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14 septembre 2008 7 14 /09 /septembre /2008 10:59

L'entrevue de Montoire

  

Le 24 octobre 1940, Pétain rencontre Hitler à Montoire, dans le Loir et Cher. Retenons d'abord la volonté d'établir une collaboration d'Etat avec Hitler. Le Maréchal va déclarer dans son discours public du 30 octobre 1940 : "C'est librement que je me suis rendu à l'invitation du Führer. Je n'ai subi, de sa part, aucun "diktat", aucune pression, Une collaboration a été envisagée entre nos deux pays. J'en ai accepté le principe. Les modalités en seront discutées ultérieurement." Il justifia cette demande de collaboration "Ainsi, dans un avenir prochain, pourrait être allégé le poids des souffrances de notre pays, amélioré le sort de nos prisonniers, atténuée la charge des frais d'occupation. Ainsi pourrait être assouplie la ligne de démarcation et facilités l'administration et le ravitaillement du territoire." Enfin, il montre clairement que, malgré la collaboration, l’Allemagne n’est pas l’ami de la France : "L'armistice, au demeurant, n'est pas la paix. La France est tenue par des obligations nombreuses vis-à-vis du vainqueur. Du moins reste-t-elle souveraine. Cette souveraineté lui impose de défendre son sol, d'éteindre les divergences de l'opinion, de réduire les dissidences de ses colonies." Aujourd'hui, quelques "historiens" veulent faire croire que Pétain voulait faire entrer définitivement la France dans un nouvel ordre mondial au côté de l'Allemagne nazi. Cependant, est-ce réellement la volonté du Maréchal ? Il est nécessaire d'analyser les raisons de cette entrevue. En effet, il faut déjà savoir que Pétain n'avait pas envisagé une collaboration d'intérêts du jour au lendemain. Un long texte fut lu à la radio le 10 octobre 1940 par le chargé d'information Jean Louis Tixier-Vignancour, dont une partie sera reprise le lendemain (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 470-476). Lors de la déclaration radiodiffusée du 11 octobre, le Maréchal déclare : "Indépendante du revers de ses armes, la tâche que la France doit accomplir l'est aussi, et à plus forte raison, des succès et des revers d'autres nations qui ont été, dans l'histoire, ses amies ou ses ennemies. Le régime nouveau, s'il entend être national, doit se libérer de ces amitiés ou de ces inimitiés, dites traditionnelles, qui n'ont, en fait, cessé de se modifier à travers l'histoire pour le plus grand profit des émetteurs d'emprunts et des trafiquants d'armes. Le régime nouveau défendra, tout d'abord, l'unité nationale, c'est-à-dire l'étroite union de la Métropole et de la France d'outre-mer. Il maintiendra les héritages de sa culture grecque et latine et leur rayonnement dans le monde. Il remettra en honneur le véritable nationalisme, celui qui, renonçant à se concentrer sur lui-même, se dépasse pour atteindre la collaboration internationale. Cette collaboration, la France est prête à la rechercher dans tous les domaines avec tous ses voisins. Elle sait d'ailleurs que, qu'elle que soit la carte politique de l'Europe et du monde le problème des rapports franco-allemands, si criminellement traité dans le passé, continuera de déterminer son avenir. Sans doute, l'Allemagne peut-elle, au lendemain de sa victoire sur nos armes, choisir entre une paix traditionnelle d'oppression, et une paix toute nouvelle de collaboration." Pour le maréchal Pétain, il fallait rechercher pour la France la moins mauvaise paix possible, et faire la paix avec tous les pays, quel que soit le camp. Selon Paul Schmidt, traducteur d'Adolf Hitler et auteur de Ma figuration auprès de Hitler (Plon, 1950), Pétain souhaitait s'entretenir sur cinq points : les prisonniers, les frais d’occupation, les départements du nord, l’Alsace et la ligne de démarcation. Nous ignorons si tous ces points ont été évoqués, mais nous savons que le Maréchal n'a jamais parlé de l'Alsace lors de cet entretien puisqu'il l'avoua lors d'une conversation à du Moulin de Labarthète. D'ailleurs, le Chef d'Etat ajouta qu'aucun accord immédiat a été pris (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 192-193). Cependant, une instruction datée du 12 novembre, numéroté 18, indique clairement que Pétain avait demandé une aide militaire à Hitler pour reconquérir les terres perdues en Afrique contre l'Angleterre et les gaullistes, et décrit l'objectif du Führer : "Le but de ma politique à l'égard de la France est de coopérer avec ce pays de la manière la plus efficace pour la conduite future de la guerre contre l'Angleterre. [...] La France aura provisoirement à jouer le rôle d'une puissance d'une non belligérante qui devra accepter dans le domaine de sa souveraineté, et en particulier dans ses colonies africaines, les mesures prises par l'Allemagne pour la conduite des opérations et à les appuyer dans la mesure nécessaire par l'emploi de ses propres moyens de défense. La tâche primordiale des Français est d'assurer défensivement et offensivement la protection de leurs possessions africaines (A.E.F et A.O.F) contre l'Angleterre et le mouvement De Gaulle. A partir de cette tâche la participation de la France à la guerre pourra se développer pleinement." (document repris par Marc Ferro dans Pétain, Hachette, 2009, p. 193). Il ne faut pas oublier qu'un mois auparavant, les gaullistes déclenchèrent la guerre franco-française en attaquant avec les Anglais la base navale de Dakar. Ces attaques gaullistes à l'encontre de leur propre nation vont s'intensifier par la suite. Par ailleurs, les Anglais cherchaient à mettre la main sur le matériel appartenant à l'armée française, et étaient prêts continuer à attaquer la France comme à Mers el-Kebir et à Dakar. Le Maréchal se devait donc de protéger son territoire contre ceux qui se montraient hostiles à l'Etat Français. En parallèle, Hitler avait besoin d'alliés pour la bataille d'Angleterre, et la métropole française était un point géo-stratégique non négligeable dans ce cadre. Peu de temps avant l'entrevue de Montoire, le dirigeant du IIIème Reich expliqua qu'il était très géné par la situation et qu'il se sentait obliger de faire des concessions à la France s'il ne voulait pas que l'Afrique du Nord tombe aux mains de de Gaulle et des Anglais : "Si l'Angleterre n'avait plus aucune part dans la guerre, et s'il n'y avait pas de Gaulle, on n'aurait pas besoin de songer à l'abandon de certaines exigences envers la France. Elle serait bien obligée de céder, et si elle ne voulait pas on pourrait l'occuper sans difficulté en moins de quatorze jours." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 184-185). De plus, en cas d'engagement de la France aux côté des Allemands dans la bataille d'Angleterre, Hitler prévoyait la promesse auprès de Pétain et de Laval le maintien de l'Empire français, et qu'en cas de perte du Maroc, il offrirait le Nigéria anglais, même s'il avoua lui-même que ce marché était peu convainquant. Alors que s'est-il passé à Montoire ?

 
Un procès verbal de la conversation du 24 octobre 1940 entre Pétain et Hitler à Montoire a été rédigé. Il a été signé par Schmidt et est paru en 1961. Il a été mentionné par quelques rares auteurs, dont François Delpla (Montoire, Albin Michel, 1996, p. 438-444) mais qui est peu objectif, et Marc Ferro (Pétain, Hachette, 2009, p. 188-193) qui l'est davantage sur ce sujet. Je vais faire un résumé de ce compte rendu pour expliquer la situation. Tout d'abord, Pétain s'est dit heureux de rencontrer Hitler, même si l'atmosphère était tendue. Le Maréchal lui rappela qu'à la place du gouvernement français, il n'aurait jamais déclaré la guerre à l'Allemagne tant leur supériorité militaire était évidente en 1939. Alors qu'il était ambassadeur en Espagne, il avait demandé en vain à deux reprises de reprendre ses fonctions au sein du Conseil supérieur de la guerre. Il n'a eut l'accord de revenir qu'en mai 1940, c'est-à-dire en pleine débâcle, à un moment où tout était perdu. Puis il annonce le souhait de renforcer la défense de ses colonies d'Afrique face à l'Angleterre et les gaullistes. Selon Paul Schmidt, l'ancienne alliée de la France "s'était incroyablement mal comportée envers elle". En effet, alors que l'Etat Français avait évité l'occupation totale de la métropole, le royaume de Grande-Bretagne le poignarde dans le dos. Quant à de Gaulle, il avait trahi sa patrie en déclenchant une guerre franco-française à Dakar le 23 septembre 1940, chose stupide et qui avait un impact négatif pour la cohésion de l'armée française et la préservation de l'Empire. Le Führer explique qu'il n'avait pas désiré cette guerre contre la France, mais qu'il était normal qu'elle en paye les frais. Ensuite, il indique qu'il luttera jusqu'à l'anéantissement de l'Angleterre et parle des opérations aériennes en Grande Bretagne. Pour Hitler, c'est cet Etat qui devait payer la plus grande part dans la guerre. Cependant, le futur traité ne devra pas être un traité d'oppression car cela risque d'empêcher l'établissement de rapports harmonieux entre les peuples. Il fallait répartir les responsabilités et encourager ceux qui voulaient prendre un nouvel essor dans de meilleures conditions. D'après Pétain, le chef du Reich prévoyait un encerclement de la Grande Bretagne sur toutes les mers et par tous les pays voisins limitrophes. Si la France s'alliait à ce projet, c'est-à-dire le seul pays voisin à ne pas être entièrement sous domination allemande, alors l'Angleterre ne pourra pas survivre longtemps. Cependant, les limites de la coopération ne pouvaient être connues immédiatement. Pétain accepta les principes d'une collaboration, mais lui préférait s'attarder sur les possibilités militaires en Afrique où l'Angleterre était l'assaillant. Sa volonté est visible, il souhaitait avant tout sauvegarder l'Empire français contre tout intru. De plus, si le Maréchal déclare directement la guerre contre l'Angleterre, il devrait faire appel au gouvernement, ce qu'il n'avait guère envie de faire. On peut donc prévoir une coopération, mais il faut agir avec prudence. Ensuite, le chef de la France exprima son admiration sur l'armement du Reich, et reconnu qu'il n'avait jamais connu de personne qui soit parvenu à des résultats gigantesques. A la fin de cet entretien, Philippe Pétain se déclara prêt à prendre en considération le principe d'une coopération avec Adolf Hitler et exprime sa satisfaction.

Malgré tout, Marc Ferro indique clairement une distinction entre Laval et Pétain qui n'abordaient pas la discussion de la même manière. Pierre Laval évoquait déjà son souhait d'une défaite anglaise, et remercie Hitler de la demande d'une collaboration commune contre la Grande Bretagne. Au contraire, Pétain demeure froid comme à son habitude, mais "déclare accepter avec gratitude le principe de la collaboration qu'Hitler lui propose". Par ailleurs, un nouveau malentendu émerge. Le Führer avait demandé que la France aide le Reich à acquérir des positions en Afrique, qu'elle "manifeste sa volonté de collaborer par des actes et l'Allemagne lui fera des concessions". Mais d'après le Maréchal, la France a déjà ses positions à défendre et accepter cette collaboration doit engendrer une contrepartie. Toujours d'après Ferro, Pétain "considère qu'en assurant l'Allemagne qu'il défendra l'Empire français, il fait le maximum pour l'Allemagne." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 191). Après la guerre, le diplomate allemand von Renthe-Finck déclara dans une interview à la La Libre Belgique (1er et 2 novembre 1947) : "Pour moi, Montoire constitue la plus grande défaite de la politique allemande vis-à-vis de la France. Nous n'y avons rien obtenu et presque tout perdu de ce que nous avions. Nous n'avons pas réussi à gagner la France à notre cause, ni à occuper le territoire français à notre cause. S'il n'y avait pas eu Montoire, il n'y aurait pas eu vraissemblablement non plus de débarquement allié en Afrique du Nord." (article repris par Jacques Le Groignec, Pétain et les Allemands, Nouvelles Editions Latines, 1997, p. 233-234, et Pétain face à l'Histoire, Nouvelles Editions Latines, 2000, p. 182-183). Le docteur Paul Schmidt conclut la relation de l'entrevue dans ses Mémoires, par ces mots chargés de sens : "Pas une fois Pétain n'eut un mot aimable pour Hitler. [...] Je n'ai compris qu'après la guerre l'attitude que le maréchal Pétain avait eue à Montoire, en apprenant que, le jour même de cette entrevue fameuse, le professeur Rougier discutait en son nom avec Churchill, apportant à celui-ci que la France n'entreprendrait jamais rien d'incompatible avec l'honneur contre son ancienne alliée [Accords Pétain-Churchill dont nous reparlerons plus tard]. Aujourd'hui, quand je compare le compte rendu de cet entretien de Londres, autrement plus concret, avec celui de Montoire, et en tenant compte des évènements ultérieurs, je suis enclin à conclure que le maréchal Pétain fut le vainqueur diplomatique de Montoire." (Paul Schmidt, Ma figuration auprès de Hitler, Plon, 1950, et Louis-Dominique Girard, Montoire, Verdun diplomatique, Editions André Bonne, 1948). Lors de l'entrevue, Hitler en position de difficulté était prêt à céder en échange d'un engagement de la France contre l'Angleterre, mais avec des arguments peu convainquants. En face, Pétain se montrait prudent et souhaitait s'engager avec modération. Yves Bouthillier, le ministre des finances de l'époque, le confirme au Conseil des ministres le 26 octobre : "Entrevue sans grande portée. Hitler a parlé tout le temps. Il a fait étalage de moyens militaires avec lesquels aucune force du monde n'est capable de se mesurer. Le Maréchal a accepté le principe d'une collaboration, c'est à dire un pacte de cohabitation entre la puissance occupée et la puissance occupante. Il n'a pris aucun engagement. Son espoir était que sa rencontre avec le maître du Reich et l'assurance qu'il lui avait donnée d'un respect loyal de la convention d'armistice rendrait plus efficace désormais les efforts des ministres militaires de réarmer la France, des ministres civils pour la faire vivre, et les siens pour le retour des prisonniers." (Yves Bouthillier, Le drame de Vichy, Tome 1 : Face à l'ennemi, face à l'allié, 1950, p. 198).

L'historien Jean-Paul Cointet récapitule le peu d'accord obtenu : "réarmement de l'empire en vue de défendre contre toute menace ; amélioration du modus vivendi entre la France et l'Allemagne sans coopération militaire ; pas de fixation d'un statut des relations franco-allemandes avant la fin de la guerre ; participation de la France à la nouvelle Europe." (Jean-Paul Cointet, Histoire de Vichy, Perrin, 2003, p. 162). Puis il explique : "Quant à Pétain, dont la continuité dans une ligne précise ne semble pas avoir été la règle, il semble bien s'être rendu à Montoire sans conviction, ni plan précis, pour une rencontre purement exploratrice n'engageant aucune des deux parties de manière contraignante mais lui offrant pourtant l'avantage d'une "rencontre au sommet". Hitler, lui, tout à son duel de plus en plus mal engagé avec l'Angleterre, n'avait rien de concret à demander à la France qu'il ne tint de l'armistice ou de la libre interprétation qu'il en avait faite." Selon lui : "Montoire se révèle aujourd'hui comme un "coup" monté et exploité par Abetz [ambassadeur d'Allemagne en France] avant tout, qui crut que du cloc de la rencontre sortirait le déclic pscychologique décisif, capable de décider Hitler à un geste significatif et décisif en faveur de la France. C'est Hitler qui s'est dit prêt à une collaboration ; l'initiative n'est pas venue, ce jour-là, de Pétain [l'historien est ici dans le faux car les sources montrent très bien que le Maréchal souhaitait s'entrenir avec le chancelier, mais encore une fois il ne faut certainament pas l'interpréter de manière négative]. Attaché au char - somme toute modeste d'Abetz -, Laval crut en tirer un avantage déterminant au plan intérieur. Coup de poker pour Abetz et Laval, geste de propagande peu coûteux pour Hitler, il permettait au Maréchal de reprendre la main dans la conduite de sa politique extérieure en ayant établi, dans une apparente égalité, le premier contact direct depuis l'armistice avec le chef d'Etat grand-allemand." A la même page, il ajoute : "De Montoire ne devait soritr aucun effect favorable à la France qui fût de quelque ampleur, qu'il s'agit des prisonniers (mise à part, dans les semaines qui suivirent, la libération de quelques dizaines de milliers d'entre eux [ce qui n'est déjà pas mal], l'octroi de congés de captivité pour les prisonniers près de quatre enfants mineurs et la reconnaissance pour la France de sa qualité de puissance protectrice pour ses prisonniers), de la ligne de démarcation, de la charge des frais d'occupation et du ravitaillement (tous points évoqués par Pétain dans son message du 30 octobre), rien qui n'annonçât dans les semaines qui suivirent la double rencontre dans l'espoir d'un aménagement. Les délégués français à la Commission de Wiesbaden purent constater que l'attitude de leurs interlocuteurs n'était en rien affectée par Montoire, qu'ils considéraient comme un épisode en marge du déroulement des séances de la Commission et ne devant en rien altérer sa nature et sa mission. Pierre Laval dira lui-même au procès du maréchal Pétain : "Montoire n'a pas eu de suite... Aucune proposition ne nous a été faite par l'Allemagne pour une collaboration définie."" (Jean-Paul Cointet, Histoire de Vichy, Perrin, 2003, p. 163). Cointet dévoile donc, comme Ferro, un Maréchal prudent même s'il souhaitait une collaboration. Malgré tout, cela ne l'a pas empéché l'historien de critiquer Louis-Dominique Girard, ce dernier considérant Pétain comme le vainqueur diplomatique de Montoire, un point de vue partagé par les nazis après la guerre. C'est pourtant la réalité puisque le chef de la France obtint quelques concessions à l'occasion de l'entrevue alors qu'il n'en pas faite à l'Allemagne.

 

Quoi qu'il en soit, l'entrevue de Montoire n'était donc pas un évènement important, mais est davantage un symbole qui servira de propagande pour les biens pensants d'aujourd'hui souhaitant condamner aveuglément le Maréchal pour sa volonté de collaboration avec l'Allemagne, sans expliquer les raisons qui pourtant se justifient. Enfin, nous pouvons émettre une hypothèse pour évoquer une raison supplémentaire qui a poussé Pétain à  rencontrer Hitler. En effet, il ne faut pas oublier qu'en demandant l'armistice en juin 1940, le Maréchal souhaitait notamment empécher l'Allemagne d'avoir un accès direct à la Méditerranée, et par conséquent à l'Afrique du Nord française, grâce au maintien d'une zone libre au Sud de la métropole. Suite aux agressions anglo-gaullistes, Pétain voulait peut-être connaître les intentions d'Hitler et savoir s'il venait à manifester des ambitions sur le continent africain, si ce dernier demanderait son autorisation pour marcher sur le sol colonial français (donc s'il respecterait l'autorité du chef de la France), et voir si le chancelier du Reich irait jusqu'à l'occuper. Par conséquent, l'entrevue de Montoire lui permettait d'examiner sa marge de manoeuvre par rapport aux Allemands et savoir quelles étaient leurs ambitions, mais je répète que cela ne reste qu'une hypothèse sans que je puisse fournir de preuve. Quoi qu'il en soit, la France n'obtient pas d'accord immédiat avec le IIIème Reich pour la protection de l'Afrique française. Alors pour préserver les colonies sur ce continent, le Maréchal se doit de négocier avec la Grande-Bretagne, c'est à dire avec l'agresseur.

 
1310774.jpgLes Accords Pétain-Churchill

 

Déjà, le 9 octobre 1940, Weygand explique la mission que Pétain lui avait donné une fois arrivé à Alger, puis indique : "Les Anglais restent des alliés pour la France. Le maréchal Pétain est décidé à ne jamais prendre, quoi qu'il arrive, l'initiative d'un acte d'hostilité et à fortiori d'une entrée de guerre." Il précise qu'il est "capital d'éviter de donner aux Allemands l'impression d'une entente et, par là, d'un prétexte pour étendre leurs tentécules sur l'Afrique. C'est une obligation qui m'est imposée tant que les Alliés sont incapables d'une véritable entreprise de guerre en Afrique, sous peine d'attirer l'ennemi là ou nous ne voulons à aucun prix qu'il soit." (Maxime Weygand, Mémoires, Tome 3 : Rappelé au service, p. 382, cité par Jacques Le Groignec, Pétain et les Américains, Nouvelles Editions Latines, 1995, p. 232).

Puis le 22 octobre 1940, Pétain indique publiquement sa volonté de maintenir l'amitié de la France avec les Etats-Unis, mais aussi avec l'Argentine et le Brésil : "C'est pour moi un véritable plaisir de recevoir les représentants de la presse américaine et de leur souhaiter la bienvenue. Je suis heureux de saisir cette occasion pour leur dire l'amitié fidèle que la France garde à l'Amérique, aux deux Amériques, l'anglo-saxonne et la latine.

Nous conservons pieusement la mémoire de la fraternité d'armes de nos La Fayette et de nos Rochambeau avec les héros de votre guerre de l'Indépendance.

L'amitié que nous avons nouée à cette époque a eu ce rare privilège de demeurer immuable à travers toutes les vicissitudes de la fortune. Vous nous en avez donné récemment encore une nouvelle marque par votre magnifique générosité à l'égard de nos réfugiés et de nos évacués. Aide précieuse en elle-même, plus précieuse encore par le témoignage qu'elle nous apporte de la fidélité de vos sentiments à notre égard.

Avec l'Argentine, avec le Brésil, nous nous sentons unis par la communauté de notre culture latine. Il y a là un lien dont j'ai pu éprouver la force lors de mon ambassade en Espagne. Nous savons la part que l'Amérique latine prend à nos épreuves, et sa fidélité, à elle aussi, nous touche profondément." (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 544-545).

 

Le 25 octobre 1940, lendemain de la rencontre de Montoire, le professeur et philosophe Louis Rougier est reçu par Winston Churchill et lord Halifax à Londres. Rougier avait été envoyé à Londres par le ministre Paul Baudouin en septembre 1940 avec l'accord de Pétain, mais initialement afin de compléter des négociations menées en Espagne à propos du blocus. Sa mission avait changé en cours de route puisqu'il fut chargé par le général Weygand et Charles Roux de trouver un accord avec Churchill, puis de recontacter le Maréchal. L'intellectuel français doit donc définir les futures relations entre la France et la Grande-Bretagne (Louis Rougier, Les accords Pétain-Churchill, Editions Beauchemin, Montréal, 1945, ou Editions du Cheval ailé, 1948, ainsi que Les secrets d'accord franco-britannique de l'automne 1940 : histoire et imposture, Grasset, Paris, 1954). Mais le Premier ministre britannique voulait lui faire comprendre qu'une possibilité de dissidence de l'Afrique du Nord, sous la férule du général Weygand, méritait d'être exploitée, voire que le gouvernement français pourrait éventuellement rallier l'Afrique du Nord. Il veut donc se servir de l'émissaire français pour se rapprocher de Weygand. Rougier rédige un projet d'entretien avec ce général et repart pour l'Afrique du Nord le rencontrer. Ce même jour, le roi d'Angleterre Georges VI envoie une lettre au Maréchal afin de demander des précisions au sujet de la réunion de Montoire. Pétain répondra à ces personnes qu'il n'avait parlé avec Hitler que d'une collaboration de principe qui n'avait pas été vraiment définie (Le monde et la vie, numéro 129, février 1964). Churchill et Halifax tentent aussi d'entrer en contact avec le chef de l'Etat Français. Ce dernier se montre très prudent face aux appels de ceux qui ont attaqué les troupes françaises en Afrique du Nord. Malgré tout, il veut maintenir un équilibre entre la collaboration allemande et l'Angleterre. Une lettre envoyée au général Weygand le 9 novembre 1940 permet de le prouver :

« Mon cher Weygand,

Vous pensez avec quel intérêt je vous ai suivi dans votre magnifique randonnée de Tunis à Rabat, Dakar, Gao, Cotonou, etc.

Vos contacts avec les résidents généraux et gouverneurs généraux vous ont permis d’orienter les esprits vers une meilleure compréhension des évènements qui se sont déroulés depuis votre départ de Vichy.

Vous avez très bien fait de ne pas répondre aux lettres de Winston Churchill et de Lord Halifax et de vous borner à leur accuser réception.

Moi aussi, j’ai été l’objet de questions nombreuses de la part de Winston Churchill et de Lord Halifax, curieux de connaître l’objet de mes conversations avec Hitler. J’ai pu leur affirmer, car c’est la vérité, qu’il n’avait été question que d’une collaboration de principe. Aucune modalité n’avait été envisagée. Je me suis d’ailleurs borné, dans cette entrevue, à réclamer l’amélioration du sort des prisonniers, du ravitaillement, des communications entre les deux zones et la suppression de la ligne de démarcation, etc. Il est probable que la « collaboration » se reposera un jour. Je ferai en sorte qu’elle ne pose pas sur les considérations d’ordre économique, ou sur la défense de notre empire africain, en écartant toute idée d’agression contre l’Angleterre. Je suis bien résolu à ne m’associer, pour cette tâche, ni aux Italiens et ni aux Allemands.

L’amiral Platon est porteur de tous les renseignements susceptibles de vous intéresser. Pour que les Anglais osent vous demander de vous associer à l’œuvre de de Gaulle, il faut qu’ils soient bien bas dans leurs affaires, ou bien peu intelligents.

La radio du 30 octobre a pu vous donner quelques éclaircissements, bien que très peu explicites, sur ma visite à Hitler.

Le professeur Rougier m’a été annoncé, mais je ne l’ai pas encore reçu. On le considère, ici, comme un agent anglais. Vous faites bien d’affirmer que personne ne doit être autorisé à utiliser nos bases aériennes et navales.

[…]

La situation de notre Pays nécessite de maintenir un équilibre prudent entre la collaboration avec l’Allemagne (inévitable sur le plan économique) et les invites anglaises et américaines.

C’est une obligation que je ne perdrai pas de vue. » (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 576-577, et Maxime Weygand, Mémoires, Tome III : Rappelé de service, appendice X).
Le Maréchal finit par entrer en contact avec Louis Rougier et, par extension, avec les dirigeants anglais. Le 19 décembre 1940, faisant suite aux conversations entre Jacques Chevalier, ministre de l'éducation nationale, et lord Halifax, secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, un mémorandum classé MOST SECRET est établi. Son contenu, constitue la preuve irréfutable de la réalité du pacte franco-britannique que l'histoire retient sous l'appellation d'"Accords Pétain-Churchill" (Louis Rougier, Les accords Pétain-Churchill, Editions Beauchemin, Montréal, 1945, ou Editions du Cheval ailé, 1948, ainsi que Les secrets d'accord franco-britannique de l'automne 1940 : histoire et imposture, Grasset, Paris, 1954). Voici un bref résumé de ces accords rappelés par le général Héring, au moment du procès pour "trahison" du général Dentz (pétainiste), en avril 1945  :

"ACCORD PETAIN-CHURCHILL de 1940

 

En Octobre 1940 commença entre le Maréchal PETAIN et M. CHURCHILL une confrontation secrète des points de vue français et anglais en ce qui concernait la suite de la guerre.

Ce rapprochement conduisait en Novembre 1940 à un "gentlemen's agreement" dont extraits ci-dessous :

ENGAGEMENTS DE LA GRANDE BRETAGNE A L'EGARD DE LA FRANCE.

 

ACCORD SUR LE STATUT DES COLONIES FRANCAISES DEMEUREES FIDELES A VICHY.

1) Le gouvernement anglais s'engage à ne plus chercher à prendre par la force ou à débaucher par la propagande les colonies demeurées fidèles au Gouvernement de Vichy.

2) Toute agression anglaise contre les colonies françaises sera repoussée par les armes pour éviter la défense conjointe par l'Axe desdites colonies, ce qui équivaudrait à céder à l'Axe les colonies françaises et les bases.

 

ENGAGEMENTS DE LA FRANCE CONCERNANT LES COLONIES ET LES BASES.

1) Le Gouvernement français s'engage à ne pas chercher à reprendre par la force les colonies passées à De Gaulle.

2) Le Gouvernement français s'engage à ne pas céder à l'Axe ni les ports de Provence, ni les bases de l'Afrique du Nord, du Maroc et de l'Afrique Occidentale.

3) Le Gouvernement français remettra l'Empire dans la guerre le jour où les Anglais et leurs alliés éventuels auront fait la preuve de leur force, seront à même de débarquer en nombre et d'équiper les troupes coloniales françaises, privées actuellement de munitions, de matériel lourd, de D.C.A., de canons antichars et de moyens de locomotion.

 

ENGAGEMENT SPECIAL CONCERNANT LA FLOTTE.

Le Gouvernement français, conformément aux assurances solennelles qu'il a déjà données à plusieurs reprises au Gouvernement britannique, s'engage à saborder les unités de sa flotte plutôt que de les laisser tomber aux mains des Allemands et des Italiens. Des ordres annulant tous les ordres antérieurs ont été donnés à tous les commandants dans ce sens.

 

Il est à remarquer que la date de ces négociations est postérieure à Montoire. Après s'être libéré de M. LAVAL, le Gouvernement du Maréchal s'engageait donc, fin 1940 - le document le prouve (voir article 3 des engagements de la France) - dans une politique de collaboration ... avec les Alliés (arrivée de l'Amiral LEAHY en France, de M. MURPHY à Alger - mission du Général WEYGAND en Afrique du Nord - négociations économiques avec les Alliés à Madrid et à Washington)."

 

L'extrait des Accords Pétain-Churchill démontre la politique militaire souhaitée par Pétain durant la guerre. Cela explique aussi pourquoi les pétainistes se sont quelquefois opposés militairement aux Anglais, notamment en Syrie. Pétain avait donc comme priorité la défense du territoire français et de son Empire, et non le choix d'un camp. Il se plaçait pour ou contre une autre nation suivant l'avantage que pourrait en tirer la France, ou parfois pour limiter les inconvénients. Bien sûr, de Gaulle et le tribunal de l'Epuration tenteront de cacher le contenu des Accords Pétain-Churchill, afin de faire croire à une population française ignorante que le Maréchal n'avait fait que collaborer avec le Reich. Ces accords n'excluent pas la possibilité de défendre le territoire français face aux Britanniques, si ces derniers venaient à violer la souveraineté nationale. Malgré tout, le résumé de Pierre Héring prouve qu'il y avait bien eu une tentative de collaboration avec les Alliés en parallèle à celle des Allemands (le document original existe sur ce lien http://www.generalhering.org/index.php/La-defense-du-General-DENTZ/Accords-PETAIN-CHURCHILL.html). Un certain nombre de sources traitant de ces accords ont été publiés, même si plusieurs "historiens" tentent de faire croire qu'ils n'ont pas existé, tout comme les négationnistes veulent faire croire que l'extermination des juifs n'a jamais eu lieu. Le sujet est différent, mais la démarche est la même.

 

La France, alliée de l'Allemagne ?

 

Le 8 et le 9 février 1941, le Journal Officiel publie, pour les trois ans à venir, l'appel de neuf contingents d'appelés de la zone occupée vers les Chantiers de la Jeunesse, soutenus par le maréchal Pétain, soit environ 300 000 hommes (l'appel était déjà obligatoire en zone libre et en Algérie). D'après une étude menée par le journal Le Temps et publiée le 9 août de la même année, 1 adolescent sur 7 appartiendrait à un chantier de jeunesse.

Le 26 février 1941 est signé ce qu'on a appelé "l'Accord Murphy-Weygand", entre le général Weygand et l'Amiral américain Murphy, et approuvé par Pétain et Roosevelt. L'Afrique du Nord recevra une aide américaine limitée soi-disant à l'essentiel, c’est-à-dire officiellement des livraisons de marchandises de nécessité. On sait aujourd'hui que de l'armement avait été livré.
Le 2 mai 1941, Pétain apprend le prochain déclenchement de l'opération Barbarossa contre l'Armée rouge. Il s'exclame : "Les Allemands sont foutus !" (Herbert Lottman, Pétain, Seuil, 1984, p. 383).
Le 22 mai 1941, Pierre Dupuy, souligne dans un rapport adressé à Churchill : "Sous la pression allemande, le maréchal Pétain, les autorités militaires et les éléments les plus jeunes de la population française augmentent leur résistance et se préparent à reprendre les hostilités. Bien qu'impatients de combattre, ils ne veulent pas prendre le risque d'être écrasés une seconde fois et considèrent qu'ils doivent attendre jusqu'à ce que la Grande-Bretagne et l'Amérique soient prêtes à prendre l'initiative. [...] La clef de voûte de toute la politique française est la haine de l'Allemagne, même si les apparences insidieuses peuvent suggérer le contraire." (Jacques Le Groignec, Pétain et les Américains, Nouvelles Éditions Latines, 1995, p. 405-407).

Malgré tout, le 28 mai 1941 sont signés les "Protocoles de Paris" entre François Darlan et Otto Abetz. Ces accords accroissent la collaboration militaire entre l'Allemagne et le Régime de Vichy, dans le cadre de la protection du continent africain. Les Français s'engagent à laisser la possibilité aux Allemands d'entrer dans plusieurs pays du Moyen-Orient appartenant à la France, dont la Lybie et la Syrie. L'Axe peut aussi utiliser des bases et des ports "coloniaux", et Vichy offre des renforts matériels de guerre et moyens de transport aux troupes allemandes, comme des camions, des autobus, des motos et même des trains. De l'essence, quelques sous-marins ou encore chars sont également livrés. En échange, l'Allemagne doit s'engager à protéger l'Empire Français en Afrique. Egalement, la France pouvait réorganiser ses forces terrestres, navales et aériennes. Auparavant, le général Dentz avait été choisi comme commandant des forces de Syrie et du Liban. Voici le télégramme qu'avait envoyé le maréchal Pétain le 15 mai 1941 :
"Le maréchal Pétain chef de l'Etat à monsieur le général Dentz haut-commissaire de France en Syrie 635
L'amiral de la flotte Darlan vous a télégraphié hier au sujet des négociations franco-allemandes.
Je tiens à insister personnellement sur la haute portée de ces négociations et sur la volonté que j’ai de poursuivre sans arrière-pensées la politique qui s'en dégage.
L'allusion faite à la Syrie doit vous confirmer dans votre désir de défendre par tous les moyens, le territoire placé sous votre autorité, d'assurer comme à Dakar la liberté de son ciel, d'y donner dans des conditions que je sais politiquement et matériellement délicates, la mesure de notre désir de collaboration à l'ordre nouveau.
Je vous fais confiance. Ph. Pétain."
Mais une note complémentaire indiquait les risques importants de cette opération, notamment la crainte d'entrer en guerre contre les Etats-Unis :
"Le gouvernement français doit escompter que le droit d'utiliser le port de Bizerte fixé dans l'accord sur l'Afrique du Nord et la protection des transports de matériel débarqué dans ce port à destination de l'armée allemande d'Afrique, ainsi que l'aide à accorder aux forces de la marine allemande prévue dans l'accord sur l'Afrique occidentale et équatoriale française, peuvent conduire à un conflit armé immédiat avec l'Angleterre ou avec les Etats-Unis.
Le gouvernement français doit donc obtenir la réalisation des conditions militaires et politiques qu'implique cette situation.
Les concessions allemandes fixées et prévues dans l'accord sur l'Afrique du Nord en vue de l'état défensif sur terre, sur mer et dans les airs permettent d'assurer immédiatement les risques que comportent les facilités accordées du côté français en ce qui concerne Bizerte.
Les grands dangers que comporte l'octroi par les Français des facilités prévues dans le projet d'accord sur l'A.O.F et l'A.E.F exigent toutefois de subordonner l'exécution pratique de ces mesures, convenues en principe, aux conditions suivantes : le gouvernement allemand accordera préalablement les renforts nécessaires en vue d'augmenter l'état défensif de l'A.O.F ; le gouvernement allemand fournira au gouvernement français par la voie de concessions politiques et économiques les moyens de justifier devant l'opinion publique de son pays l’éventualité d'un conflit armée avec l'Angleterre et les Etats-Unis." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 318).
Cependant, pourquoi ces accords ont-ils été effectués ?
 

 

Il ne faut pas oublier que les relations entre la France et l'Angleterre étaient tendues, malgré diverses tentatives de rapprochements. De plus, il fallait endiguer la guerre franco-française déclenchée lamentablement par les gaullistes à Dakar, le 23 septembre 1940. Pour l'Etat Français, il était donc nécessaire de protéger ses possessions territoriales. Les évènements qui suivront vont leur donner raison, mais l'armée de Vichy ne parviendra pas à résister. Le 8 juin 1941, les Anglais et les gaullistes envahissent les protectorats français de Liban et la Syrie. Le 18 juin 1941, Damas tombe entre les mains des gaullistes. Le général Dentz capitulera le 11 juillet 1941. Il aura tenté de résister jusqu'au bout. Le 14 juillet 1941, les Britanniques entrent à Beyrouth. Néanmoins, il est intéressant de remarquer que les Allemands vont défendre le territoire de l'Empire Français contre les gaullistes et les Anglais, mais les Français ne s'introduisent pas dans les possessions allemandes. Cette évidence prouve que la défense de l'Empire français était prioritaire pour les pétainistes, au-delà de la guerre. Néanmoins, il faut signaler que les pétainistes arrêtés par les Anglais furent traités quasiment de manière amicale, et laissèrent même la possibilité à certains d'entre eux de rejoindre l'Afrique. Est-ce qu'il y a eut un accord secret entre les français et les britanniques? Le manque de sources ne permet pas de répondre à la question. Mais il est rare que des "ennemis" soient aussi bien considérés. Parallèlement, il faut rester prudent sur l'engagement de l'armée française auprès des Allemands. En effet, d'après le maréchal Goering, l'un des dignitaires du IIIème Reich, cet engagement auprès de l'Axe ne semblait pas toujours total : "Récemment, j'ai appris avec un réel plaisir que l'amiral Darlan avait donné l'ordre aux sous-marins français d'ouvrir le feu sur tous les navires anglais qui attaqueraient nos convois. Or ces convois sont constamment attaqués, et pas un navire anglais n'a été coulé par la flotte française. Comment expliquez-vous cela ? et comment comptez vous défendre Dakar, le Maroc, la Tunisie ? Nous avons tout intérêt à ce que vous conserviez votre empire colonial, encore faut-il que nous sachions comment vous allez le défendre [...] car l'attitude générale du peuple français nous laisse perplexe." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 364). Apparemment, l'armée française s'attardait davantage à protéger leur Empire lorsqu'il était menacé, plutôt que d'aider les Allemands.
Quelle est la position du Maréchal vis-à-vis des Protocoles de Paris ? Approuvait-il l’amiral Darlan ? Quelques semaines avant l’alliance franco-allemande, l’amiral Darlan rencontra le chancelier Hitler pour évoquer de possibles accords militaires. Marc Ferro a relevé l’entretien entre Pétain et Darlan qui a suivit cette réunion, et qui fut relaté par le méprisant Benoist-Méchin : « Je me demandais malgré moi ce que le Maréchal pourrait y comprendre et sous quelle forme ce résidu pâteux et sans vie pouvait s’inscrire dans le cerveau d’un vieillard de quatre-vingt-cinq ans.
Alors il a dit : Donnant-donnant ? demande le Maréchal …
Darlan. – Oui, monsieur le Maréchal, il l’a même répété deux fois.
Pétain. – Qu’entend-il par là ?
Darlan. – Je pense que cela signifie qu’il donnera quand nous, nous donnerons, puisqu’il a ajouté : Une grande chose pour une grande chose, une petite chose pour une petite chose … »
Pétain. – Voilà qui est bien, c’est la sagesse même.
Un moment de silence succéda à ces paroles.
– Alors, reprit le Maréchal, si je comprends bien, nous serons chaque fois payé de nos efforts.
Darlan. – C’est cela, monsieur le Maréchal.
Pétain. – C’est parfait, il était temps de mettre fin à cette collaboration à sens unique. Je veux bien les aider à condition qu’ils me payent …
Nous nous levâmes car une délégation de dentellières était là et devait être reçue par le Maréchal.
Pétain. – Alors Hitler a dit : « une grande chose pour une grande chose ? »
L’amiral fit oui de la tête.
Pétain. – Surtout n’allez pas trop vite en besogne, il faut avancer pas à pas sinon nous serons entraînés Dieu sait où ! Je ne désire pour ma part que de petites compensations. Vous entendez, de très petites compensations, soyez prudents, la guerre n’est pas finie. » (entretien repris par Marc Ferro dans Pétain, Hachette, 2009, p. 313-314).
La différence de vision entre les deux hommes est nette. En 1941, alors que Darlan était prêt à une alliance militaire étroite avec l’Allemagne, Pétain était beaucoup moins enthousiaste. Ce dernier préférait la prudence et des petits actes modérés. Soit il n’était pas certain que le Reich gagne la guerre, soit il n’avait aucune confiance envers Hitler. Par ailleurs, d’après Ferro, Darlan ne précisa pas ce qu’était ce « donnant-donnant », car il était plus négatif que ne le prévoyait le Chef d’Etat (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 315). Le chancelier allemand a indiqué à Darlan en quoi il consistait :
« Si je n’ai pas confiance dans la France, je garderai à titre définitif les régions qualifiées aujourd’hui de zone interdite, les ports de la Manche, le Nord, le Pas-de-Calais et en plus toute une bande de terre de la frontière belge, une partie de la Meuse, du département de Meurthe-et-Moselle, sans parler naturellement des trois départements d’Alsace-Lorraine [il y a donc une pression d’Hitler]. En outre, bien que l’Italie manifeste des prétentions exagérées, je les satisferai. Mais si j’ai confiance dans la France, je réduirai au minimum ces sacrifices territoriaux sur le continent. Je ne suis pas fanatiquement avide de territoires et suis convaincu que dans une guerre les gains n’égalent jamais les pertes, et à titre de compensation pour la perte de l’Alsace et de la Lorraine, la France pourra recevoir la Wallonie et la Suisse française. Quant à l’Empire français, l’Allemagne n’a sur lui aucune visée. [cela prouve que le Reich n’avait pas envisagé la conquête de la France avant le déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale] Il faudra sans doute faire quelques concessions à l’Italie mais la France recevrait en contrepartie certaines dépouilles de l’Empire britannique. » (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 314-315).

 

Le 14 mai a lieu un conseil des ministres réunissant le Maréchal, Darlan et quatre secrétaires d’Etats : Huntziger, Bouthilier, Barthélémy et Caziot. Darlan expose la nécessité de reprendre la collaboration avec le Reich, mais sans expliquer ce fameux « donnant-donnant ». Il envoie un compte rendu de sa communication et informa les différents gouverneurs des colonies :
« 1. C’est la dernière chance qui se présente à nous d’un rapprochement avec l’Allemagne. [Alors que nous avions vu précédemment que Pétain privilégiait la modération]
2. Si nous favorisons la politique anglaise, la France sera écrasée, disloquée, et cessera d’être une nation … [donc il s’agit pour l’amiral prioritairement de sauver le territoire français]
3. Si nous essayons de faire une politique de bascule entre les deux adversaires, l’Allemagne nous créera mille difficultés dans l’exercice de notre souveraineté, fomentera des troubles. En tout les cas la paix sera désastreuse. [Sur ce sujet, le Maréchal est beaucoup moins affirmatif que l’amiral, mais n’oublions pas que les événements de 1942 feront changer d’avis ce dernier, et que sa vision de 1941 n’était pas immobile]
4. Si nous collaborons avec l’Allemagne sans pour cela nous ranger à ses côtés pour faire délibérément la guerre à l’Angleterre, c’est-à-dire travailler pour elle dans nos usines, si nous lui donnons certaines facilités, nous pourrons sauver la nation française, réduire au minimum nos pertes territoriales, métropolitaines et coloniales, jouer un rôle honorable, sinon important dans l’Europe future.
Mon choix est fait, je ne m’en laisserai pas détourner par l’offre sou condition d’un bateau de blé ou d’un bateau de pétrole. »
[il s’agit sans doute d’une allusion l’Accord Murphy-Weygand de mars 1941] (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 315).
Jamais le gouvernement de Vichy n’avait été aussi loin dans la collaboration militaire. Darlan ira même jusqu’à faire arrêter le colonel Groussard qui était chargé d’une mission en Angleterre. Alors, on peut se demander si l’amiral n’a pas été trop loin en signant les Protocoles de Paris ?

Le maréchal Pétain convoqua le général Boisson, l’amiral Esteva et le général Weygand afin d’obtenir quelques conseils et prendre connaissances des protocoles qui concernaient l’Afrique du Nord et l’A.O.F. Ce dernier réagira vivement lors du conseil du 3 juin. En effet, un Weygand révolté rencontra Pétain avec empressement, et denier lui déclara qu’il « était de son avis, il fallait donner un coup d’arrêt ». En retour, ce premier exprime le fond de sa pensée : « Si quelqu’un veut venir à Bizerte, je le jette à l’eau à coup de canons ! » Plusieurs membres du gouvernement rejoignaient l’avis de Maxime Weygand, dont Joseph Barthélémy et Pierre Pucheu. De plus, il préconise la modération et une politique stricte de sauvegarde du territoire français, quel que soit l’intrus : « L’Afrique du Nord se défendra contre quiconque avec des forces uniquement françaises. […] Et la France ne rentrera pas délibérément en guerre contre une ancienne alliée. » Puis il temporisa, mais menace de démissionner : « N’ayant aucune qualité pour combattre la politique de mon gouvernement, je peux refuser de la faire : à politique nouvelle, homme nouveau, … » (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 320). Le Maréchal écoute les arguments de chacun sans se prononcer, puis souhaite étudier une solution avec Huntziger et Weygand après avoir quitté le Conseil. L'après-midi qui suit le conseil, Pétain et Weygand se rencontrent de nouveau. Le chef de l'Etat ne veut pas que le généralissime démissionne et tente de le responsabiliser vis-à-vis de sa mission : "Lorsque vous aurez abandonné l'Afrique, vous serez quand même et plus que jamais responsable de ce qui arrivera." Ce dernier lui répondit : "C'est un sophisme que je ne puis accepter davantage." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 320). Selon Marc Ferro, il s'agit de la preuve que les deux hommes ne s'aimaient pas. Leurs oppositions durant la Grande Guerre et après peut lui donner raison. Mais le Maréchal lui a quand même donné sa confiance en l'envoyant en Afrique du Nord, et il pouvait très bien le virer sans lui demander son avis, surtout que les Allemands ne pouvaient pas l'encadrer. Rappelons qu'après la 2nde Guerre Mondiale, Weygand avait consacré la fin de sa vie à la tentative de réhabilitation de la mémoire du maréchal Pétain, et était l'un des principaux membres de l'ADMP (Association pour Défendre la Mémoire de Pétain). Sans vraiment s'apprécier, les deux devaient se respecter à cette époque. Par ailleurs, le Maréchal partage l'avis de Weygand au sujet des Protocoles de Paris. On peut lire : "La politique de l'amiral et la sienne ont été l'objet de vives critiques, il accepte que "soit utilisée une procédure de retardement qui permettrait de ne pas ratifier les accords de Paris." L'idée était de Weygand : elle consistait à soumettre aux Allemands la liste des demandes qui pourraient être considérées par la France comme une compensation à la coopération militaire qu'elle engagerait au bénéfice de l'Allemagne." (Archives nationales, A.G, 30, document repris par Marc Ferro dans son Pétain, Hachette, 2009, p. 320). Le "donnant-donnant" de Darlan n'était donc pas celui espéré par Pétain, mais le premier sera obligé de rejoindre l'avis du second. Une note jointe à ce document mentionne les différents points que l'Allemagne devait promettre si la France s'engage militairement auprès d'elle :
"- Rétablissement total de la souveraineté française sur l'ensemble du territoire métropolitain y compris le Nord, le Pas-de-Calais, la zone italienne, etc.

- Statut spécial pour l'Alsace-Lorraine jusqu'à la paix.

- Suppression des frais d'occupation et des prélèvements de la Wehrmacht dans toutes les branches de la production industrielle.

- Suppression de l'activité de l'organisation Ostland et retour sur leurs terres des propriétaires ou des fermiers dépossédés.

- Retour dans leurs foyers des Français non juifs.

- Libération par échelon de tous les prisonniers, les prisonniers nécessaires à l'économie du Reich pouvant devenir des travailleurs libres engagés sur contrat.

- Assurance publique donnée par les gouvernements de l'Axe qu'ils n'ont aucune visée sur l'Afrique du Nord, l'Afrique occidentale ou la Syrie.

- Suppression ou très forte réduction des commissions de contrôle spécifiquement en Afrique.

- Suppression en Afrique de toute propagande antifrançaise.

- Reprise des fabrications de guerre de toute nature et aide donnée par l'Allemagne à la France pour la fourniture de matières premières, de matériels, etc.

- Réarmement antiaérien pour assurer une sécurité indispensable." (Archives nationales, A.G, 30, note reprise par Marc Ferro dans son Pétain, Hachette, 2009, p. 321).
Les Allemands sont furieux des exigences de la France. Ainsi le général Fogl s'exclame à Wiesbaden : "La France à subordonné la réalisation pratique des accords de Paris à certaines considérations d'ordre politique ; ces Notes françaises ont produit auprès du gouvernement et du haut commandement allemand un effet de stupeur... Ceux-ci exigent que le gouvernement français réalise les dispositions souscrites à Paris." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 324). Le Maréchal refuse de céder. Résultat, il ne ratifiera pas les Protocoles de Paris.
Cet épisode montre un Pétain prudent, ne souhaitant pas s'engager pleinement dans la guerre. De plus, nous allons constater les hésitations constantes du Maréchal vis-à-vis de l'avenir. Un jour il envisageait que l'Allemagne allait gagner la guerre, un autre jour il pensait le contraire.


Préparation d'une nouvelle armée française

 

Le 6 juin 1941, au cours d'une visite d'inspection aux Chantiers de la Jeunesse d'Afrique du Nord, le général de la Porte du Theil déclara "n'en faîte pas encore des unités combattantes, [...] c'est prématuré et dangereux." Le général Weygand aurait ensuite confié au colonel Van Hecke "Travaillez pour que ce soit une armée, mais ne le dites pas ..."

Au bas d'une déclaration du secrétaire d'Etat Américain Summer Welles, datée du 23 juin 1941, le Maréchal nota au crayon : "Nous sommes, Américains et Français, en présence de deux doctrines dont l'application nous apparaît indésirable, le Nazisme et le Bolchevisme. Le Bolchevisme est pour l'Europe le danger le plus grave. Nous ne sommes donc pas fondés, nous Européens, à regretter les coups qui lui sont portés aujourd'hui. Le règne du Nazisme n'est pas non plus à désirer, car il imposerait aux peuples soumis à son emprise des contraintes très lourdes à supporter. On peut prévoir qu'en raison de ces contraintes et l'immensité de l'entreprise, des craquements de tarderaient pas à se produire qui jetteraient par terre l'édifice nazi." Cette note est signalée dans Actes et Ecrits (Flammarion, 1974, p. 590) et dans Pétain de Marc Ferro (Hachette, 2009, p. 366). Ce document indique clairement sa façon de pensée. Il faut empêcher l'URSS, et par extension le communisme, de parvenir jusqu'en France, tout en attendant l'effondrement du IIIème Reich. Cela explique pourquoi Pétain a mis en place la Légion des Volontaires Français. Cependant, il faut admettre que cette pensée n'était pas permanente chez le Maréchal, et devait aussi prévoir l'éventualité d'une victoire allemande pour l'avenir de la France. Charles Rist, récemment nommé ambassadeur de France aux Etats-Unis, indique le 11 novembre 1941 : "Je revois une dernière fois le Maréchal, il a plus envie de me parler que de m'écouter. Et il monologue devant moi : il veut fortifier l'Afrique du Nord. Mais contre qui ? Contre les Anglais. Ce qu'il redoute, c'est que les Allemands, nous jugeant trop faibles pour défendre l'Algérie contre les Anglais, ne s'imposent à nous et prennent le commandement. Déjà, me dit-il, ils ont voulu faire cela en Syrie. Je m'y suis opposé et ils ne voulaient pas que nous envoyions des renforts. Si nous avions été mieux armés nous aurions eu raison des Anglais. Il envisage le cas où nous appellerions nous-mêmes les Allemands à notre secours contre les Anglais. J'écoute tout cela avec stupéfaction, et lui demande s'il envisage vraiment une aussi prompte victoire de l'Allemagne sur les Russes que l'Allemagne puisse déjà penser à l'Afrique du Nord. Il répond que les Allemands finiront la campagne de Russie quand ils voudront en s'installant sur une ligne Arkhangelsk-Pétersbourg et qu'alors ils penseront à la Méditerranée." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p.354-355). Selon l'amiral Leahy, ambassadeur des Etats-Unis à Vichy, Pétain avait envisagé une autre possibilité en juillet 1941 : "Le Maréchal s'attend à ce que l'Allemagne réussisse à occuper les provinces occidentales de la Russie pour y créer des Etats tampons indépendants, ce qui provoquera la chute de Staline et fera disparaître la menace du communisme." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 329). Cependant, les Allemands n'appliqueront pas ces stratégies sur le front russe, ce qui fut probablement une erreur puisque nous savons que la situation favorable se retourna contre eux. D'ailleurs, on peut se demander si le chef de la France doutait de la victoire allemande à cause des mauvais choix stratégiques des généraux du Reich. Il doutait déjà moins de la défaite allemande en 1942 qu'en 1941. Par ailleurs, il est normal que Pétain puisse envisager une victoire allemande. Il  avait la responsabilité d'un Etat occupé, avec 40 millions d'habitants qu'il devait gérer et contrôler, sans compter la défense de l'Empire, les prisonniers français qu'il voulait récupérer, et l'économie qu'il devait redresser le plus vite possible afin d'atténuer la crise sociale. Il était sans aucun doute plus facile à un de Gaulle de prendre position contre l'Occupant, alors qu'il était à l'abris de l'ennemi et n'avait comme responsabilité que celle qu'il se donnait. Enfin, il faut se mettre dans la tête que les pétainistes ne percevaient pas deux camps (Alliés et Axe) durant la seconde Guerre Mondiale, mais en constataient trois (Anglo-Américains, Axe et l'URSS), l'ennemi à abattre en premier étant l'Etat bolchevique. Ceci dit, ils n'avaient pas tort puisque après le conflit de 1939 à 1945, deux blocs vont s'affirmer et se confronter : la société capitaliste représentée par les Etats-Unis, et la société communiste avec l'Union Soviétique en patron.

 

 Le 23 juillet 1941, Pétain s'adresse aux Saint-Cyriens des promotions Amitié franco-britannique et Maréchal Pétain, ainsi qu'aux Saint-Maixentais de la promotion Maginot qui sont réunis à Aix-en-Provence. A cette époque, le général Préaud commandait les deux écoles militaires. Le Livre d'or de la promotion Maréchal Pétain rapporte : "... Courte causerie sur la situation de la France, les événements de Syrie, l'œuvre de rénovation entreprise, et le devoir de protection de notre Empire colonial menacé par nos voisins. Puis il prie les journalistes de le laisser seul avec les élèves, comme un grand ancien avec ses jeunes. Tout change alors : il affirme que les Allemands demeurent l'ennemi et que sa politique s'inspire de celle de la Prusse après Iéna, évoque le traité de Tilsit qui la laisse humiliée et amoindrie, mais non pas brisée, et se tournant vers le général Préaud lui demande de nous former en vue de cette revanche, en particulier de nous rendre aptes aux combats de guérillas qui ont conduit à la défaite des troupes impériales en Espagne. Il se lève enfin et nous salut ; dernier couplet de la Marseillaise et "Vive la France" général sur sa demande." (Cet extrait du Livre d'or de la promotion maréchal Pétain a été communiqué par le colonel Henry d'Humières et publié dans la revue Le Maréchal, n° 181). Par ailleurs, Henry d'Humières répétera cette affirmation dans de nombreux ouvrages tels que Devoir de Mémoire, Justice pour le maréchal Pétain (1997), J'avais vingt ans en 1940 (2000), ou encore Philippe Pétain, Charles de Gaulle et la France (Lettres du Monde, 2007). Personne ne peut donc nier ce témoignage expliquant le discours de Pétain, réalisé devant plusieurs centaines de soldats français, donc un certain nombre de témoins.
Le 2 août 1941, alors qu'André Poniatowski rend compte d'une mission qu'il vient d'effectuer Outre-atlantique, dans le cadre des Services Spéciaux, il lui déclare que, dans l'hypothèse d'une entrée en guerre des États-Unis, leurs forces doivent en priorité débarquer en Afrique du Nord : "Si cela devait être, il n'est pas possible qu'ils concentrent leurs forces en Grande-Bretagne, c'est trop petit, trop vulnérable. C'est en Afrique du Nord qu'il faut qu'ils aillent." (Michel Poniatowski, Mémoires, Editions Plon, tome 1, p. 113). Mais à cette époque, l'entrée en guerre des Etats-Unis posait un problème au sein du Régime de Vichy. En effet, il ne faut pas oublier que Pétain, Darlan et Lucien Romier imaginaient une paix de compromis avec l'Angleterre, en parallèle à celle de l'Allemagne. Si les Américains interviennent auprès des Anglais, alors les trois hommes devront envisager de choisir un camp. Henry Haye, ambassadeur de France aux Etats-Unis, est remplacé par Charles Rist. Ce dernier est d'abord reçu par Romier, conseiller personnel de Pétain. Il explique : "Je suis reçu par Lucien Romier. Il m'indique le rôle que, dans son esprit, je dois jouer à Washington. Il s'agit avant tout d'empêcher les Américains d'entrer dans la guerre, de leur faire sentir la grandeur du rôle d'arbitre qu'ils pourraient jouer et l'horreur pour une nation humanitaire comme est la leur d'accroître encore le désastre contre la civilisation qu'est cette guerre." (Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 353).
Parfaitement au courant de la situation grâce à l'amiral Leahy, le président Roosevelt envoie une lettre amicale au chef de l'Etat Français le 1er janvier 1942 et se montre très compréhensif sur la situation de la France. Voici le contenu :
"Mon cher Maréchal Pétain,
A l'approche de la nouvelle année, je saisis l'occasion du départ d'un courrier pour vous envoyer mes souhaits ainsi que pour vous exprimer par écrit la satisfaction que me procurent les assurances que vous m'avez données récemment et que l'amiral Leahy m'a transmises.
Maintenant que ce pays est engagé activement dans la lutte qui lui a été imposée par les puissances de l'agression, les assurances que vous m'avez renouvelées que la flotte française ne sera pas utilisée pour appuyer l'Allemagne dans des opérations hostiles et qu'il ne sera pas permis aux puissances de l'axe d'utiliser le territoire français ou les bases françaises, ne peuvent servir qu'à renforcer les relations traditionnelles qui ont uni nos peuples.
Devant les jours critiques qui se préparent, le ferme espoir de notre pays est que le territoire français reste intact et qu'à la fin de la guerre actuelle, à l'issue victorieuse de laquelle le gouvernement et le peuple des Etats-unis ont consacré tous leurs efforts, la France reprenne sa place glorieuse qu'elle a tenue parmi les nations civilisées du monde. Je n'ai pas manqué de vous faire connaître que le gouvernement des Etats-Unis est pleinement averti des limitations sévères imposées au gouvernement français et à son peuple par les termes de la convention d'armistice et que, dans les limites de ces restrictions, il y a tout lieu de croire que la France peut assurer au peuple français la sauvegarde de chaque parcelle de son territoire.
Vous comprendrez aisément combien il est essentiel aux intérêts vitaux des Etats-Unis que la France continue à exercer une juridiction, libre de toute domination étrangère, sur son propre territoire et sur ses possessions. Je répète à nouveau qu'aussi longtemps que la souveraineté de la France se maintiendra intégralement sous la réserve des limitations imposées par la convention d'armistice, le gouvernement des Etats-Unis n'aura aucun désir de voir la souveraineté française actuelle sur l'Afrique du Nord ou sur toute autre colonie française passer sous le contrôle d'une nation étrangère quelconque. Je suis convaincu qu'au cours de l'année nouvelle qui s'ouvre devant nous, vous défendrez l'honneur et l'intégrité de la nation et du peuple français, sur lesquels l'avenir de ceux-ci repose si clairement.
En terminant, permettez moi de vous exprimer mes souhaits cordiaux pour le maintien de votre bonne santé,
Bien sincèrement vôtre,
Franklin Delano Roosevelt."
En mars 1942, le pasteur Boegner rencontre deux fois Weygand qui, à l'issue de leurs entretiens, déclare le 9 avril 1942 : "Le Maréchal peut céder encore ici ou là, mais il ne cédera jamais sur l'essentiel [...] Il est plus grand que jamais." (Philippe Boegner, Carnets du Pasteur Boegner, 1940-1945, Fayard, 1992, p. 173 et 175). Si c'est encore le cas en 1942, il faut avouer que se le sera moins en 1943 et en 1944.
Le 7 mai 1942, Pétain fait part de ses espoirs et de ses inquiétudes à son amie franco-américaine, Marie Antoinette Pardee, laquelle écrit : "II espérait un débarquement des troupes américaines dans un avenir pas trop lointain. Cela devenait nécessaire, urgent même. L'armistice durait trop longtemps, la lutte avec les occupants devenait terrible." (Marie Antoinette Pardee, Le Maréchal que j'ai bien connu, Paris, 1952, p. 174).
En juin 1942, il confie à son nouveau secrétaire, Jean Jardel : "L'Allemagne a perdu la guerre en 1918, parce qu'elle avait deux fronts. Elle l'a perdue dans les mêmes conditions, cette fois, et pour les mêmes motifs. Dans votre conduite, n'oubliez jamais ce que je viens de dire." (Déposition de Jean Jardel - Procès du Maréchal, Journal Officiel du procès, p. 301).
Le 6 juillet 1942, au cours d’une visite au camp militaire de la Courtine, Pétain s’adresse à la troupe que le témoin Jacques Le Roy Ladurie rapporte "Vous croyez peut-être, mes enfants, que vous perdez votre temps. Erreur. Apprenez bien votre métier de soldat. Le jour viendra où vous aurez à venger vos aînés. C’est vous qui sauverez l’honneur de la France." (Jacques Le Roy Ladurie, Mémoires 1902-1945, p. 359).

 

Quelle attitude va adopter le chef de la France lors du débarquement américain ? Nous allons savoir s'il a penché pour un camp, ou s'il a voulu continuer une collaboration aussi bien du côté allemand que du côté anglo-américain (http://realite-histoire.over-blog.com/article-petain-faisait-il-double-jeu-a-vichy-2--37749432.html).

 

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commentaires

François Delpla 12/10/2010 11:12



Votre article, qui me fait l'honneur de citer mon livre (le seul, encore à ce jour, sur Montoire), le fait bizarrement, à propos du procès-verbal de la conversation publié là pour la première
fois dans une traduction convenable. Vous suivez en détail la première tirade de Pétain, puis sautez la dernière phrase, or c'est la plus importante : celle où le maréchal donne sa définition de
la collaboration, à savoir un effort pour reconquérir les colonies passées à de Gaulle.



VSA 12/10/2010 19:48



Non, je n'ai pas sauté cette phrase. Voilà ce que j'ai dis dans mon article : "Ensuite, le chef de la France exprima son admiration sur l'armement du Reich, et reconnu qu'il n'avait jamais connu de personne qui soit parvenu à des
résultats gigantesques. A la fin de cet entretien, Philippe Pétain se déclara prêt à prendre en considération le principe d'une coopération avec Adolf
Hitler et exprime sa satisfaction."


Et en parallèle, avant de raconter la conversation du procès-verbal, j'ai bien indiqué que Pétain souhaitait une coopération avec l'Allemagne dans le but de récupérer les colonies passées à De
Gaulle : "Cependant, une instruction datée du 12 novembre,
numéroté 18, indique clairement que Pétain avait demandé une aide militaire à Hitler pour reconquérir les terres perdues en Afrique contre l'Angleterre et les gaullistes, et décrit l'objectif du
Führer."


Sinon, pour cet épisode de Montoire, je me suis basé sur votre livre et sur le Pétain de Ferro.



Visquis René 03/12/2009 12:16


Commentaire pour la voiture électrique:
En effet, ce système de locomotion a débuté très tôt dans l'histoire de l'automobile puisque déjà en 1895 l'ingénieur des arts et manufactures Louis Kriéger construit sa première voiture électrique
avec accumulateurs (inventés par Gaston Plante en 1859 et mis en application par Gustave Trouve en 1881 pour faire rouler un tricycle ainsi qu'un bateau, et aussi Nicolas Raffard faire circuler le
premier tramway). Le moteur electrique entraînait alos le moyeu des roues avant.
En 1900, il parcouru  152 km sans recharge (on ne sait à quelle vitesse!!!)

René VISQUIS


VSA 03/12/2009 14:58


Alors cela prouve que nous savons contruire des moyens de transport sans essence depuis plus de 100 ans.
Face aux problèmes environnementaux, il serait bien de développer la fabrication des voitures électriques et de réduire ceux à essence. Malheureusement, les pressions financières et
l'influence de Total dans le milieu politique feront obstacle à ce développement.


Marc Forestier 08/10/2009 13:05


Merci pour ce brillant article. Vous avez le courage de braver les lobbys bien pensants qui continuent a trainer le Marechal Petain dans la boue. Je suis fier de voir que certains refusent ces
mensonges et tentent de retablir la verite meme si elle derange les thuriferaires de De Gaulle et les "rentiers" de la Resistance. Merci encore et bravo!


VSA 08/10/2009 18:16


Je vous remercie pour votre soutien,
Mon objectif est de rappeler l'histoire en toute objectivité, tout en faisant abstraction des préjugés. Vous n'avez donc pas à me remercier puisque je ne fais ce que tout bon historien devrait
faire.
Néamnoins, il est toujours appréciable de s'apercevoir que des gens ne se laissent pas endoctriner par les biens pensants, et préfèrent réflechir sur la réalité des évènements. ça prouve que mon
blog est utile.


Jean BEDIN 03/09/2009 06:50

Le traître ...Si notre petite rue a compté deux personnalités héroïques, elle a compté son traître !...Il s'agit de Môssieur Pétrignani, corse d'origine, membre du parti communiste dans les années 30, ayant retourné sa veste à la veille de la guerre, et agent d'assurance ... Ce qui lui permettait de savoir beaucoup de choses sur beaucoup de monde : une vraie mine pour la Gestapo locale  !...Marié à la directrice de l'école de la Citadelle, il occupait donc un logement de fonction dans la dite école. Ce logement au coin de notre rue et de la rue Garibaldi se trouvait au premier étage, face à notre maison. Il lui était donc facile de surveiller, pour ses maîtres, les allées et venues de notre immeuble.Nous avons pensé qu'il n'était pas pour rien dans la tragique fin de notre propriétaire.Il se trouvait être ami avec le supérieur direct de mon père, ce qui faisait que nous nous rencontrions de temps à autres dans des réunions "amicales", si l'on peut dire !...Tous les matins, en petit garçon bien élevé, je lui disais bonjour, car il partait à son bureau en même temps que moi pour l'école. Mais il m'est arrivé dans ces réunions "amicales"de prononcer des paroles, sur le plan politique, qui n'étaient pas tout à fait en concordance avec ses idées ... Sans doute a-t-il pensé, heureusement, que j'aurais plutôt dû aller jouer aux billes que d'émetre une opinion !...Il avait tellement collaboré, qu'on le voyait souvent habillé en uniforme allemand ... Avait-il adhéré à la SS, comme Darnand, c'est possible. A la veille de la Libération il aidait encore les derniers fuyards de la Wermacht à réquisitionner des vélos dans la rue !... Pour des raisons dont je ne me souviens pas,  il n'avait pu suivre les occupants dans leur retraite, aussi a-t-il été arrêté quelques jours après la Libération. Il avait accumulé un tel capital de haine, que le détachement FFI venu l'appréhender a eu beaucoup de mal à l'arracher à la vindicte populaire. Il n'était pas question d'admettre une exécution sommaire, car il avait beaucoup de choses à raconter, et son procès devait être exemplaire, ce qui fut la cas.Il a été bien entendu condamné à mort et exécuté.Son épouse n'a pas été inquiétée, considérée comme une brave dame, dévouée à son prochain, dans le cadre de la Croix-Rouge, elle a été vue plutôt comme une victime de son étrange mari : elle s'était sans doute laissée séduire par ce bel homme, beau parleur et gagnant bien sa vie !...Histoire de voiture électrique ...Contrairement à ce que beaucoup pensent,  le débat sur la voiture électrique ne date pas d'aujourd'hui : le premier véhicule de ce type a vu le jour en 1898 !...Mon père travaillant dans une société de distribution d'énergie électrique, disposait tout naturellement d'un véhicule de type. Mais il le tartageait avec son supérieur hiérarchique dont nous venons de parler. Un jour de l'été 1941, ce supérieur ayant commis une faite dans le branchement de la recharge des accumulateurs, la voiture a tout simplement explosé !... On devine l'émoi des alentours, qui comprenait le "soldatenheim" ou foyer du soldat en bon français.Immédiatement la feldgendarmerie était là avec ses fameux side-car et mitailleuses MG. Mon père, interpellé comme toutes les personnes présentes, a dû son salut gâce à ce patron maladroit, qui avait ses relations avec l'occupant, car il appartenait à un de ces groupuscules politiques ultra-collaborationnistes (RNP, PPF, etc ...). L'évènement se situant 3 mois après sa sortie de prison, il aurait pu se retrouver en situation délicate face aux autorités d'occupation, la guerre avec l'URSS avait commencé, le vent avait tourné !... Il n'aurait pas fallu grand chose pour assimiler cet accident à un attentat contre le "Soldatenheim".Cet affaire d'accumulateurs nous relie à un sujet important de la deuxième guerre mondiale : la guerre sous-marine !... A l'époque un sous-marin devait passer la moitié de son temps en surface à recharger ses accumulateurs, ne pouvant agir en plongée opérationnelle qu'une douzaine d'heures. Si les ingénieurs allemands avaient trouvé la solution, Hitler aurait peut-être gagné la guerre.Aujourd'hui le succès commercial de la voiture électrique dépendra encore longtemps de ce problème ... A mois que, comme pour les sous-marins où l'énergie nucléaire a permis de supprimer le problème, une autre solution soit trouvée.Voici pour aujourd'hui.Jean BEDIN

Jean BEDIN 31/08/2009 05:55

Une autre manifestation contre les allemands ...Si les français dans l'ensemble, communistes exceptés, étaient bien d'accord pour ne pas trop gêner la Wermacht dans son combat à l'Est, il faut souligner que les allemands manquant vraiment de psychologie, ont commis erreurs sur erreurs, pour s'aliéner progressivement l'opinion française.Ainsi je vais ce matin assister à une cérémonie en l'honneur du lieutenant de vaisseau Comte d'Estienne d'Orves, fusillé, on ne peut plus bêtement fin août 1941 ..."Plus qu'un crime, c'est une faute" avait-on dit à Napoléon, lorsqu'il avait fait fusiller le jeune duc d'Enghien ... La similitude était tellement évidente, que le propre président du tribunal militaire allemand, qui avait condamné à mort le jeune officier de marine, en fonction des règlements concernant la convention d'armistice, est allé plaider lui-même sa grâce auprès d'Hitler. Grâce refusée ...Cette exécution a, d'un seul coup, fait basculer beaucoup d'opinions en France dans la bonne société ... D'Estienne d'Orves était considéré comme une élite : polytechnicien ayant choisi la "Royale" ensuite, il était déjà père de 6 enfants, ce qui à l'époque de l'avortement triomphant, était une forme de courage patriotrique ... Il était incontestablement promis aux plus belles responsabilités.Dans notre petite rue à Chalon-sur-Saône, appelée couramment rue de la Gendarmerie, résidaient deux hommes qui termineront tragiquement et hroïquement leurs vies.Notre propriétaire, André-Jean GOUTTE, officier de réserve militant issu de la guerre de 14-18, affichait ostensiblement un patriotisme délirant. D'ailleurs notre maison avait été construite en 1930 dans le plus pur  style alsacien (en Bourgogne !...) manière de bien afficher ses sentiments !...Volubile il racontait tout à tout le monde : ainsi avait-il raconté à un illustre inconnu qu'il cachait des armes dans un grenier de son entreprise, pour le jour de l'insurrection générale contre l'occupant !... Fin novembre 1943 il a été arrêté, là c'était par la Gestapo, et n'est jamais revenu vivant ... Car un matin lorsque ses gardiens ont voulu l'extraire de sa cellule, il les a fort mal reçus, sans doute en raison de sa force physique peu commune, espérait-il les assommer et s'évader !... Mais ces messieurs, ont très mal pris la chose et se sont acharnés sur lui au point de le laisser mourant sur le carreau de sa cellule !... Son corps n'a pas été rendu directement à sa famille, il a été mis dans un cercueil en l'église Saint-Pierre, avec interdiction de l'ouvrir !...Mais l'affaire s'était ébruitée et environ 2 000 personnes ont assité aux obsèques, ce qui était considérable pour une ville comme chalon.A l'autre bout de la rue habitait Pierre Deliry qui était devenu rapidement un agent efficace d'un réseau de renseignement relié directement à l'Intelligence Service, mais été découvert en 1943. Là, les services de l'ABWEHR l'ont considéré comme un "espion" et après l'avoir fait juger par un tribunal militaire allemand, lui ont fait trancher la tête d'un coup de hache, selon la tradition germanique !...Mais dans cette rue, comme dans toute bonne tragédie classique, il y avait aussi le traître, nous en parlerons demain.Jean BEDIN

VSA 31/08/2009 21:06


J'avais déjà entendu parler d'Estienne d'Orves. Il avait rejoint Londres dès fin juin 1940 et c'était mis au service de De Gaulle. Il a été affecté au service de renseignements, sous la
direction de l'amiral Muselier. Il avait notamment pout mission de collecter un maximum de renseignements en provenance de France pour soutenir l'action des troupes britanniques. Par la suite,
Estienne d'Orves se rendit lui-même en France pour monter son propre réseau de renseignements. Il recruta également un jeune radio de 20 ans du nom de Alfred Gaessler. C'est ce jeune homme,
facilement influençable, qui le dénonça auprès des Allemands.


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