donc contribué davantage que les gaullistes à la remise en place d'une armée française puis à la libération de la France, et les chiffres sont là pour le constater. Néanmoins, l'appel du général de Gaulle a une importance symbolique pour la France, énonçant que la guerre n'était pas terminée et permettant aux Français de garder un espoir pour la suite des évènements. Malgré tout, l'importance historique est moindre, tout simplement parce que l'appel passa presque inaperçu à l'époque.

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14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 22:26

batteriegore-copie-5.jpg

Depuis l'Armistice du 22 juin 1940, la France défendait sont droit à rester neutre dans la guerre. Mais la marine française préoccupait beaucoup l'Angleterre qui avait peur de la voir passer du coté Allemand. La récupération de navires modernes par les forces de l'Axe serait désastreuse pour les Anglais. En parallèle, les gaullistes tentaient de persuader les anciennes colonies françaises de rester en guerre contre l’Axe. En septembre 1940, c’est-à-dire trois mois après l'Appel du 18 juin, deux mois après la bataille de Mers el-Kébir, et un mois après le ralliement de l'Afrique Equatoriale Française (AEF), l’autoproclamé chef de la résistance Charles de Gaulle et le Premier ministre britannique Winston Churchill pensaient pouvoir prendre le contrôle politique et militaire de l'Afrique Occidentale Française (AOF) qui obéissait au Gouvernement de Vichy. Cela a engendré la Bataille de Dakar, premier acte de la guerre franco-française, et opération qui aura de lourdes conséquences sur la suite du conflit mondial.

 

Préparation difficile et compromise de l’attaque

 

Lorsqu’on lit les Mémoires de Guerre de Charles de Gaulle (Tome 1, Plon, Paris, 1954, p. 96-111) et le Mémoire sur la deuxième guerre mondiale de Winston Churchill (Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 168-189), on remarque rapidement qu’ils consacrent une place assez importante à l’expédition anglo-gaulliste de Dakar et à sa préparation. Alors qu’ils expliquent souvent leurs aventures de manière généraliste, on constate quelques détails pour cet épisode peu mentionné aujourd’hui dans les bouquins d’histoire. L’échec de cette expédition, qui fut finalement franco-française avant d’être anglo-vichyste, fut ressenti comme une désillusion pour les deux hommes, et surtout pour De Gaulle puisqu’il s’agissait de l’une des rares fois où il s’était placé à la tête de ses forces, et donc était présent sur le terrain. De plus, il accordait une place importante à l’Afrique puisqu’il voulait y établir son autorité et la faire rentrer dans la guerre le plus vite possible : « Dans les vastes étendues de l’Afrique, la France pouvait, en effet, se refaire une armée et une souveraineté [ou la sienne qu'il assimilait à celle de la France ?], en attendant que l’entrée en ligne d’alliés nouveaux, à côté des anciens, renversât la balance des forces […] Participer avec des forces et des terres françaises à la bataille d’Afrique, c’était faire rentrer dans la guerre comme un morceau de la France. » (Charles de Gaulle, Mémoires de Guerre, Tome 1, Paris, Plon, 1954, p. 91). Néanmoins, c’est avant-tout le récit de Churchill qui a retenu mon attention pour le nombre plus important de sources, même s’il s’avère peu objectif comme celui de de Gaulle.

C’est à partir du 3 août 1940 que les deux acteurs prévoyaient un projet de débarquement en Afrique Occidentale, que tenait à cœur De Gaulle. Voici ce que disait le Premier ministre anglais : « Dans la soirée du 3 août 1940, j’envoyai, des Chequers, mon approbation générale à un projet de débarquement de forces françaises libres en Afrique occidentale. Le général de Gaulle, le général de division Spears et le major Morton avaient dressé les grandes lignes d’un plan dont le but était de planter le drapeau de la France Libre en Afrique occidentale et d’occuper Dakar, afin de consolider ainsi la situation dans les colonies de l’Afrique occidentale et équatoriale en faveur du général de Gaulle et de permettre le ralliement ultérieur des colonies de l’Afrique du Nord. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 169). Dakar était déjà évoqué, mais pourquoi ? Cette ville portuaire occupait une position stratégique enviable. Elle se situait au point de séparation de l’Atlantique nord et sud, en avancée face à l’Amérique latine, et sur le chemin entre l’Afrique du Sud et l’Europe. Churchill ajouta que le lendemain, les chefs d’état-major britanniques analysèrent ce plan prévu la sous-commission des plans d’opérations combinées puis rédigèrent un rapport au Cabinet de guerre. Trois éléments étaient pris en compte : « premièrement, les forces devraient être armées et réparties entre les navires de manière à pouvoir débarquer dans n’importe quel port français de l’Afrique occidentale ; deuxièmement, l’opération serait accomplie uniquement par des troupes françaises libres, sans éléments britanniques autres que les navires de transport et d’escorte ; troisièmement, l’affaire se règlerait entre Français, de sorte que les troupes débarqueraient sans rencontrer d’opposition véritable. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 169). Les Anglais pensaient que l’arrivée des troupes de de Gaulle n’enclencherait pas réellement d’hostilité et que les troupes stationées sur place se rangeraient derrière l’auto-proclamé chef de la France libre. Mais ce plan initial écartait toute attaque directe de la place puisque les effectifs des troupes gaullistes étaient très faibles à cette époque (Charles de Gaulle, Mémoires de Guerre, Tome 1, Paris, Plon, 1954, p. 96-97). Il s’agissait de débarquer à Conakry une colonne ouverte par voie maritime et par les britanniques, afin que la flotte puisse progresser ensuite sur Dakar (Charles de Gaulle, Mémoires de Guerre, Tome 1, Paris, Plon, 1954, p. 97).

Une conversation sérieuse eut lieu entre de Gaulle et Churchill le 6 août 1940 à Downing Street, et les deux hommes pensaient nécessaires le principe d’une expédition sur Dakar : « Nous envisageons d’y consacrer une escadre considérable. Mais cette escadre, nous ne pourrions la laisser longtemps sur les côtes d’Afrique. La nécessité de la reprendre pour contribuer à la couverture de l’Angleterre, ainsi qu’à nos opérations en Méditerranée exige que nous fassions les choses très rapidement. » (Charles de Gaulle, Mémoires de Guerre, Tome 1, Paris, Plon, 1954, p. 97). La narration qu’en fait de Gaulle est intéressante puisqu’on y découvre les buts poursuivis par les deux acteurs, les enjeux stratégiques, mais aussi leurs personnalités. On voit aussi de sa part le souci de préparer ses lecteurs à comprendre les raisons d’échec et à réduire sa part de responsabilité (mais qui sera plus importante qu’il le prétendra, nous le verrons plus tard). Cependant, Churchill envisagea un plan d’action visant à occuper et à rallier la capitale fédérale de l’Afrique Occidentale, qui consista en une attaque directe sur la ville. Selon de Gaulle, il était prévue qu’une escadre serait envoyée à Dakar, et des parlementaires iraient alors rencontrer le gouverneur Boisson afin de choisir entre coopérer ou subir une attaque alliée (Charles de Gaulle, Mémoires de Guerre, Tome 1, Paris, Plon, 1954, p. 98). A l’issu de plusieurs réunions, de Gaulle se rend à l’évidence et oublia Conakry. Il est prêt à s’associer aux britannique dans le cadre d’une attaque directe sur Dakar. Cette place est un moyen pour le contrôle de l’Empire français demeuré presque intact après la débâcle de mai-juin 40. Le gouvernement de Vichy avait pu maintenir tant bien que mal sa souveraineté, à part le Tchad et déjà une grande partie de l’Afrique Equatoriale qui commençait à basculer chez les gaullistes. De son côté, de Gaulle voulait s’appuyer sur cette base pour "participer avec des forces et des terres françaises à la bataille d’Afrique, arracher la France à l’exil et l’installer en toute souveraineté en territoire national". Le 7 août à 23 heures, Churchill préside une réunion entre les chefs d’état-major. Il était convaincu que Dakar était le meilleur endroit pour faire débarquer les forces gaullistes, mais que l’opération devait être soutenue par les Britanniques afin d’être suffisamment nombreux pour en assurer le succès. Cependant, l’état-major se montrait hésitant : « Les chefs d’état-major soulignèrent qu’il y avait contradiction entre une politique visant à améliorer nos relations avec Vichy et l’intérêt que nous avions à mobiliser les colonies françaises contre l’Allemagne. Il soulignèrent que le mouvement du général de Gaulle risquait de nous attirer une guerre avec la France métropolitaine et ses  colonies. Si, toutefois, les renseignements envoyés par les agents de la France Libre qui se trouvaient sur place et par nos propres représentants dans la région étaient favorables, ils se déclaraient en faveur de l’opération. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 170). Il faut donc convaincre.

Le 8 août 1940, Churchill tente de justifier l’importance du projet :

« Premier Ministre à général Ismay

pour Conseil des chefs d’état-major

1° Le télégramme envoyé par le gouverneur du Nigeria montre qu’il faut craindre de voir l’influence allemande s’étendre rapidement dans les colonies d’Afrique occidentale française avec la connivence ou l’appui du gouvernement de Vichy [il s’agit ici d’un mensonge puisqu’une coopération militaire entre la France et l’Allemagne n’était pas prévue à ce moment, et les Allemands ne montraient guère d’intérêts pour l’Afrique en 40, même ils s'y implantèrent progressivement]. Si nous n’agissons pas avec célérité et énergie, nous risquons de voir s’installer tout au long des côtes des bases efficaces de sous-marins, appuyées par l’aviation allemande.  Il en résultera que cette côte nous sera interdite alors que les Allemands en disposeront dans les mêmes conditions que le côte occidentale d’Europe.

[…]

3° Il paraît extrêmement important pour les intérêts britanniques que le général de Gaulle puisse s’emparer de Dakar le plus tôt possible. Si des émissaires signalent qu’il peut le faire pacifiquement, tant mieux. Si leurs rapports sont défavorables, on pourra fournir un effectif polonais et britannique convenable et tout l’appui naval nécessaire. L’opération, une fois commencée, devra être menée jusqu’au bout. De Gaulle lui donnera un caractère français et, bien entendu, en cas de succès, c’est son administration qui fonctionnera. Mais il nous faut fournir l’appoint de forces nécessaire.

4° Les chefs d’état-major prépareront un plan ayant pour objectif la conquête de Dakar. Ils considéreront comme disponibles, à cet effet : a) les troupes de de Gaulle et tous les navires français qu’on pourra réunir ; b) un détachement naval britannique assez important pour être supérieur aux navires de guerre français se trouvant dans les parages, et pour couvrir le débarquement ; c) une brigade de Polonais convenablement équipés ; d) la Royale Marine Brigade qui avait été gardée disponible pour les îles de l’Atlantique, mais qui pourrait fort bien aider d’abord à se mettre de Gaulle à terre, ou, à défaut, des commandos de sir Roger Keyes ; e) un soutien aérien convenable, fourni soit par des portes-avions, soit par des appareils opérant à partir d’une colonie britannique de l’Afrique occidentale.

[…]

6° Il n’est pas envisagé, si Dakar est pris, d’y établir des forces britanniques. L’administration du général de Gaulle sera mise en place et devra assurer sa propre subsistance, l’aide anglaise se limitant à l’envoi d’approvisionnements d’une importance modérée et, naturellement, à l’interception de toute expédition qui pourrait venir par mer de la France germanisée. Si de Gaulle ne réussissait pas à se maintenir à demeure à cause des attaques d’avions ou de troupes aéroportées, nous le rembarquerions après avoir détruit toutes les installations du port. En tout état de cause, il faudra appareiller le Richelieu, sous pavillon français, et le réparer. Les Polonais et les Belges recouvreront également leur or que le gouvernement français avait envoyé en sécurité en Afrique avant l’armistice.

[…]

8° Le cabinet se réserve d’examiner dans quelle mesure on risque une déclaration de guerre de la France et il appréciera jusqu’à quelle limite il convient de courir ce danger. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 170-171).

 

churchill_1024.jpgChurchill présenta le projet au Cabinet de guerre britannique le 13 août, et ajouta que cette opération devait aller plus loin que le projet officiel, limité à une action française. Ce conseil l’approuva, mais émit quelques réserves puisqu’il craignait une déclaration de guerre de la France, une chose que le Premier ministre anglais ne croyait pas. Ce dernier s’engagea alors dans le lancement de cette opération qui reçut la dénomination de « Menace ». En parallèle, il tente de deviner la position de la France : « Il y avait de grandes chances d’atteindre ces résultats sans effusion de sang et mon instinct me disait que la France de Vichy ne déclarerait pas la guerre.  La résistance obstinée de l’Angleterre, l’état d’esprit résolu des Etats-Unis, avaient éveillé de nouveaux espoirs dans les cœurs français. Si nous gagnions, Vichy pouvait se contenter de hausser les épaules. Si nous perdions, Vichy pouvait tirer parti de sa résistance en présentant comme un acte de vertu à ses maîtres allemands. Le danger le plus grave aurait été une prolongation des combats. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 172). Sur ce point, on ne peut pas dire que Churchill s’était beaucoup trompé. Malgré tout, n’oublions pas qu’il a écrit après la guerre et qu’il aurait très bien pu penser différemment durant la Seconde Guerre Mondiale. Puis il explique que les gaullistes étaient prêts à créer un conflit au sein de l’armée française et ne seraient pas opposés à voir les Britanniques à attaquer des français dépendant de Vichy : « A cette époque, les forces de la France Libre en Angleterre n’étaient encore qu’un groupe de héros en exil [c’est son point de vue] ayant pris les armes contre le gouvernement qui fonctionnait dans leur pays. Ils étaient prêts à tirer sur leurs compatriotes et à accepter de voir couler des navires français par des canons britanniques. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 173). La guerre franco-française est nécessaire aux gaullistes car c’est le seul moyen qu’ils ont pour faire reconnaître la légitimité de Gaulle. Mais est-ce que ce conflit national servait davantage les intérêts de la France ou prioritairement ceux de de Gaulle ?

Le 20 août à 22H30, Le Premier ministre britannique préside une réunion avec chefs d’état-major et Charles de Gaulle. Ils décidèrent ensemble des différentes étapes de l’opération : « Le groupe des navires anglo-français arrivera à l’aube devant Dakar, des avions jetteront des banderoles et des tracts sur la ville, l’escadre anglaise restera à l’horizon et les navires français s’approcheront du port. Un parlementaire, transporté par une embarcation arborant le pavillon tricolore et un pavillon blanc, pénétrera dans ce port, pour remettre à l’adresse du gouverneur, une lettre annonçant que le général de Gaulle et ses troupes de la France Libre arrivait. Le général de Gaulle soulignera dans cette lettre qu’il vient pour prémunir Dakar contre le danger imminent d’une agression allemande et qu’il apporte des vivres et des secours pour la garnison et les habitants. Si le gouverneur se montre raisonnable tout ira pour le mieux, dans le cas contraire et si les défenses côtières ouvrent le feu, les escadres britanniques se rapprocheront. Si l’opposition persiste, les bâtiments de guerre britanniques ouvriront le feu sur les batteries françaises, mais avec la plus extrême réserve. Si l’opposition se fait résolue, les forces anglaises mettront tous leurs moyens en œuvre pour vaincre la résistance. Il est essentiel que l’opération puisse être achevée et que le général de Gaulle soit maître de Dakar, à la tombée de la nuit. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 174).

 

Richfrbb-copie-1.jpgCependant, plusieurs imprévus empêchèrent la réalisation de ce projet à temps. Dès le 22 août, Churchill reçoit une lettre du secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères lui indiquant que des fuites s’étaient produites au sujet de cette attaque surprise. Est-ce que le maréchal Pétain était au courant de l’opération anglo-gaulliste envisagée ? En l’absence de preuve, nous ne pouvons pas le savoir. Mais des déplacements de troupes françaises nous suggèrent qu’il craignait une attaque : « Le 9 septembre à 18H24, le consul général britannique de Tanger câbla à l’amiral North, commandant la station de l’Atlantique Nord, qu’il le rencontrerait à Gibraltar, et transmit le message suivant au Foreign Office : « Reçu ce qui suit de « Jacques ». Il est possible qu’une escadre française essaye de franchir le détroit en directions de l’Ouest, en route vers une destination inconnue. Cette tentative pourrait être réglée de manière à se produire dans les soixante-douze heures qui viennent. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 175). En revanche, rien ne dit que les pétainistes savaient que les gaullistes participeraient à l’offensive, et l’objectif de mouvement de troupe était probablement de contrer les Anglais en cas d’attaque de ces derniers, afin de ne pas assister à un nouveau Mers el-Kebir. Selon le Premier ministre britannique, le télégramme fut répété de Tanger au Foreign Office et reçu le 10 à 7H50. Cependant, Londres subissait un bombardement aérien intensif de la part des Allemands, engendrant un retard dans le déchiffrement des télégrammes puisque le travail était régulièrement interrompu. De plus, il ajoute le message ne comportait pas la mention « Important » et n’a donc pas été immédiatement décrypté. Alors il ne fut distribué que le 14 septembre, jour où il atteignit l’Amirauté. La marine anglaise tenta malgré tout d’intercepter la flotte française qui franchissait Gibraltar pour rejoindre Dakar, mais ce fut un échec : « Le 10 septembre, à 18 heures, l’attaché naval britannique à Madrid fut informé officiellement par l’Amirauté française que trois croiseurs du type Georges-Leygues et trois contre-torpilleurs, avaient appareillé de Toulon et comptaient franchir le détroit de Gibraltar dans la matinée du 11. Telle était la procédure normale, alors acceptée par le gouvernement de Vichy, et c’était une mesure de précaution qu’il ne prenait qu’au tout dernier moment. L’attaché naval en rendit compte aussitôt à l’Amirauté et à l’amiral North, à Gibraltar. Le message fut reçu à Londres à 23 h 50, le 10 septembre. Il fut déchiffré et envoyé au capitaine de vaisseau de service qui le transmit au directeur de la division des opérations (section étranger). Cet officier qui n’ignorait rien, quant à lui, de l’opération de Dakar, eût dû en saisir immédiatement l’importance décisive. Il n’eut cependant pas de réaction instantanée et laissa le message suivre la voie ordinaire avec les autres télégrammes destinés au Premier Lord de la Mer. Cette bévue lui valut de recevoir, par la suite, un blâme de la part des Lords » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 175-176).

Malgré tout, les Anglais tentèrent de réagirent, mais c’est un autre problème de communication qui ruina leurs efforts : « Toutefois, le destroyer Hotspur, qui patrouillait en Méditerranée, aperçut les navires français le 11 septembre, à 5 h 15, à 50 milles dans l’est de Gibraltar et les signale à l’amiral North. L’amiral Somerville, chef de la Force H alors basée sur Gibraltar, avait également reçu copie du télégramme de l’attaché naval à Madrid, huit minutes après minuit, ce même jour. A 7 heures, il ordonna au Renown de se tenir à une heure d’appareillage et attendit les instructions de l’Amirauté. Par suite de l’erreur commise par le directeur de la division des opérations et du retard subi au Foreign Office par le télégramme du consul général de Tanger, le Premier Lord de la Mer ignora tout du passage des navires de guerre français jusqu’au moment où le message du Hotspur lui fut présenté, pendant le conseil que les chefs d’état-major tenaient avant la séance du cabinet. Il téléphona aussitôt à l’Amirauté pour que fût envoyé l’ordre de faire pousser les faux du Renown et à ses destroyers. C’était déjà chose faite. Il se présenta alors devant le Cabinet de guerre. Mais à cause de la coïncidence qui avait voulu que deux communications séparées – celle du conseil général de Tanger et celle de l’attaché naval de Madrid – eussent manqué leur but et, parce qu’elles n’avaient pas reçu l’attention qu’elles méritaient aux divers échelons, il était trop tard pour réagir. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 176).

Cependant, après que les troupes françaises du maréchal Pétain eussent passé Gibraltar, les autorités britanniques donnèrent rapidement des instructions au Renown avant de les intercepter à Casablanca : « Trois croiseurs et trois contre-torpilleurs français passèrent le détroit à toute vitesse (25 nœuds), le 11, à 8 h 35 et descendirent vers le Sud le long de la côte d’Afrique. Le Cabinet de guerre, quand il en fut informé, demanda immédiatement au Premier Lord d’ordonner au Renown de prendre contact avec ces navires, de leur demander leur destination et de leur faire comprendre qu’ils ne seraient autorisés à gagner aucun port occupé par les Allemands [je pense que ce n’est qu’un faux prétexte car une coopération militaire franco-allemande n’était pas encore envisagée, mais peut-être la craignait-il]. S’ils répondaient qu’ils se dirigeraient vers le Sud, il fallait leur dire qu’ils pouvaient se rendre à Casablanca et, dans les cas, les y escorter. S’ils ressayaient de dépasser Casablanca pour se rendre à Dakar, il fallait les arrêter. Mais les croiseurs ne furent pas rattrapés. Casablanca fut masqué par la brumasse le 12 et le 13. Un des avions de reconnaissance anglais fut abattu, les renseignements sur la présence de nouveaux navires de guerre dans ce port restèrent contradictoire, le Renown et ses destroyers attendirent toute la journée et toute la nuit dans le sud de Casablanca dans l’espoir d’intercepter l’escadre française. Le 13, à 16 h 20, le Renown reçut un message d’avion annonçant qu’il n’y avait pas de croiseurs à Casablanca. En fait, il était déjà loin dans le sud, faisant route sur Dakar à toute vitesse. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 177).

Malgré tout, des troupes britanniques arrivèrent dans le Sud de Dakar, à proximité de Freetown. Il fallait intercepter les croiseurs français avant de commencer l’attaque. Voici ce que précise Churchill : « Le 14 septembre, à 12 h 16, l’Amirauté signala à l’amiral John Cunningham que les croiseurs français avaient quitté Casablanca à un moment inconnu et lui ordonna de les empêcher d’entrer à Dakar. Il lui était dit de mettre en œuvre tous les navires qu’il avait sous la main, y compris le Cumberland ; l’Ark Royal lancerait ses avions sans être protégé par un rideau de destroyers si on ne pouvait faire autrement. En conséquence, les croiseurs Devonshire, Australia et Cumberland, ainsi que l’Ark Royal, effectuèrent un demi-tour et firent route à toute vitesse pour aller s’établir sur une ligne de patrouille dans le nord de Dakar. Ils n’arrivèrent pas à poste avant la soirée du 14 septembre. L’escadre française était déjà mouillée dans le port et ses tentes étaient faites. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 177).

Par ailleurs, un long retard de transport de troupes avait déjà entaché cette opération : « Nous avions espéré agir le 8 septembre, mais il s’avéra que le détachement principal était obligé de se rendre d’abord à Freetown pour se ravitailler en combustible et prendre ses dernières dispositions. Le plan prévoyait que les transports de troupes françaises [les gaullistes] atteindraient Dakar en seize jours, à la vitesse de 12 nœuds. Mais on découvrit que les bâtiments transportant le matériel ne pouvaient donner que 8 ou 9 nœuds, et cette découverte fut signalée seulement au moment où un transbordement sur des bâtiments plus rapides n’était susceptible de faire gagner du temps. Au total, on ne put éviter un retard de dix jours sur la date primitivement fixée : cinq jours à cause de difficultés imprévues rencontrées dans le chargement, deux jours pour le ravitaillement à Freetown. Il fallut nous résigner à la date du 18 septembre. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 173-174).

 

Les problèmes de communication, de maîtrise du territoire et de transport rendaient impossible le bon déroulement de la préparation de l’Opération Menace. Par ailleurs, le Régime de Vichy avait envoyé des renforts sur Dakar afin de protéger cette place stratégique. Sans doute que les fuites d’informations avaient permit au gouverneur général Boisson, Haut Commissaire de l'Afrique française depuis le 26 juin 1940, de préparer la défense en demandant des renforts au maréchal Pétain. Après Mers El-Kébir, il ne serait pas étonnant que les Anglais attaquent un nouveau poste français, et ils avaient sans doute retenu la leçon. En revanche, ils s’attendaient peut-être moins à une attaque gaulliste puisque le conflit entre De Gaulle et Pétain n’avait pas encore engendré de lutte armée entre Français. Mais pour Churchill, toutes les défaillances récapitulées précédemment empêchaient l’application de l’Opération Menace : « Cette série d’incident réglait le sort de l’opération franco-britannique contre Dakar. Pour moi, il ne fit plus de doute qu’elle devait être abandonnée. L’arrivée de l’escadre française, qui apportaient probablement des renforts, de bons canonniers et des officiers tout dévoués à Vichy pour emporter la décision du gouverneur [Boisson], amener la garnison à combattre et armer les batteries, me paraissait avoir complètement ruiné le projet de débarquer et de faire occuper le port par le général de Gaulle sans effusion de sang. Il était toutefois possible de modifier nos plans sans porter atteinte à notre prestige qui avait alors tant d’importance, voire sans que personne en sût rien. L’expédition pouvait être dérivée sur Douala, les navires de transports pouvaient couvrir les opérations du général de Gaulle contre le Cameroun français, puis se disperser ou rentrer en Angleterre. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 177-178). Le Cabinet de guerre britannique se réunit le 16 septembre, et le Premier ministre explique que l’offensive sur Dakar ne pouvait se dérouler correctement : « Aussi, lorsque le Cabinet de guerre se réunit le 16 septembre à midi, j’esquissai l’histoire de l’opération de Dakar depuis son origine, j’exposai les graves conséquences qu’avait eues le retardement de la date primitivement fixée au 13, les diverses fuites qui avaient rompu le secret, et le regrettable incident qui avait permis aux navires français de se glisser à travers le détroit, et je conclu en disant que la situation était changée du tout au tout, qu’il ne pouvait plus être question de cette opération. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 178). Le Cabinet britannique approuvait cette sage décision. Il envoya de nouveaux ordres aux troupes stationnées près de Dakar à 14 heures :

« Le gouvernement de Sa Majesté a décidé que la présence des croiseurs français à Dakar rendait l’opération de Dakar inexécutable. Des variantes au plan ont été étudiées ici. Un débarquement à Conakry ne paraît pas offrir la moindre chance de succès étant donnés la difficulté des communications avec Bamako, le manque de moyens de transports pour les troupes et la probabilité de voir intervenir prématurément des forces venant de Dakar. En outre, il n’est pas possible d’exercer un blocus serré du côté de la mer avec les forces navales disponibles, de sorte que la présence du détachement de Gaulle à Bamako n’exercerait aucune influence appréciable sur la situation à Dakar. Il semble que la meilleure solution consisterait, pour le général de Gaulle, à débarquer à Douala, afin de consolider la situation au Cameroun, dans l’Afrique Equatoriale et au Tchad, et d’étendre son influence jusqu’à Libreville. Pour le moment, la fraction anglaise des troupes demeurerait à Freetown.

Ce plan serait à mettre immédiatement en application à moins que le général de Gaulle n’ait de fortes objections à présenter contre ce dernier projet. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 178).

Malgré tout, de Gaulle en décidera autrement.

 

General_Spears_and_General_de_Gaulle.jpgL’insistance de de Gaulle et d’officiers britanniques

 

Malgré la volonté de Churchill et du Cabinet de guerre britannique d’annuler l’opération, les généraux stationnés non loin de Dakar s’opposèrent à cette décision : « L’expédition arriva à Freetown le 17 septembre. Tous les chefs réagirent énergiquement contre l’idée d’abandonner l’entreprise. L’amiral [North] et le général [De Gaulle] firent observer que tant qu’on ne savait pas dans quelle mesure à l’arrivée des croiseurs de Vichy pouvait avoir relevé le moral à Dakar, leur présence ne modifiait pas matériellement la situation navale antérieure. Pour l’instant, déclarèrent-ils, ces croiseurs avaient établi leurs tentes et deux d’entre eux étaient mouillés de telle sorte qu’ils étaient virtuellement incapables d’agir, tout en offrant d’excellentes cibles de bombardement. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 179). Cependant, tous ne partageaient pas cet avis. Le Premier ministre anglais précisa que le général Irwin avait noté ses inquiétudes par écrit. Il réfléchit donc à une solution et proposa aux officiers du royaume de laisser Gaulle agir. Alors il envoya un message le 16 septembre à 23 h 52 afin de négocier : « Vous avez toute la latitude pour juger l’ensemble de la situation par vous-mêmes et pour consulter de Gaulle. Nous étudierons soigneusement tous les avis que vous pourrez nous donner. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 179). Mais Charles de Gaulle protesta énergiquement car il souhaitait que le projet qui était prévu auparavant soit mis en place. Il renvoie un message à Winston Churchill : « Le moins que puisse faire le gouvernement britannique, déclarait-il, serait de maintenir sa décision récente et négative au sujet d’une action directe contre Dakar par la mer, et je demande alors la collaboration immédiate des forces britanniques, navales et aériennes, présentes ici, pour appuyer et couvrir une opération que je conduirai personnellement de l’intérieur contre Dakar, avec mes propres troupes. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 179-180 [l’auteur précise que le document français authentique n’a pas été retrouvé et que ce texte est une retraduction de l’anglais, donc il faut émettre des réserves sur sa forme]). Le Cabinet de guerre se réunit de nouveau le 17 septembre à 9 heures. Les membres s’accordèrent sur le fait que les chefs des opérations étaient mieux placés pour juger de la situation, mais ils se montrèrent prudent. La décision finale fut prise le lendemain et c’est Churchill en personne qui rédigea message. Il fut envoyé le 18 septembre à 13 h 20 : « Nous ne pouvons juger d’ici la valeur relative des avantages que présentent les diverses solutions. Nous vous donnons toute latitude pour agir et pour faire ce que vous estimerez le mieux en vue d’atteindre le but primitif de l’opération. Tenez-nous informés. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 181). En parallèle, les « penseurs » de l’opération se réunirent afin de décider des étapes à suivre. Un compte rendu de cette réunion fut envoyé au gouvernement britannique qui le reçu le 18 septembre à 7 h 56, et Churchill le recopie dans ses mémoires :

« Au cours d’une réunion tenue aujourd’hui, de Gaulle a insisté sur la nécessité d’agir rapidement à Dakar … Il a été prévenu qu’il pourrait trouver à Dakar un appui substantiel si des agents étaient envoyés pour provoquer cet appui, si l’on ne tardait pas inutilement à agir, et si l’on évitait de donner à l’opération un caractère par trop britannique. Ses agents se tiennent prêts à Bathurst et ont reçu leurs instructions. De Gaulle propose maintenant l’exécution du plan original consistant à entrer dans le port sans opposition, mais il ajoute que, si ce plan échoue, ses troupes françaises libres devraient essayer de débarquer à Rufisque, appuyées, si la chose est nécessaire, par une action navale et aérienne ; on devrait ensuite marcher sur Dakar. Les troupes britanniques ne descendront à terre, si leur soutien est demandé, que lorsqu’une tête de pont aura été établie …

Après avoir soigneusement examiné tous les éléments, nous pensons que la présence de ces trois croiseurs n’a pas suffisamment accru les risques, acceptés dès le début, pour justifier l’abandon de l’entreprise. En conséquence, nous proposons d’accepter les nouvelles propositions de de Gaulle et, s’il échoue, de débarquer les troupes britanniques pour l’établir comme il était initialement prévu. Toutefois, nous jugeons essentiel d’accroître nos forces navales.

L’opération serait exécutée quatre jours après que nous aurions eu connaissance de la décision du gouvernement de Sa Majesté. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 180).

Le général Irwin, qui montrait quelques inquiétudes sur la réussite de l’opération, est finalement convaincu. Il envoie alors un télégramme au chef d’état major impérial, dont voici le contenu : « Comme vous le savez, j’ai déjà accepté, dans cette opération, des risques qui ne se justifiaient pas par des raisons purement militaires. Les nouveaux renseignements montrent que ces risques se sont peut-être accrus, mais j’estime qu’il convient de les supporter étant données les conséquences évidentes qu’entraînerait un succès. De Gaulle s’est également engagé à collaborer d’une manière totale avec les troupes britanniques en cas de besoin, et il n’a pas reculé devant la responsabilité de faire combattre des Français contre des Français. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 180). Ainsi, de Gaulle était prêt à créer un conflit entre Français et toutes les conséquences que cela pourraient engendrer, afin d’accroître son autorité sur le continent africain et pour que l’autoproclamé chef de la « France Libre » montre davantage sa légitimité.

Le 19 septembre, des nouvelles vont de nouveau compromettre la réussite de l’Opération Menace : « Le 19, le Premier Lord de la Mer signala que l’escadre française, ou certains de ses éléments, appareillaient de Dakar vers le Sud. Il devenait assez net qu’elle avait amené à Dakar des troupes, des techniciens et des autorités fidèles au gouvernement de Vichy. Les probabilités de rencontrer une résistance vigoureuse s’accroissaient hors de toute proportion pour les nouvelles forces engagées. La lutte serait certainement très vive. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 181). Cependant, les anglo-gaullistes ne réagirent pas alors qu’ils les avaient pourtant intercepté : « Mes collègues, qui étaient de caractère résolu, mais savaient aussi s’adapter avec souplesse aux circonstances, comme il convient en temps de guerre, partagèrent mon sentiment instinctif qu’il fallait laisser aller les choses, et nous écoutâmes silencieusement les divers rapports. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 181).

Avant de passer à l’offensive, Winston Churchill tint au courant le général Smuts et le président américain Roosevelt de la future attaque. Voici d’abord la lettre au général Smuts qui est daté du 22 septembre 1940 et qui illustre les motivations et les ambitions de l’auteur :

« Vous devez avoir vu mon message relatif à Dakar. J’ai longuement réfléchi à ce que vous avez dis dans vos divers télégrammes sur la nécessité de ne pas négliger le secteur africain. Le mouvement de de Gaulle pour délivrer les colonies françaises s’est développé avec succès en Afrique Equatoriale et au Cameroun. Nous ne pouvons laisser échapper ces gains substantiels du fait des navires et du personnel envoyés par Vichy, probablement sur l’ordre des Allemands [hypothèse toujours non prouvée aujourd’hui, et certainement fausse]. Si Dakar tombait sous le contrôle germanique et devenait une base de sous-marins, il en résulterait des conséquences mortelles pour la route du Cap. Nous avons donc entrepris la tâche d’installer de Gaulle à Dakar, pacifiquement si nous le pouvons, par la force s’il le faut, et l’opération qui ne va pas tarder à se déclencher semble disposer des forces nécessaires.

Bien entendu, le risque d’une collision sanglante avec les marins français et une partie de la garnison et une partie de la garnison, n’est pas négligeable. A tout bien peser, je considère qu’il y a très peu de chances de se heurter à quelque résistance sérieuse, étant donnés le moral assez bas et la situation malheureuse de cette colonie, ainsi que la ruine et la famine qui la menacent du fait que nous sommes maîtres de la mer. Toutefois, nous ne serons sûrs de rien tant que nous n’aurions pas essayé. Nous avons été sérieusement préoccupés par l’argument selon lequel il ne faudrait pas courir un tel risque au moment où l’opinion française, encouragée par la résistance britannique, évolue en notre faveur, même à Vichy, et tout ce qui ressemblerait à un second Oran déterminerait un sérieux recul. Nous en sommes venus, toutefois, à la conclusion unanime que cette objection ne pouvait s’avérer valable, et qu’en tout cas il y aurait beaucoup plus de danger à ne rien faire et à permettre à Vichy de l’emporter sur de Gaulle [l’avenir ne donnera pas raison à Churchill puisque c’est justement à la suite des attaques anglo-gaullistes que Vichy va se rapprocher des Allemands au sujet des questions militaires, et donc causer un plus grand danger envers son pays]. Puisque Vichy ne nous a pas déclaré la guerre après Oran ni sous la pression de notre blocus, il n’y a aucune raison de penser qu’il le fera s’il y a un combat à Dakar. En plus de l’importance stratégique de ce port et des conséquences politiques qu’aura sa conquête par de Gaulle, il y a 60 ou 70 millions d’or belge et polonais indûment conservés à l’intérieur, et le grand cuirassé Richelieu, qui n’a pas du tout été définitivement mis hors de combat, tombera indirectement entre nos mains. De toute façon, les dés sont jetés. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 182-183).

Le 23 septembre 1940, c’est-à-dire le jour de l’attaque, le Premier ministre britannique envoie un télégramme à Roosevelt. A cette occasion, il souhaite un soutient de la marine américaine mais demande de convaincre le gouvernement français de ne pas déclarer la guerre à l’Angleterre :

« La réception de votre information relative à Dakar, transmise par lord Lothian, m’a été un encouragement. Il serait contraire à nos intérêts communs que de puissantes forces allemandes, sous-marines et aériennes, s’établissent dans ce port. Il semble que la lutte puisse être assez chaude. Je me trompe peut-être mais, de toute façon, les ordres ont été donnés pour mener les choses énergiquement. Nous serions enchantés si vous vouliez bien envoyer quelques navires de guerre américains à Monrovia et à Freetown, et j’espère qu’à ce moment Dakar sera prêt à recevoir leur visite. Mais ce qui importe véritablement en ce moment, c’est que vous fassiez comprendre au gouvernement français qu’une déclaration de guerre aurait le plus mauvais effet sur l’attitude des Etats-Unis à son égard. Si Vichy déclare la guerre, il n’y aura plus à distinguer entre lui et l’Allemagne, et ses possessions dans l’hémisphère occidental devront être traitées comme d’éventuelles possessions germaniques.

Grand merci également pour votre allusion à l’invasion. Nous sommes tout prêts à recevoir l’ennemi. Je suis très heureux des nouvelles concernant les fusils. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 183-184). A la veille l’attaque, Churchill montre quelques doutes sur les chances de succès, même s’il tente de garder son optimisme.

 

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Le 23 septembre, premier jour de l'Opération Menace et la débâcle gaulliste

 

Pour évoquer cet événement, je ne me suis pas uniquement basé aux mémoires de Churchill et De Gaulle, qui sont trop subjectifs et pas assez précis pour être seulement pris en compte. Le site Internet http://dakar.1940.free.fr/ explique parfaitement et de manière très claire le déroulement des faits, même s’il manque parfois d’objectivité. Il a été d’une aide non négligeable pour la rédaction de ce passage de mon article. J’ai pu donc comparer les dires de Churchill et de de Gaulle avec les faits mentionnés par l’auteur de ce site. Je conseille également deux livres traitant de ce sujet : La marine française pendant la Seconde Guerre Mondiale de l’amiral Paul Auphan et Jacques Moral (p. 231-238), et le témoignage du général J.A Watson Echec à Dakar.

 

L’attaque gaulliste sur les troupes françaises à Dakar commence au petit matin. Churchill résume cette matinée catastrophique pour lui et de Gaulle, que nous allons analyser en détail : « Le 23 septembre, quand l’armada anglo-française s’approcha de la place forte, avec de Gaulle et ses navires largement en tête, elle trouva un épais brouillard. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 184). Le brouillard a été un élément qui a incontestablement nuit à l’Opération Menace. Sur place, De Gaulle avait indiqué que cet obstacle pouvait « compromettre gravement notre entreprise » (Charles de Gaulle, Mémoires de Guerre, Tome 1, Paris, Plon, 1954, p. 106). Malgré tout, les deux hommes ne retardèrent pas l’offensive, alors que rien ne pouvait les en empêcher. Sans doute pensaient-ils que la prise de Dakar auraient des conséquences positives très importantes pour eux. Poursuivons le récit du Premier ministre britannique : « Etant donné que la grande majorité de la population, tant française qu’indigène, était pour nous [au contraire, cela n’est pas du tout certain pour 1940], nous avions espéré que l’apparition de tous ces navires (les Britanniques restant loin derrière à l’horizon), emporterait la décision du gouverneur. Mais il s’avéra rapidement que les partisans de Vichy étaient les maîtres et il ne peut exister aucun doute que l’arrivée des croiseurs français avec leurs troupes avait compromis toute chance de voir Dakar se joindre au mouvement de la France Libre. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 184). Selon Winston Churchill, le début de la bataille avait déjà montré qu’il serait quasiment impossible de s’emparer de Dakar, et cela à cause des troupes françaises envoyées à la mi-septembre.

Après avoir donné un bref aperçu de la difficulté pour les anglo-gaullistes à mener à bien l’opération, il évoque les premiers faits d’armes : « Les deux avions de de Gaulle descendirent sur l’aérodrome local et leurs pilotes furent aussitôt arrêtés. L’un d’eux portait sur lui la liste des principaux adhérents au mouvement. Les émissaires de de Gaulle, arrivant sous la protection du drapeau tricolore et du pavillon blanc, furent refoulés. D’autres qui entrèrent un peu plus tard, avec des vedettes, eurent à essuyer le feu de la terre et deux d’entre eux furent blessés. La fièvre monta, et la flotte britannique s’approcha à moins de 5 000 mètres à travers le brouillard. A 10 heures du matin, une batterie du port ouvrit le feu sur un de nos destroyers d’aile. Nous ripostâmes et l’engagement devint bientôt général. Les destroyers Inglefield et Foresight furent légèrement endommagés, le Cumberland, atteint dans sa machine, dut s’éloigner. Un sous-marin français fut bombardé par un avion à la profondeur périscopique et un contre-torpilleur fut incendié. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 184). Ce long passage montre que le début de l’offensive gaulliste est une véritable catastrophe. Non seulement de Gaulle est responsable du premier conflit militaire entre Français, mais en plus ses troupes essuient une déroute dès la matinée de l’opération. Reprenons ce récit en détail. A 6h00, les Britanniques décident de faire décoller deux avions Lucioles de l'Ark Royal soutenus une demi-douzaine d'aviateurs français, et cela avec l’accord de de Gaulle. En parallèle, ce dernier envoie un message à ses hommes au même moment, puis des appareils lanceurs de tract décollent du porte-avions et devaient annoncer l’arrivée des troupes afin de "défendre et ravitailler Dakar". Mais ils sont accueillis à coups de DCA. Simultanément, les Lucioles déposent sur un terrain voisin une demi-douzaine d’aviateurs gaullistes. La mission était d'obtenir le ralliement du commandant de la base d'Ouakam, ou au pire sa neutralisation. Après s'être posés sans grande résistance, les pilotes gaullistes neutralisent le commandant du groupe de chasse. Cependant, un groupe d’hommes fidèles au maréchal Pétain arrête les assaillants et libère leurs coéquipiers. Parmi les prisonniers, l’un d’eux possédait une liste énumérant les acteurs de l’opération. Pendant ce temps, des avions Swordfish balancent des tracts sur la population de Dakar, invitant les locaux et les soldats français à rallier de Gaulle. Ils furent fut complètement indifférents à cet appel. De plus, les avions anglais tombent sous le feu de la DCA du cuirassé Richelieu. En fait, depuis la bataille de Mers el-Kébir, l’armée française avait pour ordre d’attaquer toute force anglaise située à moins de 20 milles des côtes ainsi que tout groupe d'avions survolant un point d'appui.

Entre temps, Charles de Gaulle lance un message par radio au gouverneur général Boisson, afin de l’informer de l’arrivée de troupes gaullistes, prétextant qu’il s’agissait de renforcer les défenses de Dakar et qu’une escadre anglaise viendrait l’appuyer. Pour de Gaulle, le but de ce débarquement était donc d’éviter la prise éventuelle de Dakar par les Allemands. Il précise par ce communiqué qu’une délégation sera envoyé pour préparer le débarquement des troupes. Cependant, nous savons qu’il ne s’agit pas de la seule motivation, surtout qu’il n’y avait aucun Allemand à plusieurs centaines de kilomètres à cette période. De plus, les sources précédentes indiquaient bien que celui-ci souhaitait avant-tout accroître son influence sur le sol africain, en installant son quartier général à Dakar, et pour se montrer comme le chef légitime de la France. Il avait donc deux raisons, stratégiques et personnelles.

Ensuite, le Savorgnan de Brazza avance vers Dakar, accompagné de la délégation. Deux embarcations sont ensuite détachées et rejoignent le port. L’une d’elles se compose du capitaine de frégate Thierry d'Argenlieu, de six officiers, de trois sous-officiers et de six matelots. L’autre embarcation est un détachement de sécurité comprenant une douzaine de soldats. Mais ces deux vedettes sont rapidement repérées par le Richelieu ainsi que par le Air France IV. Malgré tout, le cuirassé et le patrouilleur savaient qu’il ne s’agissait que de parlementaires, et les laissent donc passer. Le bateau du capitaine d’Argenlieu peut accoster, tandis que le deuxième s’arrêta à une vingtaine de mètres de la berge. Une fois descendue à terre, le capitaine d'Argenlieu demande au chef de la police de la navigation de pouvoir remettre des plis au gouverneur Boisson. Celui-ci va refuser. Un peu plus tard, le chef de la police reçoit l'ordre d’arrêter les parlementaires. Néanmoins, ces derniers regagnent les vedettes stationnées près du port. Les deux embarcations quittent le lieu tout en essuyant quelques tires de canons automatiques installés sur le quai du port, puis en provenance de l'île de Gorée. Vers 7h55, les navires rejoignent le Savorgnan de Brazza, ce dernier s’étant éloigné car il a dut essuyer des tirs du Richelieu. Charles de Gaulle précise que le capitaine d’Argenlieu et le capitaine Perrin furent blessés (Charles de Gaulle, Mémoires de Guerre, Tome 1, Paris, Plon, 1954, p. 107). Les deux blessés furent ensuite transférés sur le Westerland. Suite à cet événement, De Gaulle envoie un nouveau message radio dans lequel il exige des réponses. Par ailleurs, il indique aux autorités locales que les troupes anlo-gaullistes sont prêtes à intervenir s’il rencontre de nouvelles oppositions. N’obtenant pas satisfaction, les officiers gaullistes décident d’employer la manière forte en tentant d’effectuer une percée. Les avisos commandant Dominé et commandant Duboc reçoivent l’ordre d’intervenir et font débarquer vers 8h15 plusieurs détachements de fusiliers sur le port. Puis ils franchissent les filets. Aligné sur le pont, l’équipage du commandant Dominé reçoit l’ordre de cesser le feu. Mais au même moment, le Richelieu obtient l’ordre de la marine de tirer sur les deux avisos. Le commandant Dominé reçoit alors une salve, et le commandant Duboc en reçoit deux. Alors les deux navires gaullistes battent rapidement en retraite, tout en se protégeant à l’aide de fumigènes.

23-09b.jpgMais la mauvaise visibilité ne gène pas seulement les anglo-gaullistes mais aussi les Français. En effet, ces derniers tentent d’effectuer une reconnaissance de l’effectif ennemi, mais y parviennent très difficilement. Puis les navires La Gazelle et La Surprise draguent la zone car les autorités de Dakar craignaient que les deux avisos du FFL n'aient placé des mines au moment de leur tentative d'entrer dans le port. Mais vers 10h40, le Cumberland menace les deux navires qui relevent leur drague, puis sont même moment dépassés par le sous-marin Persée. Ce sous-marin ainsi que l’Ajax avaient reçut l’ordre de se positionner. Le premier s’installe sur la côté Nord, puis le second se place à une dizaine de milles de l’Ile Gorée. Cependant, deux avions de l’Ark Royal les repèrent, malgré les mauvaises conditions climatiques. Alors les destroyers britanniques Inglefield et Foresight reçoivent le Persée qui n'est pas encore arrivé à sa destination. Il est près de 11h45. Pour se défendre, le Persée envoie deux torpilles. La première est évitée par le Foresight, puis par malchance la seconde reste bloquée. En réponse, les destroyers ainsi que le Drahon et le Barham ouvrent le feu. Le Persée tente de répliquer en tentant de lancer une torpille par l’arrière, mais il est atteint de plein fouet par un projectile. Puis plusieurs obus britannique le touche. Alors, le Persée tente de rebrousser chemin et l’ordre d’évacuation est donnée. Pendant ce temps, après avoir regagné le port, le navire La Surprise se rend compte que le Persée était dangereusement menacé. Alors il rejoint aussitôt le sous-marin français, puis essaie de récupérer le personnel. Le Dragon tente d’empêcher cette évacuation, mais il reçoit un tir de batterie du cap Manuel. A 11h37, le Persée finit par couler. Le bilan est d’un mort et d’un blessé. C’est l’un des rares anecdotes de cette bataille qui fut marqué par une réussite anglo-gaulliste, plus exactement une réussite britannique. En effet, en fin de matinée, les navires britanniques retentent une percée. Ils tirent à plusieurs reprises sur les croiseurs Montcalm et Georges Leygues ainsi que le cuirassé Richelieu. Ils visent également les batteries de côtes, mais ils ne commettent aucun dégât. Puis des obus tombent sur la ville, touchant l'hôpital et la caserne du 6ème RAC, tuant 27 personnes et en blessant 45. Alors le Richelieu et la batterie du cap Manuel ripostent. Le Cumberland, le Foresight, l'Inglefield et le Dragon sont atteints. Alors ils battent en retraite. Enfin, vers 12h15, le sous-marin Ajax ressort, mais il est bombardé par un swordfish et est grenadé par plusieurs navires. Néanmoins, il ne subit que quelques avaries et reste en mer jusqu'au 24 septembre. En tout début d’après midi, les anglo-britanniques envoient quelques avions d'observation, mais les croiseurs et le Richelieu les repoussent et les chassent de Dakar. En évoquant le déroulement de la matinée du 23 septembre, un constat était déjà clair, il était impossible pour les Anglais et les gaullistes de s’emparer de Dakar en attaquant directement le port. De Gaulle et Cunningham avaient sous-estimé les forces françaises installées à l’intérieur et autour de la place forte. Néanmoins, de Gaulle se montre optimiste : « De l’ensemble de ces indices, je ne tirais pas l’impression que la place fût résolue à une résistance farouche. Peut-être la marine, la garnison, le gouverneur, attendaient-ils quelque événement qui pût leur servir de prétexte à une conciliation ? Vers midi, l’amiral Cunningham m’adressa un télégramme pour m’indiquer que tel était, à lui aussi, son sentiment. » (Charles de Gaulle, Mémoires de Guerre, Tome 1, Paris, Plon, 1954, p. 106). Nous verrons qu’il se trompera encore une fois. Quant à Churchill, il tenta de donner une explication de cet échec matinal dans ses mémoires : « Il existe une controverse déjà vieille au sujet de l’action des navires contre les forts. Nelson, disait qu’une batterie de six pièces pouvait tenir tête à un vaisseau de 100 canons. M. Balfour, lors de l’enquête sur les Dardanelles, déclarait en 1916 : « Si le navire possède des canons capables d’atteindre le fort à une distance où celui-ci ne peut riposter, le duel n’est pas nécessairement si inégal. » En cette occasion, la flotte britannique, avec une direction de tir convenable, eût pu, en théorie, tirer sur les batteries de 240 mm de Dakar à 24 500 mètres et les détruire au bout d’un certain nombre de coups. Mais les forces de Vichy comprenaient également le cuirassé Richelieu qui s’avéra capable de tirer des salves avec une tourelle double de 380 mm. L’amiral anglais fut obligé d’en tenir compte. Mais, surtout, il y eut le brouillard. La canonnade s’éteignit donc vers 11h30 et tous les navires anglais et français se retirèrent. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 185). Selon lui, il y a deux raisons à cet échec : les forces françaises plus résistantes que prévue, en particulier à cause de la présence du Richelieu ; et le brouillard qui gênaient les envahisseurs, mais le Premier ministre britannique n’a pas pris en compte le fait que le brouillard gênait également les défenseurs.

 

Après cette matinée, le brouillard s’avérait toujours épais. En début d’après-midi à Dakar, les gaullistes tentent une nouvelle fois de débarquer plusieurs détachements de fusiliers marins dans le port, afin d’inciter l’équipage du Richelieu et d’autres navires à se ranger du côté de de Gaulle. Mais le Richelieu les reçoit par des coups de semonce, donc les rebelles font demi-tour. Suite à ce nouvel échec, les anglo-gaullistes changent alors de stratégie. En effet, de Gaulle et Cunningham avaient compris qu’une entrée directe à Dakar était impossible. Alors ils envoient le Westerland, le Commandant Duboc, le Commandant Dominé, le Savorgnan de Brazza et le Pennland afin de prévoir un débarquement près de Rufisque. Churchill n’évoque quasiment pas cet épisode et se montre très bref : « Le général de Gaulle essaya de débarquer ses troupes à Rufisque, dans l’après-midi, mais le brouillard était devenu si épais et la confusion si grande que la tentative fut abandonnée. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 185). Que s’est t-il passé ? Les structures anglo-gaullistes chargées de débarquer des troupes près de Rufisque sont rapidement repérées par un avion français aux alentours de 14h30, empêchant l’effet de surprise. Mais à 16 heures, les destroyers britanniques Fury et Greyhound ainsi que le croiseur Australia reçoivent l’ordre d’attaquer le contre-torpilleur français l'Audacieux. En parallèle, ce dernier reçoit l’ordre de reconnaître la baie à 16h20, et se retrouve piégé par l’Australia. Le navire français reçoit plusieurs salves et se trouve gravement endommagé. Alors l’aviso La Surprise vint secourir l’équipage le plus rapidement possible, et se trouve déjà sur place à 17 heures. Puis le Calais vient les rejoindre. 185 hommes sont sauvés mais 81 ont péris dans cette attaque. Une fois abandonnée, l’Audacieux sombre. Cependant, les anglo-gaullistes ne sont pas plus avancés, mais les autorités françaises s’inquiètent. Pendant ce temps, trois navires français sont envoyés afin de contrer la menace qui pèse sur Rufisque. Il s’agit du Georges Leygues, du Malin et du Montcalm. Mais ils se trouvent face à un obstacle de poids, c’est-à-dire le brouillard qui les empêche de voir les navires anglo-gaullistes tenter de débarquer. Alors l’aviso Commandant Duboc essaie d’en profiter pour mettre à terre des fusiliers marins. Malgré tout, il est accueillit par deux batteries de 95 qui demeuraient installés au phare de Rufisque. Alors que le Savorgnan de brazza essaie de détruire ces installations, les Commandant Duboc et Commandant dominé rebroussent chemin en se masquant avec des fumigènes. Bien-sûr, à cause du manque visibilité, il était impossible aux navires pétainistes de poursuivre les avisos gaullistes. Un peu plus tard, les agresseurs tentent une nouvelle fois de débarquer à quelques kilomètres au sud, mais ils sont reçus par les tirailleurs sénégalais. Comprenant qu’une attaque terrestre sur Dakar en passant par Rufisque était impossible, de Gaulle abandonne le projet. Alors il conclura : "Décidément, l’affaire était manquée ! Non seulement le débarquement n’était pas possible, mais encore il suffirait de quelques coups de canons, tirés par les croiseurs de Vichy, pour envoyer par le fond toute l’expédition française libre. Je décidai de regagner le large, ce qui se fit sans nouvel incident.". Cela ne fait aucun doute pour lui, les forces françaises étaient bien plus importantes que les siennes. Il reconnaît son erreur, même s’il ne se considère pas comme le principal responsable. Pourtant, n’est-ce pas lui qui a insisté pour essayer de prendre Dakar alors que le cabinet de guerre britannique prévoyait son annulation après l’arrivée de renforts français?

 

Mais après cet échec, les Britanniques veulent que l’offensive se poursuive conformément au plan d’attaque. Voici ce qu’indique Churchill dans ses mémoires :

« Les chefs d’opération décidèrent à 16h30 [l’heure évoquée ici est approximative] de replier les transports de troupes et de reprendre l’action le lendemain. Le message annonçant cette résolution arriva à Londres à 19h10, et j’envoyai au chef local le message personnel suivant daté de 22h14, le 23 septembre :

Puisque nous avons commencé, il faut aller jusqu’au bout. Ne vous laissez arrêter par rien. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 185).

L'Amiral Cunningham reçoit le télégramme du Premier ministre britannique lui ordonnant de pousser activement l'offensive de Dakar. Puis durant la nuit, le commandant en chef britannique envoie un message au gouverneur de la ville lui ordonnant d’abandonner la ville à de Gaulle avant 6 heures. Il poursuit : « Au cours de la nuit, un ultimatum fut adressé au gouverneur et celui-ci répondit qu’il défendrait la place jusqu’au bout. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 185). En effet, par l’intermédiaire du cuirassé Richelieu, le gouverneur général Boisson envoie le message suivant vers 3h40 : « Le gouverneur général – stop – la France m’a confié Dakar, je défendrai Dakar jusqu’au bout »

 

Dans le second article du sujet, nous allons analyser la poursuite de l'Opération Menace par les Britanniques, et les répercutions politiques de l'attaque anglo-gaulliste sur les troupes fidèles au chef de la France (http://realite-histoire.over-blog.com/article-le-23-septembre-1940-le-debut-d-une-guerre-franco-francaise-2-50124816.html).

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14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 22:25

25-09.jpgLa poursuite inutile de l'Opération Menace par les Britanniques, les 24 et 25 septembre

 

Même si Churchill montre des doutes de la possibilité des anglo-gaullistes à s’emparer de Dakar, il tient à intensifier l’attaque en espérant que les Français finissent par céder. Pour De Gaulle, qui pourtant montrait tant d’optimisme quelques jours auparavant, il n’y avait presque aucune chance de prendre la place forte. Il a avait contribué à faire affronter des français entre eux, et les résultats s’avérèrent désastreux. Sans doute voulait-il ne pas aggraver la situation. Par conséquent, les troupes gaullistes se placent en retrait et laissent désormais les Britanniques mener l’Opération Menace. Churchill évoque brièvement cette matinée du 24 septembre 1940 : « La visibilité était meilleure que la veille, mais restait encore mauvaise. Les batteries de côte ouvrirent le feu sur nos navires quand ceux-ci se rapprochèrent. Le Barham et le Résolution engagèrent le Richelieu à 12 500 mètres. Peu après, le Devonshire et l’Australia tirèrent sur un croiseur et sur un contre-torpilleur, endommageant ce dernier. Le bombardement se termina vers 10 heures. A ce moment, le Richelieu avait reçu un projectile de 380 mm, le fort Manuel avait également été touché et un croiseur léger était en feu. En outre, un sous-marin qui avait essayé d’empêcher notre approche fut contraint de remonter à la surface par une grenade et son équipage se rendit. Aucun de nos navires ne fut touché. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 185). Encore une fois, le Premier ministre britannique est peu précis, et surtout n’évoque que les faits qui lui plait. En effet, dès 5 heures du matin, les troupes fidèles au maréchal Pétain se déploie afin de résister à l’orage qui s’annonce. Ainsi, le sous-marin Bévéziers sort de son bassin et appareille afin de prendre position à 10 milles dans le sud de Gorée. Environ quinze minutes plus tard, le contre torpilleur Fantasque, qui était indisponible depuis le 21 suite à une avarie, ainsi que le torpilleur Hardi, sortent du port et rallient l'escadre de l'amiral Lacroix. Et à 5h40, l’Ajax s’enfonce dans la mer. Puis deux avions Loire 130 décollent afin surveiller la côte et détecter les mouvements britanniques. Mais l’un est pris en chasse par un swordfish qui le crible de balles. Néanmoins, les deux avions parviennent tout de même à regagner Dakar. Puis vers 7 heures, plusieurs monoplans de type SKUA tentent d'attaquer le cuirassé Richelieu, mais ils sont accueillis par les tirs de DCA. Une heure plus tard, à 8 heures, le sous-marin Ajax repère les deux cuirassés Barham et Résolution, ainsi que trois torpilleurs. Il tente d’attaquer l’ennemi mais est immédiatement détecté. Il est alors pris en chasse par les torpilleurs. Il reçoit trois grenades du Fortune, provoquant de graves dégâts et l’empêchant de combattre ou de se mouvoir. Le commandant du sous-marin donne l’ordre de le remonter à la surface, puis ordonne l’évacuation. Le Fortune repère la proie en difficulté et récupère les soldats à son bord. Puis l’Ajax coule aux alentours de 10h15.

Entre temps, six avions swordfishs tentent à nouveau d'attaquer le Richelieu vers 9 h 10, accompagnés de bombes de 250 livres. Cependant, leurs bombes n’atteignent que des canalisations à mazout, et ils doivent faire face à de nombreux tirs de DCA. Dans la foulée, des chasseurs rejoignent l’ennemi et abattent quatre swordfishs. Ils capturent cinq aviateurs britanniques. Puis les Britanniques bombardent la batterie côtière du cap Manuel mais ne font que très peu de dégâts. Ensuite aux alentours de 9h30, c’est au tour des cuirassés Barham et Resolution d’ouvrir le feu sur le Richelieu et le cap Manuel, à une distance d’entre 12 500 à 14 000 mètres. En face, les Français tentent de dissimuler ces points par un rideau de fumée produit par le torpilleur Hardi. Quelques minutes plus tard, le Richelieu réplique mais l’une de ses tourelles tombe en avarie juste après. Alors les batteries côtières et les croiseurs prennent le relais et envoient des salves en direction des croiseurs ennemis. Puis une deuxième tourelle du Richelieu tombe également en avarie. Un quart d'heure plus tard, le torpilleur Hardi est placé sous l’autorité du commandant Marzin par l'amiral Lacroix, puis reçoit l’ordre de protéger le Richelieu en difficulté par des émissions de fumée, en cas de nouvelle offensive de cuirassés britanniques. Vers 10h50, le Barham et le Resolution s’attaquent alors aux croiseurs et aux contres-torpilleurs qui évoluent à l'intérieur du filet par-torpille. Les Britanniques les encadrent plusieurs fois et les neutralisent avec difficulté puisque les navires français se révèlent plus maniables et leurs moteurs plus puissants. Mais vers midi, les deux tourelles endommagées du Richelieu sont réparées, donc à nouveaux en état de fonctionner. Au même moment, l’équipage du cuirassé aperçoit un point noir sur l'eau, précisément à tribord arrière. Il s’agit d’un avion britannique qui fut abattu plus tôt par la DCA du Richelieu. Le commandant Marzin ordonne alors au torpilleur Hardi d'aller récupérer les rescapés, même s’ils sont ennemis. Une demi-heure après, le Hardi parvient à destination et récupère un aviateur anglais blessé. Mais il tente aussitôt de rejoindre l’entrée du port puisqu’il a remarqué que deux cuirassés et deux torpilleurs britanniques le poursuivaient. Une fois avertie, le Richelieu, le Georges Leygues et le Montcalm envoient des salves afin d’éloigner les poursuivants. Puis à 13 heures, l’amiral Lacroix donne l’ordre de faire de la fumée afin de masquer les navires en rade. Ainsi, les Britanniques tirent à l’aveugle et n'atteignent aucun de leur objectif. Seul le port est légèrement touché avec le Portos et le cargo suédois Tacoma. Vers 13h30, les Britanniques arrêtent l’offensive et disparaissent. Ils n’ont toujours pas fait céder les Français.

 

Une nouvelle attaque a lieu dans l’après-midi. Churchill s’y étale très peu : « Le bombardement reprit dans l’après-midi pendant un temps assez court. Cette fois, le Barham fut touché à quatre reprises, mais ne subit pas de graves dommages. Le bombardement ne donna aucun résultat concluant et indiqua seulement que les défenses étaient puissantes et que la garnison était résolue à résister. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 185-186). En reprenant les évènements, nous pouvons supposer pourquoi il n'en parle quasiment pas. En effet, à 15h30, huit swordfish de l'Ark Royal tente de s’approcher de Dakar. Cependant, ils sont accueillis par des tirs de DCA en provenance des croiseurs Georges Leygues et Montcalm. Puis d’autres vaisseaux envoyèrent une salve : Le Fantasque, le Malin, le Hardi, l'Air France IV, la Gazelle et le Commandant Rivière. Les avions anglais sont complètement désorganisés à cause de ces tirs de DCA. Deux d’entre eux sont abattus, et quatre lâchent rapidement leurs torpilles et loupent complètement leurs cibles. Malgré tout, deux swordfish parviennent à envoyer plusieurs munitions, loupant de très peu le Georges Leygues et le Montcalm. En fin d’après-midi, le pont du Résolution reçoit des éclats d'obus, puis le Barham est atteint à quatre reprises sans que les dégâts ne soient importants. Côté Français, le Malin est victime d’une fuite de l’une des chaudières à cause des chocs subis lors des bombardements, mais elle a été rapidement réparée. Egalement, plusieurs canons du Richelieu sont endommagés, malgré quelques réparations. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que le grand cuirassé avait quitté Brest en pleine débâcle française, en juin 1940, alors que la totalité de son artillerie n’a pas été installée. Mais encore une fois, les Britanniques sont repoussés par les défenses françaises. Malgré tout, craignant une offensive surprise par l’intermédiaire des vedettes, les avisos patrouillent dans la soirée tout le long des filets. Egalement, la Gazelle et la Surprise recherchent des mines magnétiques aux alentours de l’île de Gorée, mais ils ne retrouvent que quelques torpilles n’ayant pas explosé.

Toujours durant cette soirée du 24 septembre, Charles de Gaulle se rend sur le Barham afin de rencontrer l'amiral Cunningham et le général Irwin. Ce que ne dira pas le Premier ministre anglais (volontairement ?) dans son mémoire, c’est que les trois officiers conclurent que les troupes anglo-gaullistes ne pouvaient pas prendre Dakar et décidèrent d’arrêter le bombardement de la ville, mais Churchill continua à s’obstiner et envoie un message à la flotte anglaise en leur ordonnant de poursuivre le combat. Alors une nouvelle offensive est prévue le lendemain, c’est-à-dire le 25 septembre.

 

Richelieu-3.jpgEst-ce que la situation va changer le 25 septembre ? Voyons ce que dit Churchill au cours de la matinée de ce jour : « L’action recommença le 25 septembre. Le temps était clair et notre flotte ouvrit le feu à 19 000 mètres. La riposte vint non seulement des batteries de côte au tir fort précis, mais aussi des salves doubles de 380 mm du Richelieu. Notre objectif se trouva alors masqué par un rideau de fumée tendu par le commandant de Dakar. Un peu après 9 heures, le cuirassé Résolution fut atteint par une torpille d’un sous-marin de Vichy. A la suite de cet incident, l’amiral décida de se retirer vers le large « étant données la situation du Résolution, la menace permanente des sous-marins, ainsi que la grande précision et la résolution des défenses côtières. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 186). Le Premier ministre britannique reconnaît que la continuation de la bataille fut un échec. Il est vrai que la visibilité s’était nettement améliorée. A 4 heures du matin, les différents navires commencent déjà à appareiller, et des avions de reconnaissance des deux camps sont envoyés. Puis vers 5h30, six avions Curtiss décollent et abattent, environ une heure plus tard, un Swordfish de l'Ark Royal avec l’aide des DCA des navires. Suite à ce petit événement, les autres avions britanniques regagnent leur porte-avion. L’aviation française possédait la maîtrise du ciel et l’ennemi ne parvint pas à l’ébranler. Elle refoula plusieurs avions d’observation et abattent le Warlus qui avait été catapulté de l’Australia. Mais aux alentours de 7h40, le poste d'observation du château d'eau du cap Manuel signale l'arrivée de plusieurs navires anglais. En effet, à 8h25 arrivent à 34 000 mètres ces derniers. Parmi eux, le Barham doit attaquer le Richelieu, l'Australia doit détruire les croiseurs Montcalm et Georges Leygues, le Resolution doit neutraliser la batterie de l'île de Gorée et le Devonshire celle du cap Manuel. Alors à partir de 8h30, le Fantasque, la Surprise, le Hardi et le Malin tendent des rideaux de fumée, et un canot à moteur mouille quelques fumigènes à l'Est de la jetée, où se trouve le Richelieu, afin de parfaire cet écran de fumée. Pendant ce temps, le gouverneur général Boisson donne l'ordre de ménager les munitions, car le Richelieu ne possédait plus que 24 charges de poudre pour les tourelles de 380. A exactement 9h04, la tourelle I du Richelieu ouvre le feu sur les cuirassés britanniques situées 22 000 mètres. Alors le Barham répond par une salve de quatre coups, mais il manque sa cible. Au même moment, le Resolution est touché par plusieurs torpilles du sous-marin Bévéziers, qui était placé en embuscade au Sud de Gorée, et ne peut pas répliquer. Puis le Bévéziers rejoint l’île de Gorée, tandis que le Foresight le bombarde à coup de grenades, mais sans causer de dégâts importants. Ensuite, des tirs sont échangés des deux côtés. Le Georges Leygues et le Montcalm sont encadrés à plusieurs reprises, mais le Richelieu encadre le Barham en parallèle. A 9h15, le Richelieu est atteint par un obus de 380 mm, mais les dégâts ne sont pas importants et il n’y a aucune victime. Puis à 9h20, l'avion de réglage de tir britannique est abattu par un Curtiss.

Le bilan de cette matinée est catastrophique pour les Britanniques. L'aviation française maîtrise le ciel, le Resolution est hors de combat, l'Australia est touché par deux fois par des obus de 152 mm, mais qui ne provoquent aucune gravité. Cette résistance inattendue des français et la peur de perdre des navires incita l'amiral Cunningham à retirer ses hommes. De Gaulle écrit dans ses mémoires : "L’amiral Cunningham décida d’arrêter les frais. Je ne pouvais que m’en accommoder. Nous mîmes le cap sur Freetown". De plus, les fidèles du maréchal Pétain sont beaucoup mieux organisés. En effet, ils se sont préparés à répondre à une attaque aérienne, au cas où les Britanniques décident d’insister. En face, l’Ark Royal fait décoller des Swordfish pour couvrir la retraite en cas de riposte provenant de Dakar. Les Français envoient trois bombardiers Glenn Martin 167F, mais une seule bombe de 200 kg est larguée sur les navires anglais et tombe à 50 m du croiseur Faulknor. Les autres bombes sont délestées en mer à cause d'un mauvais fonctionnement. Certaines d'entre elles tombent même entre le Georges Leygues et le Montcalm, provoquant une alerte aérienne. Churchill évoque la suite de cette matinée : « Entre temps, le Comité de Défense qui s’était réuni à 10 heures, sans moi, avait émis l’avis qu’aucune pression ne devait être exercée sur les chefs locaux pour les amener à agir contre leur jugement. Le cabinet se réunit à 11h30 et c’est au cours de la réunion que nous parvinrent les messages annonçant les résultats des opérations de la matinée. A la lecture de ces renseignements, il parut clair que l’affaire avait été poussée aussi loin que le permettaient la prudence et nos ressources. Plusieurs beaux navires avaient été gravement avariés. Il était évident que Dakar serait défendu jusqu’à la mort. Personne ne pouvait assurer que les passions féroces que déclencherait un combat prolongé ne provoqueraient pas une déclaration de guerre de la part de Vichy. Aussi, après une pénible discussion, décidâmes-nous à l’unanimité de ne pas pousser l’affaire plus avant. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 186). Du côté des Français, la « tempête » se calme à partir de 10 heures, et l’amiral Lacroix donne l’ordre de cesser d’émettre la fumée. Puis, des avions de reconnaissances sont envoyés pour confirmer la retraite des Britanniques vers Freetown. Enfin, différentes chaînes de radios annoncent la décision du gouvernement britannique de renoncer à poursuivre les opérations contre Dakar. A exactement 13h27, Churchill envoie le message suivant aux chefs de l'opération, dont voici un extrait : "Vu tous les renseignements en notre possession, y compris celui annonçant l'avarie du Resolution, nous avons décidé que l'opération contre Dakar devait être abandonnée, en dépit des conséquences facheuses auxquelles il faut évidemment s'attendre. A moins qu'il ne se soit produit quelque chose que nous ignorons et qui vous fasse désirer de tenter un débarquement en force, il vous faut arrêter immédiatement toute action. Faites-nous connaître par télégramme "Très Urgent" si vous êtes d'accord, mais, à moins que la situation ne se soit complètement retournée en notre faveur, vous ne devez pas commencer à débarquer tant que vous n'aurez pas reçu de réponse de notre part." (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 186-187). Puis c'est au président des Etats-Unis qu'il s'adresse, afin de lui tenir au courant le bilan de l'Opération Menace : "Je regrette beaucoup que nous soyons obligés d'abandonner l'entreprise de Dakar. Vichy y est arrivé avant nous et a réorganisé la défense avec des partisans et des spécialistes d'artillerie. Tous les éléments amis ont été arrêtés ou neutralisés. Plusieurs de nos navires ont été touchés. Persister à vouloir débarquer en force nous eût imposé des obligations dont nous n'avons nul besoin, quand on pense à tout ce que nous avons déjà sur les bras." (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 187).

 

L'opération Menace est un échec complet et largement évitable, engendrant la mort de 203 français pour 393 blessés. D’un côté, nous avons eu un Churchill qui émettait des doutes quant à la réussite de la prise de Dakar. Cependant, une fois l’Opération Menace déclenchée, il souhaitait à tout pris qu’elle se déroule jusqu’à son terme, c’est-à-dire jusqu’à la prise de la ville, et cela contre l’avis des généraux et officiers britanniques stationnés sur place. De l’autre côté, l’autoproclamé chef de la France Libre Charles de Gaulle se montrait confiant quant aux chances de succès, sans prendre en compte l’arrivée des renforts français à Dakar quelques semaines avant le début des hostilités. Néanmoins, il a rapidement compris, dès le premier jour de l’offensive, que la place forte s’avérait imprenable. Malgré tout, le mal était fait. Celui qui a tant souhaité s’installer à Dakar pour accroître son influence au détriment de Pétain a déclenché un conflit franco-français inutile. Il a été prêt à briser l’unité de l’Empire français afin de contribuer à ses intérêts qu’il assimilait à ceux de la France (ne s’est-il pas exclamé « Je suis la France ! » devant Churchill ?), alors que le gouvernement français était à l’époque en situation de neutralité dans la guerre. Nous pouvons alors nous poser une question. En effet, nous savons qu’une collaboration franco-allemande était inévitable, même si de Gaulle n’avait pas attaqué Dakar, notamment dans les domaines économiques et sociales (diminution de l’endettement, libération des prisonniers de guerre, …). Mais nous pouvons nous demander si la collaboration militaire envisagée entre Pétain et Hitler en octobre 1940, à l’occasion de l’entrevue de Montoire, était la conséquence directe de l’offensive anglo-gaulliste sur Dakar ? Mais auparavant, que pensait Pétain envers de Gaulle ?

 

Petain.jpgLes pensées de Pétain vis-à-vis de De Gaulle

 

Si on se réfère à de Gaulle et à Churchill, cet affrontement a eut peu de conséquences. Voici ce que disait ce dernier : « Bien que le combat de Dakar eût été beaucoup plus sérieux qu’on ne s’y attendait, nous n’avions pas tort de penser que le gouvernement de Vichy ne déclarerait pas la guerre à l’Angleterre. Il se contenta d’exercer des représailles par air sur Gibraltar en partant de l’Afrique du Nord. Les 24 et 25 septembre, des raids successifs furent effectués au-dessus du port et des chantiers ; 150 bombes furent lancés au cours du premier raid et environ deux fois autant au cours du second auquel participèrent une centaine d’avions. Les aviateurs français ne parurent pas avoir montré beaucoup de zèle dans leur mission et la plupart des bombes tombèrent dans la mer. Il y eut quelques dégâts, mais personne ne fut touché. Nos batteries de DCA abattirent trois appareils. Le combat de Dakar s’étant terminé par un succès pour Vichy, on se tint tacitement pour « quitte » dans chaque camp. » (Winston Churchill, Mémoire sur la deuxième guerre mondiale, Tome 2 : L’heure tragique mai-décembre 1940, Partie 2 : Seuls, Plon, Paris, 1949, p. 188).

Pourtant, la Bataille de Dakar aura un impact très important en métropole. En effet, dès le lendemain de l’événement, la presse française annonce "l’ex-général de Gaulle fait tirer sur Dakar". De Gaulle est accusé à juste titre d’empêcher des rapports de bon voisinage entre ceux qui continuent la guerre et ceux qui l’ont cessée, à une période où l’Etat Français voulait rester neutre dans la guerre. Par ailleurs,  au cours d’une conversation, le général allemand von Stülpnagel indique au général français Huntziger que si les anglo-gaullistes auraient pris Dakar et entraîné dans leur camp l'A.O.F, alors l’Allemagne aurait rompu l'armistice et aurait envahi immédiatement de la zone Sud métropolitaine afin d’attaquer l'Afrique du Nord (Paul Baudouin, Neuf mois au gouvernement, La Table Ronde, 1948, p. 399). Finalement, la victoire des pétainistes va s'avérer aussi bénéfique à la France qu'à la cause des Alliés. Si de Gaulle avait réussi son coup, alors il aurait été responsable de l’invasion allemande en métropole et en Afrique du Nord, et toutes les conséquences qui vont avec. Quant à Pétain, il est furieux à l’encontre de De Gaulle, non pas parce qu’il s’opposait à l’armistice de Rethondes, mais par ses actions qui ont entraîné un conflits entre Français. En effet, si les deux hommes s’opposaient, le Maréchal ne semblait pas éprouver pas une grande haine contre le réfugié d’Angleterre. Si Pétain avait condamné à mort par contumace de Gaulle, il avouera lui-même qu’il n’avait jamais voulu faire appliquer cette condamnation et qu’il s’agissait d’un jugement de principe. Voici la rédaction d’une note datant de début août 1944 :

« Le jugement du général de Gaulle s’est imposé :

1° par une nécessité de discipline militaire ;

2° comme valeur d’exemple afin d’arrêter un mouvement d’exode d’officiers français vers l’étranger.

3° Il est évident que ce jugement par contumace ne peut-être de principe. Il n’a jamais été dans ma pensée de lui donner une suite.

4° Je suis prêt, au contraire, à m’associer aux actes qui faciliteront le retour de l’ordre en France et l’union des cœurs entre tous les Français. » (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 593). Cette note était épinglée au dossier de condamnation à mort de Charles de Gaulle.

En réalité, il ne reproche pas à de Gaulle de s’opposer à lui, mais d’avoir monter les Français entre eux et de rompre l’unité de la France. En effet, il faut savoir qu’il existe au dossier de la Haute Cour un document écrit de la main du Maréchal dont on ignore s’il a exprimé sa véritable pensée ou ce qui lui paraissait, sous la pression allemande, le plus conforme aux intérêts des français. En effet, même s’il manque quelques morceaux, nous pouvons en recopier un extrait :

« Les nouvelles qui m’arrivent de l’extérieur signalent un mal qui se répand dans nos possessions d’outre-mer et agit sur les foules comme un poison subtil qui tend à leur faire perdre le sens du réel et à les détourner de leurs devoirs envers la mère patrie. Ce mal s’appelle gaullisme du nom de l’ex-général français de Gaulle.

[Ce général a abandonné la France au lendemain de l’armistice pour prendre du service en Angleterre]

Dès que la France vaincue fut obligée de déposer les armes et de demander un armistice à l’Allemagne, de Gaulle, n’acceptant pas la défaite, résolut de reprendre à son compte la guerre contre l’Allemagne. Il quitta donc la France et se retira en Angleterre où il appela auprès de lui tous les Français qui, comme lui, n’acceptaient pas les conditions de l’armistice. On aurait pu croire que cette armée composée de Français et destinée à chasser nos ennemis hors du territoire français s’emploierait uniquement à cette tâche.

Il n’en fut rien. De Gaulle n’en veut qu’aux Français et ne se bat que contre les Français.

Je veux bien croire que le but poursuivi par de Gaulle n’était pas tout à fait tel que je viens de le définir. Mais quand il a compris que la France refusait de se donner à lui [référence à Dakar], qu’il était manifeste qu’il s’était trompé, que son orgueil l’avait conduit dans une fâcheuse impasse, il eût dû, au moins, ne pas persévérer dans une tentative qui devenait criminelle.

Il ne s’est pas borné à maintenir son attitude, il a attiré à lui de jeunes Français qu’il a abusé en leur faisant croire que leur moyen de sauver la France était de reprendre la guerre.

Sans connaître exactement le plan gaulliste, on peut penser que le premier acte aurait consisté à s’emparer de l’Afrique du Nord, à y organiser une armée moitié française, moitié indigène, capable de défendre l’Afrique du Nord. A une telle tentative, les Allemands aurait certainement répondu par l’occupation de la France entière [nous savons que c’est une réalité puisque le général von Stülpnagel l’a déclaré au général Huntziger].

De Gaulle s’était engagé à ne pas porter les armes contre des Français.

Voyons, comment il a tenu parole ! » (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 596).

A la suite de ce même texte, Pétain énumère quelques actions gaullistes contre les Français, et la première évoquée est bien sûr l’offensive sur Dakar. Pour lui, de Gaulle avait nuit aux intérêts de la France au nom de ses intérêts personnels, au point de faire attaquer les Français les uns contre les autres. Qu’on le veuille ou non, en prenant pour exemple la Bataille de Dakar, c’est un fait incontestable. De Gaulle n’a jamais cherché à éviter un conflit entre habitants de l’Empire Français, alors qu’il aurait pu le faire, mais il lui aurait été impossible de se légitimer et donc de se montrer comme l'nuique sauveur de la nation. Alors il est indiscutable que Pétain ait changé de comportement après et à cause de l’Opération Menace, car il lui fallait défendre le territoire qui menaçait de sombrer dans la guerre civile déclenchée par le général français et soutenu par Churchill.

 

petain-copie-1.jpgDe Gaulle et Churchill, responsables de l’Entrevue de Montoire ?

 

Dès début octobre 1940, Pétain entend faire la paix avec tous ses voisins, aussi bien Britanniques que Allemands. En effet, voici ce qu’il déclare à la radio le 11 de ce mois : "Indépendante du revers de ses armes, la tâche que la France doit accomplir l'est aussi, et à plus forte raison, des succès et des revers d'autres nations qui ont été, dans l'histoire, ses amies ou ses ennemies. Le régime nouveau, s'il entend être national, doit se libérer de ces amitiés ou de ces inimitiés, dites traditionnelles, qui n'ont, en fait, cessé de se modifier à travers l'histoire pour le plus grand profit des émetteurs d'emprunts et des trafiquants d'armes. Le régime nouveau défendra, tout d'abord, l'unité nationale, c'est-à-dire l'étroite union de la Métropole et de la France d'outre-mer. Il maintiendra les héritages de sa culture grecque et latine et leur rayonnement dans le monde. Il remettra en honneur le véritable nationalisme, celui qui, renonçant à se concentrer sur lui-même, se dépasse pour atteindre la collaboration internationale. Cette collaboration, la France est prête à la rechercher dans tous les domaines avec tous ses voisins. Elle sait d'ailleurs que, qu'elle que soit la carte politique de l'Europe et du monde le problème des rapports franco-allemands, si criminellement traité dans le passé, continuera de déterminer son avenir. Sans doute, l'Allemagne peut-elle, au lendemain de sa victoire sur nos armes, choisir entre une paix traditionnelle d'oppression, et une paix toute nouvelle de collaboration."

Comme nous l’avons déjà dit, le Maréchal considérait que des accords avec l’Allemagne étaient indispensables pour diverses raisons, telles que l’allégement des dettes ou la libération de prisonniers qui étaient au nombre 1,5 millions au moment de l’armistice. Cependant, le dirigeant de la France sait très bien qu’une attaque anglo-gaulliste peut se reproduire de nouveau. Ils avaient échoué à Dakar, alors ils allaient sans doute recommencer à forcer la barrière. Défendre l’Empire Français contre les agresseurs était donc nécessaire, même s’il souhaitait en même temps faire la paix avec tous les pays, quel que soit le camp. Alors le 24 octobre 1940, Pétain rencontre Hitler à Montoire, dans le Loir et Cher. Pourquoi ? Le procès verbal de la conversation du 24 octobre 1940, signé par Paul Schmidt et paru en 1961, évoque l’entretien entre Pétain et Hitler. Peu d’historiens l’ont mentionné, à part François Delpha dans son Montoire (Albin Michel, 1996, p. 438-444), mais qui a un esprit totalement partisan et anti-Pétain, ainsi que Marc Ferro dans son Pétain (Hachette, 2009, p. 188-193), qui est plus objectif sans l’être à 100%. Voici un résumé que j’ai déjà accompli dans un autre article (http://realite-histoire.over-blog.com/article-22506257.html) :

Tout d'abord, Pétain s'est dit heureux de rencontrer Hitler, même si l'atmosphère était tendue. Le Maréchal lui rappelle qu'à la place du gouvernement français, il n'aurait jamais déclaré la guerre à l'Allemagne tant leur supériorité militaire était évidente en 1939. Alors qu'il était ambassadeur en Espagne, il avait en vain demandé à deux reprises pour reprendre ses fonctions au sein du Conseil supérieur de la guerre. Il n'a l'accord de revenir qu'en mai 1940, c'est-à-dire en pleine débacle, à un moment ou tout était perdu. Puis Pétain annonce le souhait de renforcer la défense de ses colonies d'Afrique face à l'Angleterre et les gaullistes. Selon Paul Schmidt, l'ancienne alliée de la France "s'était incroyablement mal comportée envers elle". En effet, alors que l'Etat Français avait évité l'occupation totale de la métropole par l'Allemagne, le royaume de Grande-Bretagne le poignarde dans le dos. Quant à De Gaulle, il avait trahi sa patrie en déclenchant une guerre franco-française à Dakar le 23 septembre 1940, chose stupide et qui avait un impact négatif pour la cohésion de l'armée française et la préservation de l'Empire. Le Führer explique qu'il n'avait pas désiré cette guerre contre la France, mais qu'il était normal qu'elle en paye les frais. Ensuite, il indique qu'il luttera jusqu'à l'anéantissement de l'Angleterre et parle des opérations aériennes en Grande Bretagne. Pour Hitler, c'est cet Etat qui devait payer la plus grande part dans la guerre. Cependant, le futur traité ne devra pas être un traité d'oppression car cela risque d'empêcher l'établissement de rapports harmonieux entre les peuples. Il fallait, il est vrai, répartir les responsabilités et encourager ceux qui voulaient prendre un nouvel essor dans de meilleures conditions. D'après Pétain, le chef du Reich prévoyait un encerclement de l'Angleterre sur toutes les mers et par tous les pays voisins limitrophes. Si la France s'alliait à ce projet, c'est-à-dire le seul pays voisin de la Grande-Bretagne à ne pas être entièrement sous domination allemande, alors l'Angleterre ne pourra pas survivre longtemps. Cependant, les limites de la coopération ne pouvaient être connues immédiatement. Pétain accepta les principes d'une collaboration, mais lui préférait s'attarder sur les possibilités militaires en Afrique où l'Angleterre était l'assaillant. Sa volonté est visible, il souhaitait avant-tout sauvegarder l'Empire français contre tout intrus. De plus, si le Maréchal déclare directement la guerre contre l'Angleterre, il devrait faire appel au gouvernement, ce qu'il n'avait guère envie de faire. On peut donc prévoir une coopération, mais il faut agir avec prudence. Ensuite, le chef de la France exprima son admiration sur l'armement du Reich, et reconnu qu'il n'avait jamais connu de personne qui soit parvenu à des résultats gigantesques. A la fin de cet entretien, Philippe Pétain se déclara prêt à prendre en considération le principe d'une coopération avec Adolf Hitler et exprime sa satisfaction.

Malgré tout, Marc Ferro indique clairement une distinction entre Laval et Pétain qui n'abordaient pas la discussion de la même manière. En effet, Pierre Laval évoquait déjà son souhait d'une défaite anglaise, et remercie Hitler en déclarant accepter avec gratitude le principe de la collaboration qu'il propose. Au contraire, Pétain demeure froid comme à son habitude, avec un certain retrait. Par ailleurs, un nouveau malentendu émerge. Le Führer avait demandé que la France aide le Reich à acquérir des positions en Afrique. Mais d'après le Maréchal, la France a déjà ses positions à défendre et accepter cette collaboration doit engendrer une contrepartie. Toujours d'après Ferro, Pétain "considère qu'en assurant l'Allemagne qu'il défendra l'Empire français, il fait le maximum pour l'Allemagne." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 191). Les résultats souhaités se sont pas satisfaisants pour les Allemands et le projet évoqué ne sera jamais appliqué. En effet, après la guerre, le diplomate allemand von Renthe-Finck dira que Montoire  "constitue la plus grande défaite de la politique allemande vis-à-vis de la France. Nous n'y avons rien obtenu [...] si il n'y avait pas eu Montoire, il n'y aurait probablement pas eu de débarquement allié en Afrique du Nord." Le docteur Schmidt, qui est aussi traducteur d'Adolf Hitler et auteur de Ma figuration auprès de Hitler, conclut la relation de l'entrevue dans ses mémoires par ces mots chargés de sens : "Je suis enclin à considérer le vainqueur de Verdun comme celui qui l'a emporté diplomatiquement dans le duel de Montoire." (Paul Schmidt, Ma figuration auprès de Hitler, Editions Plon, 1950). Lors de l'entrevue de Montoire, Hitler était prêt à céder en échange d'un engagement de la France contre l'Angleterre, mais Pétain se montrait prudent et souhaitait s'engager avec modération. Yves Bouthillier, le ministre des finances de l'époque, le confirme au Conseil des ministres le 26 octobre : "Entrevue sans grande portée. Hitler a parlé tout le temps. Il a fait étalage de moyens militaires avec lesquels aucune force du monde n'est capable de se mesurer. Le Maréchal a accepté le principe d'une collaboration, c'est à dire un pacte de cohabitation entre la puissance occupée et la puissance occupante. Il n'a pris aucun engagement. Son espoir était que sa rencontre avec le maître du Reich et l'assurance qu'il lui avait donnée d'un respect loyal de la convention d'armistice rendrait plus efficace désormais les efforts des ministres militaires de réarmer la France, des ministres civils pour la faire vivre, et les siens pour le retour des prisonniers." (Yves Bouthillier, Le drame de Vichy, Tome I : Face à l'ennemi, face à l'allié, p. 198).

Cependant, la coopération militaire envisagée n’est sans doute pas le seul sujet évoqué par les deux chefs d’Etats. Selon Paul Schmidt, Pétain souhaitait s'entretenir sur cinq points : les prisonniers, les frais d’occupation, les départements du nord, l’Alsace et la ligne de démarcation. Nous ignorons si ces points ont été évoqués, mais nous savons que le Maréchal n'a jamais parlé de l'Alsace lors de cet entretien puisqu'il l'avoua lors d'une conversation à du Moulin de Labarthète. D'ailleurs, le Chef d'Etat ajouta qu'aucun accord immédiat a été pris (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 192-193). Et dans une lettre envoyée au général Weygand, que j’ai repris dans la première partie concernant un double jeu de Pétain, ce dernier indique également « J’ai pu leur affirmer, car c’est la vérité, qu’il n’avait été question que d’une collaboration de principe. Aucune modalité n’avait été envisagée. Je me suis d’ailleurs borné, dans cette entrevue, à réclamer l’amélioration du sort des prisonniers, du ravitaillement, des communications entre les deux zones et la suppression de la ligne de démarcation, etc. ». Puis il ajoute que « Je ferai en sorte qu’elle ne pose pas sur les considérations d’ordre économique, ou sur la défense de notre empire africain, en écartant toute idée d’agression contre l’Angleterre. Je suis bien résolu à ne m’associer, pour cette tâche, ni aux Italiens et ni aux Allemands. » (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 576-577, et Maxime Weygand, Mémoires, Tome III, appendice X). Autrement dit, une coopération militaire est envisagée, même elle n’est aucunement souhaitée par le Maréchal. Que plusieurs personnes indiquent ces points secondaires de l’entretien (tels le sort des prisonniers, la ligne de démarcation ou le ravitaillement), même s’ils ne figurent pas dans le procès verbal de la conversation du 24 octobre 1940, cela ne peut être le fruit du hasard. Chacun ne regardait pas ce qu’écrivait l’autre pour copier la même chose.

 

Il y a néanmoins une volonté de coopération militaire du Maréchal qui voulait protéger l’Empire français des anglo-gaullistes, même si cela ne lui plaisait guère. Alors Churchill et de Gaulle sont-ils responsables de l’entrevue de Montoire dont le principal motif pour Pétain était la défense de l’Empire Français ? Une instruction datée du 12 novembre 1940 et numéroté 18, va nous donner la réponse. Elle indique clairement que Pétain avait demandé une aide militaire à Hitler pour reconquérir les terres perdues en Afrique contre l'Angleterre et les gaullistes, et décrit l'objectif du Führer : "Le but de ma politique à l'égard de la France est de coopérer avec ce pays de la manière la plus efficace pour la conduite future de la guerre contre l'Angleterre. [...] La France aura provisoirement à jouer le rôle d'une puissance d'une non belligérante qui devra accepter dans le domaine de sa souveraineté, et en particulier dans ses colonies africaines, les mesures prises par l'Allemagne pour la conduite des opérations et à les appuyer dans la mesure nécessaire par l'emploi de ses propres moyens de défense. La tâche primordiale des Français est d'assurer défensivement et offensivement la protection de leurs possessions africaines (A.E.F et A.O.F) contre l'Angleterre et le mouvement De Gaulle. A partir de cette tâche la participation de la France à la guerre pourra se développer pleinement." (document repris par Marc Ferro dans Pétain, Hachette, 2009, p. 193). La réponse ne fait aucun doute. Qu’on le veuille ou non, par leurs actions contre l’Empire français, de Gaulle et Churchill sont indiscutablement responsable de l’entrevue de Montoire. Mais à la différence des gaullistes qui étaient prêts à tout pour légitimer leur chef, nous savons grâce à diverses sources que les Britanniques recontacteront le Maréchal, ce qui aboutira aux Accords Halifax-Chevalier puis aux Accords Pétain-Churchill, en décembre 1940. Je peux citer quelques exemples de données :

- la lettre de Pétain à destination de Weygand, dans laquelle il expliquait les tractations entre lui, les Britanniques et les Américains : « Vous avez très bien fait de ne pas répondre aux lettres de Winston Churchill et de Lord Halifax et de vous borner à leur accuser réception.

Moi aussi, j’ai été l’objet de questions nombreuses de la part de Winston Churchill et de Lord Halifax, curieux de connaître l’objet de mes conversations avec Hitler. J’ai pu leur affirmer, car c’est la vérité, qu’il n’avait été question que d’une collaboration de principe. Aucune modalité n’avait été envisagée.

[…]

L’amiral Platon est porteur de tous les renseignements susceptibles de vous intéresser. Pour que les Anglais osent vous demander de vous associer à l’œuvre de de Gaulle, il faut qu’ils soient bien bas dans leurs affaires, ou bien peu intelligents.

[…]

Le professeur Rougier m’a été annoncé, mais je ne l’ai pas encore reçu. On le considère, ici, comme un agent anglais. Vous faites bien d’affirmer que personne ne doit être autorisé à utiliser nos bases aériennes et navales.

[…]

La situation de notre Pays nécessite de maintenir un équilibre prudent entre la collaboration avec l’Allemagne (inévitable sur le plan économique) et les invites anglaises et américaines.

C’est une obligation que je ne perdrai pas de vue. » (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 576-577, et Maxime Weygand, Mémoires, Tome III, appendice X).

- les nombreux écris de l’intellectuel Louis Rougier (Louis Rougier, Les accords Pétain-Churchill, Editions Beauchemin, Montréal, 1945, ou Editions du Cheval ailé, 1948, ainsi que Les secrets d'accord franco-britannique de l'automne 1940 : histoire et imposture, Grasset, Paris, 1954),

- un résumé du général Héring au moment du procès pour "trahison" du général Dentz en avril 1945 (http://www.generalhering.org/index.php/La-defense-du-General-DENTZ/Accords-PETAIN-CHURCHILL.html).

 

 

En conclusion, nous pouvons affirmer que la Bataille de Dakar remportée par la France avait eu des conséquences politiques beaucoup plus importantes qu'un Churchill ou qu'un de Gaulle le prétendait. Concernant l'attaque en elle-même, nous avons observé que la préparation de l'Opération Menace a été difficile et compromise déjà avant son lancement, en raison de problèmes de coordinations et de communications, puis également à cause de l’arrivée de renforts à la place stratégique de Dakar prouvant un manque de maîtrise du territoire. Alors que Churchill et le Cabinet de guerre britannique envisageaient d’annuler l’offensive, de Gaulle et plusieurs officiers britanniques tenaient à tout prix qu’elle eut lieu. L'homme de l'appel du 18 juin n’a pas hésité à engendrer un conflit entre français au nom d’intérêts personnels, car il souhaitait accroître son influence en Afrique et tenter de se légitimer davantage, mais il pensait qu’il serait accueillit pacifiquement et non pas par les armes. Dès la première journée de l’offensive qui fut marquée par le conflit franco-français, les anglo-gaullistes se révélèrent incapables de percer la ligne défensive face aux soldats fidèles au maréchal Pétain. De Gaulle qui tenait tant à prendre Dakar l’avait rapidement compris et souhaitait que ses troupes rebroussent chemin, mais le mal était fait. Cependant, Churchill exigeait que l’attaque s’intensifie, et cela même contre l’avis de plusieurs de ses officiers. Au final, la Bataille de Dakar se solda pour les anglo-gaullistes par une lourde défaite. De plus, elle était non seulement évitable, mais elle fut également inutile. En revanche, elle eut des répercussions non négligeables. En effet, l'agression des britanniques et des gaullistes avait notamment engendré l'entrevue de Montoire entre le maréchal Pétain et le Führer Adolf Hitler. Si on se réfère au procès verbal de la conversation du 24 octobre 1940, l'entretien concernait avant-tout la possibilité d'une coopération militaire, même s'il ne s'agissait pas du seul sujet. Ce projet, qui n'a finalement jamais vu le jour, a été envisagé après l'Opération Menace alors qu'il n'a jamais été évoqué avant cet évènement. Pour le chef de l'Etat Français, il était indispensable de protéger l'Empire national et principalement l’Afrique contre toute nouvelle agression anglo-gaulliste, quitte a obtenir un accord militaire avec l'Allemagne. Les sources démontrent que Pétain n'agissait pas par plaisir mais parce qu'il pensait agir pour la défense des intérêts de la France en souhaitant maintenir son unité, tandis que De Gaulle était perçu comme un homme voulant au contraire la division des français. Cette coopération militaire lui semblait donc une nécessité, mais tout en exprimant la volonté de faire la paix avec tous ses voisins, dont la Grande-Bretagne, comme le prouve l'existence des Accords Pétain-Churchill. Enfin, il faut noter que les soldats gaullistes interviendront souvent contre les forces françaises fidèles au maréchal Pétain (par exemple à Dakar en septembre 1940, ou au Liban et en Syrie en juin et juillet 1941), alors que d’autres troupes françaises comme l’Armée d’Afrique du Nord du général Juin se sont concentrées davantage sur les forces de l’Axe. De ce constat, on peut clairement se demander si l’objectif de de Gaulle était seulement de libérer la France et son Empire, ou aussi de se faire passer comme le principal sauveur de la nation tout en faisant croire que Pétain s’était pleinement rangé du côté de l’ennemi. Sur ce point, il a parfaitement réussi son coup.

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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 17:32

Le 10 juillet 1940, le maréchal Pétain reçoit les pleins pouvoirs de part des élus du peuple, issus de la Chambre des Députés et du Sénat. A cette occasion, il est chargé de créer une nouvelle constitution française qui devait être mise en application après la guerre. Cependant, elle fut négligée à la fin du conflit, et beaucoup de Français ignorent aujourd'hui son existence . Pourtant, les fondateurs de la IVème et de la Vème République se passeront bien de dire qu'ils reprirent de nombreux points issus de la Constitution républicaine du maréchal Pétain ...

Préparation et quelques acteurs

Tout d'abord, il ne faut pas oublier que les Pétainistes, les Gaullistes, les Communistes et les Collaborationnistes étaient tous d'accord sur le fait que le Régime de Vichy était provisoire et devait disparaître après la guerre. Il fallait faire entrer la France dans l'ordre nouveau qui surviendra après la guerre. Pour les Gaullistes, il fallait que la France se place du côté des puissances anglo-saxonnes, tout en garantissant l'indépendance du pays après le conflit armée. Pour les Communistes, il était nécessaire de créer un système politique proche de celui de l'Union Soviétique après la libération de la France. Pour les Collaborationnistes, il fallait s'engager pleinement au côté de l'Allemagne puisque les nazis devaient gagner le conflit en Europe. Enfin, pour les Pétainistes, la priorité était la défense du territoire français et de garantir son indépendance, quel que soit le vainqueur de la guerre. Pour chacun de ces camps, il était indispensable d'envisager le futur Etat Français. Malgré tout, c'est officiellement le Chef de l'Etat qui devait jeter les bases d'une nouvelle constitution, indépendamment de celle de Vichy qui était provisoire. Voici la première loi constitutionnelle de Vichy du 10 juillet 1940, lui dictant la mission :

"L'Assemblée nationale a adopté,

Le Président de la République promulgue la loi constitutionnelle dont la teneur suit :

Article unique.

L'Assemblée nationale donne tout pouvoir au gouvernement de la République, sous l'autorité et la signature du maréchal Pétain, à l'effet de promulguer par un ou plusieurs actes une nouvelle constitution de l'État français. Cette constitution devra garantir les droits du travail, de la famille et de la patrie.

Elle sera ratifiée par la Nation et appliquée par les Assemblées qu'elle aura créées.

La présente loi constitutionnelle, délibérée et adoptée par l'Assemblée nationale, sera exécutée comme loi de l'État.

Fait à Vichy, le 10 juillet 1940
Albert Lebrun

Par le président de la République,
Le maréchal de France, président du conseil,
Philippe Pétain."

Durant ses pleins pouvoirs, il devait établir une constitution qui sera appliquée après le conflit. Pour sa réalisation, Philippe Pétain s'entoura de plusieurs intellectuels, et nous pouvons rappeler les trois plus influents, issus de la droite libérale.
- Lucien Romier : Né en 1885 à Moiré, il entre à l'Ecole des chartes en 1905. Par la suite, il est réformé pour cause de santé. Il va alors se consacrer entièrement à sa passion pour l'histoire et va entreprendre plusieurs recherches historiques sur l'Histoire Moderne. Il séjourne à l’Ecole française de Rome et achève une thèse sur les guerres de Religion (les Origines politiques des guerres de religions, 1914). Après la Grande Guerre, il décide de se lancer dans le journalisme tout en continuant à publier des ouvrages sur l'Ancien Régime. Il devient rédacteur en chef de la Journée industrielle en 1920, et va progressivement se spécialiser dans les questions économiques. En 1925, François Coty lui propose de devenir rédacteur en chef du Figaro, mais il le quittera deux ans plus tard. Il y revint en 1934 après l'éviction de Coty, afin d'en prendre la direction. En 1927, Il adhère au Redressement français d’Etienne Mercier et devient le porte-parole de mouvement. Il compte comme membre prestigieux le maréchal Foch. En 1929, il se révèle sa vision de la société à travers la rédaction de son oeuvre L'Homme Nouveau. Avec comme sous-titre "esquisse des conséquences du progrès", il met en avant des principes traditionnalistes et libéraux, et se méfie du développement de certaines technologies comme le cinema, qu'il voit comme un moyen d'asservir le peuple ("Pour l'homme ignorant, le cinéma représente une prodigieuse économie d'effort intellectuel."). Par la suite, il intègre le Parti Libéral. Après l'Armistice du 22 juin 1940, il entre dans l’entourage immédiat de Pétain et le conseille dès l’été 1940. Il devient membre du Conseil national puis est chargé de mission le 23 février 1941. A partir du 11 août 1941, il est nommé ministre d’Etat. Romier préside le projet de rédaction de la Constitution, mais ses idées et sa grande influence envers le Maréchal déplaisent aux Allemands. En septembre 1943, l'intellectuel convaint Philippe Pétain de se débarrasser de Pierre Laval, et est alors envisagé comme successeur. Cependant, sa volonté ne sera pas réalisée puisque Laval avait quasiment les pleins pouvoirs au sein du Régime de Vichy, et était soutenu par les nazis. Ne pouvant agir à sa guise, Lucien Romier présente sa démission le 31 décembre 1943. Il meurt quelques jours plus tard, précisément le 5 janvier 1944.
- Joseph Barthélémy : Il
 
fut l'un des grands constitutionnalistes d'Avant Guerre. Il est né à Toulouse le 9 juillet 1874, dans une famille bourgeoise ayant eu des antécédents dans le domaine universitaire et la politique. Cependant, la mort prématurée de son père obligera Joseph a demandé une bourse pour faire ses études. Etudiant en droit, il parcourt toutes les étapes du cursus honorum avec une certaine facilité, sous la protection bienveillante du professeur Hauriou. Grâce à ce dernier, Barthélémy devint docteur en droit à seulement 25 ans, c'est-à-dire en 1899. Sa thèse s'intitule Essai d'une théorie des droits subjectifs des administrés dans le droit administratif français (Librairie de la société général des lois et des arrêts et du journal du palais, Paris, 1899). En 1906, il devint agrégé en droit public, puis enseigne le droit  à la faculté de droit de Lille et d'Aix en Provence, tout en étant avocat à Paris. Par la suite, il est nommé professeur de rang magistral à l'université de Montpellier. de A partir de 1913, il est professeur de droit constitutionnel à Paris ainsi que d'histoire parlementaire et législative à l'Ecole libre des sciences politiques. Durant les années 1910, il publie plusieurs textes demandant l'amélioration des institutions de la IIIème République. Parmi ces améliorations, on peut citer le rééquilibrage des pouvoirs en faveur du président de la République, c'est-à-dire un renforcement du pouvoir exécutif, ou encore l'octroi du droit de vote pour les femmes, à une époque où un certain Pierre Etienne Flandin tentait vainement de valider ce projet auprès de la Chambre des Députés. Il entre même en politique entre 1919 en étant membre de l'Alliance Démocratique (centre-droit), avant de s'allier à la Gauche Républicaine Démocratique. Il est élu député du Gers cette même année, conserva son poste en 1924, mais le perdit en 1928. Par ailleurs, il échoua à se faire élire député de Paris lors des élections de 1932. Mais à partir de la fin des années 1920, ce proportionnaliste s'oppose à plusieurs de ses partenaires qui luttaient en faveur d'un mode d'élection législative à deux tours. Après ces échecs politiques, il se consacre à nouveau à sa profession d'enseignant, mais se lance en parallèle dans une carrière de journaliste. Il devient éditorialiste du quotidien Le Temps, dans lequel il continue à se battre en faveur des modifications constitutionnelles, mais il veut également retirer aux parlementaires l'initiative en matière budgétaire. En 1927, il devient membre de l'Académie des sciences morales et politiques. Par la suite, Joseph Barthélémy s'oppose aux interventions de l'Etat sur l'économie, notamment lors du Front Populaire puisqu'il s'oppose fermement aux Accords de Matignon de 1936. Il voit dans le Front Populaire une volonté d'imiter la politique de l'URSS de Staline (La Revue de Paris, août 1936). Durant les années 1930, il continue à publier des textes exigeant un changement institutionnel, notamment dans Essai sur le travail parlementaire et le système des commissions (Librairie Delagrave, Paris, 1934). Mais il met davantage en valeur le souhait d'avoir une autorité plus grande du chef de l'Etat. Durant l'Occupation, il se rallie à Pétain dès aout 1940 et devient ministre de la justice le 27 janvier 1941. A cette occasion, il rédige un projet de constitution intitulé Provinces : Pour construire la France de demain (Editions Grasset, Paris, 1941). Néanmoins, son influence diminua progressivement après la montée en force de Laval, et il sera remplacé par Maurice Gabolde. Il revient peu de temps enseigner à l'université de droit de Paris. Inculpé à la libération dans le cadre de l'épuration, il sera incarcéré à Auch le 6 octobre 1944. Il mourra mystérieusement avant la fin de la procédure judiciaire.
- Pierre-Etienne Flandin
: Né à Paris le 12 avril 1889, fils d'Etienne Flandin, député de l'Yonne et résident général à Tunis, Pierre-Etienne Flandin réalisa de brillantes études au lycée Carnot. Il fut ensuite diplômé de l'Ecole des sciences politiques et docteur en Droit, puis s'inscrit au Barreau de Paris où il fait ses débuts comme secrétaire de Alexandre Millerand. Il se passionna pour l'aviation et le prouva en passant son brevet n° 880 le 25 mai 1912, alors qu'il accomplissait son service militaire. En 1914, il devint à son tour député de l'Yonne et conserva ce poste jusqu'en 1940. Il a alors seulement 25 ans. Au début de la Grande Guerre, il fut mobilisé et affecté à l'escadrille MF 33. Rappelé au ministère de la Guerre en 1915, il fut chargé de mission à la direction de l'Aéronautique. Peu après, il fut nommé rapporteur de l'Aéronautique à la commission de l'Armée et chargé du contrôle de l'aéronautique aux Armées. En 1917, il fut désigné pour les fonctions de directeur du service interallié au sous-secrétariat de l'Aéronautique. Il eu pour mission d'organiser la participation de l'aviation américaine aux côtés des Français et des Anglais. Lors de l'élaboration du Traité de Paix, il prit une part importante à la rédaction de la Convention internationale de navigation aérienne en qualité de membre de la sous-commission juridique de la délégation française. Après la Première Guerre Mondiale, Pierre-Etienne Flandin sera le premier président de la commission internationale. Il avait alors pour charge de réglementer la navigation aérienne dans le monde. Il y représenta la France pendant une dizaine d'années. Appelé au gouvernement en 1919, il créa le sous-secrétariat d'Etat à l'aéronautique et aux transports aériens. Il entreprit une oeuvre importante avec la réalisation des "ports aériens" d'Orly, du Bourget, de Marignane, d'Ajaccio, de Rabat, de Tunis et d'Oran, et c'est à lui qu'on doit par ailleurs l'Office national de la météo. Il mit en place l'organisation de l'aviation commerciale et fit voter le premier budget des transports aériens, réglementa la circulation aérienne, dressa le programme d'établissement des routes aériennes, institua le régime des primes et des subventions décennales à la navigation aérienne, créa les centres d'entraînement des pilotes de réserve, organisa les conférences anglo-franco-belges destinées à resserrer la coopération interalliée en faveur du progrès aéronautique. En 1922, Pierre-Etienne Flandin était élu président de l'Aéro-Club de France. Il le resta jusqu'en 1933, année où il fut nommé président d'honneur. Mais s'il avait une connaissance solide sur l'aviation, il fut aussi un ardent défenseur du droit de vote des femmes. Il va alors reprendre une proposition de loi de 1906, présentée par l'ancien député Paul Dussaussoy, qui souhaitait accorder aux femmes le droit de vote dans les élections aux conseils municipaux, aux conseils d'arrondissement et aux conseils généraux. Il prône une participation progressive des femmes dans les affaires publiques. Le 8 mai 1919, Flandin obtient l'inscription à l'ordre du jour du droit de vote des femmes. Il fait constater aux députés qu'un certain nombre de pays avaient déjà donné ce droit à la gente féminine. On peut citer la Norvège, le Danemark, la Suède, l'Allemagne, l'Angleterre, l'Autriche, la Belgique et plusieurs Etats américains. Il aura cette phrase "La France sera t-elle la dernière à accorder le droit de vote des femmes ?" Ainsi, sur 424 votants, 329 se prononcent en faveur du projet, pour seulement 95 refus. Malgré tout, le Sénat va rejeter la loi avec 156 voix contre face à 134 pour. Malgré cet échec, Pierre-Etienne Flandin continua sa carrière politique en intégrant divers ministères, et donc en engrangeant des connaissances importantes : ministre du commerce et de l'industrie dans le cabinet François Marsal (1924), vice-président de la chambre (1928-1929), ministre du commerce dans les deux premiers cabinets Tardieu (1929-190), ministre des Finances dans le cabinet Laval et le troisième cabinet Tardieu (1931-1932), ministre des Travaux publics dans le cabinet Doumergue (1934), président du Conseil (1934-1935), ministre des affaires étrangères dans le cabinet Sarraut (1936). Il accompli diverses missions. Il passe une convention avec le crédit foncier pour l'organisation du crédit hypothécaire maritime, crée la Caisse de crédit aux départements et aux communes pour le perfectionnement de l'outillage national, départemental et communal (loi du 28 décembre 1931), organisme qui préfigure l'actuel crédit local de France. Il augmente également les subventions de l'État aux caisses municipales de secours contre le chômage. Enfin, avec le décret du 13 février 1932, il réorganise le contrôle de l'État sur les compagnies de chemins de fer. Membre de l'Alliance Démocratique dès 1914, il en prend désormais la tête en 1933. Lorsqu'il est Président du Conseil, du 8 novembre 1934 au 1er juin 1935, il tenta une relance économique en voulant baisser des taux d'intérêts, avant de s'orienter vers une politique déflationniste. Il se montre aussi un ardent défenseur du franc. Il tenta également de faire passer un projet de loi corporatiste élaboré avec son ministre du commerce Paul Marchandeau. Cependant, le Sénat va empêcher cette réalisation. A la suite de la constitution du Front populaire, Pierre-Etienne Flandin se retrouve leader de l'opposition. Mais au sein de son propre parti, il va critiquer et condamner la politique conduite par Paul Reynaud, et désapprouve notamment les thèses dévaluationnistes. Avant la guerre, Pierre-Etienne Flandin est rejeté dans l'opposition suite aux élections législatives de 1936. Mais il refait surface durant l'Occupation. Suite au renvoi de Laval, le 13 décembre 1940, il devint n°2 du Régime de Vichy et obtint le poste de ministre des Affaires Etrangères. En parrallèle, il fit parti d'un triumvirat exécutif à partir du 19 décembre 1940, composé de l'amiral Darlan et du général Huntziger. Durant ces deux fonctions, il créa le Conseil national et entra en relation avec l'Angleterre et les Etats-Unis, comme beaucoup de pétainistes. Il conserva ces postes durant seulement mois, jusqu'au 9 février 1941. Ensuite, il n'eut plus qu'un rôle de conseiller de Pétain mais n'exerça plus aucune fonction. Néanmoins, il partagea ses nombreuses connaissances. Après le second conflit mondial, Flandin est jugé par la Haute Cour de justice en juillet 1946 et est condamné à cinq ans d'indignité nationale, mais il est aussitôt relevé de cette peine pour actes de Résistance. Il consacra la fin de sa vie à la défense de la mémoire du maréchal Pétain.

Une volonté de dévoiler le projet au peuple français

Nous savons que Pétain et ses collaborateurs avaient commencé à préparer une nouvelle Constitution républicaine au plus tard dès l'année 1941. Cette mission du Conseil National n'était pas la seule. Elle devait aussi réorganiser administrativement les provinces françaises, ou encore penser la Charte du Travail. Il a même dévoilé cette volonté d'établir au peuple français, en expliquant ses objectifs. Nous pouvons notamment rappeler une partie du discours du Maréchal au début de la séance d'ouverture de la session du Conseil National du 8 juillet 1941 :

"Messieurs

Je vous ai réunis pour m'aider à élaborer la Constitution nouvelle qui doit être soumise à la ratification de la Nation.

C'est une entreprise difficile, car il faut qu'elle exprime avec plénitude la signification de la Révolution Nationale, qu'elle en marque fortement le but et la nécessité.

Depuis cent cinquante ans, la France a connu et pratiqué successivement quinze régimes constitutionnels différents.

Ils ont duré, les uns une année ou cent jours, d'autres trois ou quatre ans, d'autre une demi-génération, le dernier soixante-cinq ans.

Ils sont séparés les uns des autres, on pourrait dire engendrés, par des révolutions ou des défaites.

En cinq générations, la France a donc passé alternativement des régimes les plus autoritaires aux régimes les plus libéraux, de la dictature conventionnelle ou napoléonienne au régime de la liberté réglée ou de la liberté déréglée, de la monarchie à l'empire, de l'empire à la république démocratique, qui a fini dans l'impuissance de décider et même de délibérer.

Il faut que cette expérience soit sans cesse présente à votre pensée, pour reconstruire un pays longtemps voué aux changements, à l'instabilité et finalement installé dans l'incertitude, la surenchère des partis et la hargne générale. Les circonstances dans lesquelles elle vient d'être interrompue une fois de plus comportent une leçon inexorable et peut-être un dernier avertissement.

Le régime électoral, représentatif majoritaire, parlementaire qui vient d'être détruit par la défaite était condamné depuis longtemps par l'évolution générale et accélérée des esprits et des faits dans la plupart des pays d'Europe, et par l'impossibilité démontrée de se réformer.

En France, il donnait tous les signes de l'incohérence attestée par la substitution chronique des décrets-lois à la procédure législative régulière. L'inconscience en matière de politique étrangère ajoutait à ces signes un présage de catastrophe.

Cette catastrophe est une conclusion.

Nous sommes dans l'obligation de reconstruire. [...]

Le premier consiste à remplacer le "peuple souverain" exerçant des droits absolus dans l'irresponsabilité totale, par un peuple- dont les droits dérivent dé ses devoirs.

Un peuple n'est pas un nombre déterminé d'individus, arbitrairement comptés au sein du corps social et comprenant seulement les natifs du sexe masculin parvenus à l'âge de raison. [...]

Un peuple est une hiérarchie de familles, de professions, de communes, d'administrations et de familles spirituelles, articulées et fédérées pour former une patrie. Animées d'un mouvement continu d'ascension sociale et morale, tendues vers l'avenir par un idéal collectif, elles produisent des hommes, qui, sélectionnés par les services rendus à la communauté, deviennent, dans tous les ordres d'activité, les élites de la nation.

Dans une nation constituée par l'ensemble de ces forces organiques, un petit nombre conseille, quelques-uns commandent, un chef gouverne. [...]

Une révolution véritable n'est jamais un accident. « Les révolutions qui arrivent dans les grands états, dit Sully, ne sont pas un effet du hasard, ni du caprice des peuples. »

La catastrophe est la conclusion des fautes, des erreurs, des illusions, des égoïsmes et des incapacités accumulées.

La Révolution Nationale signifie la volonté de renaître affirmée soudain du fond de notre être, un jour d'épouvante et de remords. Elle marque la résolution ardente de rassembler tous les éléments du passé et du présent qui sont sains et de bonne volonté pour faire un État fort, de recomposer l'âme nationale, dissoute par la discorde des partis, et de lui rendre la conscience aiguë et lucide des grandes générations privilégiées de notre histoire, qui furent souvent des générations du lendemain de guerres civiles ou de guerres étrangères.

La Constitution ne doit pas se borner à être un ensemble de règles précises et sèches.

Pour répondre à la grande attente du peuple français, et au grand devoir qui m'incombe, elle doit être cohérente, convaincante, éducative; elle doit avoir une " vertu d'enseignement " qui est le caractère distinctif des bonnes lois.

A cet égard la Constitution couronne l'oeuvre de l'école. Or l'école est le prolongement de la famille. Elle doit faire comprendre à l'enfant les bienfaits de l'ordre humain qui l'encadre et le soutient. Elle doit le rendre sensible à la beauté, à la grandeur, à la continuité de la Patrie. Elle doit lui enseigner le respect des croyances morales et religieuses, en particulier de celles que la France professe depuis les origines de son existence nationale.

J'ai dit, à maintes reprises, que l'État issu de la Révolution Nationale devait être autoritaire et hiérarchique. [...]

Par état hiérarchique, j'entends le remembrement organique de la société française.

Ce remembrement doit s'opérer par la sélection des élites à tous les degrés de l'échelle sociale. Cette sélection doit être exprimée par la restauration de l'honneur du métier et la restauration dans l'honneur de toutes les catégories de la Nation.

La sélection des chefs peut se faire et elle a lieu, en réalité, dans toutes les conditions, les plus humbles comme les plus hautes. La Constitution devra la favoriser et la fixer, en déterminant sa fonction, dans tous les rouages de la Société, de la base au sommet.

Elle rétablira cette qualification générale des Français, qui a donné à notre pays la plus solide structure de l'Occident en fondant le droit de citoyenneté non plus sur l'individu épars et abstrait, mais sur la position et les mérites acquis dans le groupe familial, communal, professionnel, provincial et national sur l'émulation dans l'effort, sur l'intelligence tendue vers le bien de la communauté, sur les services rendus dans tous les cadres de l'activité humaine.

Mais la hiérarchisation d'une société implique l'exercice de la responsabilité à tous les échelons.

Être responsable, c'est être capable de répondre de ce qu'on fait. Le sentiment de la responsabilité est la caractéristique de l'être sain et normal. Le goût de la responsabilité est le signe distinctif du Chef. ]'ai besoin de responsabilités de plus en plus grandes exprime le pouvoir d'ascension d'un homme dans la hiérarchie sociale ou nationale.

La compétition pour l’avancement dans un métier, dans un corps, dans une administration, sans la conscience claire du degré croissant de responsabilité, est la preuve d'une société e n décomposition ou le symptôme d'un état malade.

La Constitution et les lois organiques qui la compléteront, que ce soient les lois communales ou provinciales, la charte des corporations le statut des fonctionnaires, devront marquer nettement le degré de responsabilité afférent aux divers postes de la hiérarchie correspondante, et déterminer les sanctions applicables à tous les cas de manquement ou d'incapacité.

Nous avons pratiqué un régime politique où le principe de l'irresponsabilité était posé de la base au sommet de l'État irresponsabilité: du corps électoral, irresponsabilité du pouvoir législatif, irresponsabilité du pouvoir exécutif (sauf pour le cas de haute trahison), celui d'incompétence n'étant pas retenu. C'est pourquoi nous en sommes sortis par la porte du malheur.

La question capitale qui se pose à nous aujourd'hui est de savoir quel type de structure sociale nous devons et nous voulons instaurer, pour servir de soubassement à une construction politique qui doit affronter un avenir redoutable.

Ne nous contentons pas d'abroger ce qui fut nocif et qui est mort. Faisons du neuf avec les valeurs concrètes et permanentes que le Pays garde et met à notre disposition. [...]

Le salut de la Patrie étant la suprême loi. C'est sur elle que se fonde la légitimité de la Révolution Nationale et de la Constitution qui lui donnera son armature et son couronnement.

Au cours des années où notre destin allait à la dérive, le peuple a été sourd aux avertissements. Qu'il m'entende bien aujourd'hui si je lui dis que demain il ne se relèvera que dans la trêve des disputes vaines sur le régime idéal qu'il cherche depuis cent cinquante ans.

Le meilleur régime sera celui qui correspondra aux exigences précises et concrètes de sa vie nationale dans des conjonctures extérieures dont il n'est pas le maître et dont il devra tenir compte pour rétablir l'ordre dans sa maison.

Le peuple français porte son avenir en lui-même, dans la profondeur des soixante générations qui vous ont précédés sur notre sol et dont vous êtes les héritiers responsables.

Cet avenir, il ne le découvrira que par l'application résolue et réfléchie qu'il mettra à retrouver le sens de sa grandeur et celui de sa mission impériale."

Le Conseil National mettra près de trois ans à réaliser cette constitution républicaine et démocratique, qui devait être appliquée après la guerre. Cependant, Pétain avait la volonté de la dévoiler à la population avant la fin du conflit. Pour preuve, voici la rédaction de son appel réalisée le 12 novembre 1943, et qui devait être expliquée aux Français le lendemain (document présent notamment dans Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 575-576) :
"Le 10 juillet 1940, l'Assemblée nationale m'a donné mission de promulguer, par un ou plusieurs actes, une nouvelle constitution de l'État français.
J'achève la mise au point de cette constitution. Elle concilie le principe de la souveraineté nationale et le droit de libre suffrage des citoyens avec la nécessité d'assurer la stabilité et l'autorité de l'État.
Mais je me préoccupe de ce qui adviendrait si je venais à disparaître avant d'avoir accompli jusqu'au bout la tâche que la Nation m'a confiée.
C'est le respect de la légitimité qui conditionne la stabilité d'un pays. En dehors de la légitimité, il ne peut y avoir qu'aventures, rivalités de factions, anarchie et luttes fratricides.
J'incarne aujourd'hui la légitimité française. J'entends la conserver comme un dépôt sacré et qu'elle revienne à mon décès à l'Assemblée nationale de qui je l'ai reçue si la nouvelle constitution n'est pas ratifiée.
Ainsi, en dépit des événements redoutables que traverse la France, le pouvoir politique sera toujours assuré conformément à la loi.
Je ne veux pas que ma disparition ouvre une ère de désordres qui mettrait l'unité de la France en péril.
Tel est le but de l'acte constitutionnel qui sera promulgué demain au Journal officiel.
Français, continuons à travailler d'un même cœur à l'établissement d'un régime nouveau dont je vous indiquerai prochainement les bases et qui seul pourra rendre à la France sa grandeur."


Malgré tout, le principal représentant de l'Etat n'aura pas la possibilité d'expliquer son projet. Quelle en est la raison ? La déclaration officielle du Maréchal au consul allemand à Vichy, le 13 novembre 1943, nous donne la réponse :
"Une communication du gouvernement allemand demande l'ajournement du message que je devais prononcer ce soir et M. de Brinon vient de me faire savoir que des mesures militaires seraient prises par les autorités allemandes pour en empêcher l'émission. Je constate le fait et je m'incline, mais je vous déclare que jusqu'au moment où je serai en mesure de diffuser mon message, je me considère comme placé dans l'impossibilité d'exercer mes fonctions." (Jacques Isorni, Philippe Pétain, La Table Ronde, Tome II, p. 357, Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 575 et Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 500).
Dans une longue lettre connue de Ribbentrop, datant du 29 novembre 1943, les Allemands lui reprochent de vouloir remettre en place une république démocratique : "L'ambassade de Paris a été informé, le 13 novembre, de l'intention que vous aviez, monsieur le Maréchal, d'annoncer, le jour même, dans un discours radiodiffusé, une modification de la Constitution concernant la succession du chef de l'Etat Français. Le texte communiqué par le gouvernement français ainsi que le projet de révision constitutionnelle transmis à Berlin par l'ambassade d'Allemagne ne sont arrivés ici que peu de temps avant le moment prévu pour la radiodiffusion de votre discours. Le gouvernement du Reich n'était donc pas en mesure d'examiner au préalable si cette loi pouvait, dans ses effets, affecter les intérêts légitimes de l'Allemagne en tant que puissance occupante. [...]
1. Le projet de la révision de la Constitution qui nous a été soumis tend à mettre la désignation future du chef de l'Etat français, même pendant la guerre, entre les mains d'un organisme qui constituait, dans le passé, l'Assemblée nationale française. Il semble que vous avez, en cela, totalement perdu de vue que cette Assemblée nationale est le même corps qui, en septembre 1939, a déclaré sans le moindre motif la guerre à l'Allemagne, malgré les exigences solennelles de paix échangées encore le 6 décembre 1938 entre la France et l'Allemagne, et qu'au surplus une partie non négligeable des membres de ce corps, violant, une fois de plus, d'une manière flagrante, l'accord intervenu entre nos deux pays, c'est-à-dire l'armistice, lutte à nouveau contre l'Allemagne.
Le gouvernement du Reich doit repousser avec indignation et comme une prétention impossible l'intention du chef de l'Etat français de remettre en fonction une pareille Assemblée par l'acte constitutionnel projeté, afin de légaliser, pour ainsi dire, par là, une nouvelle activité de traîtres et de gens qui ont violé le droit.
2. L'ancienne Assemblée nationale n'est plus aujourd'hui, d'aucune manière, la représentation légale de la volonté du peuple français. Pendant la guerre, des élections sont impossibles, de même que dans d'autres Etats, a fortiori dans la Franc actuelle. Quant à une assemblée nationale constituée d'une autre façon, elle ne saurait jamais exprimer légalement la volonté du peuple français. En conséquence, il n'existe aucun corps légal susceptible d'exercer la fonction que le discours à radiodiffuser voudrait lui attribuer et qui, pour cette fin, pourrait être reconnu par l'Allemagne."
(Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 506-510).
Ces documents prouvent que c'est face à la menace militaire allemande et non de son plein gré que Pétain ne va pas publier sa Constitution. Malgré tout, il le signera le 30 janvier 1944, ce qui prouve son authenticité. Mais quelle est la composition de cette Constitution républicaine ? Nous allons le voir dans la deuxième partie (http://realite-histoire.over-blog.com/article-36673072.html).

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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 17:30

Composition de la Constitution républicaine du maréchal Pétain
 

Le maréchal Pétain avait établi, en conformité du mandat qu'il avait reçu, une Constitution qui ne devait être promulguée qu'après la fin de la guerre. Voici le texte de cette Constitution demeurée inconnue de la quasi-totalité des Français. On va mettre en valeur des points qui seront repris dans les futurs Républiques françaises d'Après Guerre, principalement dans la Vème République. Mes commentaires sont encadrés par [ ]. Par ailleurs, en lisant cette Constitution, un connaisseur en matière de droit constitutionnel s'apercevra que certains aspects de la IIIème République ont été repris et perdurent encore aujourd'hui.

Préambule

 

Article premier. La liberté et la dignité de la personne humaine sont des valeurs suprêmes et des biens intangibles. Leur sauvegarde exige de l'État l'ordre et la justice, et des citoyens la discipline.
La Constitution délimite à cet effet les devoirs et les droits respectifs de la puissance publique et des citoyens en instituant un État dont l'autorité s'appuie sur l'adhésion de la Nation.

Article 2. L'État reconnaît et garantit comme libertés fondamentales : la liberté de conscience, la liberté de culte, la liberté d'enseigner, la liberté d'aller et venir, la liberté d'exprimer et de publier sa pensée, la liberté de réunion, la liberté d'association. L'exercice de ces libertés est réglé par la loi devant laquelle tous les citoyens sont égaux.

[Pétain et le Conseil National ont placé en priorité la liberté des citoyens et le respect d'autrui. Ce fait est en contradiction avec la doctrine officielle démontrant un Maréchal antidémocratique proche du fascisme, même lorsque le pays est en paix. Par ailleurs, l'article premier définit le droit et le devoir comme des principes fondamentaux, conformément à la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen du 26 aout 1789. Egalement, il ne remet pas en cause la loi de séparation des Eglises et de l'Etat de 1905 puisqu'il garantit la liberté de culte dans l'article 2.]

Article 3. Nul ne peut être accusé, arrêté ni détenu que dans les cas déterminés par la loi et selon les formes qu'elle a prescrites.
Nul ne peut être puni qu'en vertu d'une loi établie et promulguée antérieurement au délit et légalement appliquée.

Article 4. Acquise par le travail et maintenue par l'épargne familiale, la propriété est un droit inviolable, justifié par la fonction sociale qu'elle confère à son détenteur ; nul ne peut en être privé que pour cause d'utilité publique et sous condition d'une juste indemnité.

Article 5. L'État reconnaît les droits des communautés spirituelles, familiales, professionnelles et territoriales au sein desquelles l'homme prend le sens de sa responsabilité sociale et trouve appui pour la défense de ses libertés.

Article 6. Les citoyens désignent librement par suffrage leurs représentants aux assemblées locales et nationales, ainsi qu'aux organismes professionnels et corporatifs.
Sauf dans les élections de caractère professionnel, un suffrage supplémentaire est attribué aux chefs de familles nombreuses en raison de leurs responsabilités et de leurs charges.

[L'article 6 démontre que le droit de vote des citoyens est garantie. Par conséquent, cette Constitution du maréchal Pétain est démocratique.]

Article 7. La représentation nationale vote les lois, consent l'impôt, contrôle les dépenses et associe la Nation à la gestion du bien commun.

Article 8. L'organisation des professions, sous le contrôle de l'État, arbitre et garant de l'intérêt général, a pour objet de rendre employeurs et salariés solidaires de leur entreprise, de mettre fin à l'antagonisme des classes et de supprimer la condition prolétarienne.
Par une représentation assurée à tous les échelons du travail, les professions organisées participent à l'action économique et sociale de l'État.

Article 9. Les devoirs des citoyens envers l'État sont l'obéissance aux lois, une participation équitable aux dépenses publiques, l'accomplissement de leurs obligations civiques pouvant aller jusqu'au sacrifice total pour le salut de la Patrie.

Article 10. Le chef de l'État tient ses pouvoirs d'un Congrès groupant les élus de la Nation et les délégués des collectivités territoriales qui la composent. Il personnifie la Nation et a la charge de ses destinées.
Arbitre des intérêts supérieurs du pays, il assure le fonctionnement des institutions en maintenant - s'il est nécessaire, par l'exercice du droit de dissolution - le circuit continu de confiance entre le Gouvernement et la Nation.

Article 11. Le maintien des droits et des libertés ainsi que le respect de la Constitution sont garantis par une Cour suprême de justice devant laquelle tout citoyen peut introduire un recours.

Article 12. Les trois fonctions de l'État - fonction gouvernementale, fonction législative, fonction juridictionnelle - s'exercent par des organes distincts.


Titre premier
La fonction gouvernementale


Article 13. La fonction gouvernementale est exercée par le chef de l'État, les ministres et secrétaires d'État.

Article 14. Le chef de l'État porte le titre de président de la République. Il est élu pour dix ans par le Congrès national, devant lequel il prête serment de fidélité à la Constitution.
Il est rééligible.

[Ce point sera sévèrement critiqué par le ministre des affaires étrangères du Reich Ribbentrop. A travers sa lettre du 29 novembre 1943 que nous avons cité précédement, ce dernier était scandalisé par la volonté de Pétain que le chef de l'Etat soit élu par l'appareil législatif ]

Article 15.
Le Président de la République nomme le Premier ministre et, sur la proposition de celui-ci, les ministres et secrétaires d'État. Il les révoque. Il préside le conseil des ministres.
Le chef de l'État a l'initiative des lois ainsi que les membres des deux assemblées. Il peut seul présenter les projets de lois portant amnistie.
Il promulgue les lois lorsqu'elles ont été votées par les deux chambres. Il en fait assurer l'exécution.
Il communique avec les chambres par des messages qui sont lus à la tribune par un ministre.

[Ici, il est nécessaire de faire un historique du poste de Premier ministre. Cette appellation est apparu en France dans la première moitié du XVIIème siècle, durant le règne de Louis XIII, pour définir le cardinal de Richelieu comme "principal ministre". Mais la fonction prend forme en Angleterre au début du XVIIIème siècle, sous le règne de Georges Ier.  Ce roi avait besoin d'un ministre particulier pour coordonner l'action de tous les autres et traduire ses ordres données en langue germanique (Georges Ier était natif d'Hanovre et refusait d'apprendre l'anglais). Ce ministre se nommait "Primus inter pares", c'est-à-dire Premier ministre. Ce poste existe toujours en Grande Bretagne. Au XIXème siècle, cette fonction apparait dans plusieurs pays, comme au Canada ou en Belgique. En France, la fonction ne réapparaîtra officiellement qu'en 1958 avec la Constitution de la Vème République. L'article 15 prouve donc que c'est Pétain et ses proches qui avaient eu l'idée de mettre en place ce poste, puisque le chef du gouvernement portait le titre de président du Conseil des ministres sous la IIIème et la IVème République. Quelle est la différence ? Sous les deux Républiques parlementaires, le principal ministre définie l'action du gouvernement et préside le Conseil des ministres, puis nomme et révoque ses ministres. Pour le premier point, l'article 21 de la Constitution de la Vème République indique que le Premier ministre dirige l’action du gouvernement, tout comme le Président du Conseil. Cependant, c'est Président de la République qui préside le Conseil des ministres, donc le Premier ministre a davantage un rôle de vice-président. C'est une similitude par rapport à l'article 15 de la Constitution de Pétain. Mais il y a une autre différence, cette fois-ci sur le deuxième point. Dans la République actuelle, l'article 8 explique que le Président de la République choisit des ministres qui composeront le nouveau gouvernement sur proposition du Premier ministre. Or la Constitition réalisée par les pétainistes prévoyait exactement la même chose.]

Article 16.
Le Président de la République nomme à tous les emplois civils et militaires, pour lesquels la loi n'a pas prévu d'autre mode de désignation.
Il a le droit de grâce.
Les envoyés et ambassadeurs des puissances étrangères sont accrédités auprès de lui.
Il négocie et ratifie les traités.
Nulle cession, nul échange, nulle adjonction de territoire ne peut avoir lieu qu'en vertu d'une loi. Les traités de paix, de commerce, ceux qui engagent les finances de l'État et ceux qui sont relatifs à l'état des personnes et au droit de propriété des Français à l'étranger ne deviennent définitifs qu'après avoir été votés par les deux chambres.
Il dispose de la force armée.
Il peut déclarer l'état de siège.
Il ne peut déclarer la guerre sans l'adhésion préalable et formelle des deux chambres.
Chacun des actes du chef de l'État, sauf ceux qui portent nomination ou révocation du Premier ministre ou des ministres et secrétaires d'État, doit être contresigné par le ou les ministres ou secrétaires d'État qui en assurent l'exécution.

[Comme c'est le cas avec la Vème République et auparavant sous la IIIème République, le Président de la République possède le droit de grâce (appelé aussi grâce présidentielle) et dispose des forces armées. Pour le droit de grâce, cela correspond aujourd'hui à l'article 17 de la Constitution actuelle, dont voici l'intitulé : "Le Président de la République a le droit de faire grâce." Le contenu a cependant été modifiée lors de la réforme constitutionnelle de 2008. En ce qui concerne le droit de disposer de l'armée française, il est présent dans les articles 20 et 21 de la Constitution de 1958. Le président de la République a même le titre honorifique de "chef des Armées".]

Article 17. Le président de la République peut prononcer la dissolution de la Chambre des députés avec l'avis conforme du Sénat à la suite de l'envoi d'un message motivé.
Il peut, sur la demande du Premier ministre, et en cas de désaccord entre les deux assemblées ou entre le gouvernement et l'une des assemblées, ou en cas de vote d'une motion de défiance à l'égard du cabinet ou d'un ministre, prononcer la dissolution sans avis du Sénat.
La dissolution intervient de plein droit au cas où la Chambre des députés émet des votes de défiance contre trois cabinets successifs.

[La possibilité pour le Chef de l'Etat de dissoudre la Chambre des députés n'était pas une nouveauté et perdure encore aujourd'hui. Voici l'article 5 de la loi constitutionnelle du 25 février 1875 :"Le Président de la République peut, sur l'avis conforme du Sénat, dissoudre la Chambre des députés avant l'expiration légale de son mandat". Sur le sujet, Pétain se révèlera moins autoritaire que De Gaulle. Pour le Maréchal, le Président doit demander l'avis du Sénat, comme sous la IIIème République, et ne peut effectuer cette action que si les députés ont émis des avis défavorables à l'encontre de trois ministères successifs. Dans la République actuelle, le chef de l'Etat peut dissoudre l'Assemblée lorsqu'il le souhaite et sans condition. Voici l'article 12 : "Le Président de la République peut, après consultation du Premier ministre et des Présidents des assemblées, prononcer la dissolution de l'Assemblée nationale."]


Article 18.
Le Premier ministre, les ministres et secrétaires d'État sont responsables devant le chef de l'État, individuellement dans le cadre de leurs attributions propres, collectivement pour la politique générale du cabinet.
Les ministres et secrétaires d'État se rendent aux assemblées lorsqu'ils le jugent nécessaire. Ils doivent y être entendus quand ils le demandent.

[Comme pour la Vème République, celle prévu par les pétainistes prévoyait que les représentant du pouvoir exécutif étaient directement responsables devant le Président de la République. Dans la IIIème et la IVème République, les tenants de l'exécutif étaient responsables devant le corps législatif. Cette innovation vient donc de la Constitution oubliée du maréchal Pétain.]

Article 19.
Le chef de l'État est représenté par un gouverneur dans chacune des provinces définies par la loi qui les institue.
Il nomme et révoque le gouverneur par décret contresigné du Premier ministre.
Le gouverneur est assisté d'un Conseil provincial.


[L'article 19 ne comporte pas de révolution puisque la fonction de préfet, appelée ici gouverneur de provinces, a été mise en place par Napoléon le 17 février 1800 (loi du 28 pluviôse de l'an VII). Cependant, la Constitution de Pétain est la première à mentionner ce qui correspond au poste de préfet. Par la suite, il sera évoqué dans la Constitution de 1946, puis dans celle de 1958. L'article 72 de Constitution de la Vème République énonce "Dans les départements et territoires (d'outre-mer), le délégué du gouvernement a la charge des intérêts nationaux, du contrôle administratif et du respect des lois".]
 

Titre II
La fonction législative


Article 20.
Le peuple français désigne par voix de suffrages ses représentants aux assemblées législatives : le Sénat et la Chambre des députés.
Dans la composition du Sénat, une place est réservée aux représentants élus des institutions professionnelles et corporatives et aux élites du pays.
Quelle que soit l'origine de leur mandat, les membres d'un assemblée ont les mêmes devoirs, les mêmes prérogatives, les mêmes droits.
Ils ne sont liés par aucun engagement à l'égard de ceux qui les ont désignés, et ils n'agissent, dans l'exercice de leurs fonctions, que suivant leur conscience et pour le bien de l'État.

 

Le suffrage


Article 21.
Sont électeurs aux assemblées nationales les Français et Françaises nés de père français, âgés de vingt et un ans, jouissant de leurs droits civils et politiques. Sont éligibles aux mêmes assemblées les Français nés de père français, âgés de vingt-cinq ans, jouissant de leurs droits civils et politiques.
La loi fixe les autres conditions de l'électorat et de l'éligibilité.
Elle institue le vote familial sur la base suivante : le père ou, éventuellement, la mère, chef de famille de trois enfants et plus, a droit à un double suffrage.
Le vote est secret.
Les règles ci-dessus, relatives à l'électorat et à l'éligibilité, sont applicables aux élections des conseils provinciaux, départementaux et municipaux. Les Françaises, nées de père français, âgées de vingt-cinq ans, jouissant de leurs droits civils et politiques, sont éligibles à ces conseils.

[L'article 21 est très important car on peut constater que Pétain était en faveur du droit de vote des femmes. On peut se demander si Pierre-Etienne Flandin a eu une certaine influence dans la rédaction de cet article. La version officielle annonce De Gaulle comme celui qui eu l'idée de reprendre puis donner le droit de vote aux femmes durant la 2nde Guerre Mondiale. On peut alors s'apercevoir qu'il s'agit d'un mensonge puisqu'il s'agissait de la volonté d'un certain nombre de personnes, quelque soit l'engagement politique. Pour information, le Comité français de la libération nationale accorda le droit de vote des femmes par ordonnance le 21 avril 1944, c'est-à-dire près de deux mois avant le débarquement des Alliés en Normandie
. Le Gouvernement provisoire de la République française le confirmera définitivement le 5 octobre 1944.  Cependant, la Constitution de Pétain a été réalisée entre 1941 et 1943 par le Conseil national de l'Etat français, donc le Sauveur de Verdun voulait donner le droit de vote aux femmes avant les "libérateurs de la France". Par ailleurs, autre point très important, il ne faut pas oublier que les militaires n'eurent officiellement le droit de vote en France qu'à partir du 17 août 1945, avant ils ne possédaient pas ce privilège. Or il semble ici que le Maréchal souhaitait également donner ce droit aux militaires puisqu'il n'avait inscrit aucune contrainte pouvant les empêcher de voter.]

 

Le Sénat et la Chambre des députés


Article 22.
Le Sénat est composé de :
Deux cent cinquante membres, élus par des collèges départementaux comprenant les conseillers départementaux et des délégués des conseils municipaux ;
Trente membres, désignés par le Chef de l'État parmi les représentants élus des institutions professionnelles et corporatives ;
Vingt membres, désignés par le chef de l'État parmi les élites du pays ;
Les anciens présidents de la République à l'expiration de leur mandat.
Les membres des deux premières catégories sont élus ou désignés pour neuf ans et renouvelables par tiers tous les trois ans. Les membres des troisième et quatrième catégories sont sénateurs a vie.
Une loi organique détermine les conditions dans lesquelles sont élus les délégués des conseils municipaux, les modalités de l'élection et de désignation des sénateurs, ainsi que le nombre des sénateurs par département.
Les membres du Sénat doivent être âgés de quarante ans au moins.

[Comme sous notre Vème République, la Constitution du Maréchal prévoyait que la grande majorité des membres du Sénat soient désignés pour neuf ans, un mandat renouvelable par tiers tous les trois ans. En revanche, le mode d'élection n'est pas vraiment le même.]


Article 23.
La Chambre des Députés se compose de cinq cents membres, élus pour six ans au suffrage universel et direct, à la majorité, à un seul tour.
Chaque département doit avoir au moins deux députés.
Au cas de dissolution de la Chambre des députés, il est procédé a son renouvellement dans un délai de deux mois et la Chambre est réunie dans les dix jours qui suivent la clôture des opérations électorales.


Article 24.
Chaque assemblée désigne son bureau au scrutin secret, pour un an, dans les conditions fixées par son règlement.
Les assemblées doivent être réunies chaque année en deux session d'une durée totale de quatre mois au moins et de six mois au plus.
Les deux assemblées peuvent être convoquées en session extraordinaire par le président de la République chaque fois qu'il le juge utile.
La première session ordinaire s'ouvre de plein droit le troisième mardi de janvier; la seconde, au cours de laquelle est examiné le projet de budget, le premier mardi après la Toussaint.
La session d'une assemblée commence et finit en même temps que celle de l'autre.
Le chef de l'État peut, par décret, prononcer l'ajournement des assemblées pour une durée maximal d'un mois au cours d'une session.
La clôture des sessions est prononcée par le chef de l'État.
Les séances du Sénat et de la Chambre des députés sont publiques. Néanmoins, chaque chambre peut se constituer en comité secret sur la demande d'un certain nombre de ses membres fixé par le règlement.


Article 25.
Les Assemblées votent les lois.
Leurs membres peuvent adresser aux ministres et secrétaires d'État des questions orales ou écrites, ainsi que des interpellations.
Le vote est personnel.
Toute motion comportant confiance ou défiance à l'égard du cabinet ou d'un ministre fait de droit l'objet d'un scrutin public.
Elle ne peut être discutée qu'un jour franc après la date à laquelle elle a été déposée.


Article 26.
Les membres des assemblées peuvent déposer des propositions de loi ou des amendements aux projets et propositions de loi. Les propositions ou amendements entraînant création ou augmentation de dépenses publiques, quels que soient les voies et moyens qu'ils prévoient, ne peuvent être mis en discussion que si le gouvernement accepte leur prise en considération.
Les projets de loi de finances doivent être présentés en premier lieu à la Chambre des députés.
Chaque projet ou proposition de loi est soumis, dans chaque assemblée à l'examen d'une commission spécialement désignée à cet effet. La commission peut proposer des amendements. Toutefois, l'assemblée délibère sur le texte du projet ou de la proposition avant d'examiner les amendements.
La participation des fonctionnaires de l'État qui ne sont pas membres de l'assemblée, aux travaux d'une commission, est interdite.


Article 27.
En cas de rejet ou de modification d'un projet ou d'une proposition, le gouvernement peut demander une deuxième délibération qui a lieu obligatoirement dans un délai maximum de deux mois.
La promulgation des lois doit intervenir dans le mois qui suit leur adoption définitive par les assemblées.
Elle doit intervenir dans les trois jours pour les lois dont la promulgation aura été déclarée urgente par un vote exprès de l'une ou l'autre chambre, à moins que, dans ce délai, le chef de l'État ne demande une nouvelle délibération, qui ne peut être refusée.

Article 28. Aucun membre de l'une ou l'autre chambre ne peut être poursuivi ou recherché à l'occasion des opinions ou votes émis par lui dans l'exercice de ses fonctions.
Aucun membre de l'une ou l'autre chambre ne peut, pendant la durée de la session, être poursuivi en matière criminelle ou correctionnelle, ou arrêté, qu'avec l'autorisation de la Cour suprême de justice, sauf le cas de flagrant délit.
Si l'assemblée intéressée le requiert, la détention préventive ou la poursuite d'un membre de l'une ou de l'autre chambre, arrêté ou poursuivi au cours de l'intersession, est suspendue pendant la session suivante et pour toute sa durée.

Article 29. Les membres des assemblées reçoivent une indemnité égale à la rémunération des conseillers d'État en service ordinaire.

 

L'Assemblée nationale


Article 30.
Le Président de la République peut, pour la révision de la Constitution, réunir le Sénat et la Chambre des députés en Assemblée nationale, soit spontanément, soit sur un vote émis par les deux chambres après délibérations séparées à la majorité des deux tiers du nombre légal des membres.
Les deux chambres peuvent également se réunir en Assemblée nationale sur résolution prise par l'une d'elles à la majorité des deux tiers du nombre légal des membres, pour statuer sur la mise en accusation du chef de l'État, des ministres ou des secrétaires d'État.
Toute convocation de l'Assemblée nationale doit préciser les points sur lesquels porteront ses délibérations.
L'Assemblée n'est, en aucun cas, maîtresse de son ordre du jour.
Ses décisions sont prises à la majorité des deux tiers du nombre légal de ses membres.
L'Assemblée nationale a pour bureau le bureau du Sénat.


[Attention, ce que les rédacteurs de cette Constitution appellent par Assemblée nationale, c'est le regroupement du Sénat et de la Chambre des députés, ce qui correspond actuellement au Parlement. Aujourd'hui, l'Assemblée nationale est le nom employé pour désigner la Chambre des députés.]
 

Titre III
Le Congrès national


Article 31.
Le Congrès national est constitué par les membres des deux assemblées et par les conseillers provinciaux ou - jusqu'à la désignation de ceux-ci - par les délégués des conseils départementaux en nombre égal à celui des sénateurs et des députés.
Un mois au moins avant le terme légal des pouvoirs du président de la République, le Congrès national devra être réuni pour procéder à la désignation de son successeur. A défaut de convocation, cette réunion aurait lieu de plein droit le quinzième jour avant l'expiration de ses pouvoirs.
En cas de vacance par décès ou pour toute autre cause, le Congrès national se réunit de plein droit dans un délai de trois jours pour procéder à l'élection d'un nouveau chef de l'État.
Jusqu'à la prestation de serment, les pouvoirs du président de la République sont exercés par le conseil des ministres.
Dans le cas où la Chambre des députés se trouverait dissoute au moment où se produirait la vacance, les collèges électoraux seraient aussitôt convoqués et le Sénat se réunirait de plein droit.
L'élection a lieu au scrutin secret. Aux deux premiers tours, l'élection requiert la majorité absolue du nombre légal des membres du Congrès. Au troisième tour, la majorité relative suffit.
Le Congrès national a pour bureau le bureau du Sénat.


[Pétain et ses proches prévoyaient que le Président de la République soit élu par un Congrès constitué des députés, des sénateurs, et de représentants au niveau régional et départemental. Il ne faut pas oublier que le 21 décembre 1958, un collège électoral de 81 764 électeurs avait élu Charles de Gaulle à la tête de l'Etat Français. Certes, le nombre de participants est bien plus élevé que celui prévu par les pétainistes pour leur Constitution. Mais ces 81 764 grands électeurs étaient des parlementaires, des sénateurs, des conseillers généraux et des représentants des conseils municipaux. Il y a donc une similitude entre le Collège électoral et le Congrès national.]

Titre IV
La fonction juridictionnelle


Article 32. La justice est rendue au nom du peuple français.
La fonction juridictionnelle est exercée par des magistrats dont un statut propre garantit l'indépendance.
Les magistrats du siège sont inamovibles. Ils sont nommés par le président de la République. Leur avancement est décidé par celui-ci sur avis conforme d'une cour présidée par le premier président de la Cour de cassation et composée de magistrats élus par la Cour de cassation et les cours d'appel. Des dispositions analogues sont prises pour les magistrats du siège de la Cour des comptes.

 

La Cour suprême de justice


Article 33. La sauvegarde de la Constitution et l'exercice de la justice politique sont assurés par la Cour suprême de justice.

Article 34. La Cour suprême de justice a les attributions suivantes :
Elle statue sur les recours pour inconstitutionnalité de la loi ;
Elle a compétence exclusive pour juger le chef de l'État sur mise en accusation par l'Assemblée nationale ;
Elle juge les ministres ou secrétaires d'État sur mise en accusation soit par le président de la République, soit par l'Assemblée nationale ;
Elle juge toute personne mise en accusation par le chef de l'État pour attentat contre la sûreté de l'État ;
Elle procède à la vérification des opérations électorales tendant à la désignation des sénateurs et des députés et se prononce sur les demandes de levées de l'immunité et sur les demandes de déchéance les concernant.


[C'est sans doute l'un des points les plus importants. Philippe Pétain, Lucien Romier et les autres rédacteurs envisageaient la protection de la Constitution par une Cour suprême. Cette charge existait déjà dans plusieurs pays, par exemple aux Etats-Unis. Cependant, une assemblée ayant cette fonction en France n'a été mise en place qu'en 1958, avec la création du Conseil constitutionnel. Tout comme pour l'assemblée issue de la Constitution de de Gaulle, celle de Pétain devait notamment se prononcer  sur l'inconstitutionnalité de la loi, ou encore veillait sur les différentes élections nationales. Mais la Cour suprême de justice a un autre rôle que le Conseil constitutionnel. En effet, elle a la possibilité de juger le Chef de l'Etat, les ministres et les secrétaires d'Etat, ainsi que toutes les personnes nuisant à la sûreté de l'Etat. Il est intéressant de constater que les hommes au pouvoir sont exposés à la justice en cas de violation de la législation, et cela même vis-à-vis du président de la République. Alors que sous la Vème République, il faut admettre que les hommes politiques jouissent d'une grande protection face à la justice, même lors des scandales politico-financiers. Mais par cet aspect de contrôle des actes des personnalités politiques, cette Cour de justice a aussi un rôle semblable à l'actuel Conseil d'Etat, sauf que ce dernier a davantage un rôle de conseiller et moins de juge, et est plus influencé par le pouvoir en place. Quoi qu'il en soit, il est fort probable que les gaullistes se soient inspirés de la Cour suprême de justice de la Constitution de Pétain pour créer le Conseil constitutionnel.]

Article 35.
La Cour suprême de justice est composée de quinze conseillers en service ordinaire et de six conseillers en service extraordinaire.
Parmi les quinze
conseillers en service ordinaire, douze sont ainsi recrutés : trois conseillers d'État, trois conseillers a la Cour de cassation, trois professeurs des facultés de droit de l'État, trois bâtonniers ou anciens bâtonniers de l'ordre des avocats auprès d'une cour d'appel ou membres de l'ordre des avocats au Conseil d'État et à la Cour de cassation, choisis par la Cour suprême elle-même sur des listes de présentation établies par les corps ou ordres ci-dessus et comportant trois noms pour chaque siège à pourvoir.
Trois sièges sont, en outre, réservés à des personnalités n'appartenant pas aux corps ou ordres mentionnés, mais présentés obligatoirement par ces corps ou ordres a raison, sur chaque liste, de deux noms pour toute vacance dans ces trois sièges. Les seules conditions de présentation sont les conditions générales applicables aux conseillers en service ordinaire, fixées ci-dessous à l'article 36.
Les premiers membres de la Cour suprême de justice en service ordinaire seront nommés par le chef de l'État sur les mêmes présentations.
Les six conseillers en service extraordinaire sont désignés annuellement par le Sénat parmi ses membres, au début de la session ordinaire, a la majorité absolue.
Ils siègent à la Cour suprême de justice lorsqu'elle est réunie dans les cas prévus aux 2°, 3°, et 4° de l'article 34 pour juger le chef de l'État, les ministres ou secrétaires d'État ou toute personne mise en accusation par le président de la République pour atteinte contre la sûreté de l'État.

[On peut remarquer une différence entre la Cour suprême de justice et le Conseil constitutionnel, à propos du recrutement. La première institution se compose obligatoirement de gens spécialistes en droit, tels que des anciens avocats ou des professeurs de droit, et sont nommés selon leurs compétences. Crée le 4 octobre 1958, la seconde institution ne se compose pas toujours de spécialistes en droit (même s'il faut avouer que c'est souvent le cas) puisque les membres sont nommés par le pouvoir exécutif et législatif, et les anciens chefs d'Etat peuvent l'intégrer sans avoir suivit aucune instruction approfondie dans ce domaine. Parmi ces membres ayant peu d'expérience en droit, les meilleurs exemples sont Gaston Palewski, Roger Frey, Daniel Mayer et Jacques Chirac.]


Article 36.
Les conseillers en service ordinaire élisent parmi eux le président et le vice-président de la Cour suprême de justice. Ils sont inamovibles. Ils doivent être âgés de cinquante ans au moins au jour de leur nomination. Ils restent en fonctions jusqu'à soixante-quinze ans, sauf si leur déchéance est prononcée ou s'ils se trouvent dans l'impossibilité permanente de remplir leurs fonctions. L'examen et la décision que comportent ces cas exceptionnels sont de la compétence de la Cour elle-même.
Les fonctions de conseillers en service ordinaire sont incompatibles avec le mandat de sénateur ou de député et avec l'exercice d'aucune profession.
Les conseillers en service ordinaire conservent à vie leur traitement, sauf le cas de déchéance.
Ce traitement est égal a celui des ministres.
Le parquet de la Cour suprême de justice est composé d'un procureur général et de deux avocats généraux, choisis par le chef de l'État au début de chaque année, parmi les magistrats du parquet de la Cour de cassation ou des cours d'appel.
Toutefois, lorsque la Cour se réunit pour statuer sur une mise en accusation par l'Assemblée nationale, celle-ci désigne dans son sein trois membres pour soutenir l'accusation.


Article 37.
Le recours pour inconstitutionnalité n'est recevable que s'il a pour base la violation d'une disposition de la Constitution.
Il est formé par voie d'exception.
L'exception d'inconstitutionnalité peut être soulevée devant toute juridiction, mais seulement en première instance, soit par le ministère public, soit par les parties, soit, d'office, par la juridiction saisie.
Dès qu'a été soulevée l'exception d'inconstitutionnalité, la procédure au principal est suspendue jusqu'à l'arrêt de la Cour suprême de justice sur la valeur du recours.
Cet arrêt s'impose à toute juridiction ayant à connaître de l'espèce à l'occasion de laquelle il a été rendu.

 

Titre V
Les conseils municipaux, départementaux et provinciaux

 

Article 38.
Le conseil municipal est élu pour six ans par le suffrage universel direct au scrutin de liste.
Le maire et les adjoints sont élus par le conseil municipal dans les communes dont la population n'excède pas dix mille habitants.
La loi détermine le mode de désignation du maire et des adjoints dans les communes où la population excède ce chiffre.
La loi prévoit les conditions dans lesquelles les conseils municipaux peuvent être dissous et remplacés provisoirement par des délégations spéciales.
Elle établit le régime municipal spécial de Paris, de Lyon et de Marseille.

Article 39. Le conseil départemental est élu pour six ans au suffrage universel direct, par scrutin uninominal, à raison d'un conseiller par canton.


Article 40.
Le conseil provincial est formé :
Pour deux tiers, de membres élus par les conseils départementaux ;
Pour un tiers, de membres nommés par le gouvernement sur la proposition du gouverneur, parmi les représentants élus des organisations professionnelles et corporatives et parmi les élites de la province.
La durée du mandat est de six ans. Ce mandat est incompatible avec celui de député ou de sénateur.
Le nombre des conseillers provinciaux est, pour l'ensemble des provinces, égal à celui des sénateurs et des députés.


Titre VI
Le gouvernement de l'Empire


Article 41.
Les territoires d'outre-mer sur lesquels, à des titres divers, l'État français exerce sa souveraineté ou étend sa protection, constituent l'Empire.
Dans l'Empire, le gouvernement exerce son autorité par l'intermédiaire de hauts fonctionnaires responsables de la sécurité intérieure et extérieure des territoires qu'ils administrent ou contrôlent.
L'Empire est régi par des législations particulières.


Article 42.
Auprès du président de la République est institué un conseil d'Empire appelé à donner son avis sur les questions intéressant le domaine français d'outre-mer.
Dans les parties de l'Empire où l'évolution sociale et la sécurité le permettent, le représentant du chef de l'État est assisté d'un conseil consultatif.
La loi fixe les conditions dans lesquelles s'exerce la participation traditionnelle de certaines colonies à la représentation nationale.

 

L'analyse de cette Constitution oubliée permet de comprendre deux choses. D'abord, ce document remet en cause la version officielle qui fait du dictateur Pétain un anti-républicain et un anti-démocrate. Il est vrai qu'il a souvent critiqué la démocratie de la IIIème République française, mais cela ne signifie aucunement qu'il ne souhaitait pas que son pays vive en démocratie après la fin du second conflit mondial. Il avait simplement une vision différente, avec une République composée d'un exécutif fort, et une liberté d'action plus importante du chef de l'Etat, c'est-à-dire du Président de la République. De plus, il ne remet pas en cause la liberté d'expression et de culte, comme le prouve les premiers articles. Quant à ceux qui en doute, rappelons-nous de ce qu'il a déclaré en 1936 : "Je ne demande pas un chef unique pendant la paix, mais pendant la guerre" (Philippe Pétain, "Défense nationale et Commandement unique", dans Revue des Deux Mondes, 1er mai 1936). Cependant, il ne faut surtout pas oublier l'influence direct de plusieurs intellectuels issus de la droite libérale, en particulier de Lucien Romier qui avait pour rôle d'élaborer cette Constitution, ainsi que Joseph Barthélémy et Pierre-Etienne Flandin. Ensuite, l'étude de ce projet a démontré qu'un certain nombre de points seront présents dans les Constitutions suivantes, principalement dans celle de la Vème République. On peut citer par exemple : le rôle accru du Président de la République; le remplacement du poste de Président du Conseil des ministres par celui de Premier ministre, fonction qui n'existait pas en France, et sa responsabilité devant le Chef d'Etat ; la volonté de donner le droit de vote aux femmes ; ou encore la création d'un conseil chargé de la protection et du contrôle de la Constitution. Il y a incontestablement quelques similitudes avec la IVème et surtout avec la Vème République. Est-ce le fruit du hasard ? On peut très sérieusement en douter ...

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25 juillet 2009 6 25 /07 /juillet /2009 23:10

Les positions des généraux

L’un des premiers généraux à exprimer la nécessité d’améliorer l’armement en France est Philippe Pétain. Dans les années 1910, il estimait déjà que les moyens mis en œuvre n’était pas suffisant pour la Première Guerre Mondiale, et exprimait déjà sa volonté d’avoir une armée davantage mécanisée (Philippe Pétain, Tactique d’Infanterie, 40e, Edition ISC, 51 rue du Paradis, 75010, Paris). Général en chef de l’armée à partir de 1917 (jusqu’au 9 février 1931), il écrit dans un mémoire du 5 janvier 1919 que 6 875 chars légers et de 435 chars lourds sont nécessaires à la défense du territoire. 3 075 chars doivent être utilisés en régiment de première ligne, 3 000 autres en réserve et à la disposition du commandant en chef, et 800 pour le remplacement des unités endommagées. Il écrit : "pour la prochaine mobilisation 6 785 chars constitués en arme autonome... [Il concède que] c'est gros, mais l’avenir est au plus grand nombre de combattants sous la cuirasse." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 339). Il exprime sa volonté de se tourner vers l'avenir et de ne pas s'enfermer dans le présent. Sur ce sujet, nous ne pouvons pas étudier la stratégie de l'Entre Deux Guerres du maréchal Pétain sans mentionner l'oeuvre Pétain : Le soldat 1914-1940 de Guy Pedroncini. Cet historien, spécialiste de la Grande Guerre, a été doyen de la faculté des lettres de l'université du Maine (Le Mans) et fut professeur à la Sorbonne. Pedroncini est l'un des plus grands connaisseurs de la stratégie souhaitée par Pétain pendant et après la Grande Guerre. Il a notamment prouvé que le général de guerre n'employait pas uniquement des tactiques défensives mais aussi des tactiques offensives, et cela notamment par la Directive n° 5 du 12 juillet 1918 : "La surprise tactique sera obtenue par la soudaineté du déclenchement de l'attaque, soit à la faveur d'une préparation par l'artillerie et l'aviation de bombardement aussi brève et aussi violente que possible, soit sans préparation à la faveur de l'action de rupture des chars d'assaut ouvrant la voie à l'infanterie et à l'artillerie. Le rôle de l'aviation est de la plus haute importance." (AFGG, 623-1928, document repris par Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 181 et 266-267). C'est exactement le même principe qui sera repris par Heinz Guderians, le concepteur de la fameuse Blitzkrieg, c'est-à-dire de la "guerre éclair". Ce même historien reprendra près de 80 sources afin de mieux comprendre les pensées du Maréchal vis-à-vis de l'armée française durant l'Entre Deux Guerres.
Par la suite, avec le soutien du général Buat, son chef d'État-Major entre 1919 et 1929, il s'oppose à la construction de fortifications défensives, préconisant au contraire la constitution d'un puissant corps de bataille mécanisé, qui puisse de porter le combat le plus loin possible à l’intérieur du territoire ennemi, et cela dès les premiers jours de la guerre. En juin 1922, il obtient même la démission du maréchal Joffre de la présidence d’une commission d'étude portant sur l'organisation de la défense du territoire, commission crée quinze jours auparavant. Lors de l'inauguration du monument aux morts de l'Ecole Turgot, en juin 1921, Pétain déclarait déjà : "Notre ennemi est abattu, mais il guette de ses yeux haineux le premier signe de faiblesse de notre part pour répondre à la lutte. Veillons et restons forts. Notre ennemi travaille. Il sait que pour vaincre dans la guerre future dont il attend sa revanche, il doit s'installer d'abord solidement dans tous les domaines de l'activité humaine. Il perfectionne son organisation et son outillage pour assurer ses bases. Mais déjà dans les laboratoires et les bureaux d'études, il cherche avec opiniâtreté et méthode à appliquer à la guerre les derniers progrès de la science." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 297). Puis il expose sa vision de la guerre : "La guerre est l'épreuve suprême des peuples. Elle révèle clairement leurs forces et leurs faiblesses parce que tout concourt de nos jours à la lutte : la valeur morale des nations, leur solidarité sociale, leur organisation, leur volonté autant que les ressources matérielles." Et il lance ces phrases prophétiques : "La guerre future sera une guerre d'industrie et d'organisation. Je le crois mais attendons-nous au surplus à ce que la science, au service de l'ingéniosité des hommes, apporte dans les luttes de l'avenir plus d'imprévu encore que nous n'en avons constaté au cours des récentes hostilités. Soyons outillés matériellement. Soyons surtout des hommes à l'intelligence souple pour nous adapter rapidement à des situations insoupçonnées et pour résoudre, avant et mieux que nos rivaux, les problèmes qui surgiront." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 303-304).

Le 15 juin 1922, le Maréchal est au City Temple à Londres. A cette occasion, il va avertir : "La victoire tant attendue enfin couronna nos efforts. Mais nous avions espéré que, rentrés dans nos foyers, nous pourrions désormais sans arrière-pensée nous adonner aux travaux de la paix. La France ne veut dominer aucun peuple, mais elle ne veut pas non plus qu'on l'étouffe, et lorsqu'elle entend chanter par-delà le Rhin le Deutschand über alles, elle comprend la menace. Les discours agressifs, les articles de presse lui rappellent à tout instant que l'ennemi n'a pas désarmé. Devant un tel esprit l'indifférence serait un crime. La France ne désire aucune extension de ses frontières. Elle n'a pas hésité à réduire dans des proportions considérables ses charges militaires, mais il est un minimum en dessous duquel elle ne peut descendre sous peine de renoncer à l'intégralité de son territoire et au respect de ses droits." Selon Pedroncini, il s'agit d'une mise en garde à destination du gouvernement français (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 297-298).
Au moment de l'inauguration du monument aux morts à Vienne, le 9 septembre 1923, Pétain prononce un nouveau discours et se fait déjà insistant : "Regardons au-delà du Rhin. Chaque jour les renseignements qui nous parviennent nous montrent un peuple aveuglé par l'orgeuil qui n'accepte pas sa défaite et reste dominé par l'impérieuse volonté de revanche. Nos ennemis d'hier, profitant des dissensions inévitables entre Alliés, récusent maintenant la signature qu'ils ont apposé au bas du traité de paix. Grâce à des manoeuvres financières frauduleuses, ils prétendent se soustraire aux réparations légitimes. Et pourtant ce ne sont chez eux que des constructions nouvelles et usines en pleine activité... Le matériel, fusils, canons, avions que nos commissions de contrôle l'empêchent ou plutôt l'empêchaient de fabriquer chez elle, l'Allemagne les construit en Russie, en Hollande, en Lituanie. Son armée nationale imbue de l'esprit impérial et doublée des forces de police devient un instrument militaire de plus en plus redoutable, car cette armée est une pépinière de gradés, parfaitement instruits, capables d'encadrer la nation. [...] Partout est prêchée la revanche et la haine : sus aux Français qui foulent les provinces allemandes ! Et dans ces provinces allemandes on englobe naturellement l'Alsace et la Lorraine. Devant ce danger sans cesse grandissant, serrons les rangs et soyons unis comme nous l'avons été pendant la guerre. Et le maréchal demande aux anciens combattants de "servir de guides aux jeunes générations"." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 298).
Lors de la séance du Conseil supérieur de guerre du 15 décembre 1925, il se montre davantage favorable à la mise en place de môles défensifs sur les voies d’invasion. Lors de la séance du 19 mars 1926, le maréchal Foch s’oppose à Pétain car il estime que ce dernier accorde trop d’importance aux chars. Cependant, le Maréchal conseil et obtient l’étude de trois prototypes de chars (léger, moyen et lourd). Malgré tout, il finira par s'incliner et accepter la construction d’une ligne défensive. Par ailleurs, la majorité des généraux de l’époque s’opposaient à la stratégie de Pétain. André Maginot, le ministre de la guerre qui a donné son nom à la ligne défensive, déclara lors du débat parlementaire du 28 décembre 1929 : « ce n'est pas Pétain qui commande, mais le ministre de la Guerre ». La Ligne Maginot est donc construite, malgré l’opposition de Pétain. L’une des rares personnalités qui va dans le sens du Maréchal est Georges Clemenceau. Quelques jours avant sa mort, survenant le 24 novembre 1929, il s’exclamera : "Dans cinq ans, dans dix ans, quand ils voudront, les Boches entreront chez nous ".

En parallèle, le Maréchal continue à avertir la population du danger allemand. Le 18 septembre 1927, à l'inauguration de l'ossuaire de Douaumont, il lance un nouvel avertissement : "La victoire ne s'improvise pas [...] Sans préparation morale et matérielle, les épreuves qui sont inévitables dans la vie d'un peuple ne sauraient être acceptées de leur plein gré par les citoyens et abordées avec confiance... Ce ne serait pas en nous éloignant des principes d'ordre, encore moins en glissant aux doctrines dissolvantes que nous préparerions les générations futures aux difficultés de l'avenir. L'esprit de Verdun qui a suscité de si grandes actions doit rester le fondement de notre vie sociale et l'inspiration du devoir militaire." Comme le dit si bien Pedroncini : "On retrouve ici les préoccupations du maréchal Pétain concernant l'éducation, et la volonté de placer la bataille de Verdun comme le symbole de l'effort." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 297-298).
De plus, la question belge le préoccupait déjà dès la fin des années 1920. En effet, il ne souhaitait pas que la Belgique se retrouve dans la même situation qu'en 1914. Il expliqua : "Evitons de voir l'avenir trop sombre et proclamons, après tant de sacrifices, notre légitime espérance d'une paix honorable et prolongée. Mais ne nous endormons pas dans la confiance ! La situation dans laquelle la Belgique s'est trouvée placée dans la dernière guerre a eu trop de précédents dans l'histoire. Quels que soient les accords internationaux qui puissent intervenir dans l'avenir, nous savons qu'ils ne suffisent pas toujours à mettre les frontières à l'abri d'une agression. Veillons à préparer la concordance de nos efforts... Nous ne pous pas oublier que Liège, Namur et Verdun sont sur la Meuse les bastionsd'une même ligne de défense." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 304-305).
Lors d'un discours prononcé à Lyon, il insiste sur l'évolution de la technologie militaire : "La guerre moderne ne souffre pas les improvisations. Les progrès de l'armement ont transformé le champ de bataille en une immense usine où s'affirme le rôle prépondérand de la technique." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 305).

Le 22 janvier 1931, l'Académie française accueille Philippe Pétain au fauteuil du maréchal Foch (mort en 1929). L’intellectuel Paul Valéry le reçoit et fait le discours de réception retraçant sa biographie. Il rappelle et développe une phrase sur laquelle Pétain insistait : « le feu tue », et évoque quelques innovations en matière militaire : « la mitrailleuse a modifié durablement les conditions du combat à terre ». Il évoque quelques principes stratégiques, mais aussi les désaccords entre Pétain et Joffre. Le discours de réception du maréchal Pétain est un hommage au maréchal Foch auquel il succède, mais après avoir soumis le texte au général Weygand (n'oublions pas que Foch et Pétain ne s'appréciaient pas, tandis que Weygand connaissait bien Foch pour avoir été son bras droit).

Le 9 février 1931, Pétain est remplacé par le général Weygand au poste de commandant suprême de l’armée, et est nommé inspecteur général de la défense aérienne du territoire. Le 2 décembre 1931, il écrit à Pierre Laval, alors président du Conseil, pour lui demander "la constitution d'urgence d'une aviation de défense et d'attaque puissante", indépendante de l’armée de terre et de la marine. Pour cela, il conseille de prélever 250 millions de francs sur les crédits alloués à la construction de la ligne Maginot. A travers un article paru dans la Revue des Deux-Mondes dans ce même mois, il dénonce la "flagrante infériorité de la flotte aérienne française" et rappelle une nouvelle fois la nécessité de "constituer d'urgence une aviation de défense et d'attaque puissante".

A Douaumont, Pétain envoie un nouvel appel à la classe politique française le 7 août 1932. Cet avertissement est encore plus retentissant que les précédents : "Le sublime élan de dévouement envers la collectivité nationale a trop souvent fait place aux calculs égoïstes des intérêts particuliers. Pour résoudre les difficultés de l'heure présente, pour faire triompher nos vues sur le terrain des négociations internationales, il importe que la France montre une résolution unanime. L'heure est grave en effet ... Nous avons rêvé de paix et de collaboration entre les peuples, nous avons cru que les engagements solennellement souscrits suffiraient à garantir l'ordre établi, et voici que la notion fondamentale du respect des contrats s'effrite, que la bonne foi [...] se dérobe et que l'Europe reste divisée. [...] Mais il serait vain de consentir les sacrifices nécessaires à notre sauvegarde si nous laissions notre organisme national s'épuiser sous les rudes incidences économiques du moment. Une crise sans précédent ébranle le monde et menace jusque dans ses fondements notre civilisation. [...] Dans les moments d'angoisse ou d'incertitude qui font vaciller les plus fermes dessins, tournons nos pensées vers ce "soldat de Verdun" dont la vertu semblait sans limites, nous puiserons en lui la notion et la volonté de l'accomplir." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 299). Dans ce même discours, il précise que "de dures expériences ont convaincu les soldats de la faiblesse de l'homme en face de la prodigieuse puissance du matériel." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 306).
A l'occasion du 17ème anniversaire du déclenchement de l'offensive allemande sur Verdun, le 21 février 1933, Pétain déclare : "Au contact des réalités, l'enthousiasme s'atténue, l'homme réfléchit. Dans la bataille moderne, il s'aperçoit qu'il n'y a point de victoire possible si les troupes ne sont pas suffisamment armées, instruites, commandées." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 306).
Le 9 février 1934, le Maréchal est nommé ministre de la Guerre dans le gouvernement de Gaston Doumergue, fonction qu’il occupe jusqu’au 8 décembre 1934
. Il a accepté le portefeuille de la Guerre à la condition de pouvoir coordonner les trois ministères militaires : la Guerre, la Marine et l'Air. Il manifeste ainsi son soucis constant de la coordination dans la préparation à la guerre, aussi bien que dans la conduite des opérations. Cependant, il va devoir faire face aux restrictions budgétaires consacrée à l’armée. Dès le 26 mars, il demande l’adoption du char B1 dont il avait fait faire des prototypes pendant son commandement. Le même jour, il décide aussi l’adoption du char D2 et de l’étude d’un char léger. Par ailleurs, Pétain était soucieux de la formation des officiers supérieurs, et ordonne que tous les postulants de l’École supérieure de la guerre effectuent des stages préalables dans des unités de chars et d’aviations (Journal Officiel, 4 mars 1934).

Le 31 mai 1934, il est convoqué devant la Commission des finances et renouvelle ses réserves sur l’efficacité de la ligne Maginot. Il explique ce qu’est pour lui la fortification : le béton est un moyen pour économiser les effectifs, mais l’essentiel reste une armée puissante sans laquelle elle n’est qu’une fausse sécurité. Le but de la fortification est de permettre le regroupement des troupes pour l’offensive ou la contre-offensive. Il indique à la Commission des finances : « la ligne Maginot ne met pas à l’abri d’une pénétration de l’ennemi, si l’armée n’est pas dotée de réserves motorisées aptes à intervenir rapidement. » Néanmoins, il soutient le principe de cette ligne. Malgré tout, le Maréchal ne pensait pas que la ligne Maginot devait s’arrêter à la frontière belge. Il n’oublia pas ces graves erreurs lorsqu’il fera juger les responsables de la défaite en 1941, en imputant celle-ci essentiellement aux politiciens, même si nous savons très bien que les autorités gouvernementales avaient aussi suivi les orientations stratégiques de certains généraux.

Le 15 juin 1934, Pétain obtient un crédit supplémentaire important de 1 275 milliards de francs pour la modernisation de l’armée. La veille, il prononce un discours à la Chambre des députés et détaille brièvement les futures dépenses du crédit accordé le lendemain :
- 395 millions seront employés à l'achèvement de travaux en cours et pour la construction de casernements à proximité des ouvrages, dont 292 millions de francs seront destinés à l'organisation défensive de la frontière du Nord
- 880 millions seront utilisés pour des dépenses diverses, comme la conception des chars et des avions
A cette occasion, il insiste également sur la nécessité de na pas diminuer les crédits accordés, et cela pour deux raisons : pour empécher l'arrêt des travaux ; afin d'éviter l'interruption des contrats de main-d'oeuvre, ce qui pourrait engendrer le licenciement de 15 000 ouvriers (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 413-415).

Malgré tout, le ministre Pétain se heurte aux difficultés économiques du pays et le Président du Conseil Gaston Doumergue envisage de baisser le crédit accordé au ministère de la guerre. A l'occasion du Congrès des officiers de réserve, organisé le 22 juillet 1934, le Maréchal tire la sonnette d'alarme : "Vous saurez conduire votre troupe au feu comme vous l'aurez fait à la manoeuvre, aptes dès la première heure à en obtenir un rendement utile dans les conditions de surprise et de brutalité qui marqueront le début des conflits futurs. Car il importe de le rappeler, la Nation tout entière est appelée à participer au danger et le paysdoit être prêt à subir sur l'ensemble du territoire la terrible épreuve d'une attaque brusquée." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 310).
Le 19 août 1934, le Maréchal inaugure le monument de Charmes. Il profite de l'occasion pour faire un nouveau discours et revient sur les erreurs de la Grande Guerre. Il rappelle notamment les retards accumulés lors de la mise en place de l'offensive de Lorraine qui était finalement prévue le 14 novembre 1918, mais que l'armistice du 11 empècha sa réalisation. Il explique : "Après quatre années de lutte sans précédent, le dénouement de la guerre paraît devoir s'accomplir sur ce même terrain de Lorraine, témoin de nos premiers efforts. Mais l'ennemi a pressenti et mesuré le danger : il se dérobe aux conséquences d'une capitulation en signant l'armistice. Le général de Castelnau qui, en 1914, avait barré la route à l'envahisseur à Charmes et au Grand-Couronné, était privé de la joie du triomphe. [...] En matière d'art militaire, il est dangereux d'ériger en système les résultats d'une expérience même heureuse. Les données de la guerre comportent trop d'éléments changeants, imprévus, parfois impondérables. C'est au chef qu'il appartient d'en discerner à tout instant la valeur pour en déduire la forme de sa manoeuvre." Enfin, il termine son discours tout en regrettant l'affaiblissement des liens franco-italiens, qui avaient pourtant porté leurs fruits durant plusieurs bataille de la Première Guerre mondiale (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 311-312).
Le 27 octobre 1934, Pétain parvient à convaincre Louis Germain-Martin, ministre des finances, de signer le "Plan Pétain" prévu pour 1935. Ce plan prévoyait la construction de 60 chars lourds, de 300 chars moyens et de 900 chars légers. Deux jours plus tard, il remet une déclaration auprès de la Commission des Finances de la Chambre des députés, et insiste sur la nécessité d'un effort financier pour appuyer le "Plan Pétain" (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 415-416). Mais la chute du gouvernement en décembre retardera la mise en place de ce projet de plusieurs mois. De plus, le Maréchal est remplacé par le général Maurin, partisan des chars lourds et lents. Au même moment, il est l’un des premiers à dénoncer publiquement "le péril hitlérien", par l’intermédiaire de la Revue des Deux-Mondes. Dans ce même numéro de décembre 1934, il rappelle "la faiblesse de l’armée française". Deux mois plus tard, dans ce même magazine, cette fois-ci dâté du 15 février 1935, il écrit : "Il est indispensable que la France possède une couverture rapide, puissante, à base d’avions et de chars". Le 1er mars, dans une nouvelle intervention dans la Revue des Deux-Mondes, il déclare : "Notre système militaire actuel remonte aux années 1927-1928" et précise que : "Loin d'être matériellement désarmée, l'Allemagne dispose maintenant de forces militaires imposantes, susceptibles d'être mises sur pied très rapidement. Ainsi le rendement de notre système militaire ne répond plus aux conditions que nous impose le réarmement du Reich." Dans ce même article, il indique : "Le réarmement de l'Allemagne est un fait accompli. [...] Enorme accroissement des forces actives, armée et aviation ; possibilités grandissantes d'attaque brusquée, tels sont les traits nouveaux qui caractérisent l'évolution la plus récente de la puissance militaire allemande. [...] Au cours de l'année 1935, l'armée permanente du temps de paix comptera au minimum un effectif de 400 000 hommes, au lieu des 100 000 prévus par le traité. Son organisation, primitivement fixée à Versailles à sept divisions d'infanterie, va en compter vingt et une. A l'armée active proprement dite s'ajoutent les formations de la police encasernée, c'est-à-dire strictement militarisée, comptant à elle seule 180 000 hommes et bientôt 200 000, au lieu des 35 000 hommes consentis. Au total, les forces actives en temps en paix s'élèveront au cours de l'année 1935 à 600 000 hommes prévus,soit un chiffre quatre fois et demie plus fort. [...] De toute évidence, nos forces militaires actuelles sont calculées en fonction d'une puissance militaire allemande différente de celle d'aujourd'hui. Le déséquilibre qui existe dès maintenant à cet égard entre la France et l'Allemagne rique de devenir tragique à partir de 1936." (article repris dans Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 295-314).

Toujours en 1934, il rédigea la préface de l'ouvrage du général britannique Ashmore, intitulé Défense anti-aérienne (Payot, 1934). Les propos portent sur l'avenir de l'aviation et sont quasiment visionnaires : "L'aviation offensive porte dans ses flancs des possibilités insoupçonnées qu'il y a péril mortel à méconnaître. Dans son domaine, l'air, qui ne peut être barré comme on barre la terre et la mer, elle domine tous les autres théatres en plus des actions sur les arrières, actions qui lui sont propres [...] L'aviation boulverse les notions admises jusqu'ici comme évidentes ; elle oblige à remettre en cause les organisations anciennes [...] Que ne peut-on attendre d'un engin qui peut intervenir dans les batailles terrestes, dans les batailles navales, dans la défense aérienne du territoire et dans l'attaque du sol ennemi ? La vitesse prodigieuse des engins aériens lui permet de passer comme la foudre d'un domaine à l'autres, et d'agir partout à la fois. L'aviation rétrécie le monde. Elle contribue pour beaucoup à ce changement d'échelle, annoncé par Paul Valéry. Elle oblige à des boulversements profonds dans la constitution des forces armées, et dans l'organisation de l'Etat. Elle est la plus puissante défense du pays."
En 1935, Pétain devait participer à une conférence à Bruxelles portant sur l'évolution de l'art de la guerre et son avenir. Cet évènement était destiné aux Amis de la langue française et aux Conférences cardinal Mercier. Cependant, il a été contraint d'y renoncer pour des raisons diplomatiques, mais le texte du discours fut préservé. Le général Conquêt avait publié quelques extraits dans son oeuvre Auprès du maréchal Pétain (p. 154-155). Quant au texte intégral, il avait été communiqué par le fils du général Montjean au colonel Perrier-Cornet en 1988. Ce dernier confia le précieux document à Guy Pédroncini qui publia quelques passages à travers son Pétain : Le soldat 1914-1940. Selon l'historien, le Maréchal voulait mettre en avant les expériences et erreurs du passé, et constatait que les humains n'ont "jamais tenu compte du capital d'expérience amassé par leurs devanciers" et qu'ils sont "toujours retombés dans les mêmes ereurs et les mêmes incertitudes". Il souhaitait mettre en valeur l'apprentissage de l'histoire afin d'y trouver "d'utiles leçons", même si chaque conflit engendre "une énigme nouvelle ". L'histoire ne fournit pas de "recettes pour vaincre" mais il permet "quelques anticipations sur les formes nouvelles de la guerre". Puis il insistait sur le fait que "matériel, volonté, intelligence dominent toute action guerrière", que la science et le courage "ont toujours été indispensables", et cela "au regard de l'importance croissante qu'ont prise au cours des âges les conditions matérielles". Et il affirme "que la situation des matériels mis à la disposition des combattants détermine la physionomie propre de la guerre et que le perfectionnement incessant des moyens entraîne une évolution continue de l'art de la guerre." Toujours d'après ce même document, il voulait faire une étude sur l'évolution de l'art de la guerre  en fonction de l'armement, et cela depuis Alexandre le Grand jusqu'à la Grande Guerre, en soulignant un profond changement au XIVème siècle avec l'apparition de l'arme à feu. Il ne souhaitait pas passer à coté de Napoléon qui "porte au plus haut degré l'art militaire et exploite avec une incomparable habilité toutes les possibilités de son temps." Il voulait mettre l'accent sur le XIXème siècle qui symbolisait l'apparition "de profondes transformations dans le domaine du matériel", notamment le fusil et le canon à tir rapide qui "boulversent les conditions du combat. L'efficacité destructrice du feu exclut du champ de bataille les formations serrées." Enfin, il définissait la Grande Guerre comme le grand tournant tant attendu : "C'est le monde presque tout entier qui met les armes à la main. L'enjeu est d'importance. L'avenir même de l'humanité est en cause : d'un côté c'est la Haine et la Violence, de l'autre la Liberté et le Droit." Il ajoute que : "Sans doute l'offensive seule peut apporter des résultats décisifs : encore faut-il en avoir les moyens", définissant la percée comme "une illusion". Pour vaincre définitivement, il faut épuiser les réserves de l'ennemi. C'est ce qui s'est passé en 1918, mais elle "n'a été possible que grâce au char blindé, instrument qui se rit des mittrailleuses et des défenses accessoires, et qui permet les foudroyantes et les pénétrations profondes", et que c'est "l'apparition de ce nouvel engin qui rend l'avantage à l'assaillant et met fin en quelques mois aux hostilités de quatre ans." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 307-308). Pédroncini précise que le général Montjean regrettait que cette conférence du maréchal Pétain n'ait pas été prononcée, car cela aurait empéché les préjugés mensongés selon qui inventait un Maréchal n'accordant q'une faible importance à la technologie. Il y a pourtant suffisement de preuves pour démontrer le contraire. Beaucoup ont oublié que ce simple homme avait prédit la stratégie employée à l'avenir par les armées évoluées, et par extension la débâcle de 1940 :
"Il n'est malheureusement pas déraisonnable d'imaginer un agresseur résolu menant ses opérations dès le début avec une telle rapidité qu'elles anéantissent les premières forces militaires de son adversaire, paralysant sa mobilisation, détruisent les organes vitaux de sa puissance économique, étouffent toute velléité de résistance. Les instruments d'une pareille guerre existent. Sans tenir compte des moyens que le progrès de la chimie, de la bactériologique ou de l'électricité laissent entrevoir, il y a dès maintenant l'engin blindé et l'avion.
L'engin blindé automobile a donné la mesure de sa valeur en 1918. Sa puissance, sa rapidité de déplacement, sa résistance aux projectiles n'ont fait que s'accroître.
L'avion
[...] est en train de se tailler une part prépondérante dans le domaine guerrier." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 307-308).
Le 6 avril 1935, le maréchal Pétain remet la légion d'honneur à l'Ecole supérieure de la guerre. A cette occasion, il prononce un discours devant le président de la République Albert Lebrun, et dévoile sa stratégie qui demeure opposée à celle de Maurin : « l'apprentissage de la guerre doit s'inspirer de la connaissance des faits, dont l'Histoire fournit la base. [...] L'art militaire est le plus mouvant de tous les arts. Il serait facheux de se figer dans l'étude du passé sans jamais interroger l'avenir... L'école de guerre doit apporter dans ses recherches un esprit résolument ouvert aux problèmes modernes. Sous peine d'être surpris et de subir le système de guerre de l'adversaire, il importe dès maintenant d'avoir une doctrine. Cette doctrine doit faire une place raisonnable aux facteurs moraux et intellectuels qui restent des éléments permanents de l'action. Mais elle doit aussi s'appuyer sur l'étude des propriétés de l'armement qui de tout temps ont régi les formes de combat. La mitrailleuse, le canon lourd, le char et l'obus à gaz ont boulversé la tactique. Tout en restant attentif aux transformations que les progrès de la chimie, de l'électricité ou de toute autre science, il est nécessaire de tenir le plus grand compte des perspectives ouvertes par l'engin blindé et par l'avion. L'automobile, grâce à la chenille et à la cuirasse, a conquis droit de cité sur le champ de bataille et y met la vitesse au service de la puissance. Les unités mécanisées sont capables de donner aux opérations un rythme et une amplitude inconnus jusqu’ici. L’avion, en portant la destruction jusqu’aux centres vitaux les plus éloignés fait éclater le cadre de la bataille limité autrefois à la portée des coups de l'artillerie et modifie les conditions de l'action stratégique. [...] On peut même se demander si l’avion ne dictera pas sa loi dans les conflits de l’avenir. On ne comprendrait donc pas que cette arme, dont la puissance et le prestige s'accroissent de jour en jour, ne fut pas l'objet dans cette école d'une école approndie. En fait, la victoire appartiendra à celui qui saura le premier exploiter au maximum les propriétés des engins modernes et combiner leur action à quelque plan que ce soit pour anéantir les moyens de lutte de l'adversaire. » (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 423-428 et Guy Pédroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 312-313). Malgré tout, les hommes au pouvoir à cette époque ne tiendront pas compte de cette réflexion. Pétain était certain que la Seconde Guerre Mondiale était proche, tandis que d’autres le riront au nez, tout en s’accrochant à l’illusion d’une paix durable. A cette époque, le général Sikorsky publia son livre La Guerre moderne (Berger-Levrault, Paris, 1935). Le Maréchal participa à la rédaction de sa préface. Il écrit d'abord pour l'aviation "un rayon sans cesse croissant". Puis il explique que les éléments terrestes devront être "motorisés et mécanisés", et précise que
 « Les possibilités des chars sont tellement vastes qu’on peut dire que le char sera peut-être demain l’arme principale. » Puis il ajouta que : "L'utilisation de ces forces nouvelles, en combinant les unes avec les autres, posent des problèmes nouveaux, délicats et complexes d'organisation et d'emploi tactique. Favorisant l'attaque brusquée et les actions de surprise, ces progrès sont de nature à ouvrir de nouvelles voies à l'art de la guerre."
Afin d'unifier les forces armées de la France, il crée le Comité permanent de la défense nationale en 1936. Ce comité réunira divers généraux jusqu’en 1939, et Pétain assiste régulièrement aux séances. L’objectif était de préparer la France à la guerre : "une nation doit avoir, dès le temps de paix, une organisation permanente, fortement centralisée, qui assure l'unité de direction pour tout ce qui touche à la préparation des forces nationales [...] L'Air doit soit collaborer avec les autres armes, soit agir isolément pour porter la guerre chez l'ennemi ; cependant, les actions des trois armes doivent être coordonnées et il faudra, par conséquent, un commandement unique [...] Je ne demande pas un chef unique pendant la paix, mais pendant la guerre [...]". Pour lui, il faut établir cinq points: "Etablissement du plan de défense de l'Etat et des plans de campagne correspondant aux diverses hypothèses ; Orientation de la doctrine de défense nationale en fonction de l'évolution de la technique et arbitrage entre les thèses divergeantes; répartition générale des effectifs et des crédits de défense nationale ; mise en harmonie des programme d'armement; impulsion donnée aux recherches techniques s'inspirant des besoins communs aux forces terrestres, navales, aériennes." Il conclu par : «dans le domaine militaire, l’unité de commandement en vue de la coordination des moyens est à la base du succès.» (maréchal Pétain, Défense nationale et Commandement unique, Revue des Deux Mondes, 1er mai 1936, puis repris dans Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 315-327). Il applique cette réflexion à l’ensemble de la défense nationale. Cela inclut les servitudes géostratégiques de la France, puissance à la fois continentale, maritime et coloniale, pour justifier la centralisation du commandement. Ensuite, il faudra créer un ministère de la Défense nationale chargé de la coordination des hautes questions des forces armées, avec un chef d’état-major général de la Défense nationale qui, lors de la mobilisation, doit être investi de la direction générale de l’ensemble des théâtres d’opérations. 

Le maréchal Pétain émet plusieurs critiques contre le manque de volonté de la classe politique à investir dans l'armée française, et évoque des insuffisances dans tous les domaines. Le 4 octobre 1936, il lance un discours à Saint-Quentin et prononce cette célèbre phrase : "La conception de l'armée défensive qui a prévalu en France à la suite du traité de Versailles a fait son temps." A cette occasion, il évoque la situation internationale et se dit favorable à un resserrement des alliances face au péril allemand. Il mentionna l'amitié qui le lie avec John Persching et son admiration pour les Etats-Unis, puis mentionne sa volonté de préserver les relations avec la Grande-Bretagne (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 302).
La revue Sciences Politiques avait publié une conférence qui devait être prononcée par le Maréchal le 3 février 1938, à l'ouverture du cours de Défense nationale à l'Ecole libre des Sciences Politiques, devant plus de 800 élèves et devant des membres du conseil d'administration de l'école. Il insiste sur le fait que "L'art militaire est en perpétuelle évolution." et ajoute que "Ce sont les propriétés techniques des armes qui fixent le caractère des guerres." (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 328-341).

Malgré ses interventions, Pétain sera peu suivi. Parmi les officiers qui le soutiennent, il y a notamment deux de ses anciens élèves à Saint-Cyr, Alphonse Juin et Charles de Gaulle. D’ailleurs, ce dernier écrira trois livres sur l’armée française : Le fil de l’Epée en 1932, Vers l’armée de métier en 1934 et La France et son armée en 1938. Il reprendra les mêmes suggestions que Pétain en matière militaire, même si quelques différences demeuraient entre les deux hommes.

Par ailleurs, il faut savoir que le Maréchal se montrait déjà sceptique en 1936 sur la capacité de la France à pouvoir combattre face aux Allemands. Pour preuve, une lettre envoyée au général Héring et datant du 7 janvier 1937, qui démontre son état d’esprit sur de possibles menaces :

"Mon cher Héring,
Cette fin d’année (votre lettre est datée du 30) ne vous apparaît pas gaie.
Vous avez pour cela deux raisons, la santé de madame Héring et l’état général de nos affaires militaires, et vous êtes bien placé pour sentir la gravité de ces dernières.

L’Europe entière est dans l’attente des oracles qui vont sortir du prophète de Berchtesgaden. Voilà où nous en sommes 19 ans après avoir tenu dans nos mains le peuple qui nous menace aujourd’hui, à notre merci.
Rien ne sert de récriminer, il faut se préparer à se battre de nouveau – sursum Corda !

En toute affection… meilleurs vœux de guérison pour madame Héring
Ph. Pétain" 
Le 26 mai 1938, le Maréchal prononce un discours au Congrès de l'Union nationale des Combattants. Il rappelle la défaite française de 1870 face à la Prusse, puis le redressement de la France lors de la Grande Guerre. Mais il ajoute : "La victoire aurait-elle changée de camp ? Les clauses du traité de 1919 ont été déchirées par l'Allemagne, l'un après l'autre. Ce qui nous en reste, aussi appréciable que ce soit, ne constitue plus qu'une victoire mutilée. Sans avoir recours à la force des armes, l'Allemagne s'est assurée en pleine paix des avantages matériels qu'elle n'aurait pu obtenir en d'autres circonstances qu'après une campagne militaire victorieuse. Notre prestige en a souffert. Notre force militaire, restée cependant intacte, a perdu la par comparaison avec celles d'autres peuples voisins, une partie de sa puissance. Nous nous trouvons en présence d'une situation sérieuse. Notre avenir est menacée." (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 433-436). Il averti encore les français du danger le 20 novembre 1938 à Metz, à l'occasion d'un banquet pour le 20ème anniversaire de l'entrée des troupes françaises dans la ville. Il se montre extrêmement pessimiste : "En examinant froidement les faits, je suis forcée de constater que nous avons laissé échapper la plupart des avantages de notre victoire. Les Français, oubliant que la grandeur d'un pays n'est faite que de la somme des efforts personnels, se laissèrent entraîner vers la jouissance et les appétits matériels. L'union réalisée devant le danger s'évanouit dans le bien-être, et chacun reprit ses habitudes égoïstes du temps de paix. C'est pourquoi l'avenir si beau en 1918, vous apparaît maintenant sous des couleurs plus sombres." (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 436-441).
Enfin, juste avant la guerre, un conflit opposa Pétain à Gamelin. En effet, en janvier 1939, le Maréchal déclare à Science Po : « Comme les armements terrestres et maritimes ont été très peu modifiés depuis 1918, on pourrait en déduire que les caractères de la guerre future seront, au début, les mêmes que ceux de la guerre passée. Il n’en sera pas ainsi parce qu’il s’est produit un fait nouveau considérable, de nature à bouleverser les conditions de la guerre future. Le fait nouveau, c’est l’apparition de l’avion et sa participation à la guerre ». le général Gamelin n'était pas contre la modernisation de l'armée puisqu'il dira le 5 décembre 1938 : "Il faut augmenter l'aviation [...] mais un accroissement des forces terrestres s'impose. Or on est à la limite des crédits [...] pour l'achat de matériel neuf. Car nous avons des prototypes d'engins blindés, et il faudrait accélérer la sortie des matériels de série. Dans un pays à faible natalité, il faut des engins de guerre très moderne." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 478). Auparavant, il avait même demandé à Daladier la création de trois divisions le 10 mai 1938, puis de trois divisions cuirassées avec deux autres en réserve le 21 mai de la même année. Daladier rejeta ces demandes et n'accepta que deux divisions cuirassées de réserve prévues pour octobre 1940 (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 479). Mais, lors d'une réunion du CPDN des 24 et 25 février 1939, Gamelin répondra bêtement à Pétain : « Que peut l’aviation contre des hommes enterrés dans des tranchées étroites » (Citation déformée par Jean-Baptiste Duroselle dans La Décadence, p. 395, puis reprise par Guy Pedroncini dans Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 310). Si Gamelin n'était pas dénué d'une bonne volonté à moderniser l'armée, ce chef des forces françaises était encore enfermé dans ses stratégies de la Grande Guerre. En parallèle, voici la pensée de Pétain vis-à-vis d'une future attaque ennemi : "Tout à coup l'agresseur passera à l'intimidation aux actes. Sous la violence déchaînée de ses attaques, il faudra courrir aux frontières, défendre le ciel et en même temps continuer et intensifier les travaux de la paix, veiller sur les moissons, repreupler les usines vidées par l'appel aux armes ; conserver une volonté froide et lucide au milieu du boulversement des esprits. La Nation devant la brusque révélation de la réalité frissonnera. Les épreuves sembleront trop lourdes, les victimes trop nombreuses, les mesures de défense insuffisantes. La masse encline aux mouvements irraisonnés penchera peut-être vers le découragement et la capitulation et se tournera vers ses chefs, implorant d'eux un réconfort et une direction. C'est de leur énergie, de leur prestige que dépendra en définitive le sort du pays." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 310). Il est frappant de constater à quel point l'attaque allemande était annoncée par le futur chef de l'Etat.

Le Maréchal n’est pas le seul à demander un plus grand effort dans le réarmement de la France. Le général Vuillemin, chef d'Etat-Major à l'armée de l'Air, avait réalisé un d'un voyage d'études en Allemagne. Il y rencontre le maréchal Göring, qui lui montra des prototypes et des usines à énorme capacité de fabrication. Très affecté par ce qu’il avait observé, il tenta d’alerter les politiciens au pouvoir : "J'ai dû prévenir les présidents du Conseil, Blum et Daladier, que si la guerre
éclate, au bout de quelques heures, notre aviation démodée aura été anéantie." (Jean Montigny, La Défaite, Editions Grasset, 1941, p. 102).

En septembre 1938, c’est-à-dire au moment de la crise tchécoslovaque, ce même général Vuillemin déclara à Edouard Daladier : "Monsieur le président, si la guerre éclate, je vous demande d'être relevé de mon commandement et d'aller me faire tuer dans un avion de bombardement au-dessus de Berlin." (Charles Reibel, Les Responsables : Ma déposition devant la Cour suprême de Justice, Editions Baudinière, s.d, p. 13). Ces propos furent rapportés à Reibel par Daladier lui-même le 10 février 1939.
Par ailleurs, le ministre des Affaires étrangères Georges Bonnet craignait un débordement de la part des opposants politiques qui souhaitaient à la guerre. Lors d’un entretien avec de députés partisans d'une solution négociée, il s’exclama : "Ils sont fous. Vous, à la Chambre, faites l'impossible pour arrêter cette guerre, nous irions au désastre, cette guerre serait un crime!" (Jean Montigny, La Défaite, Editions Grasset, 1941, p. 104). Ce même Bonnet va demander une réunion au ministère de la guerre, qu’il obtiendra le 23 août 1939. Mais Gamelin et La Chambre osèrent affirmer que l'armée de terre et l'armée de l'air étaient prêtes, et m’émirent que quelques réserves. Reprenant la doctrine de Pierre Cot, Guy La Chambre d'invoqua l’aide de l'aviation anglaise, mais les parlementaires n’en savaient rien. En effet, Paul Rives, rapporteur du budget de l'air, tenta vainement d'obtenir des renseignements sur l'aviation anglaise, mais nos « alliés » ne souhaitaient pas donner d’information sur le nombre d’avions qui pourraient seconder l’armée française. (Hector Ghilini, A la barre de Riom, Editions Jean Renard, 1942, p. 22). Malgré tout, ils expliquèrent que les moyens des anglais "équilibraient sensiblement les moyens italo-allemands", mais avouèrent dans le même temps que l’"aviation de bombardement ne sortait pas encore en grande série" et qu'il faudrait "attendre au début de janvier 1940" (le procès-verbal de la réunion rédigé par le général Decamp, chef du Cabinet militaire de Daladier, a été publié dans Gringoire, le 19 décembre 1940).

De plus, au cours de cette réunion, Edouard Daladier ne demanda pas au général Vuillemin (présent à la réunion) de précisions sur l'état réel de l’aviation française. Pourtant, ce dernier savait que, face aux 4 500 avions de guerre allemands en ligne (sans compter les 5 000 en réserve et les 3 000 de coopération), l’armée française ne possédait que 510 avions de chasse (dont 442 modernes), 390 bombardiers (dont aucun moderne), 170 avions de reconnaissance (dont 52 modernes), et 340 avions d'observation (dont aucun moderne). En outre, elle ne possédait aucun avion de bombardement en piqué. Un comité d'étude pour leur fabrication s'était réuni une première fois le 21 octobre 1938, c'est-à-dire beaucoup trop tard (Gringoire, 24 avril 1942, p. 2 et 13 mars 1942, p. 3,  13 mars 1942, p. 3). Ainsi, Raymond Recouly expliqua : "Nous avions, Anglais et nous, sur notre front, 710 avions de chasse contre 1 500 allemands, soit pas même la moitié. Sur ce maigre total, la chasse anglaise, dont on nous a si souvent parlé, dont nos oreilles ont été rebattues, ne figure guère que pour le cinquième." (Gringoire, 24 octobre 1940, p. 2). Malgré tout, ces estimations étaient parfaitement connues. Entre le 9 février et le 10 août 1939, le général Geffrier, attaché de l'Air à Berlin, avait envoyé cinq rapports alarmant "fournissant des précisions sur l'accroissement de l'armée de l'air allemande, les qualités de ses nouveaux appareils, les nouvelles tactiques envisagées, la production sans cesse croissante des usines aéronautiques du Reich" (Gringoire, 24 avril 1942, p. 2).

Au début du second conflit mondial, le général Gamelin se ventait d’avoir formé hâtivement deux demi-brigades cuirassées au groupement d'instruction de Nancy, et souhaitait mettre sur pied quatre divisions. Pour cette réalisation, l’armée française disposait de 2 545 chars modernes (plus environ 1 300 chars de conception ancienne), mais certains étaient encore en rodage, tandis que d’autres étaient armés avec des canons de 1918. Deux appréciations de Recouly illustrait l’infériorité militaire française :

-"Le 10 mai 1940, les Allemands disposaient d'environ 5 000 ou 5 500 chars dans les unités combattantes, dont 4 000 environ répartis dans les sections de combat,1 000 ou 1 500 de remplacement" (Gringoire, 24 octobre 1940, p. 2)

-"L'Allemagne avait 6 500 chars. Nous exactement 2 545. Mais les déficiences d'armement eurent des conséquences désastreuses en particulier au nord de Sedan où, faute de canon de 37, on assista à la destruction d'un bataillon entier de chars. M. Daladier a déclaré qu'il y avait des chars dans les dépôts, dans les garages, et qui furent inemployés. C'est un mensonge. Je défie qu'on me cite un cas précis [...] La radio n'existait pas sur les chars légers le 1er septembre 1939.  A la même date, le canon automatique n'était pas prêt. Et jamais avant la guerre on n'a pu faire manœuvrer de divisions blindées, puisque nous n'en possédions pas" (Gringoire, 10 avril 1942, p. 3).

Cependant, les chiffres concernant les chars sont faux. D'après les dernières recherches, il est certain que les Allemands n'avaient pas plus de chars que les Français. Ils possédaient environ 2 500 chars, mais tous étaient modernes. Par ailleurs, si Daladier avait demandé des précisions sur la DCA, il aurait appris que la France possédait uniquement 17 canons de 90 mm pour les hautes altitudes sur les 500 demandés par l'armée. De plus, sur les 7 000 pièces de DCA jugées nécessaires, la France n’en possédait que 600. Sur les 6 000 pièces de DAT (Défense Aérienne du Territoire), elle en possédait 1 500. N’oublions pas beaucoup d'anciens modèles de la guerre 1914-1918 furent retapés en 1930, en 1933 et en 1934. D’ailleurs, l'armée française ridiculisait ce matériel sous le nom de "lance-patates" (Déposition du général Marescaux à Riom, citée dans Gringoire, 10 avril 1942, p. 3).


La France n’était pas prête pour la guerre … mais aurait pu l’éviter ! 

 

Le 23 mai 1939, le général Georges rédigea une note capitale qui confirmait l'insuffisance flagrante du matériel militaire :
I- L'Artillerie.


a) Artillerie légère de campagne.
1°) L'obusier de 105 est destiné à remplacer en partie le 155 court dans les
artilleries divisionnaires.
Une soixantaine de groupes ont été commandés.
Comment se fait-il qu'une vingtaine de groupes seulement aient été livrés... à une cadence moyenne d'un groupe par mois?
2°) Notre matériel 65 de montagne est aujourd'hui nettement insuffisant en portée
et en puissance.
Pour faire face à ces besoins urgents, nous devrions disposer d'une réserve importante de matériel 75 de montagne.
Or, cette réserve est aujourd'hui inexistante.
Quelles mesures a-t-on prises pour remédier d'urgence à cette situation grave?
3°) Artillerie lourde de CA
Notre 105 L.1913,canon de corps d'armée, a une portée de 11 à 13 km insuffisante devant les canons longs allemands.
Un nouveau matériel de 105 L. Schneider a été accepté : une cinquantaine de groupes seraient nécessaires, 7 groupes seulement ont été livrés, puis, la fabrication a subi un temps d'arrêt qui dure encore.
Pourquoi cette lenteur excessive, alors que le rajeunissement de notre Artillerie de corps d'armée est indispensable et urgent?

b) Artillerie de destruction.
Nous n'avons pour cette mission (d'attaque) que notre artillerie de la guerre
(1914 ): mortiers de 220,270,280,370,400.
Ce matériel serait à renforcer, à moderniser, parce qu'il est insuffisant en nombre et en portée.
Où en est-on de ces études?
D'autre part, il devrait être pourvu d'obus à amorçage de culot (et non de fusées d'ogives) de manière à avoir des effets de destruction puissants dans le béton.
Ces projectiles auraient été commandés en 1937 ou 1938. Aucun n'a été livré.
Où en est cette fabrication?
Quelle est la cause de ces retards inexplicables?
Quand les obus mis en commande seront-ils livrés?

c) Artillerie de DCA
1°) Artillerie de DCA de petit calibre.
Nous avons dû acheter du matériel à l'étranger. Mais les achats réalisés sont de faible importance par rapport aux besoins à satisfaire.
Notre canon de 25 Hotchkiss (monotube ou bitube) commence à peine à sortir de fabrication; encore devons-nous partager la production avec la Roumanie.
Quelles mesures sont prévues pour accroître le rythme de fabrication de ce matériel, indispensable pour la protection des troupes, des points sensibles, des établissements, des villes de la Métropole comme de l'Afrique du Nord?
2°) Artillerie de DCA de moyen calibre.
800 pièces de 75,modèle 32 ou 33,sont nécessaires pour l'armement des batteries existantes où à créer.
A peine 360 matériels ont été livrés.
Bourges n'a sorti en 8 mois que 35 matériels de 75/32.
Pourquoi a-t-on arrêté le 75/33,dont la production chez Schneider était satisfaisante (200 matériels livrés) ?
Quelles mesures sont-elles prises pour développer la fabrication de Bourges en matériel 75/32?
3°) Artillerie lourde de DCA.
Il s'agit de matériel de type 90, type marine amélioré.
Près de 500 matériels seraient nécessaires; aucun n'est sorti.
On en annonce une cinquantaine pour 1941.
Est-il possible d'attendre une date aussi lointaine pour un matériel de cette importance ?
Comment pourrait-on hâter et développer les fabrications du matériel de 90 DCA?

II- Infanterie et chars.

a) Munitions d'infanterie.
Il semble que la consommation des munitions d'Infanteries pour les besoins stricts de l'instruction, en temps de paix, dépasse les fabrications, bien que les dotations d'instruction aient été exagérément détruites.
De la sorte, les stocks constitués pour la mobilisation diminuent peu à peu: grave danger !
[...]

b) Canons antichars.
Deux modèles: Hotchkiss, Puteaux.
Hotchkiss (nationalisé) fabrique à une cadence satisfaisante.
Mais Puteaux, qui a une commande de 2 000 matériels, en sort 10 par mois (40 livrés).
Ce rythme est inadmissible.
Mesures prises pour le relever?

2°) Canon de 47:
Il faut un millier de matériels qui ont été commandés.
En 8 mois, une trentaine de matériels ont été livrés:
Mesures prises pour accélérer cette production?

c) Chars.
Le char lourd, type B, qui est excellent, ne sort qu'à la cadence de 4 à 5 par mois.
Il faudra 4 ans pour réaliser les besoins.
C'est un matériel qui établit notre supériorité en matière de chars.
Il faudrait donc activer sa production.
Mesures prises à cet égard?
Le char moyen Somua, sort à une bonne cadence. Il en est de même: des chars légers Hotchkiss (H-35) et Renault (R-35) bien qu'à un moindre degré.
Mais le char FCM, de facture nouvelle et intéressante, n'a été livré qu'à 100 exemplaires.
Pourquoi ne pas développer sa production?

(Document reproduit par Charles Reibel, Les Responsables : Ma déposition devant la Cour suprême de Justice, Editions Baudinière, s.d, annexe 1, p. 50-53).

Le général Georges concluait : "Notre production est, d'une manière générale, trop lente pour satisfaire nos besoins propres avec la rapidité qu'exigent les circonstances. Cette carence s'affirme encore davantage en présence des demandes (Artillerie, Chars, Antichars, DCA) que nous présentent les Puissances aujourd'hui protégées (Pologne, Roumanie, Turquie, Grèce). Il nous faut donc : Non seulement procéder à un redressement rapide et puissant dans le domaine de nos propres fabrications, mais encore réaliser des accords avec les Puissances alliées (Angleterre) ou amies (Etats-Unis, Belgique, Suisse) afin de procéder à une répartition de commandes selon les possibilités industrielles de ces Etats. Ces accords seraient de la plus grande urgence." (Charles Reibel, Les Responsables : Ma déposition devant la Cour suprême de Justice, Editions Baudinière, s.d, p. 53). La France n'était absolument pas prête à faire la guerre, que ce soit sur terre ou dans les airs. 

 

Le lendemain de l’attaque allemande sur la ville polonaise de Dantzig (1er septembre 1939), le président Edouard Daladier déclare la guerre au IIIème Reich. Cependant, il viole la constitution de la IIIème République puisqu’il ne demande pas l’accord des deux chambres. Un certain nombre de politiciens et de militaires s’élevèrent contre cette décision. En 1943, l'abbé Bergey raconte : "Il est donc bien acquis que la France a été jetée dans la mêlée au mépris de la Constitution. Les deux Chambres étaient-elles, par leurs majorités, contre la déclaration de guerre ? Il faut répondre "Non", puisque au Palais Bourbon comme au Luxembourg, c'est à la majorité des voix qu'on a empêché l'opposition (pacifiste) de parler. Mais alors pourquoi le gouvernement n'a-t-il pas voulu solliciter le vote ? Parce que pour faire voter la guerre, on aurait trouvé une minorité dangereuse, au sein de laquelle des hommes informés auraient jeté un cri d'alarme. C'était courir le risque de compromettre ce que "les bellicistes" au pouvoir avaient déjà "décidé". Ces voix n'ont pas retenti le 2 septembre, parce qu'il n'a été question que de "crédits" à voter. Mais le vrai débat n'a pas été proposé. Et c'est là qu'est la "trahison" voulue à l'égard des Chambres et du Pays." (Gringoire, 24 septembre 1943, p. 3). On peut vraiment se demander si les hommes au pouvoir avaient conscience de la supériorité effective et technologique de l’ennemi, malgré les alertes de Pétain, de Benazet, de Reibel et d’autres. Mais il faut dire que ces politiciens n’ont jamais fait une guerre de leur vie, et ont donc agit par méconnaissance et par l’incompétence de certains officiers qui les entourent. Par ailleurs, le général Gamelin imaginait une Pologne résistant plus de six mois, ce qui aurait laissé le temps de préparer une attaque pour voler à son secours. Cependant, la Pologne a tenu deux semaines. Le 17 avril 1942, un ancien ministre de la Guerre, Jean Fabry, écrivit : "Placé (le 3 septembre) devant le fait accompli, le Parlement l'a subi sans protestation. Et s'il avait été consulté ? Je crois qu'il aurait suivi le gouvernement, mais les résistances auraient été si angoissées, les avertissements si sévères que peut-être en octobre 1939, lorsque le chancelier Hitler nous proposa la paix après la défaite de la Pologne, la situation eût évolué autrement. A la Commission de l'armée du Sénat, il n'y avait personne pour vouloir la guerre. Trop avertis, nous la redoutions". (Gringoire, le 17 avril 1942, p. 1). Les Chambres auraient peut-être voté la guerre, mais la situation aurait radicalement changé fin septembre, après l'effondrement de notre allié de l'Est et l'inaction de l'armée française qui révélait sa tragique impuissance. Par ailleurs, le colonel Jean Fabry parlait d’une paix possible entre la France et l’Allemagne en octobre 1939. Est-ce un fait ?

Un cadre allemand déclara à un diplomate neutre en mission à Berlin : "Nous avons tous pensé que dès la mobilisation, alors que les deux tiers au moins de notre armé étaient activement occupés en Pologne, les Français allaient, sans plus attendre, entamer une offensive à fond contre des forces ennemies nettement inférieures, attaquer vigoureusement la ligne Siegfried assez faiblement défendue, en passant au besoin par le Luxembourg. Nous fûmes très surpris de constater qu'ils n'en faisaient rien, en dehors d'une offensive très faible, incapable de produire aucun résultat sérieux. Bien des nôtres se dirent alors que la France était entrée dans la guerre, beaucoup moins avec le désir de la mener résolument et de toutes ses forces, que pour complaire à son allié britannique. C'est pourquoi dès le début d'octobre, la Pologne étant entièrement submergée, notre Führer adressa à ses ennemis de l’Ouest une sincère et suprême offre de paix. Puisque la Pologne, pour laquelle les Français prétendaient se battre, était hors de cause, pourquoi donc continuer une lutte qui n'avait désormais plus d'objet ? Notre étonnement fut grand de constater que la France répondait par un refus catégorique à cette proposition. Chacun de nous se demandait alors ce que cherchaient au juste les Français. Ils veulent la guerre, nous nous disions-nous, et cependant, ils ne la font pas. Nous en arrivions à cette conclusion qu'ils ne savaient pas au juste ce qu'ils voulaient." (Propos rapportés par Raymond Recouly dans Gringoire, 24 octobre 1940, p. 2). Très peu d'historiens (pour ne pas dire aucun) relatent ce fait caché, cette tentative de paix de la part du chancelier du IIIème Reich. Le 6 octobre 1939, Daladier hésita à prendre cette main tendue de Hitler. Cependant le secrétaire général des affaires étrangères Alexis Léger empêcha cette réalisation. Désormais, la débâcle était inévitable.

En mai 1940, en pleine débâcle, le chef des forces françaises Maxime Weygand essayait de limiter la casse. En parallèle, un Daladier complètement irréaliste démontra son incompétence en matière de stratégie militaire. Dans le Tome 3  de ses Mémoires (Rappelé au service), le général Weygand indique à la page 153 : « Dans la première partie de sa réponse, le Président du Conseil s'associait à mes demandes à nos alliés. Dans la seconde il m'invitait à organiser la Bretagne en un réduit national capable d'une résistance de durée et me faisait part, pour la première fois, de son intention de renforcer la défense de l'Afrique du Nord. La conception d'un réduit breton, séduisante pour l'esprit, parut dans la conjoncture du moment, militairement irréalisable. Pour organiser une véritable forteresse, il fallait disposer d'effectifs, d'engins de guerre de toute nature, singulièrement  anti-chars et anti-aériens. Tout cela nous manquait sur la ligne de défense que nous organisions en toute hâte, il ne pouvait être question d'en distraire aucun élément. Je mis néanmoins aussitôt la question à l'étude comme j'en avais le devoir et parce que rien ne devait être négligé de ce qui pourrait se montrer utile. Je reviendrai sur ce réduit breton. Quant au renforcement de l'Afrique du Nord, il eût été bon d'y penser plus tôt. Lever et armer 500 000 hommes demandait un certain temps, sans parler du tonnage nécessaire à leur transport et de leur installation en Afrique ou le général Noguès avait déclaré ne pouvoir en recevoir et en instruire que 20 000. L'intention d'acheter des armes à l'étranger pour les en munir affirmait notre misère, mais cette solution à longue échéance ne répondait nullement à l'allure prise par les événements. »

 

Enfin, quelle est la situation de l'armée française au moment de la signature de l'Armistice ?

Dans son discours du 20 juin 1940, le maréchal Pétain a dévoilé publiquement les faiblesses de l’armée française, en comparant la situation avec celle de la Grande Guerre : « Nous espérions résister sur la ligne de la Somme et de l'Aisne. Le Général Weygand avait regroupé nos forces. Son nom seul présageait la victoire. Pourtant la ligne a cédé et la pression ennemie a contraint nos troupes à la retraite. Dès le 13 juin, la demande d'armistice était inévitable. Cet échec vous a surpris. Vous souvenant de 1914 et de 1918, vous en cherchez lés raisons. Je vais vous les dire. Le 1er mai 1917, nous avions encore 3.280.000 hommes aux armées, malgré trois ans de combats meurtriers. A la veille de la bataille actuelle, nous en avions 500.000 de moins. En mai 1918, nous avions 85 divisions britanniques ; en mai 1940, il n'y en avait que 10. En 1918, nous avions avec nous les 58 divisions italiennes et les 42 divisions américaines. L'infériorité de notre matériel a été plus grande encore que celle de nos effectifs. L'aviation française a livré à un contre six ses combats. Moins forts qu'il y a vingt-deux ans, nous avions- aussi moins d'amis. Trop peu d'enfants, trop peu d'armes, trop peu d'alliés voilà les causes de notre défaite. » La débâcle n’était donc pas une surprise, mais on peut aussi constater que les « alliés » anglais n’ont pas beaucoup aidé les troupes françaises. En mai 1945, c’est-à-dire avant son procès, Pétain envoya une note à la Commission d’Instruction de la Haute Cour : « J’étais ministre de la guerre en 1934, je ne le suis resté que neuf mois. Cela suffit à des adversaires pour essayer de me rendre responsable de la défaite de 1940. Je ne suis guère en mesure, actuellement en prison, démuni de tous documents, séparé de mes collaborateurs, d’apporter des précisions sur le budget des armements en 1933. Ce que je puis affirmer, c’est que mon effort a tendu essentiellement à la réorganisation de l’armée, alors que la politique de presque tous mes prédécesseurs n’avait, au contraire, tendu qu’à l’application de la formule « arbitrage, sécurité, désarmement.

Une des premières conséquences du désarmement avait été la réduction de la durée du service militaire. En ce concerne la diminution de 20% sur les crédits de matériel inscrits au budget de 1934,, il ne s’est agi, en réalité que d’une variante d’emploi, absolument justifiée, puisque, sur les crédits restants, 200 millions ont dû être reportés à l’exercice de 1935 par suite du retard dans la livraison des matériels commandés.

Depuis la note du 17 avril 1934, la politique de la France était d’assurer elle-même sa propre défense. J’ai alors tracé, pour 1935 et les années suivantes, tout un plan de réarmement et réclamé un crédit de 800 millions comme première tranche de ce nouveau programme. Mais on ne pouvait modifier en quelques semaines, dans le domaine des réalisations pratiques, une politique de dix années d’illusion, d’hésitation, de faiblesse, contre laquelle les autorités militaires étaient demeurées sans pouvoir. […]

Quant aux chefs du parti communiste – que je ne confonds pas avec la classe ouvrière – qui m’accusent de trahison, ils avaient délégué M. Ramette à la tribune de la Chambre pour répondre au discours dans lequel je sollicitais le vote immédiat de crédits nouveaux de 1 275 millions, et M. Ramette s’exprimait ainsi : « Nous ne situerons pas la discussion d’aujourd’hui à la manière du parti socialiste de Jules Moch. Son souci est qu’on réalise à meilleur marché la préparation de la guerre. Nous, nous nous dresserons contre cette préparation en bloc. Et si la guerre éclate, notre but sera de la transformer en guerre civile. » (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 461-462).
Enfin, il est intéressant d’analyser la plus puissante des grandes unités militaires françaises, c’est-à-dire la VIIème Armée. Il restait comme éléments :

- pour la 19è Division : moins de 1000 hommes, 23 mitrailleuses, 3 canons de 25, 1 canon de 47 et 1 canon de 75

- pour la 29è Division : aucune infanterie, 5 canons de 75, 1 canon de 25 et une fraction de G R D

- pour la 47è Division : 700 fantassins, 4 canons de 75 et 7 canons de 155

- les 4ème D I C et 24ème Divisions sont réduites à quelques centaines d'hommes (Général Georges, situation du 25 juin 1940).
La supériorité de l'armée allemande est incontestable, et l'armée française était trop faible pour résister. Il n'y avait donc pas besoin d'être devin pour deviner la débâcle.

Après l'analyse de ces deux articles, il n'est guère étonnant que la France a subi une débâcle militaire face à l'Allemagne. Alors que le IIIème Reich s'était préparé à la guerre en se dotant des dernières technologies, les gouvernements français préféraient compter sur un matériel vétuste et dépassé. Pourtant, dans les années 1930, plusieurs avaient alerté les politiciens au pouvoir sur l'urgence d'investir dans l'armement. Il  y a eu des quelques personnalités politiques comme Paul Bénazet ou Charles Reibel. Des militaires sont aussi intervenus pour faire part de leurs inquiétudes, comme Pétain, Georges ou Vuillemin qui avaient compris que la guerre était proche. De plus, le Maréchal était l'homme le plus prestigieux de l'époque à alerter les autorités, alors on peut se demander si les politiciens l'ont réclamé au pouvoir durant la débâcle uniquement à cause de son prestige, ou car il était l'un des premiers à avoir prédit la catastrophe. En face, Pierre Cot et Guy de la Chambre préféraient compter sur une alliance avec d'autres pays, mais la France a dût se débrouiller quasiment seule au début de la Seconde Guerre Mondiale. De plus, certains généraux comme Gamelin avaient démontré leurs compétences limités, et voulaient employer des stratégies dépassées. Par ailleurs, il ne faut pas oublier qu'en début 1942 s'organisa le procès de Riom, qui réunissait les hommes accusés par Pétain d'être responsable de la débâcle. Est-ce que ces accusations sont justifiées ? Au regard des différentes preuves, il est incontestable que les personnes au pouvoir entre 1936 et 1940 ont pleinement contribué à cette catastrophe. Donc qu'on le veuille ou non, le procès de Riom était bel et bien légitime. Malgré tout, il ne faut pas présenter la Bataille de France de mai-juin 1940 comme une promenade de santé pour l'armée allemande. En effet, n'oublions pas que les pertes ennemies ont été proportionnellement plus conséquentes lors de ces six semaines de campagne que lors des six premiers mois sur le front russe en 1941, ou que lors des trois mois de la Bataille de Normandie en  juin 1944. Au moment de l'armistice de Rethondes, l'Allemagne ne disposait plus que de 700 chasseurs et 841 bombardiers, et près de 1 600 de leurs avions furent détruits.
Avec une infériorité technologique et effective, les troupes françaises se sont montrés davantage héroïques et résistants que le prétendaient beaucoup de personnes. Cela démontre alors que si les politiciens avaient davantage investi dans l'armement et mobilisé plus d'hommes, alors nous n'aurions certainement pas subi une telle défaite. Enfin, il ne faut pas être dupe, certaines décisions de généraux sont à remettre en cause, voire même à déplorer. Nous pouvons citer notamment l'erreur tactique monumentale des généraux Gamelin et Georges d'avoir laissé le centre du front (c'est-à-dire la Meuse) sous la défense de divisions sous-équipées en DCA et en armes antichars. Nous pouvons rappeler également la décision de disperser la 7ème armée ainsi que 3 divisions de cuirassés alors qu'il était possible de contrer la percée de chars allemands par les flancs, puis ensuite de contre-attaquer pour renverser la situation. Enfin, n'oublions pas la mauvaise gestion des chars par Weygand, qui en envoya plusieurs centaines pour reconquérir des places stratégiques secondaires, au lieu de les conserver pour lancer des contres-offensives lors de batailles décisives et sur des points géostratégiques importants. A toutes ces erreurs s'ajoutent des problèmes fréquents de coordination et de communication.

 

 

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25 juillet 2009 6 25 /07 /juillet /2009 23:10

En mai-juin 1940, la France subi l'une des plus écrasantes défaites de son histoire face au IIIème Reich d'Hitler. Mais cette débâcle aurait-elle pu être évitée et était-elle prévisible ?  Les politiciens et les militaires de notre pays avaient-ils fais le nécessaire pour se préparer à la guerre ? Tout d'abord, nous allons analyser la situation de l'armement français face aux voisins. Ensuite, nous aborderons le comportements des politiciens, puis des militaires.


L’état démodé de l’armement français

En 1938, parait un livre intitulé Notre Sécurité. Son auteur est Paul Louis Théodore Benazet (Parti Républicain Socialiste puis Union Socialiste Républicaine) ancien sénateur et député de l’Indre. Il souhaitait interpeller ceux qui, conscients de l'impréparation militaire de la France, justifiaient leur optimisme en rappelant 1914 et la Bataille de la Marne. Il expliqua dans son chapitre introductif : "La faute capitale de nos services, et des gouvernements qui s'en sont trop paresseusement remis à eux, est de n'avoir pas compris la gravité de ce nouveau rapport des forces, et de s'imaginer qu'il sera possible de s'en tirer, comme en 1914, et au même prix, en opposant des pièces de 75 à des pièces d'artillerie lourde, ou des fusils à des mitrailleuses. Je répète qu'il s'agit ici d'une situation sans précédent. Ce serait faire preuve d'une incroyable légèreté que de ne pas construire les matériels de défense appropriés aux conditions nouvelles de combat, et cela avec une rapidité telle que l'adversaire ne puisse encore donner à ses moyens d'attaque une supériorité nouvelle." (Paul Bénazet, Notre sécurité, Edition Grasset, 1938, p. 9-10). Hector Ghilini résumait ainsi : "Il est déraisonnable de s'en tenir à la seule expérience de la guerre 14-18, et de croire à l'équivalence entre l'homme et le matériel. Le courage de l'un ne peut suppléer à l'insuffisance de l'autre. Aujourd'hui, l'absence d'une arme adaptée aux conditions toutes nouvelles de la lutte frappe la trompe "d'impuissance absolue". (Hector Ghilini, A la barre de Riom, Edition Jean Renard, 1942, p. 52). A la fin des années 1930, les usines françaises produisaient un armement dépassé par rapport aux autres nations. A propos du canon de 75 (canon de défense anti-aérienne), dont certains continuaient à vanter l'efficacité, Bénézat répondait: "Exagération de la mobilité au détriment de la puissance, progrès techniques réalisés depuis, tout concourt à faire de notre 75 un matériel entièrement démodé" (Paul Bénazet, Notre sécurité, Edition Grasset, 1938, p.26). Il ajouta : "De toute nécessité, il faut se ressaisir et s'efforcer de remplacer le 75 par un obusier de campagne de calibre équivalent au 105 mm." (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p. 31). Il concluait : "Il faut avoir le courage de le dire: L'Armée française, avec son canon de 75, possède un matériel d'artillerie antiaérienne et des stocks de munitions qui sont à renouveler intégralement!" (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p. 54). De plus, le canon de 75 mm, modèle 1897, tirait des obus atteignant péniblement 5 000 mètres. Certes, les modèles 1932 et 1933 aux tubes allongés permettaient de tirer à une hauteur de 7 500 mètres, mais les avions allemands utilisés en 1937 volaient à 8 000 mètres (Charles Reibel, Pourquoi nous avons été à deux doigts de la guerre, Librairie Arthème Fayard, 1938, p. 23 et 27). De plus, le canon allemand de 88 mm utilisé pendant deux ans en Espagne pouvait abattre un avion "en 10 ou 15 coups" (Hector Ghilini, A la barre de Riom, Edition Jean Renard, 1942, p. 52). L’ancien sénateur et député rappelait que depuis 1916, l'aviation avait fait un bond gigantesque. Selon lui, l'avion avait "triplé sa vitesse et doublé son plafond" (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p.49). Il ajouta que "Le plus récent de nos canons de DCA remonte à dix ans, époque où l'avion n'avait encore fait que des progrès négligeables par rapport à ceux accomplis dans la décade suivante." (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p .51).
Concernant le canon Hothkiss de 25 mm, il ne niait pas des qualités, mais il indiquait : "Cette arme a des défauts de tous les petits calibres puissants. Le projectile perd rapidement sa vitesse, donc ses possibilités de perforation [...] En outre, le projectile de 25 mm est de calibre trop faible pour pouvoir contenir utilement une charge d'explosif." (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p. 39-40). Par ailleurs, la guerre civile d'Espagne (1936-1939) avait mis en évidence les mauvaises options prises par l'armée française en matière d'artillerie. Alors que depuis 1935, la France produisait en série le canon antichar Hotchkiss, le conflit espagnol avait démontré l'efficacité des canons de 47 mm à grande vitesse initiale, capables de perforer toutes les cuirasses, tandis que le 25 mm était inefficace à moyenne portée contre les chars lourds.

Paul Bénézat va aussi donner son point de vue sur la vétusté de l’aviation française : "La première de toutes, l'aviation française a entrepris la rénovation de sa flotte aérienne. Elle a dépensé, à cet effet, à partir de 1933, des crédits considérables. Malheureusement, ils ont été engagés sur un programme qu'aucune autre aviation n'a voulu adopter et qui s'est révélé en complète opposition avec le but qu'il fallait atteindre. Depuis cette grave erreur de conception, la situation de notre matériel aérien n'a cessé de s'aggraver. Aucune personne vraiment renseignée n'a pu, à cet égard, se faire la moindre illusion, en dépit du caractère optimiste de certaines déclarations officielles." (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p. 66-67). A ce sujet, il concluait : "Au début de 1938, l'aviation française se trouve par conséquent dans la situation la plus grave. Les avions construits à coups de milliards pendant les trois dernières années sont démodées et il n'y a pas d'outillage pour en construire d'autres." (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p. 109). Le 7 juin 1938, Bénazet interpella le général Gamelin pour connaître son avis sur la sécurité de la France. Loin de tout optimisme, celui-ci confia : "Tout bien réfléchi, il me paraît difficile de vous répondre. Je ne puis, sur un sujet si grave, révéler la vérité. Mais si je la dis, je découvre le ministre de la Guerre." (Gringoire, 24 avril 1942, p. 2).
Malgré tout, à la fin des années 30, le ministre de l’Air Pierre Cot et le général Denain entama un programme pour rénover sa flotte aérienne, mais avec des conceptions techniques et stratégiques erronées. Bénazet a écrit: "Fortes de ces enseignements toutes les aviations militaires entreprirent immédiatement de réagir et de modifier leurs matériels. Rien de plus simple au surplus. Calquer les appareils de bombardement sur le Douglas. De même, il suffisait de calquer l'appareil de chasse sur le Heinkel […] Cette solution fut adoptée par tous les grands pays, l'exception de la France." (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p. 70-71). Il poursuit : Au moment où les aviations étrangères avaient des programmes et construisaient des prototypes qui leur permirent les réalisations de 1936 et 1937 (l'Allemagne gagnant le record du monde de vitesse avec 611 km/h!) nous nous enfermions dans des conceptions absolument différentes. Nos programmes de 1933, dont les prototypes furent présentés au salon de 1934, ne faisaient état d'aucun des progrès techniques incorporés dans le Douglas DC-2 et dans le Heinkel-70 qui figuraient à ce même salon. On se bornait à placer des moteurs relativement puissants sur des cellules d'un type déjà périmé !" (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p. 77-79). La preuve de ce retard fut apportée en 1937, au meeting de Zürich. A cette rencontre qui, tous les deux ans, mettait en compétition les différentes aviations militaires, les chasseurs modernes français de modèle Dewoitine D-510 furent surclassés par les Dornier-17 allemands, ceux-ci ayant battus ceux-là de plus de 54 km/h (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p. 67, et Hector Ghilini, A la barre de Riom, Editions Jean Renard, 1942, p. 22). De plus, Pierre Cot organisa une course aérienne Istres-Damas. La Dewoitine D-510 montra son infériorité face, cette fois, au bombardier italien Savoïa S-79 qui réalisa une vitesse moyenne de 427 km/h,  contre 402 km/h (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p. 66-67, et Hector Ghilini, A la barre de Riom, Editions Jean Renard, 1942, p. 22-23).
L’infériorité technologique est flagrante, et la France avait accumulé un retard important. Cependant, quelques personnalités politiques tirèrent la sonnette d’alarme.

Interpellations de parlementaires inquiets et l’opposition politique 

 

En 1932, la loi sur le recrutement a été modifiée et le service militaire pratiquement limité à dix mois. Le budget des armées pour la période 32-33 a été réduit de 20%, et le colonel Fabry, président de la Commission de l'Armée, déclarait déjà le 12 février 1933 à la Chambre : "Je maintiens que la Défense nationale est à l'heure actuelle compromise." Egalement, les manoeuvres ainsi que les cours et stages pour réservistes furent suprimés par mesure d'économie. De plus, la loi de finances de 1933 a prévu la suppression de 5.000 officiers. En deux ans, l'effectif des militaires de carrière tomba de 117.000 à 102.000. Conséquence, une partie de l'armée d'active n'existe qu'à l'état d'unités cadres. En parrallèle, du fait de l'arrivée des classes creuses (population qui vieillissait), le contingent tomba de 210.000 à 120.000 hommes. Mais lors de la séance du 19 décembre 1933, le ministre socialiste Léon Blum déclara à la Chambre : "Nous serons toujours contre la prolongation du service militaire [...] c'est une erreur de placer la sécurité d'une nation sans sa force militaire." 

Conscients de la faiblesse aéronautique française, certains parlementaires s'inquiétèrent. Le 26 janvier 1937, Paul Reynaud avait lancé l'idée d'un corps cuirassé, mais Edouard Daladier répondit par un refus le 2 février (Guy Pédroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 478). Le 19 mars 1937, la commission de l'Air au Sénat, qui avait entendu le rapport de Paul Bénazet, son président rédigea la motion suivante: "La commission de l'Air, inquiète du ralentissement de la production dans les usines aéronautiques, appelle l'attention du président du Conseil et du ministre de l'Air. Elle charge à l'unanimité son président de se faire auprès du Gouvernement l'interprète de l'émotion de la Commission."
De plus, en fin 1937, il déposa une demande d'interpellation. La discussion, qui n’était évidemment pas publique, eu lieu en février 1938 devant les Commissions de la Défense nationale, siégeant en séance secrète. Charles Reibel raconte que : "M.Daladier avait eu l'habilité, à la faveur d'un changement de Cabinet, de faire remplacer M.Pierre Cot par Guy La Chambre; et les Commissions ne purent qu'entendre celui-ci s'associer aux sévères critiques de M.Laurent-Eynac (contre l'incompétence de P.Cot) et qu'enregistrer les promesses chaleureuses du nouveau ministre." (Charles Reibel, Les Responsables : Ma déposition devant la Cour suprême de Justice, Editions Baudinière, sd, p. 19). En parallèle, afin de rassurer les parlementaires, Guy de La Chambre mentionna une récente commande d'avions Curtiss faite aux USA. Cependant, ces livraisons furent "tardives et insuffisantes" (Jean Montigny, La Défaite, Editions Grasset, 1941, p.10).

A la même période, un colonel promu sous-directeur de la fabrication des armements au ministère de la Guerre rencontra confidentiellement le député Jean Montigny, membre de la Commission de l'Armée à la Chambre. Après avoir expliqué la situation catastrophique qui régnait aux Armements (irrationalité dans l'organisation des différents départements, chevauchement des attributions, falsification des statistiques pour ne rien laisser paraître, ...) il termina en concluant : "Même si demain l'on change radicalement de méthode, même si l'on travaille à force, le retard actuel ne pourra se rattraper avant plusieurs années. Si nous sommes entraînés à la guerre avant trois ans, nous allons à un nouveau Sedan, plus rapide, plus désastreux encore que celui-ci de 1871" (Jean Montigny, La Défaite, Editions Grasset, 1941, p. 102, et Le complot contre la paix, La Table Ronde, 1966, p. 155).
Le ministre Pierre Cot avoua son impuissance à mener un effort réel pour rénover sa flotte aérienne. Dans un livre paru en 1939, c'est-à-dire quelques mois avant la guerre, il admettait qu'en 1937, l'aviation française accusait un tel retard par rapport à ses voisins qu'il aurait pu démissionner. Mais il se justifia : "Le devoir était de rester, pour préparer l'armée de l'Air à la guerre de coalition, où notre infériorité relative se fondait dans la supériorité générale." (Pierre Cot, L'armée de l'Air, 1936-1938, Editions Grasset, 1939, p. 112). Alors il misa sur une "guerre de coalition" qui verrait les différentes aviations alliées s'épauler. Il expliquait que : "J'ai toujours eu en vue la guerre de coalition. J'ai toujours pensé que l'armée française de l'Air serait le cerveau de l'armée interalliée". (Pierre Cot, L'armée de l'Air, 1936-1938, Editions Grasset, 1939, p.121). Il rajouta : "J'ai choisi ma doctrine. Construire une Aviation militaire égale à celle de l'Allemagne? C'était un rêve, interdit à la France de 1936-1937,par son état démographique, son régime économique, son potentiel industriel et ses conceptions générales de la Défense nationale. Je n'ai pas voulu une doctrine appuyée sur des rêves ou des fantaisies. Mais trouver, en Europe, la flotte aérienne susceptible de faire, le cas échéant, échec et mat aux flottes de l'axe Rome-Berlin? Ici, nous n'étions plus dans le rêve." (Pierre Cot, L'armée de l'Air, 1936-1938, Editions Grasset, 1939, p.124-125). La France n'avait ni avions modernes et ni la possibilité d'en produire en masse, alors nous devions compenser cette faiblesse en prenant la tête d'une aviation interalliée. Cela explique pourquoi, en janvier 1938, lorsque Guy La Chambre remplaça Pierre Cot au ministère de l'Air, le nombre total des avions en ligne de la métropole n'atteignait que 700. En parallèle, les forces aériennes allemandes s'élevaient à 5 750 appareils, dont 2 850 de première ligne et 2 900 de deuxième ligne. De plus, les  types d'appareils à construire pour renouveler la flotte n'étaient même pas choisis! (Gringoire, 24 avril 1942, p. 2). Pierre Cot espérait l’aide précieuse des flottes anglaises, russes et tchèques. Pourtant, dès 1936, l'ancien ministre de la guerre Jean Fabry connaissait les retards accumulés dans la production de l'armement, et avait prévenu que "l'aide immédiate que pourraient nous donner les Anglais serait insignifiante. Dans ces conditions, les risques que les évènements actuels nous conduiraient à courir serait bien supérieur, pendant les premières semaines, au secours que nous apporteraient les Anglais" (Raymond Recouly, Gringoire, 13 mars 1942, p. 3). L'aide anglaise était donc une illusion. A partir de septembre 1938, l'aide tchécoslovaque en devint une autre. Quant à celle de l'URSS, Raymond Recouly écrivit en 1940 : "Aucun homme de bon sens et de saine raison n'avait le droit de faire le moindre fond sur la Russie soviétique qui, par une intense propagande communiste en France, dont elle payait tous les frais, ne cherchait depuis longtemps qu'à nous diviser, nous affaiblir. Il fallait être atteint d'une véritable démence pour supposer que, du jour au lendemain, elle changerait son fusil d'épaule et combattrait vaillamment à côté d'un pays, dont elle avait sans cesse et avec une obstination diabolique, diminué la force, miné la résistance." (Gringoire, 10 octobre 1940, p. 1). Et de fait, fin août 1939, l'URSS fit volte-face ! Pierre Cot était donc davantage dans l’illusion que dans la réalité. Lors d'une interpellation, De la Grange avait lancé : "Je comparerai volontiers ce ministère à un de ces vieux biplans construits en dépit des lois de l'aérodynamique et qui comportaient tant de mâts et de cordes à piano que l'on arrivait pas, quelque puissant que fut le moteur, à augmenter leur vitesse, tant leur résistance à l'avancement était grande." (Jean Montigny, France, libère-toi !, Imprimerie commerciale de "La Sarthe", 1939, p. 183).

Charles Reibel s’alarma sur la situation de l’armée française. Il écrit : "La France n'a pas une minute à perdre; elle est placée aujourd'hui devant le dilemme le plus tragique de son histoire:

- ou bien elle va de suite appliquer de tous ses efforts et de tout son cœur à l'œuvre de salut,
- ou bien, suivant le mot de Balzac, elle n'a plus qu'à : "se coucher pour mourir" (Charles Reibel, Pourquoi nous avons été à deux doigts de la guerre, Librairie Arthème Fayard, 1938, p. 59-60). Cet appel ne fut cependant pas entendu.
De toute manière, il était bien trop tard pour surmonter son handicap en 1938. Montigny expliqua quelques mois après la crise tchécoslovaque : "Quand, en septembre dernier, on objectait à certains ministres bellicistes l'insuffisance de quelques matériels très importants, ils répondaient superbement: "Dans aucune guerre, la France n'a été vraiment "prête", elle se débrouille toujours. Le système D pouvait improviser la fabrication d'armes simples : le fusil de 1914,l'obus de 75. Mais pour faire démarrer la fabrication en grande série d'un avion ou d'un canon moderne, il faut environ deux ans. Souvent, il faut construire l'usine et les machines-outils nécessaires avant d'aborder la construction de l'arme proprement dite." (Jean Montigny, France, libère-toi !, Imprimerie commerciale de "La Sarthe", 1939, p.176). Montigny démontre très bien l’incompétence des politiciens à comprendre le danger allemand, qui avait une puissance militaire bien supérieure à l’armée française.
Le 16 novembre 1938, Guy La Chambre envoya une lettre confidentielle à Charles Reibel, dans laquelle il révélait que la flotte française de chasse ne comptait que 3% d'engins modernes, des Moranes 405/406 capables de voler à 488 km/h. Les autres avions ne dépassaient pas 393 km/h et le modèle le plus répandu, les Dewoitine 501 (28% de la flotte) volait à 359 km/h seulement. A cela, il faut ajouter 35 Potez 63 triplaces atteignant les 450 km/h. Au sein de la flotte de bombardement, la France, ne disposait d’aucun bombardier moderne en service, ni Lioré 45 (465 km/h), ni Amiot 350 (450 km/h), ni Bréguet 691 (490 km/h). La flotte comptait 28% de Bloch 131 (350km/h), les autres modèles ne dépassant pas 300 km/h. (Charles Reibel, Les Responsables : Ma déposition devant la Cour suprême de Justice, Editions Baudinière, s.d, annexe 2, p. 54-55). La situation de la France était donc tragique. En cas de lutte, elle se retrouverait "dès le second round...dans la situation du boxeur aveugle et à demi paralysé" (Jean Montigny, Le complot contre la paix, La Table Ronde, 1966, p.154).
Le 5 décembre 1938, une scéance entre ministres est consacrée au problème de l'achat pour 2 milliards et demi de 1000 avions aux Etats-Unis "dans le secret le plus absolu". Paul Reynaud indiquait que si les 1000 engins étaient livrés, il serait possible de "diminuer d'autant les commandes le nombre des appareils à commander à l'industrie française" (Guy Pédroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 477). Cependant, Guy de la Chambre est en complet désaccord avec le ministre des finances. Selon lui, les Américains ne livreront pas d'avions de coopération et de bombardement moyen. Par ailleurs, il explique que la France ne sortira de toute manière que 2000 avions sur les 3000 prévus. Il indiqua que "si nous annulons des commandes françaises pour le montant des livraisons américaines, celles-ci ne remplaceront pas ce que nous devions demander à une augmentation correspondant au rythme des fabrications." (Guy Pédroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 478). Il est dramatique de constater que la France qui possédait la première aviation durant la Grande Guerre n'était même plus capable de construire suffisement d'avions et doit demander de l'aide à l'étranger.
Malgré tout, les 8, 9 et 10 février 1939, c'est-à-dire sept mois seulement avant la guerre, s’organisèrent des réunions secrètes par les commissions sénatoriales de la Défense nationale. Guy La Chambre se voulait rassurant. Cependant, il trouva quelques opposants. L’un d’eux, Maroselli, ouvrit les yeux des élus sur l'effroyable retard de la France en matière d'aviation : "L'Allemagne possédait 5 000 avions modernes et l'Italie 2 000. Nous en avions 230, au lieu des 1 200 prévus. L'Allemagne sortait 600 à 700 avions modernes par mois, l'Angleterre, 300, la France, à peine 14 par mois en moyenne, c'est-à-dire 160 pendant l'année 1938. Ces chiffres concernent uniquement les appareils modernes, c'est-à-dire pouvant se comparer entre eux et de qualité sensiblement égale." (Hector Ghilini, A la barre de Riom, Editions Jean Renard, 1942, p. 27). Charles Reibel, qui assistait aux réunions, écrivit plus tard : "Il est permis de dire que, malgré les assurances données avec autorité habilement nuancée de bonhomie par le président du Conseil et malgré les explications de M. Guy La Chambre, l'impression fut désastreuse, certains sénateurs pensaient même que le ministre de l'Air allait démissionner." (Charles Reibel, Les Responsables : Ma déposition devant la Cour suprême de Justice, Editions Baudinière, sd, p. 12-13). Au moment de clore les débats, un communiqué officiel fut proposé. L'Assemblée le repoussa et, "n'accepta qu'un texte volontairement indolore et terne, tout juste ce qu'il fallait pour ne pas inquiéter l'opinion" (Charles Reibel, Les Responsables : Ma déposition devant la Cour suprême de Justice, Editions Baudinière, s.d, p. 13).

 

Enfin, le 7 mars 1939, Reibel envoya une lettre à Daladier dans laquelle on lisait : "Les indications que nous avons recueillies et qui confirment, en l'aggravant encore, l'opinion que chacun de nous pouvait se faire de notre situation dans le domaine de la guerre aérienne, m'ont causé une profonde angoisse et me laissent en face d'une cruelle crise de conscience. La situation est vraiment tragique, non seulement à cause de la déficience de notre aviation, mais encore en raison de l'insuffisance éclatante de notre DCA, pour ne rien dire de l'inexistence de notre défense passive. Je ne puis me résigner à laisser le pays vivre dans une sécurité trompeuse, qu'ont accrue les commentaires regrettables dont votre Gouvernement a laissé la presse entourer les communiqués, à dessein si prudents et si réservés du Comité secret." (Charles Reibel, Les Responsables : Ma déposition devant la Cour suprême de Justice, Editions Baudinière, sd, p. 15-16).


Les gouvernements de la fin des années 1930 étaient parfaitement au courant de la situation de l’armée française. Pourtant, ils ne réagirent que très peu, et cela malgré l’opposition d’un certain nombre de leurs collègues. Cependant, certains généraux avaient tenté d’alerter les gouvernements bien-avant la fin des années 1930 (http://realite-histoire.over-blog.com/article-34234667.html).

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14 juin 2009 7 14 /06 /juin /2009 21:30

Le 10 Juillet 1940, des élus du peuples se réunissent pour voter démocratiquement les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, chose qu'il n'avait pas exigé. Mais qui sont ceux qui ont voté en sa faveur, qui ont voté contre, et qui s'étaient abstenus ? Voici l'ensemble des élus qui vont élever le stratège au poste du chef d'Etat avec les pleins pouvoirs. Vous remarquerez que près d'un tiers d'entre eux ne s'étaient pas déplacer à Vichy, et plusieurs de ces courageux avaient déjà fuis la France ...

Vote du Congrès sur l'article unique du projet de loi constitutionnelle

Nombre des votants : 649
Majorité absolue : 325
Pour l'adoption : 569
Contre : 80
Abstention : 15

Ont voté pour :

• d'AILLIÈRES Bernard Julien Marie (député - Sarthe - inéligible à la Libération jusqu'en 1949)
• ALBERT André Didier François (député - Deux-Sèvres - parti Camille Pelletan)
• ALBERTIN Fabien Joseph (député - Bouches-du-Rhône - Socialiste)
• ALBERTINI Augustin (sénateur - Hérault- Radical-socialiste - Gauche démocratique)
• ALLEMANE Gaston Jean Bertrand (député - Seine -Socialiste)
• AMAT Jean-Baptiste (sénateur - Haute-Garonne - Radical-socialiste - Gauche démocratique)
• Comte Hubert d'ANDLAU de HOMBOURG (sénateur - Bas-Rhin - Union républicaine - inéligible à la Libération)
• ANDRAUD Henry Francisque Bernard Joseph (député - Puy-de-Dôme - Non inscrit)
• ANDRÉ Adrien (sénateur - Vienne - Gauche radicale – Gauche démocratique)
• ANTIER Joseph (sénateur - Haute-Loire - Action nationale républicaine et sociale - décédé en 1943)
• ANTIER Paul (député - Haute-Loire - Agraire indépendant – Action nationale républicaine et sociale)
• (de SAUVAN) d'ARAMON Bertrand Marie Joseph (député - Seine - Fédération républicaine)
• ARBELTIER René Robert (député - Seine-et-Marne - Socialiste SFIO)
• ARCHIMBAUD Léon Daniel Josué (député Drôme - Radical-socialiste)
• ARMBRUSTER Raymond (sénateur - Aube – Non inscrit)
• ARNOL Justin Clément (député - Isère - Socialiste SFIO)
• AUBAUD Raoul François Régis (député - Oise - Cartel des gauches)
• AUBERT Louis Félix Hippolyte (député - Vendée - Non inscrit)
• Duc d'AUDIFFRET-PASQUIER Etienne Denis Augustin Marie Gaston (député - Orne - Républicains indépendants et d'Action sociale)
• AUFFRAY François Marie (député - Côtes-du-Nord - Républicain radical et radical socialiste)
• BADAUD-LACROZE Léonide (sénateur - Charente - Gauche démocratique)
• BACHELET Paul (sénateur - Pas-de-Calais – Non inscrit)
• BARDOUL Emmerand Prosper Marie Joseph (député - Loire-Inférieure - Fédération républicaine)
• BARDOUX Jacques (sénateur - Puy-de-Dôme - Union démocratique radicale)
• BARÉTY Léon Jean Jacques (député - Alpes-Maritimes - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• BARON Charles Victorin Apollon Marie Eugène (député - Basses-Alpes - Socialiste SFIO)
• BARON Ernest Alexandre Étienne dit Étienne (député - Tarn-et-Garonne - Radical-socialiste)
• BARTHE Édouard (député - Hérault - Union socialiste et républicaine - questeur de la Chambre)
• BARTHÉLEMY Georges Eugène Germain (député - Seine - Socialiste SFIO)
• BASQUIN Alfred Jean-Baptiste (député - Somme - Socialiste SFIO)
• BATAILLE Victor Antoine Martial (député - Saône-et-Loire - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• BAUDOUIN-BUGNET Pierre Jean Gustave (député - Doubs - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• BAUNION DÉMOCRATIQUE RADICALEY Charles Georges Alfred (député - Seine-et-Marne - Non inscrit)
• BAUFLE Maurice (sénateur - Doubs - Union républicaine)
• BAZILE Gaston (sénateur - Gard - Gauche démocratique)
• BAZIN Maurice (député - Jura - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• BEAUGRAND Kléber Jules Pierre (député - Loir-et-Cher - Socialiste SFIO)
• BEAUGUITTE André Emmanuel (député - Meuse - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• BEAUMONT Jean (sénateur - Allier - Gauche démocratique)
• Comte (BONNIN de la BONNINIÈRE) de BEAUMONT Jean Robert Maurice (Député - Cochinchine - Non inscrit)
• BEAUVILLAIN Auguste Arthur (député - Nord - Socialiste SFIO)
• BECQUART Henri Jules Lucien (député - Nord - Fédération républicaine)
• BEDOUCE Albert (député - Haute-Garonne - Socialiste SFIO)
• BELLANGER Robert (sénateur - Ille-et-Vilaine - Gauche
démocratique)
• BELMONT Robert (sénateur - Isère - Gauche démocratique)
• BELS Adrien (sénateur - Dordogne - Gauche démocratique)
• BELTRÉMIEUX Gaston Jean-Baptiste François Joseph (député - Pas-de-Calais - Socialiste SFIO)
• BELUEL Ernest (sénateur - Haute-Garonne - Gauche démocratique - décédé en 1942)
• BÉNAZET Paul Louis (sénateur - Indre - Gauche démocratique)
• BÉRANGER Pierre Vincent Émile (député - Eure - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• BÉRARD Léon (sénateur – Basses-Pyrénées – Union républicaine)
• BERGERY Gaston (député - Seine-et-Oise - Parti frontiste)
• BERNEX Jean-Baptiste Marie (député - Haute-Savoie - Fédération républicaine)
• BERNIER Paul Marie (député - Indre-et-Loire - Radical-socialiste)
• de BERNY Gérard (sénateur - Somme - Non inscrit)
• BÉRON Émile (député - Moselle - Gauche indépendante {ex-communiste})
• BERTHÉZENNE Charles (député - Gard - Union socialiste et républicaine)
• BERTHOD Aimé (sénateur - Jura - Gauche démocratique)
• BERTRAND Williams (sénateur - Charente-Inférieure - Radical-socialiste – Gauche démocratique)
• BESNARD René (sénateur - Indre-et-Loire - Gauche démocratique)
• BESSE René Amédée Marcel Joseph (député - Lot - Non inscrit)
• BETOULLE Léon (sénateur - Haute-Vienne - Socialiste SFIO)
• BÉZOS Robert Jean-Baptiste Paul (député - Landes - Radical-socialiste)
• BIBIÉ Maxence Bernard Pierre Émile (député - Dordogne - Union socialiste et républicaine)
• BIÉTRIX Louis Henri (député - Doubs - Indépendants d'union républicaine et nationale)
• BLANC Joseph (sénateur - Haute-Savoie - Gauche démocratique - décédé en 1941)
• BLANC Prosper (député - Ain - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• BLANCHET Sylvain Henri (député - Creuse - Socialiste SFIO)
• BLANCHO François Marie Valentin (sénateur - Loire-Inférieure - Socialiste SFIO)
• Comte de BLOIS Louis (sénateur - Maine-et-Loire - Non inscrit)
• BOIVIN-CHAMPEAUX Jean (sénateur - Calvados - Union républicaine)
• BON Léon (sénateur - Bouches-du-Rhône - Groupe socialiste SFIO)
• BONNET Georges Étienne (député - Dordogne - Radical-socialiste)
• BORET Victor (sénateur - Vienne - Gauche démocratique)
• BORGEOT Charles (sénateur - Saône-et-Loire - Gauche démocratique)
• BORREL Antoine (sénateur - Savoie - Gauche démocratique)
• BOSSOUTROT Lucien Jean-Baptiste (député - Seine - Radical-socialiste)
• BOUCHER Marcel Émile Auguste (député - Vosges - Indépendants d'union républicaine et nationale)
• BOUDET René (député - Allier - Socialiste SFIO)
• BOUGUEN Yves (sénateur - Côtes-du-Nord - Union démocratique radicale)
• BOUISSON Fernand Émile Honoré(député - Bouches-du-Rhône - Non inscrit)
• BOUISSOUD Charles Paul Adolphe Claudius (député - Saône-et-Loire - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• BOULAY Henry (député - Saône-et-Loire - Socialiste SFIO)
• BOULLY Georges (sénateur - Yonne – Gauche démocratique)
• BOUNIN Jacques (député - Alpes-Maritimes - Non inscrit)
• BOURDEAUX Henry (sénateur - Somme - Union démocratique radicale)
• BOUSGARBIÈS Jean (député - Aude - Radical-socialiste)
• BOUSQUET Édouard Marius (député - Lozère - Fédération républicaine)
• BOUX DE CASSON François Olivier Marie (député - Vendée - Fédération républicaine)
• BRACHARD Émile Victor Léon (député - Aube - Radical-socialiste)
• BRAISE Félix (sénateur - Haute-Savoie - Fédération républicaine – Union républicaine -décédé en 1942, avant la fin de son mandat)
• BRANDON Raoul Jacques Ernest (député - Seine - Union socialiste et républicaine - décédé avant la fin de son mandat)
• BRARD Alfred (sénateur - Morbihan - Gauche démocratique)
• BRET Georges Robert René Léon (député - Ille-et-Vilaine - Non inscrit)
• BRETON André Jules Louis (sénateur - Cher - Gauche démocratique)
• BRILLE Michel Louis (député - Somme - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• BRINGER Louis (sénateur - Lozère - Non inscrit)
• BRIQUET Camille Victor Joseph (député - Eure - Radical-socialiste)
• BROM Joseph (sénateur - Haut-Rhin - Non inscrit - décédé en 1945)
• BRUNET Auguste Charles Désiré Emmanuel -franc-maçon - (député - la Réunion - Union républicaine démocratique et de solidarité créole – inéligible à la Libération)
• BRUNET René Jean Alfred (député - Drôme - Socialiste SFIO)
• BUISSON Albert (sénateur - Puy-de-Dôme – Gauche démocratique)
• BURGEOT Pierre Julien (député - Rhône - Fédération républicaine)
• BURRUS Maurice Jean Marie (député - Haut-Rhin - Action populaire
• BURTIN René Valentin (député - Saône-et-Loire - Socialiste SFIO)
• BUYAT Louis Antoine Marie (député - Isère - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• CADIC Joseph Marie Augustin (député - Morbihan - Non inscrit)
• CAILLAUX Joseph (sénateur – Sarthe – Gauche démocratique - décédé en 1944)
• CAILLIER (René (sénateur – Gironde – Union démocratique radicale)
• CALMEL Armand (sénateur – Gironde – Union démocratique radicale)
• (FILHOL) DE CAMAS Edmond (sénateur – Morbihan – Gauche démocratique - décédé en 1945)
• CAMBOULIVES Laurent (sénateur – Tarn – Gauche démocratique)
• CANDACE Gratien (député – Guadeloupe - Gauche radicale – Vice-président de la chambre - seul député Noir)
• CAPRON Marcel Albert (député - Seine – Communiste)
• CAPUS Joseph (sénateur – Gironde – Union démocratique radicale)
• CARRÉ-BONVALET René (sénateur – Charente-Inférieure – Gauche démocratique)
• CARRÈRE Bertrand (sénateur – Haute-Garonne – Gauche démocratique)
• CARRON Hyacinthe (député - Savoie - Radical-socialiste)
• CASSEZ Émile (sénateur – Haute-Marne – Gauche démocratique)
• CASTNON INSCRITNEZ Jean Marcel (député - Cher – Socialiste SFIO)
• CASTEL Léon (député – Aude - Radical-socialiste)
• de CASTELLANE Stanislas (sénateur – Cantal – Union démocratique radicale)
• CAUTRU Camille (sénateur – Calvados – Union républicaine)
• CAYREL Antoine Georges Hubert (député – Gironde - Gauche indépendante)
• DE CHABOT Pierre Marie (député – Vendée - Fédération républicaine)
• CHAMBONNET Auguste (sénateur – Creuse – Gauche démocratique)
• de CHAMMARD Jacques Paul (sénateur – Corrèze – Gauche démocratique)
• DE CHAMPEAUX François Michel (député – Côte-d’Or - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• CHANAL Eugène (sénateur – Ain – Gauche démocratique)
• CHASSEIGNE François Ernest Edmond - franc-maçon - (député - Indre – Parti de l’Unité prolétarienne)
• CHÂTEAU René Eugène Armand (député - Charente-Inférieure - Radical socialiste – Philosophe collaborateur connu sous le pseudonyme de Jean-Pierre ABEL – détenu à la Libération - négationniste)
• CHAULIN-SERVINIÈRE Jean Paul Gaston Lucien (député – Mayenne - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• CHAUTEMPS Alphonse (sénateur - Indre-et-Loire - Gauche démocratique - décédé en 1944)
• CHAUTEMPS Camille (sénateur - Loir-et-Cher - Gauche démocratique)
• CHICHERY Albert Marc (député - Indre - Radical-socialiste)
• CHOUFFET Armand Pierre Émile (député - Rhône - Parti socialiste)
• CLAMAMUS Jean-Marie (sénateur – Seine – Groupe communiste)
• CLAUDET Fernand René Léon Just (député - Doubs - Républicains indépendants et d'action sociale)
• DE CLERMONT-TONNERRE François Marie Amédée Joseph (député - Somme - Agraire indépendant)
• COINTREAU André Pierre (député - Maine-et-Loire - Républicains indépendants et d'action sociale)
• COLOMB Pierre Augustin Nicolas(député - Vienne - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• COMPAYRÉ Emery (député - Tarn - Radical-socialiste)
• CONSTANT Victor (sénateur – Seine – Union républicaine)
• CONVERSET René (sénateur – Aube – Non inscrit)
• COTY René (sénateur - Seine-Inférieure - Républicains Indépendants – Union républicaine - futur président de la 4ème République !)
• COUCOUREUX Joseph (sénateur – Aveyron - Union républicaine)
• COULAUDON Aimé Félix François Marie (député - Puy-de-Dôme – Socialiste SFIO)
• COUROT Louis (sénateur – Meuse – Union républicaine)
• COURRENT Paul Jean Pierre (député - Lot-et-Garonne - Radical-socialiste)
• COURSON Léon (député - Indre-et-Loire - Radical-socialiste)
• COURTEHOUX Jules François Joseph Marie (député - Ardennes - Radical-socialiste)
• de COURTOIS Pierre (sénateur – Basses-Alpes – Gauche démocratique)
• COUSIN Georges Lucien Paul Constant (député - Seine - Fédération républicaine)
• CROUAN Jean Adolphe Marie (député - Finistère - Fédération républicaine)
• DAHLET Camille (député - Bas-Rhin – Action populaire)
• DAILLE Albert (député - Tarn-et-Garonne - Radical-socialiste – décédé avant la fin de son mandat)
• DANIEL-VINCENT Charles (sénateur – Nord – Gauche démocratique)
• DARIAC Adrien Louis (député - Orne - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• DAUZIER Louis (sénateur – Cantal – Gauche démocratique)
• DAVID André (député - Haute-Garonne – Socialiste SFIO)
• DÉAT Marcel (député - Charente - Union socialiste et républicaine - mort en exil en Italie)
• DEBRÉGÉAS Gabriel (député - Haute-Vienne – Socialiste SFIO)
• DECLERCQ Gilbert (député – Nord – Communiste – Mort pour la France à Nîmes le 30 septembre 1944)
• DELAUNAY Amédée Charles Alfred (député - Charente-Inférieure - Radical-socialiste - décédé avant la fin de son mandat)
• DELAUNAY Maurice Robert (député - Calvados – Non inscrit)
• DELCOS François (député - Pyrénées-Orientales - Radical-socialiste)
• DELESALLE Charles (sénateur – Pas-de-Calais – Union démocratique radicale)
• DELPUECH Vincent (sénateur – Bouches-du-Rhône – Gauche démocratique)
• DELTHIL Roger (sénateur – Tarn-et-Garonne – Gauche démocratique)
• DELZANGLES René Bernard Pierre (député - Basses-Pyrénées - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• DENIS Georges (député - Mayenne - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• DEREUSE Eugène Henri (député - Nord – Socialiste SFIO)
• DESBONS Jean Marie Joseph Charles(député - Hautes-Pyrénées - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• DESCHANEL Jean Louis Camille Émile (député - Eure-et-Loir - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• DESCHASEAUX Marcel (député - Vosges - Parti social français)
• DESCHIZEAUX Louis Georges (député - Indre - Union socialiste et républicaine)
• DESGRANGES Jean-Marie (député - Morbihan - Non inscrit)
• DESJARDINS Charles (sénateur – Aisne – Action nationale républicaine et sociale)
• DESPRÈS Marcel (sénateur – Saône-et-Loire – Gauche démocratique)
• DEUDON Maurice (député – Nord – Socialiste SFIO)
• DEVAUD Stanislas (député - Algérie - Républicains indépendants et d'action sociale)
• DEWEZ Sulpice (député – Nord – Communiste)
• DE DIESBACH Louis (député - Pas-de-Calais - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• DIGNAC Pierre (député - Gironde - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• DOMMANGE René (député - Seine - Indépendants d'union républicaine et nationale)
• DONON Marcel (sénateur – Loiret – Gauche démocratique - décédé en 1943)
• DORMANN Maurice (sénateur – Seine-et-Oise – Non inscrit)
• DOUSSAIN Gustave (député - Seine - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• DROUOT Maurice (député - Haute-Saône - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• DUAULT Alfred (député - Côtes-du-Nord - Démocrate populaire)
• DUBON Antoine (député - Landes - Union socialiste et républicaine)
• DUBOSC Albert (député - Seine-Inférieure - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• DUBOSC Louis François (député - Gers – Socialiste SFIO)
• DUBOYS-FRESNEY Jacques Étienne Albert (député - Mayenne - Fédération républicaine)
• DUCHESNE-FOURNET Pierre (député – Calvados – Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• DUCOS Hippolyte Roc Aristide (député - Haute-Garonne - Radical-socialiste)
• DUMESNIL Jacques-Louis (sénateur – Seine-et-Marne – Non inscrit)
• DUPONT Alphonse Joseph (député - Ain - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• (FRÉDÉRIC-)DUPONT Édouard (député - Seine - Fédération républicaine)
• DUPUY Pierre (député - Établissements français de l’Inde - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• DUTERTRE DE LA COUDRE Augustin Louis Marie Joseph Pie (député – Loire-Inférieure - Fédération républicaine)
• ELBY Henri (sénateur – Pas-de-Calais – Union démocratique radicale)
• ELSAESSER Charles (député - Bas-Rhin - Action populaire)
• ESCANDE Georges (sénateur – Lot-et-Garonne –Gauche démocratique - décédé en 1944)
• ESCARTEFIGUE Marius (député - Var - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• ESPARBÈS Ernest (député - Haute-Garonne – Socialiste SFIO)
• EVEN Pierre (sénateur – Côtes-Nord – Gauche démocratique - décédé en 1941)
• EYNAC Laurent André dit LAURENT-EYNAC (sénateur – Haute-Loire – Gauche démocratique)
• EYNARD François (sénateur – Drôme – Gauche démocratique)
• FABRE Ulysse (sénateur – Vaucluse – Gauche démocratique)
• FABRY Jean (sénateur – Doubs – Union républicaine)
• FALLIÈRES André (sénateur - Lot-et-Garonne - Gauche démocratique)
• FARJON Roger (sénateur – Pas-de-Calais – Union républicaine)
• FAUCHON Maxime (député - Manche - Républicains indépendants et d'action sociale)
• FÉGA Joseph (député – Haut-Rhin - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• FÉRIN Raymond (député - Marne - Radical-socialiste)
• FERNAND-LAURENT Jean (député - Seine - Républicain indépendant)
• FERRAND Camille (sénateur – Creuse – Gauche démocratique)
• FÉVRIER André (député - Rhône – Socialiste SFIO)
• FIANCETTE Eugène (sénateur – Seine – Gauche démocratique)
• FIEU Louis(député - Tarn – Socialiste SFIO)
• FIORI Henri (député - Algérie - Union socialiste et républicaine)
• FLANDIN Pierre-Étienne (député - Yonne - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• FONTANILLE René (sénateur – Lot – Gauche démocratique - décédé en 1941)
• FOUILLOUX Albert (sénateur – Ain – Gauche démocratique)
• FOULD Achille (député - Hautes-Pyrénées - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• FOURCADE Manuel (sénateur – Hautes-Pyrénées – Union républicaine - décédé en 1943)
• FOURCAULT DE PAVANT François (député - Seine-et-Oise - Républicains indépendants et d'action sociale)
• FOURMENT Gustave (sénateur – Var – Gauche démocratique - décédé en 1940 )
• FOURRIER Jules (député - Seine – Communiste)
• DE FRAMONT DE LA FRAMONDÉE Ernest (député - Lozère - Fédération républicaine)
• FRANCHI Toussaint (député - Bouches-du-Rhône – Socialiste SFIO)
• du FRETAY François (sénateur – Finistère – Union républicaine)
• FROGET Jean-Marie (sénateur – Rhône – Gauche démocratique - décédé en 1942)
• FROSSARD Ludovic-Oscar (député - Haute-Saône - Non inscrit)
• FROT Eugène (député - Loiret - Union socialiste et républicaine)
• FUCHS Édouard (député - Haut-Rhin - Action populaire)
• GADAUD Félix (sénateur – Dordogne –Gauche démocratique)
• GAILLEMIN Louis (sénateur – Vosges – Union républicaine)
• GALIMAND Lucien (député - Seine-Inférieure - Radical-socialiste)
• GALLET Antoine-Marius (député - Ain - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• GAPIAND Jean (député - Loire - Non inscrit)
• GARCHERY Jean-Louis (député - Seine – Socialiste SFIO)
• GARDEY Abel (sénateur – Gers – Gauche démocratique)
• GARDIOL Louis (député - Basses-Alpes – Socialiste SFIO)
• GARRIGOU Louis (sénateur – Lot – Gauche démocratique)
• GASNIER-DUPARC Alphonse (sénateur – Ille-et-Vilaine – Gauche démocratique)
• GASPARIN Lucien Charles Marie -franc-maçon - (député – Réunion – Radical)
• GÉRARD Gaston (député - Côte-d'Or - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• GAURAND Pierre (député - Loire - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• GAUTHEROT Gustave (sénateur – Loire-Inférieure – Action nationale républicaine et sociale - décédé en 1944)
• GAUTIER Fernand (sénateur – Indre – Gauche démocratique - décédé en 1942)
• GELLIÉ Émile (député - Gironde - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• GENTIN Fernand (député - Aube - Radical-socialiste)
• GENTY André ( député - Seine-Inférieure - Agraire indépendant)
• GÉRENTE Henri (député - Haute-Savoie - Non inscrit)
• GERMAIN Paul (sénateur – Indre-et-Loire – Gauche démocratique - décédé en 1944)
• GERNEZ Raymond (député - Nord – Socialiste SFIO)
• GILLET Pierre (député - Morbihan - Agraire indépendant)
• GINET Jean (député - Isère - Radical-socialiste)
• GIRAULT Fernand (député - Loire - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• GOIRAND André (sénateur – Deux-Sèvres – Gauche démocratique)
• GOUNIN René (sénateur – Charente – Gauche démocratique)
• GOUSSU Paul (député - Sarthe - Démocrate populaire)
• GOY Jean (député - Calvados - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• (MILLIN) DE GRANDMAISON Georges Charles Alfred Marie (sénateur - Maine-et-Loire - Républicain et social – Union républicaine - décédé en 1943)
• (MILLIN) DE GRANDMAISON Robert (député - Maine-et-Loire - Républicains indépendants et d'Action sociale)
• GROS Arsène (député - Jura – Socialiste SFIO)
• GUERNIER Charles (député - Ille-et-Vilaine - Non inscrit)
• GUERRET Marcel (député - Tarn-et-Garonne – Socialiste SFIO)
• GUICHARD Louis (député - Vaucluse - Radical-socialiste)
• GUIDET Abel (député - : Pas-de-Calais - Radical-socialiste – Mort pour la France)
• GUILHEM Jacques (sénateur – Aude – Gauche démocratique)
• GULLUNG Joseph (député - Haut-Rhin - Action populaire)
• GUYONNET Louis (sénateur – Isère – Gauche démocratique)
• HANNOTIN Edmond (sénateur – Ardennes – Union démocratique radicale)
• Comte d'HARCOURT (sénateur - Calvados – Union républicaine)
• HARENT Joseph (sénateur – Somme – Non inscrit)
• HARTER Paul (député - Moselle - Action populaire)
• HARTMANN Charles (député - Haut-Rhin - Action populaire)
• HAY Jean (député - Charente-Inférieure - Radical-socialiste - Mort pour la France)
• HEID Arthur Jean (député - Moselle - Action populaire)
• HENRIOT Philippe (député - Gironde - Fédération républicaine)
• HENRY-HAYE Gaston (sénateur – Seine-et-Oise – Non inscrit)
• HÉRAUD Marcel (député - Seine - Républicains indépendants et d'action sociale)
• HERVÉ Yves (député - Côtes-du-Nord - Républicains indépendants et d'action sociale – décédé avant la fin de son mandat)
• HYMANS Max (député - Indre - Union socialiste et républicaine)
• DES ISNARDS Charles (député - Seine - Fédération républicaine)
• JACQUIER Paul (sénateur – Haute-Savoie – Gauche démocratique)
• JACQUY Jean (sénateur – Marne – Non inscrit)
• JARDILLIER Robert (député - Côte-d'Or – Socialiste SFIO)
• JOIN-LAMBERT André (sénateur
– Eure – Union républicaine)
• JOLY François (député - Ille-et-Vilaine - Républicains indépendants et d'action sociale)
• JOSSE Prosper (sénateur – Eure – Action nationale républicaine et sociale)
• JOURDAIN Paul (sénateur – Haut-Rhin – Union démocratique radicale)
• Marquis de JUIGNÉ Jacques (sénateur – Loire-Inférieure – Non inscrit)
• DE KERGARIOU Edgar (sénateur – Côtes-du-Nord – Union démocratique radicale)
• LABBÉ Ernest (sénateur – Ardennes – Union démocratique radicale)
• LACHAL Raymond (député - Puy-de-Dôme - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• LA CHAMBRE Guy (député - Ille-et-Vilaine - Radical-socialiste)
• LAFAYE Gabriel Paul (député - Gironde - Union socialiste et républicaine)
• Marquis de la FERRONNAYS Henri (député - Loire-Inférieure - Non inscrit)
• LAFFONT Paul (sénateur – Ariège – Gauche démocratique)
• LAMBIN Paul (député - Aisne – Socialiste SFIO)
• LAMOUREUX Lucien (député - Allier - Radical-socialiste)
• LANCIEN Ferdinand (sénateur – Finistère – Gauche démocratique)
• LANIEL Joseph (député - Calvados - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• LAROCHE Ernest (député - Puy-de-Dôme – Socialiste SFIO)
• LAUDIER Henri (sénateur - Cher – Gauche démocratique)
• (RAYMOND-)LAURENT Jean (député - Loire - Démocrate populaire)
• LAUTIER Pierre (sénateur - Ardèche – Union républicaine)
• LAVAL Pierre (sénateur - Puy-de-Dôme - Non inscrit - fusillé le 15 octobre 1945)
• LAVERGNE Fernand (sénateur – Tarn – Gauche démocratique)
• LAVOINNE André (sénateur – Seine-Inférieure – Union républicaine)
• LEBERT André (sénateur – Sarthe – Union démocratique radicale)
• LEBLANC Edmond (sénateur – Mayenne – Union républicaine)
• LEBŒUF Marcel (sénateur – Nièvre – Union démocratique radicale)
• LEBRET René (député - Seine-Inférieure - Union socialiste et républicaine)
• LE COUR GRANDMAISON Jean Baptiste Charles René Marie Joseph (député - Loire-Inférieure - Non inscrit)
• LÉCULIER Henri (sénateur – Jura – Gauche démocratique)
• LEDOUX Ferdinand (député - Ardennes - Radical-socialiste)
• LEFAS Alexandre (sénateur – Ille-et-Vilaine – Union républicaine)
• LEFEBVRE du PREY Edmond (sénateur – Pas-de-Calais – Union républicaine)
• LEFÈVRE Roger (député - Charente-Inférieure - Socialiste SFIO)
• LEGUET Firmin (sénateur – Ardennes – Union démocratique radicale)
• LE JEUNE Olivier (sénateur - Finistère – Non inscrit)
• LEMAISTRE Jean (sénateur – Ille-et-Vilaine – Gauche démocratique)
• LE MAUX Philippe (député - Côtes-du-Nord – Socialiste SFIO)
• LÉMERY Henry (sénateur – Martinique – Non inscrit)
• LE MOIGNIC Eugène (sénateur – Compagnie des Indes Françaises – Gauche démocratique)
• LE POULLEN Étienne (député - Ille-et-Vilaine - Fédération républicaine)
• LE ROUX Eugène Alexis (député - Loire-Inférieure – Socialiste SFIO)
• DE LESTAPIS Samuel (député - Basses-Pyrénées - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• Comte de LEUSSE Jean (sénateur – Bas-Rhin – Union républicaine)
• LEVESQUE Luc Marie Léon Pascal (député - Vienne - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• LÉVY Moïse (sénateur – Haute-Saône – Gauche démocratique)
• L'HÉVÉDER Louis (député - Morbihan – Socialiste SFIO)
• LIAUTEY André François Marie Joseph (député - Haute-Saône - Radical-socialiste)
• LINYER Louis (sénateur – Loire-Inférieure – Action nationale républicaine et sociale)
• LISSAR Jean (sénateur – Basses-Pyrénées – Union républicaine)
• LOHÉAC Pierre (député - Finistère - Républicains indépendants et d'action sociale)
• LOUBAT Pierre (sénateur – Tarn – Gauche démocratique)
• LOUBET Joseph (sénateur – Lot –Gauche démocratique)
• LOUIS-DREYFUS Louis (sénateur – Alpes-Maritimes – Non inscrit)
• LOURTIES Victor (sénateur – Landes – Gauche démocratique)
• LUCAS Octave Joseph (député - Manche - Fédération républicaine)
• LUCCHINI Albert Marcel (député - Bouches-du-Rhône – Socialiste SFIO)
• MACOUIN Clovis Henri Dominique (député - Deux-Sèvres - Fédération républicaine)
• MAFFRAY Marius (député - Indre-et-Loire – Socialiste SFIO)
• MAHIEU Albert (sénateur – Nord – Union démocratique radicale)
• MAJUREL Moïse Élie Charles (député - Hérault – Socialiste SFIO)
• MALLARMÉ André (sénateur – Alger – Non inscrit)
• MALON Émile (député - Manche - Non inscrit)
• MALRIC Ernest Jean Marie (député - Tarn - Radical-socialiste)
• MALVY Louis-Jean (député - Lot - Radical-socialiste)
• MANCEAU Anatole (sénateur – Maine-et-Loire – Union républicaine)
• MARCHANDEAU Paul Marie Henri Joseph - franc-maçon - (député - Marne - Radical-socialiste)
• MARESCAUX Léon Fleurisse Désiré (député - Nord - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• MAROGER Jean (sénateur – Aveyron – Union républicaine)
• MAROSELLI André (sénateur – Haute-Saône – Gauche démocratique)
• MARQUET Adrien (député - Gironde - Non inscrit)
• MARTEL Louis Félix (député - Haute-Savoie - Démocrate populaire)
• MARTIN François (député - Aveyron - Fédération républicaine)
• MARTIN Henri Jean Eugène (député - Marne – Socialiste SFIO – Mort pour la France)
• MARTIN Raymond (sénateur - Haute-Marne – Gauche démocratique)
• MASSE Pierre (sénateur - Hérault – Gauche démocratique)
• MASSÉ Émile Claude Antoine (député - Puy-de-Dôme - Radical-socialiste)
• MASSÉ Joseph François Louis (député - Cher - Indépendants d'union républicaine et nationale)
• MASSOT Marcel Xavier (député - Basses-Alpes - Radical-socialiste)
• MASTEAU Jacques (député - Vienne - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• MATHÉ Pierre (député - Côte-d'Or - Agraire indépendant)
• MAUGUIÈRE Albert Jules Marie (député - Haute-Saône - Radical-socialiste)
• MAULION Paul (sénateur – Morbihan – Gauche démocratique)
• MAUPOIL Henri (sénateur – Saône-et-Loire – Gauche démocratique)
• MAURICE Georges (sénateur – Vienne – Gauche démocratique)
• MECK Henri (député - Bas-Rhin - Action populaire)
• MÉDECIN Jean (sénateur – Alpes-Maritimes – Non inscrit)
• MELLENNE André Gervais Paul Albert (député - Oise - Radical-socialiste)
• MÉNIER Georges (député - Charente - Radical-socialiste)
• MENNECIER Albert Omer Clovis (député - Aisne – Socialiste SFIO)
• MERLIN Henry (sénateur – Marne – Gauche démocratique)
• MEYER Léon (député - Seine-Inférieure - Radical-socialiste – n’a pas terminé son mandat)
• MICHARD-PELLISSIER Jean Lucien Victor (député - Hautes-Alpes - Gauche indépendante)
• MICHEL Augustin (député - Haute-Loire - Fédération républicaine)
• MICHEL Pierre (sénateur - Côtes-du-Nord – Gauche démocratique )
• MIELLET Edmond (député - Territoire-de-Belfort - Radical-socialiste)
• MILAN François (sénateur – Savoie – Gauche démocratique)
• MILLIÈS-LACROIX Eugène (sénateur – Landes – Gauche démocratique)
• MIREAUX Émile (sénateur – Hautes-Pyrénées – Union démocratique radicale)
• MISTLER Jean (député - Aude - Radical-socialiste)
• MITTON Jules (député - Eure-et-Loir - Radical-socialiste)
• MOLLARD Maurice (sénateur – Savoie – Gauche démocratique)
• MONCELLE Édouard Marius Joseph (député - Moselle - Union républicaine démocratique)
• MONFORT Louis Marie (député - Finistère - Non inscrit)
• MONSACRÉ Fernand (sénateur – Aube – Non inscrit)
• MONSSERVIN Joseph (sénateur – Aveyron – Union républicaine)
• DE MONTAIGU Hubert (député - Loire-Inférieure - Fédération républicaine)
• DE MONTALEMBERT Geoffroy (député - Seine-Inférieure - Non inscrit)
• MONTIGNY Jean Auguste (député - Sarthe - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• DE MONZIE Anatole (député - Lot - Union socialiste et républicaine)
• MORANE Paul (député - Côtes-du-Nord - Républicains indépendants et d'action sociale)
• MOREAU Gaston Maurice (député - Maine-et-Loire - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• MORIN Ferdinand (député - Indre-et-Loire – Socialiste SFIO)
• MOURIER Louis (sénateur – Gard – Gauche démocratique)
• MULLER Eugène (sénateur – Bas-Rhin – Action nationale républicaine et sociale)
• MURET Auguste Joseph Vincent (député – Hautes-Alpes – Socialiste SFIO)
• NACHON Louis (député - Jura - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• NADER Hervé (député - Finistère - Républicains indépendants et d'action sociale)
• NAPHLE André (député - Gironde – Socialiste SFIO)
• NAUDIN Achille (sénateur - Nièvre – Union démocratique radicale)
• NAUDIN Raoul (député - Nièvre - Radical-socialiste)
• NÉRON Édouard (sénateur – Haute-Loire - Action nationale républicaine et sociale)
• NEYRET Jean (sénateur – Loire – Union démocratique radicale)
• NIEL Jean (député - Aveyron - Républicain indépendant)
• NOUELLE Georges (député - Saône-et-Loire – Socialiste SFIO)
• OBERKIRCH Alfred (député - Bas-Rhin - Fédération républicaine)
• OUVRÉ Albert (sénateur – Seine-et-Marne – Non inscrit)
• PAGEOT Auguste (député - Loire-Inférieure – Socialiste SFIO)
• PALMADE Maurice (sénateur – Charente-Inférieure – Gauche démocratique)
• PASCAUD Édouard Pierre Ausonne François (député - Charente - Radical-socialiste
• PATIZEL Henri (sénateur – Marne – Gauche démocratique)
• PAULIN Albert (député - Puy-de-Dôme – Socialiste SFIO)
• PAVIN de LAFARGE Henri (sénateur – Ardèche – Union républicaine)
• PÉBELLIER Eugène-Gaston (député - Haute-Loire - Républicains indépendants et d'action sociale)
• PÉCHEROT René (député - Drôme - Radical-socialiste)
• PEISSEL François (député - Rhône - Républicains indépendants et d'action sociale)
• PELLÉ Léon (député - Loiret - Républicain indépendant)
• PELLETIER Jean (sénateur – Saône-et-Loire – Gauche démocratique)
• PERDRIX Henri (sénateur – Drôme – Gauche démocratique)
• PÉRIN Émile (député - Nièvre - Parti de l'unité prolétarienne)
• PERNOT Georges (sénateur – Doubs – Union républicaine)
• PERREAU-PRADIER Pierre (député - Yonne - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• PERREIN Émile (député - Maine-et-Loire - Radical-socialiste)
• PESCHADOUR Julien (député - Corrèze – Socialiste SFIO)
• PETSCHE Maurice (député - Hautes-Alpes - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• PEUGEOT François (député - Doubs - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• PEYRONNET Albert (sénateur – Allier – Gauche démocratique)
• PEZET Ernest (député - Morbihan - Démocrate populaire)
• PICHERY Pierre (sénateur – Loir-et-Cher – Non inscrit)
• PIÉTRI François (député - Corse - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• PILLOT Armand (député - Seine – Communiste)
• PINAULT Étienne (député - Ille-et-Vilaine - Démocrate populaire – décédé avant la fin de son mandat)
• PINAY Antoine (sénateur – Loire – Union démocratique radicale)
• PINELLI Noël (député - Seine - Républicain indépendant)
• PITTI-FERRANDI François (sénateur – Corse – Gauche démocratique)
• PLANCHE Camille (député - Allier – Socialiste SFIO)
• PLICHON Jean-Pierre (député - Nord - Républicains indépendants et d'action sociale)
• POINTAIRE Adolphe (sénateur – Jura – Gauche démocratique)
• POITOU-DUPLESSY Jacques (député - Charente - Fédération républicaine)
• POLIMANN Lucien-Angèle (député - Meuse - Républicains indépendants et d'action sociale)
• POMARET Charles (député - Lozère - Union socialiste et républicaine)
• PONSARD Henry (député - Bouches-du-Rhône - Républicains indépendants et d'action sociale)
• PORTMANN Georges (sénateur – Gironde – Non inscrit)
• POTUT Georges (député - Nièvre - Radical-socialiste)
• PRESSEQ Léopold (sénateur – Tarn-et-Garonne – Gauche démocratique)
• PRINGOLLIET André (député - Savoie - Union socialiste et républicaine)
• PROVOST-DUMARCHAIS Gaston (sénateur – Nièvre – Union républicaine)
• QUEINNEC Jacques (sénateur – Finistère – Union républicaine)
• QUENETTE Jean (député - Meurthe-et-Moselle - Républicains indépendants et d'action sociale)
• QUINSON Aimé (député - Ain – Socialiste SFIO)
• RADULPH Jules Albert (député - Calvados - Agraire indépendant)
• RAMBAUD Louis (sénateur - Vendée – Action nationale républicaine et sociale)
• RANQUET Joseph Valentin (député - Gard - Radical-socialiste)
• RAUX Lucien (député - Nord - Communiste)
• RAUZY Alexandre (député - Ariège - Socialiste SFIO)
• RAVANAT Joannès (député - Isère - Socialiste SFIO)
• RAY André Victor (député - Isère - Radical-socialiste)
• RAYNAUD Clément (sénateur – Aude – Gauche démocratique)
• RÉGIS Marcel André (député - Algérie - Socialiste SFIO)
• REIBEL Charles (sénateur – Seine-et-Oise – Union républicaine)
• REILLE-SOULT-DALMATIE François (député - Tarn - Démocrate populaire)
• RICHARD Paul (député - Rhône - Fédération républicaine)
• RIFFATERRE Camille Guillaume (député - Creuse - Socialiste SFIO)
• RILLART de VERNEUIL Henri (sénateur – Aisne – Action nationale républicaine et sociale)
• RIO Alphonse (sénateur - Morbihan –gd)
• RIOU Gaston Édouard (député - Ardèche - Radical-socialiste)
• RIVES Paul Jacques Marius (député - Allier - Socialiste SFIO)
• RIVIÈRE Albert Marcel (député - Creuse - Socialiste SFIO)
• ROBBE Fernand (député - Seine-et-Oise - Radical-socialiste)
• ROBERT Léopold (sénateur - Vendée – Action nationale républicaine et sociale)
• ROBERT Maurice (député - Aube - Radical-socialiste)
• DE ROCCA-SERRA Camille Charles Joseph Eugène Roch (député - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• ROCHEREAU Victor (député - Vendée - Républicain indépendant)
• ROGÉ Gaston (sénateur – Meurthe-et-Moselle – Union républicaine)
• ROLDES Maxence Jean-Baptiste (député - Yonne - Socialiste SFIO)
• ROLLIN Louis Marie Joseph Étienne (député - Seine - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• ROLLIN René Alfred Émile (député - Haute-Marne - Radical-socialiste)
• ROTINAT Vincent (député - Indre - Radical-socialiste)
• des ROTOURS Guillaume (sénateur – Nord – Union démocratique radicale)
• ROUCAYROL Fernand (député - Hérault - Socialiste SFIO)
• ROUGER Hubert (député - Gard - Socialiste SFIO)
• ROULLEAUX-DUGAGE Georges Henri Maurice Christian (député - Orne - Fédération républicaine)
• ROUMAJON Jean Edmond (député - Corrèze - Socialiste SFIO)
• ROUSSEL Édouard (sénateur - Nord – Union démocratique radicale)
• ROUSSEL Émile (sénateur - Aisne – Action nationale républicaine et sociale)
• ROUSTAN Mario (sénateur – Hérault – Gauche démocratique)
• ROUX François (député - Saône-et-Loire - Socialiste SFIO)
• ROY Henri (sénateur - Loiret - Gauche démocratique)
• ROZIER Félix (sénateur – Drôme – Gauche démocratique)
• DE SAINT-JUST François (député - Pas-de-Calais - Fédération républicaine)
• DE SAINT-PERN Henri (député - Maine-et-Loire - Fédération républicaine)
• SAINT-VENANT Charles (député - Nord - Socialiste SFIO)
• SALENGRO Henri (député - Nord - Socialiste SFIO)
• SARRAUT Albert (sénateur – Aude – Gauche démocratique)
• SATINEAU Maurice (député - Guadeloupe - Union républicaine et sociale)
• SAUDUBRAY François (député - Sarthe - Démocrate populaire)
• SAURIN Paul (député - Algérie - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• SCAPINI Georges (député - Seine - Républicain indépendant)
• SCHRAMECK Abraham (sénateur – Bouches-du-Rhône – Gauche démocratique)
• SCHUMAN Robert (député - Moselle - démocrate populaire - un des pères fondateur de l'Europe !)
• SCLAFER James (sénateur - Charente-Inférieure - Radical-socialiste – Gauche démocratique)
• SELLIER Louis (député - Seine - parti de l'Unité prolétarienne)
• SELTZ Thomas (député - Bas-Rhin - Action populaire)
• SERLIN Joseph (sénateur – Isère – Gauche démocratique)
• SÉROT Robert (député - Moselle - Républicains indépendants et d'action sociale)
• SIBUÉ Louis (député - Savoie - Socialiste SFIO)
• SILVESTRE Léon (député - Gard - Socialiste SFIO)
• SIREYJOL Léon (sénateur – Dordogne – Gauche démocratique)
• SOULA Daniel Jean-Baptiste (député - Ariège - Socialiste SFIO)
• SPINASSE Charles (député - Corrèze - Socialiste SFIO)
• SUSSET Raymond (député - Seine - Union socialiste et républicaine)
• TAITTINGER Pierre (député - Seine - Fédération républicaine)
• TALANDIER Fernand Paul Jean-Baptiste Bertrand Germain (député - Cantal - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• TASSO Henri (sénateur – Bouches-du-Rhône – Groupe socialiste - SFIO)
• TAUDIÈRE Émile (député - Deux-Sèvres - Républicains indépendants et d'action sociale)
• TAURINES Jean (sénateur – Loire – Union démocratique radicale)
• TEMPLE Emmanuel Jacques Marie (député - Aveyron - Fédération républicaine)
• DE TESSAN François Armand Delphin Jules (député - Seine-et-Marne - Radical-socialiste – Mort pour la France)
• TESSIER Georges (député - Haute-Vienne – Socialiste SFIO)
• THELLIER Paul (député - Pas-de-Calais - Alliance des républicains de gauche et des radicaux – Mort pour la France)
• THIBON Alphonse Jules Isidore (député - Ardèche - Fédération républicaine)
• THIÉFAINE Maurice (député - Loire-Inférieure – Socialiste SFIO)
• THIOLAS Maurice Antonin Barthélémy (député - Haute-Loire – Socialiste SFIO)
• THONON Charles (député - Seine-et-Oise – Socialiste SFIO)
• THORP René Pierre William (député - Gironde - Radical-socialiste)
• THOUMYRE Robert (sénateur – Seine-Inférieure – Union républicaine)
• THUREAU-DANGIN Jean (sénateur – Seine-Inférieure – Union républicaine)
• DU TINGUY DU POUËT Jean (député - Vendée - Républicains indépendants et d'action sociale)
• TIXIER-VIGNANCOUR Jean-Louis Gilbert (député - Basses-Pyrénées - Non inscrit – futur candidat d’extrême droite aux présidentielles de 1965)
• TOY-RIONT Maurice (sénateur – Hautes-Alpes – Union républicaine)
• TRANCHAND Aimé (député - Vienne - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• TRISTAN Firmin Célestin Marie (député - Morbihan - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• TURLIER Henry (sénateur – Saône-et-Loire – Gauche démocratique)
• ULMO Georges (sénateur – Haute-Marne – Gauche démocratique)
• VAILLANDET Pierre (député - Vaucluse – Socialiste SFIO)
• VALADIER Jean (sénateur – Eure-et-Loir – Gauche démocratique)
• VALAT Fernand (député - Gard – Communiste)
• VALENTIN François Charles Joseph dit FRANÇOIS-VALENTIN (député - Meurthe-et-Moselle - Fédération républicaine)
• VALIÈRE Sabinus (député - Haute-Vienne - Socialiste SFIO)
• VALLAT Xavier (député - Ardèche - Fédération républicaine)
• VALLETTE-VIALLARD Pierre (député - Ardèche - Fédération républicaine)
• VALLIN Charles (député - Seine - Parti social français)
• VANTIELCKE Roger (député - Pas-de-Calais – Socialiste SFIO)
• VARDELLE Marcel Léon (député - Haute-Vienne – Socialiste SFIO)
• VAUR Léon (député - Manche - Démocrate populaire)
• VEYSSIÈRE Gaston (sénateur – Seine-Inférieure – Union républicaine)
• VIELLARD Louis (sénateur – Territoire-de-Belfort – Union républicaine)
• VILLAULT-DUCHESNOIS Jean (sénateur – Manche – Union républicaine)
• VILLEDIEU Antoine (député - Puy-de-Dôme – Socialiste SFIO)
• VINCENT Adolphe Jules Félix Louis (député - Pas-de-Calais - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• VINCENT Émile (sénateur - Côte-d'Or - Non inscrit)
• VOIRIN Maurice (député - Ardennes – Socialiste SFIO)
• WALTER Michel (député - Bas-Rhin - Action populaire)
• WARUSFEL Alphonse (sénateur – Oise – Union démocratique radicale)
• de WENDEL Guy (sénateur - Moselle – Union républicaine)
• YBARNÉGARAY Jean (député - Basses-Pyrénées - Indépendants socialistes)


Ont voté contre :

• ASTIER Marcel (sénateur - Ardèche - Gauche démocratique)
• AUDEGUIL (Jean-)Fernand (député - Gironde - Socialiste SFIO)
• AURIOL Vincent Jules (député - Haute-Garonne - Socialiste SFIO - futur président de la 4ème République)
• BACHELET Alexandre (sénateur - Seine - Socialiste SFIO)
• BADIE Vincent Henri (député - Hérault - Radical-socialiste)
• BÉDIN Camille Fernand (député - Dordogne - Socialiste SFIO)
• BENDER Émile (sénateur - Rhône - Gauche démocratique)
• BIONDI Jean (député - Oise - Socialiste SFIO)
• BLUM Léon (député - Aude - Socialiste SFIO – n’a pas terminé son mandat)
• BONNEVAY Laurent Marie Benoît (député - Rhône - Alliance des républicains de gauche et des radicaux )
• BOULET Paul Marie Maurice (député - Hérault - Parti de la jeune République )
• BRUGUIER Georges (sénateur - Gard - Socialiste SFIO)
• BUISSET Séraphin Léopold (député - Isère - Socialiste SFIO)
• CABANNES Gaston Marie Léon (député - Gironde - Socialiste SFIO)
• CAMEL François (député - Ariège - Socialiste SFIO - n'a pas achevé son mandat - Mort pour la France)
• Marquis de CHAMBRUN Pierre (sénateur - Lozère - Non inscrit)
• CHAMPETIER de RIBES Auguste (sénateur - Basses-Pyrénées - Non inscrit)
• CHAUMIÉ Pierre (sénateur - Lot-et-Garonne - Gauche démocratique)
• CHAUSSY Arthur (député - Seine-et-Marne - Socialiste SFIO)
• COLLOMP Joseph Victorien (député - Var - Socialiste SFIO)
• CRUTEL Octave Louis Charles Célestin (député - Seine-Inférieure - Radical-socialiste )
• DAROUX Pierre (député - Vendée - Radical-socialiste )
• DELOM-SORBÉ Maurice Marie Joseph (député - Basses-Pyrénées - Gauche démocratique et radicale indépendante )
• DÉPIERRE Joseph (sénateur - Rhône - Groupe socialiste – SFIO)
• DORMOY Marx (sénateur - Allier - Groupe socialiste – SFIO)
• ELMIGER Alfred (député - Rhône - Gauche indépendante )
• FLEUROT Paul (sénateur - Seine - Gauche démocratique)
• FOUCHARD Émile (député - Seine-et-Marne - Communiste)
• FROMENT Édouard (député - Ardèche - Socialiste SFIO)
• GIACOBBI Paul (sénateur - Corse - Gauche démocratique)
• GODART Justin (sénateur - Rhône - Gauche démocratique)
• GOUIN Félix Jean (député - Bouches-du-Rhône - Socialiste SFIO)
• GOUT Henri (député - Aude - Radical-socialiste)
• GROS Louis (sénateur - Vaucluse - Groupe socialiste - SFIO)
• GUY Amédée (député - Haute-Savoie - Socialiste SFIO)
• HENNESSY James (sénateur - Charente - Union démocratique radicale - décédé en 1945)
• HUSSEL Lucien Joseph (député - Isère - Socialiste SFIO)
• ISORÉ André (député - Pas-de-Calais - Radical-socialiste)
• JARDON Eugène (député - Allier - Communiste)
• JAUBERT (Jean-)Alexis (député - Corrèze - Radical-socialiste)
• JORDÉRY Claude (député - Rhône - Socialiste SFIO - Mort pour la France)
• LABROUSSE François (sénateur - Corrèze – Gauche démocratique)
• LE BAIL Albert (député - Finistère - Radical-socialiste)
• LECACHEUX Joseph (député - Manche - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• LE GORGEU Victor (sénateur - Finistère – Gauche démocratique )
• LUQUOT Justin (député - Gironde - Union socialiste et républicaine)
• MALROUX Augustin (député - Tarn - Socialiste SFIO - Mort pour la France)
• MANENT Gaston (député - Hautes-Pyrénées - Radical-socialiste)
• MARGAINE Alfred (député - Marne - Radical-socialiste)
• MARTIN Léon Achille (député - Isère - Socialiste SFIO)
• MAUGER Robert (député - Loir-et-Cher - Socialiste SFIO)
• MENDIONDOU Jean (député - Basses-Pyrénées - Gauche indépendante)
• MOCH Jules (député - Hérault - Socialiste SFIO - n'a pas terminé son mandat)
• MONTEL Maurice Aimé Louis Joseph (député - Cantal - Gauche indépendante)
• Marquis de MOUSTIER Léonel Marie Ghislain Alfred (député - Doubs - Républicains indépendants et d'action sociale - Mort pour la France)
• MOUTET Marius (député - Drôme - Socialiste SFIO)
• NICOD René (député - Ain - Communiste)
• NOGUÈRES Louis (député - Pyrénées-Orientales - Socialiste SFIO)
• ODIN Jean (sénateur - Gironde – Gauche démocratique)
• PAUL-BONCOUR Joseph (sénateur - Loir-et-Cher – Gauche démocratique)
• PERROT Jean (député - Finistère - Radical-socialiste)
• PÉZIÈRES Georges (sénateur - Pyrénées-Orientales – Groupe socialiste - SFIO )
• PHILIP André Louis (député - Rhône - Socialiste SFIO)
• PLAISANT Marcel (sénateur - Cher – Gauche démocratique)
• (TANGUY-)PRIGENT François (député - Finistère - Socialiste)
• RAMADIER Paul (député - Aveyron - Socialiste SFIO)
• RAMBAUD Joseph Paul (sénateur - Ariège – Gauche démocratique )
• RENOULT René (sénateur – Var – Gauche démocratique)
• ROCHE Léon Pierre Laubanie (député - Haute-Vienne - Socialiste SFIO)
• ROLLAND Camille (sénateur - Rhône Gauche démocratique)
• ROLLAND Jean-Louis (député - Finistère - Socialiste SFIO)
• ROUS Joseph (député - Pyrénées-Orientales - Socialiste SFIO)
• ROY Jean-Emmanuel (député - Gironde - Radical-socialiste)
• SÉNÈS Henri (sénateur - Var - Groupe socialiste - SFIO)
• SERRE Philippe (député - Meurthe-et-Moselle - Parti de la Jeune République)
• SIMON Paul (député - Finistère - Démocrate populaire)
• THIÉBAUT Gaston Marie Léon (député - Radical-socialiste)
• THIVRIER Isidore Joseph (député - Allier - Socialiste SFIO - Mort pour la France)
• TRÉMINTIN Pierre Marie Jacques Nicolas (député - Finistère - Démocrate populaire)
• ZUNINO Michel (député - Var - Socialiste SFIO)

Se sont volontairement abstenus :

• BUREAU Georges Allyre Marie Médéric (député - Seine-Inférieure - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• CAMPARGUE Paul Jean Louis (député - Yonne – Socialiste SFIO)
• CHASSAING Eugène (sénateur - Puy-de-Dôme - Gauche démocratique)
• DRIVET Antoine (sénateur – Loire – Gauche démocratique)
• FAURE Pétrus (député - Loire - Parti de l'unité prolétarienne)
• HERRIOT Édouard (député - Rhône - Radical-socialiste)
• HONNORAT André (sénateur – Basses-Alpes – Union républicaine)
• JULES-JULIEN Alfred (député - Rhône - Radical-socialiste)
• RUFF dit LUSSY Charles (député - Vaucluse - Socialiste SFIO - n'a pas achevé son mandat)
• MICHEL Marcel (sénateur - Dordogne – Gauche démocratique )
• MONNET Georges (député - Aisne - Socialiste SFIO)
• PERRIER Léon (sénateur – Isère – Gauche démocratique)
• ROBERT Pierre (sénateur – Loire – Gauche démocratique)
• QUEILLE Henri (sénateur – Corrèze – Gauche démocratique)
• SÉROL Albert (député - Loire - Socialiste SFIO)
• STEEG Théodore (sénateur - Seine - Gauche démocratique)
• VIDAL Raymond (député - Bouches-du-Rhône - Socialiste SFIO)

N'ont pas pris part au vote :

• AGUILLON Maurice (député - Vienne - Radical-socialiste - déporté et mort pour la France)
• ALHÉRITIÈRE Henri (sénateur - Creuse – Gauche démocratique)
• AVELINE Joseph Louis (député - Orne - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• BACQUET Paul (député - Pas-de-Calais - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• BARBIER André (sénateur – Vosges – Union républicaine)
• BASTIDE Joseph Étienne Jacques Pierre (député - Aveyron - Fédération républicaine)
• BAUD André Claude Marie (député - Jura - Indépendants d'union républicaine et nationale)
• BEAUDOIN (député - Moselle - Agraire indépendant - Mort pour la France)
• BÈCHE Émile (député - Deux-Sèvres - Socialiste SFIO)
• BÉNARD Léonus (sénateur - la Réunion – Gauche démocratique)
• BERLIA Émile (député - Haute-Garonne - Socialiste SFIO)
• BERSEZ Paul (sénateur – Nord – Gauche démocratique - décédé en 1940 )
• BETFERT Pierre (sénateur – Côtes-du-Nord Union démocratique radicale)
• BIENVENU-MARTIN Jean Baptiste (sénateur – Yonne – Gauche démocratique - décédé en 1943)
• BLAISOT Camille Charles Auguste (député - Calvados - Fédération républicaine - Mort pour la France)
• BLANCHOIN Albert Pierre René (député - Maine-et-Loire - Parti de la Jeune République)
• (PIERRE-)BLOCH Jean (député - Aisne - Socialiste SFIO - n'a pas terminé son mandat)
• BLONCOURT Élie Clainville (député - Aisne - Socialiste SFIO)
• BONDOUX Léon Georges (député - Nièvre - Socialiste SFIO)
• BOUHEY Jean Baptiste Georges (député - Côte-d'Or - Socialiste SFIO)
• BRASSEAU Paul (sénateur – Seine-et-Oise – Non inscrit)
• BROGLY Médard (sénateur – Haut-Rhin – Non inscrit)
• BUGAIN Marcel Henri (député - Aisne - Socialiste SFIO)
• CABANIS Paul Léon Rollin (député - Loiret - Radical-socialiste)
• CABART-DANNEVILLE Maurice (sénateur – Manche – Union républicaine - décédé en 1942)
• CADOT Henri Émile Christian (député - Pas-de-Calais - Socialiste SFIO)
• CAMUS Lucien Eugène René (député - Seine-et-Oise - Parti Camille Pelletan)
• CHIAPPE Jean (député - Seine - Républicain indépendant - décédé avant la fin de son mandat)
• DE CORAL Bernard Gabriel Jean Marie (député - Basses-Pyrénées - Fédération républicaine)
• CORBEDAINE Édouard (sénateur – Moselle – Union républicaine)
• COT Pierre Jules (député - Savoie - Radical-socialiste)
• COURNAULT Charles (sénateur – Meurthe-et-Moselle – Union républicaine)
• COURTIER René (sénateur – Seine-et-Marne – Non inscrit)
• CREYSSEL Paul (député - Loire - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• CUTTOLI Paul (sénateur – Constantine – Gauche démocratique)
• DAHER André (député - Bouches-du-Rhône - Fédération républicaine)
• DALADIER Édouard (député - Vaucluse - Radical-socialiste - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• DAMECOUR Émile (sénateur – Manche – Union républicaine - décédé en 1940 )
• DARAIGNEZ Ernest (sénateur – Landes – Gauche démocratique - décédé en 1940 )
• DECRÉQUY Gustave (député - Pas-de-Calais - Radical-socialiste)
• DELABIE Maurice (député - Somme - Radical-socialiste)
• DEMELLIER Louis (sénateur – Deux-Sèvres – Gauche démocratique - décédé en 1943)
• DENTU Georges (sénateur – Orne – Action nationale républicaine et sociale)
• DEZARNAULDS Pierre (député - Loiret - Radical-socialiste)
• Marquis de DION Albert (sénateur – Loire-Inférieure –Action nationale républicaine et sociale)
• DUBOIS Marius (député - Algérie - Socialiste SFIO - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• DUPUIS Armand Camille (député - Oise - Radical-socialiste)
• ENJALBERT René (député - Algérie - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• FAURE Paul (député - Saône-et-Loire - Socialiste SFIO)
• FIÉ Arsène-Célestin (député - Nièvre - Socialiste SFIO)
• de FONTAINES Raymond (sénateur – Vendée – Action nationale républicaine et sociale)
• FORCINAL Albert (député - Eure - Union socialiste et républicaine)
• FRANÇOIS-SAINT-MAUR Charles (sénateur – Loire-Inférieure – Non inscrit)
• FULLY Pierre (député - Landes - Radical-socialiste - décédé avant la fin de son mandat)
• GAUTRON Jacques (sénateur – Eure-et-Loir – Union démocratique radicale)
• GEISTDOERFER Michel (député - Côtes-du-Nord - Radical-socialiste)
• GILBERT Raymond (sénateur – Eure-et-Loir – Union démocratique radicale - s'est retiré de la vie politique dès l'Armistice de 1940)
• GORÉ Alexandre (sénateur – Oise – Union démocratique radicale - s'est retiré de la vie politique dès l'Armistice de 1940)
• GUASTAVINO Jean-Marie (député - Algérie - Radical-socialiste - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• GUÉRIN Gustave (sénateur – Manche – Union républicaine)
• HACHETTE René (sénateur – Aisne – Union républicaine - décédé en 1940)
• Duc d'HARCOURT François (député - Calvados - Républicain indépendant)
• HAUET Albert (député - Aisne - Radical-socialiste - décédé avant la fin de son mandat)
• HENNESSY Jean Patrick dit "James" (député - Alpes-Maritimes - Non inscrit)
• HÉRY René (sénateur – Deux-Sèvres – Gauche démocratique - décédé en 1941)
• HUEBER Charles Louis (député - Bas-Rhin - Action populaire)
• IHUEL Paul François Joseph Marie (député - Morbihan - Non inscrit)
• INIZAN Vincent Marie (député - Finistère - Fédération républicaine)
• IZARD Georges (député - Meurthe-et-Moselle - Parti frontiste)
• JONAS Édouard Léon (député - Alpes-Maritimes - Union socialiste et républicaine)
• JOSSOT Pierre (sénateur – Côte-d’Or – Gauche démocratique - décédé en 1941)
• JOVELET Anatole (sénateur – Somme – Gauche démocratique)
• (CALLOC’H) DE KÉRILLIS Henri (député - Seine - Républicain indépendant – n’a pas terminé son mandat)
• Vicomte de LA GRANDIÈRE Palamède (sénateur – Maine-et-Loire - Action nationale républicaine et sociale)
• Baron de LA GRANGE Amaury (sénateur - Nord – Union républicaine)
• LAGROSILLIÈRE Marie Joseph Samuel (député - Martinique - Socialiste SFIO)
• LA MYRE-MORY Robert (député - Lot-et-Garonne - Alliance des républicains de gauche et des radicaux - n'a pas achevé son mandat - Mort pour la France)
• LANDRY Adolphe (député - Corse - Radical-socialiste)
• LAPIE Pierre-Olivier (député - Meurthe-et-Moselle - Union socialiste et républicaine)
• LARDIER Émile (député - Territoire-de-Belfort - Fédération républicaine)
• LASSALLE Jean-Robert (député - Landes - Radical-socialiste - n'a pas achevé son mandat - Mort pour la France)
• LAURENT Augustin (député - Nord - Socialiste SFIO)
• LAUVRAY Léon (sénateur – Eure – Union républicaine)
• LEBAS Jean-Baptiste (député - Nord - Socialiste SFIO - Mort pour la France)
• LECOURTIER Georges (sénateur – Meuse – Union républicaine - décédé avant la fin de son mandat)
• LEDERLIN Paul (sénateur – Corse – Gauche démocratique)
• LEJEUNE Max Marius Achille (député - Somme - Socialiste SFIO)
• LE PÉVEDIC Joseph Marie (député - Morbihan - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• LEROY Jean (député - Vosges - Parti de la Jeune République)
• LONGUET Ignace Théophile (député - Charente-Inférieure - Radical-socialiste)
• LOUBRADOU Paul (député - Dordogne - Communiste)
• DU LUART Jacques Louis Jean Robert (député - Seine-Inférieure - Fédération républicaine)
• Marquis de LUDRE-FROLOIS René (sénateur – Orne – Action nationale républicaine et sociale)
• DE LYROT Hervé Léon Charles (député - Ille-et-Vilaine - Républicain indépendant)
• MABRUT Adrien François (député - Puy-de-Dôme - Socialiste SFIO)
• MAËS Alfred Jacques Wulfrand (député - Pas-de-Calais - Socialiste SFIO)
• MAGNAN André Jean Marie (député - Loire - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• MARIE André (député - Seine-Inférieure - Radical-socialiste)
• MARIN Louis (député - Meurthe-et-Moselle - Fédération républicaine)
• MASSON Louis (député - Nord - Socialiste SFIO - décédé avant la fin de son mandat)
• MAZERAND Georges (député - Meurthe-et-Moselle - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• MENDÈS FRANCE Pierre Isaac Isidore (député - Eure - Radical-socialiste - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• MÉTAYER Georges Eugène (député - Seine-Inférieure - Radical-socialiste)
• MEUNIER Jean (député - Indre-et-Loire - Socialiste SFIO)
• MILLERAND Alexandre (sénateur – Orne – Union républicaine)
• MIROUEL Arthur (sénateur – Meuse – Union républicaine)
• MONNERVILLE Gaston Charles François (député - Guyane - Radical-socialiste - en 1939, il s'est porté volontaire pour servir la France dans la Marine et donc le 10 juillet 1940 il était à bord du Le Provence en Méditérannée. Il y était encore lors de la bataille de Mers el-Kébir - président du Sénat après le guerre)
• de MONTI de REZÉ Henri (sénateur – Mayenne – Action nationale républicaine et sociale)
• MORINAUD Émile (député - Algérie - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• MORIZET André (sénateur – Seine – Groupe socialiste - SFIO)
• NICOLAS Eugène (sénateur – Haute-Vienne – Groupe socialiste - SFIO)
• OSTERMANN Paul (sénateur – Haut-Rhin – Non inscrit)
• PARMENTIER André (député - Nord - Fédération républicaine)
• PATENÔTRE Raymond (député - Seine-et-Oise - Union socialiste et républicaine)
• PETER Émile (député - Moselle - Action populaire)
• PITOIS Pierre (député - Marne - Républicains indépendants et d'action sociale)
• PLANCKE Gabriel (député - Nord - Gauche indépendante)
• PLARD René (député - Aube - Parti de l'unité prolétarienne)
• DE POLIGNAC François (député - Maine-et-Loire - Républicains indépendants et d'action sociale)
• TOURNAIRE dit RENAITOUR Jean-Michel (député - Yonne - Gauche indépendante)
• RÉTHORÉ Raymond (député - Charente - Radical-socialiste)
• RICHARD Adrien (sénateur - Vosges – Union républicaine)
• RICHARD René (député - Deux-Sèvres - Radical-socialiste)
• ROMASTIN Théophile Victor Marie (député - Sarthe - Radical-socialiste)
• de ROTHSCHILD Maurice (sénateur – Hautes-Alpes – Non inscrit)
• ROUX-FREISSINENG Pierre (sénateur – Oran – Union démocratique radicale)
• RUCART Marc Émile (député - Vosges - Radical-socialiste)
• SALLÈS Antoine (député - Rhône - Républicains indépendants et d'action sociale)
• SAUSSOT Gustave (député - Dordogne - Communiste)
• SELLIER Henri (?)(sénateur - Seine – Groupe socialiste - SFIO)
• SERDA Joseph (député - Algérie - Gauche indépendante)
• SÉVÈRE Joseph Victor - franc-maçon - (député - Martinique - Union républicaine)
• SIGRIST Joseph (sénateur – Bas-Rhin – Non inscrit)
• SION Paul (député - Pas-de-Calais - Socialiste SFIO)
• SOURIOUX Ernest (député - Creuse - Indépendants d'union républicaine et nationale - Mort pour la France)
• TELLIER Alphonse (député - Pas-de-Calais - Socialiste SFIO)
• THIBAULT Albert (sénateur - Sarthe – Union républicaine)
• THOMAS Eugène (député - Nord - Socialiste SFIO)
• TRIBALLET Henri (député - Eure-et-Loir - Union socialiste et républicaine)
• TURBAT Eugéne (sénateur – Loiret – Gauche démocratique)
• URBAN Jean-Jacques (sénateur – Bas-Rhin – Union républicaine)
• VASSAL Jean (député - Oise - Socialiste SFIO)
• VASSEUX Édouard (sénateur – Oise – Gauche démocratique)
• VIÉNOT Pierre (député - Ardennes - Union socialiste et républicaine - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• WIEDEMANN-GOIRAN Fernand (député - Seine - Indépendants d'union républicaine et nationale)
• WILTZER Alex (député - Action populaire - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• WOLFF Jules (sénateur – Moselle – Union républicaine)
• ZAY Jean (député - Loiret - Radical-socialiste - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca - mort pour la France)

Ne peuvent prendre part au vote :

• MOURER Jean-Pierre (député - Bas-Rhin - Action populaire)
• ROSSÉ Joseph (député - Haut-Rhin - Action populaire)
• STÜRMEL Marcel (député - Haut-Rhin - Action populaire)

N'ont pas pris part au vote comme s'étant excusés de ne pouvoir assister à la séance :

• BASTID Paul Raymond Marie (député - Cantal - Radical-socialiste - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• BÉRENGER Henry (sénateur - Guadeloupe – Gauche démocratique)
• BROUT Marcel Louis Charles (député - Seine - Communiste - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• CAMPINCHI César Sampiero Auguste Napoléon Jérôme (député - Corse - Radical-socialiste - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca - décédé avant la fin de son mandat)
• CATALAN Camille Constant (député - Gers - Radical-socialiste - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• DELATTRE Gabriel Émile (député - Ardennes - Radical-socialiste - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• DELBOS Yvon Pierre Stanislas (député - Dordogne - Radical-socialiste - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• DENAIS Joseph Paul Émile Marie (député - Seine - Fédération républicaine - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• DUPONT André Adolphe François (député - Eure - Socialiste SFIO - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• DUPRÉ Léandre (député - Nord - Socialiste SFIO - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• DUVAL Alexandre Henri (député - Eure - Fédération républicaine)
• DIOUF Galandou (député - Sénégal - Gauche indépendante - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• GRUMBACH Salomon (député - Tarn - Socialiste SFIO - n'a pas terminé son mandat - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• HIRSCHAUER Auguste général (sénateur – Moselle – Union républicaine - décédé en 1943)
• JACQUINOT Louis (député - Meuse - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• (QUÉNAULT) DE LA GROUDIÈRE Bernard (député - Manche - Fédération républicaine - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• LAZURICK Maurice dit Robert (député - Cher - Socialiste SFIO - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca - n'a pas terminé son mandat)
• LE TROQUER André (député - Seine - Socialiste SFIO - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• LÉVY-ALPHANDÉRY Georges (député - Haute-Marne - Radical-socialiste - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca - n'a pas achevé son mandat)
• LOUIS ROTHSCHILD dit MANDEL Georges (député - Gironde - Républicain indépendant - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca - Mort pour la France)
• MOUNIÉ Auguste (sénateur – Seine – Gauche démocratique)
• PARAYRE Joseph (sénateur – Pyrénées-Orientales – Groupe socialiste - SFIO)
• PERFETTI Camille (député - Haute-Marne - Radical-socialiste - questeur de la Chambre - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• PHILIP Jean (sénateur - Gers – Gauche démocratique)
• RÉVILLON Tony (sénateur – Ain – Gauche démocratique - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• REYNAUD Paul (député - Seine - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• SCHMIDT Jammy (député - Oise - Radical-socialiste - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
•STUHL Jean (général) (sénateur - Moselle - Action nationale républicaine et sociale - mort en 1942)
•THOMAS Jean-Marie (député - Saône-et-Loire – Socialiste SFIO - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
•de WENDEL François (sénateur - Meurthe-et-Moselle – Union républicaine)

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