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25 juillet 2009 6 25 /07 /juillet /2009 23:10

En mai-juin 1940, la France subi l'une des plus écrasantes défaites de son histoire face au IIIème Reich d'Hitler. Mais cette débâcle aurait-elle pu être évitée et était-elle prévisible ?  Les politiciens et les militaires de notre pays avaient-ils fais le nécessaire pour se préparer à la guerre ? Tout d'abord, nous allons analyser la situation de l'armement français face aux voisins. Ensuite, nous aborderons le comportements des politiciens, puis des militaires.


L’état démodé de l’armement français

En 1938, parait un livre intitulé Notre Sécurité. Son auteur est Paul Louis Théodore Benazet (Parti Républicain Socialiste puis Union Socialiste Républicaine) ancien sénateur et député de l’Indre. Il souhaitait interpeller ceux qui, conscients de l'impréparation militaire de la France, justifiaient leur optimisme en rappelant 1914 et la Bataille de la Marne. Il expliqua dans son chapitre introductif : "La faute capitale de nos services, et des gouvernements qui s'en sont trop paresseusement remis à eux, est de n'avoir pas compris la gravité de ce nouveau rapport des forces, et de s'imaginer qu'il sera possible de s'en tirer, comme en 1914, et au même prix, en opposant des pièces de 75 à des pièces d'artillerie lourde, ou des fusils à des mitrailleuses. Je répète qu'il s'agit ici d'une situation sans précédent. Ce serait faire preuve d'une incroyable légèreté que de ne pas construire les matériels de défense appropriés aux conditions nouvelles de combat, et cela avec une rapidité telle que l'adversaire ne puisse encore donner à ses moyens d'attaque une supériorité nouvelle." (Paul Bénazet, Notre sécurité, Edition Grasset, 1938, p. 9-10). Hector Ghilini résumait ainsi : "Il est déraisonnable de s'en tenir à la seule expérience de la guerre 14-18, et de croire à l'équivalence entre l'homme et le matériel. Le courage de l'un ne peut suppléer à l'insuffisance de l'autre. Aujourd'hui, l'absence d'une arme adaptée aux conditions toutes nouvelles de la lutte frappe la trompe "d'impuissance absolue". (Hector Ghilini, A la barre de Riom, Edition Jean Renard, 1942, p. 52). A la fin des années 1930, les usines françaises produisaient un armement dépassé par rapport aux autres nations. A propos du canon de 75 (canon de défense anti-aérienne), dont certains continuaient à vanter l'efficacité, Bénézat répondait: "Exagération de la mobilité au détriment de la puissance, progrès techniques réalisés depuis, tout concourt à faire de notre 75 un matériel entièrement démodé" (Paul Bénazet, Notre sécurité, Edition Grasset, 1938, p.26). Il ajouta : "De toute nécessité, il faut se ressaisir et s'efforcer de remplacer le 75 par un obusier de campagne de calibre équivalent au 105 mm." (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p. 31). Il concluait : "Il faut avoir le courage de le dire: L'Armée française, avec son canon de 75, possède un matériel d'artillerie antiaérienne et des stocks de munitions qui sont à renouveler intégralement!" (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p. 54). De plus, le canon de 75 mm, modèle 1897, tirait des obus atteignant péniblement 5 000 mètres. Certes, les modèles 1932 et 1933 aux tubes allongés permettaient de tirer à une hauteur de 7 500 mètres, mais les avions allemands utilisés en 1937 volaient à 8 000 mètres (Charles Reibel, Pourquoi nous avons été à deux doigts de la guerre, Librairie Arthème Fayard, 1938, p. 23 et 27). De plus, le canon allemand de 88 mm utilisé pendant deux ans en Espagne pouvait abattre un avion "en 10 ou 15 coups" (Hector Ghilini, A la barre de Riom, Edition Jean Renard, 1942, p. 52). L’ancien sénateur et député rappelait que depuis 1916, l'aviation avait fait un bond gigantesque. Selon lui, l'avion avait "triplé sa vitesse et doublé son plafond" (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p.49). Il ajouta que "Le plus récent de nos canons de DCA remonte à dix ans, époque où l'avion n'avait encore fait que des progrès négligeables par rapport à ceux accomplis dans la décade suivante." (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p .51).
Concernant le canon Hothkiss de 25 mm, il ne niait pas des qualités, mais il indiquait : "Cette arme a des défauts de tous les petits calibres puissants. Le projectile perd rapidement sa vitesse, donc ses possibilités de perforation [...] En outre, le projectile de 25 mm est de calibre trop faible pour pouvoir contenir utilement une charge d'explosif." (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p. 39-40). Par ailleurs, la guerre civile d'Espagne (1936-1939) avait mis en évidence les mauvaises options prises par l'armée française en matière d'artillerie. Alors que depuis 1935, la France produisait en série le canon antichar Hotchkiss, le conflit espagnol avait démontré l'efficacité des canons de 47 mm à grande vitesse initiale, capables de perforer toutes les cuirasses, tandis que le 25 mm était inefficace à moyenne portée contre les chars lourds.

Paul Bénézat va aussi donner son point de vue sur la vétusté de l’aviation française : "La première de toutes, l'aviation française a entrepris la rénovation de sa flotte aérienne. Elle a dépensé, à cet effet, à partir de 1933, des crédits considérables. Malheureusement, ils ont été engagés sur un programme qu'aucune autre aviation n'a voulu adopter et qui s'est révélé en complète opposition avec le but qu'il fallait atteindre. Depuis cette grave erreur de conception, la situation de notre matériel aérien n'a cessé de s'aggraver. Aucune personne vraiment renseignée n'a pu, à cet égard, se faire la moindre illusion, en dépit du caractère optimiste de certaines déclarations officielles." (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p. 66-67). A ce sujet, il concluait : "Au début de 1938, l'aviation française se trouve par conséquent dans la situation la plus grave. Les avions construits à coups de milliards pendant les trois dernières années sont démodées et il n'y a pas d'outillage pour en construire d'autres." (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p. 109). Le 7 juin 1938, Bénazet interpella le général Gamelin pour connaître son avis sur la sécurité de la France. Loin de tout optimisme, celui-ci confia : "Tout bien réfléchi, il me paraît difficile de vous répondre. Je ne puis, sur un sujet si grave, révéler la vérité. Mais si je la dis, je découvre le ministre de la Guerre." (Gringoire, 24 avril 1942, p. 2).
Malgré tout, à la fin des années 30, le ministre de l’Air Pierre Cot et le général Denain entama un programme pour rénover sa flotte aérienne, mais avec des conceptions techniques et stratégiques erronées. Bénazet a écrit: "Fortes de ces enseignements toutes les aviations militaires entreprirent immédiatement de réagir et de modifier leurs matériels. Rien de plus simple au surplus. Calquer les appareils de bombardement sur le Douglas. De même, il suffisait de calquer l'appareil de chasse sur le Heinkel […] Cette solution fut adoptée par tous les grands pays, l'exception de la France." (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p. 70-71). Il poursuit : Au moment où les aviations étrangères avaient des programmes et construisaient des prototypes qui leur permirent les réalisations de 1936 et 1937 (l'Allemagne gagnant le record du monde de vitesse avec 611 km/h!) nous nous enfermions dans des conceptions absolument différentes. Nos programmes de 1933, dont les prototypes furent présentés au salon de 1934, ne faisaient état d'aucun des progrès techniques incorporés dans le Douglas DC-2 et dans le Heinkel-70 qui figuraient à ce même salon. On se bornait à placer des moteurs relativement puissants sur des cellules d'un type déjà périmé !" (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p. 77-79). La preuve de ce retard fut apportée en 1937, au meeting de Zürich. A cette rencontre qui, tous les deux ans, mettait en compétition les différentes aviations militaires, les chasseurs modernes français de modèle Dewoitine D-510 furent surclassés par les Dornier-17 allemands, ceux-ci ayant battus ceux-là de plus de 54 km/h (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p. 67, et Hector Ghilini, A la barre de Riom, Editions Jean Renard, 1942, p. 22). De plus, Pierre Cot organisa une course aérienne Istres-Damas. La Dewoitine D-510 montra son infériorité face, cette fois, au bombardier italien Savoïa S-79 qui réalisa une vitesse moyenne de 427 km/h,  contre 402 km/h (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p. 66-67, et Hector Ghilini, A la barre de Riom, Editions Jean Renard, 1942, p. 22-23).
L’infériorité technologique est flagrante, et la France avait accumulé un retard important. Cependant, quelques personnalités politiques tirèrent la sonnette d’alarme.

Interpellations de parlementaires inquiets et l’opposition politique 

 

En 1932, la loi sur le recrutement a été modifiée et le service militaire pratiquement limité à dix mois. Le budget des armées pour la période 32-33 a été réduit de 20%, et le colonel Fabry, président de la Commission de l'Armée, déclarait déjà le 12 février 1933 à la Chambre : "Je maintiens que la Défense nationale est à l'heure actuelle compromise." Egalement, les manoeuvres ainsi que les cours et stages pour réservistes furent suprimés par mesure d'économie. De plus, la loi de finances de 1933 a prévu la suppression de 5.000 officiers. En deux ans, l'effectif des militaires de carrière tomba de 117.000 à 102.000. Conséquence, une partie de l'armée d'active n'existe qu'à l'état d'unités cadres. En parrallèle, du fait de l'arrivée des classes creuses (population qui vieillissait), le contingent tomba de 210.000 à 120.000 hommes. Mais lors de la séance du 19 décembre 1933, le ministre socialiste Léon Blum déclara à la Chambre : "Nous serons toujours contre la prolongation du service militaire [...] c'est une erreur de placer la sécurité d'une nation sans sa force militaire." 

Conscients de la faiblesse aéronautique française, certains parlementaires s'inquiétèrent. Le 26 janvier 1937, Paul Reynaud avait lancé l'idée d'un corps cuirassé, mais Edouard Daladier répondit par un refus le 2 février (Guy Pédroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 478). Le 19 mars 1937, la commission de l'Air au Sénat, qui avait entendu le rapport de Paul Bénazet, son président rédigea la motion suivante: "La commission de l'Air, inquiète du ralentissement de la production dans les usines aéronautiques, appelle l'attention du président du Conseil et du ministre de l'Air. Elle charge à l'unanimité son président de se faire auprès du Gouvernement l'interprète de l'émotion de la Commission."
De plus, en fin 1937, il déposa une demande d'interpellation. La discussion, qui n’était évidemment pas publique, eu lieu en février 1938 devant les Commissions de la Défense nationale, siégeant en séance secrète. Charles Reibel raconte que : "M.Daladier avait eu l'habilité, à la faveur d'un changement de Cabinet, de faire remplacer M.Pierre Cot par Guy La Chambre; et les Commissions ne purent qu'entendre celui-ci s'associer aux sévères critiques de M.Laurent-Eynac (contre l'incompétence de P.Cot) et qu'enregistrer les promesses chaleureuses du nouveau ministre." (Charles Reibel, Les Responsables : Ma déposition devant la Cour suprême de Justice, Editions Baudinière, sd, p. 19). En parallèle, afin de rassurer les parlementaires, Guy de La Chambre mentionna une récente commande d'avions Curtiss faite aux USA. Cependant, ces livraisons furent "tardives et insuffisantes" (Jean Montigny, La Défaite, Editions Grasset, 1941, p.10).

A la même période, un colonel promu sous-directeur de la fabrication des armements au ministère de la Guerre rencontra confidentiellement le député Jean Montigny, membre de la Commission de l'Armée à la Chambre. Après avoir expliqué la situation catastrophique qui régnait aux Armements (irrationalité dans l'organisation des différents départements, chevauchement des attributions, falsification des statistiques pour ne rien laisser paraître, ...) il termina en concluant : "Même si demain l'on change radicalement de méthode, même si l'on travaille à force, le retard actuel ne pourra se rattraper avant plusieurs années. Si nous sommes entraînés à la guerre avant trois ans, nous allons à un nouveau Sedan, plus rapide, plus désastreux encore que celui-ci de 1871" (Jean Montigny, La Défaite, Editions Grasset, 1941, p. 102, et Le complot contre la paix, La Table Ronde, 1966, p. 155).
Le ministre Pierre Cot avoua son impuissance à mener un effort réel pour rénover sa flotte aérienne. Dans un livre paru en 1939, c'est-à-dire quelques mois avant la guerre, il admettait qu'en 1937, l'aviation française accusait un tel retard par rapport à ses voisins qu'il aurait pu démissionner. Mais il se justifia : "Le devoir était de rester, pour préparer l'armée de l'Air à la guerre de coalition, où notre infériorité relative se fondait dans la supériorité générale." (Pierre Cot, L'armée de l'Air, 1936-1938, Editions Grasset, 1939, p. 112). Alors il misa sur une "guerre de coalition" qui verrait les différentes aviations alliées s'épauler. Il expliquait que : "J'ai toujours eu en vue la guerre de coalition. J'ai toujours pensé que l'armée française de l'Air serait le cerveau de l'armée interalliée". (Pierre Cot, L'armée de l'Air, 1936-1938, Editions Grasset, 1939, p.121). Il rajouta : "J'ai choisi ma doctrine. Construire une Aviation militaire égale à celle de l'Allemagne? C'était un rêve, interdit à la France de 1936-1937,par son état démographique, son régime économique, son potentiel industriel et ses conceptions générales de la Défense nationale. Je n'ai pas voulu une doctrine appuyée sur des rêves ou des fantaisies. Mais trouver, en Europe, la flotte aérienne susceptible de faire, le cas échéant, échec et mat aux flottes de l'axe Rome-Berlin? Ici, nous n'étions plus dans le rêve." (Pierre Cot, L'armée de l'Air, 1936-1938, Editions Grasset, 1939, p.124-125). La France n'avait ni avions modernes et ni la possibilité d'en produire en masse, alors nous devions compenser cette faiblesse en prenant la tête d'une aviation interalliée. Cela explique pourquoi, en janvier 1938, lorsque Guy La Chambre remplaça Pierre Cot au ministère de l'Air, le nombre total des avions en ligne de la métropole n'atteignait que 700. En parallèle, les forces aériennes allemandes s'élevaient à 5 750 appareils, dont 2 850 de première ligne et 2 900 de deuxième ligne. De plus, les  types d'appareils à construire pour renouveler la flotte n'étaient même pas choisis! (Gringoire, 24 avril 1942, p. 2). Pierre Cot espérait l’aide précieuse des flottes anglaises, russes et tchèques. Pourtant, dès 1936, l'ancien ministre de la guerre Jean Fabry connaissait les retards accumulés dans la production de l'armement, et avait prévenu que "l'aide immédiate que pourraient nous donner les Anglais serait insignifiante. Dans ces conditions, les risques que les évènements actuels nous conduiraient à courir serait bien supérieur, pendant les premières semaines, au secours que nous apporteraient les Anglais" (Raymond Recouly, Gringoire, 13 mars 1942, p. 3). L'aide anglaise était donc une illusion. A partir de septembre 1938, l'aide tchécoslovaque en devint une autre. Quant à celle de l'URSS, Raymond Recouly écrivit en 1940 : "Aucun homme de bon sens et de saine raison n'avait le droit de faire le moindre fond sur la Russie soviétique qui, par une intense propagande communiste en France, dont elle payait tous les frais, ne cherchait depuis longtemps qu'à nous diviser, nous affaiblir. Il fallait être atteint d'une véritable démence pour supposer que, du jour au lendemain, elle changerait son fusil d'épaule et combattrait vaillamment à côté d'un pays, dont elle avait sans cesse et avec une obstination diabolique, diminué la force, miné la résistance." (Gringoire, 10 octobre 1940, p. 1). Et de fait, fin août 1939, l'URSS fit volte-face ! Pierre Cot était donc davantage dans l’illusion que dans la réalité. Lors d'une interpellation, De la Grange avait lancé : "Je comparerai volontiers ce ministère à un de ces vieux biplans construits en dépit des lois de l'aérodynamique et qui comportaient tant de mâts et de cordes à piano que l'on arrivait pas, quelque puissant que fut le moteur, à augmenter leur vitesse, tant leur résistance à l'avancement était grande." (Jean Montigny, France, libère-toi !, Imprimerie commerciale de "La Sarthe", 1939, p. 183).

Charles Reibel s’alarma sur la situation de l’armée française. Il écrit : "La France n'a pas une minute à perdre; elle est placée aujourd'hui devant le dilemme le plus tragique de son histoire:

- ou bien elle va de suite appliquer de tous ses efforts et de tout son cœur à l'œuvre de salut,
- ou bien, suivant le mot de Balzac, elle n'a plus qu'à : "se coucher pour mourir" (Charles Reibel, Pourquoi nous avons été à deux doigts de la guerre, Librairie Arthème Fayard, 1938, p. 59-60). Cet appel ne fut cependant pas entendu.
De toute manière, il était bien trop tard pour surmonter son handicap en 1938. Montigny expliqua quelques mois après la crise tchécoslovaque : "Quand, en septembre dernier, on objectait à certains ministres bellicistes l'insuffisance de quelques matériels très importants, ils répondaient superbement: "Dans aucune guerre, la France n'a été vraiment "prête", elle se débrouille toujours. Le système D pouvait improviser la fabrication d'armes simples : le fusil de 1914,l'obus de 75. Mais pour faire démarrer la fabrication en grande série d'un avion ou d'un canon moderne, il faut environ deux ans. Souvent, il faut construire l'usine et les machines-outils nécessaires avant d'aborder la construction de l'arme proprement dite." (Jean Montigny, France, libère-toi !, Imprimerie commerciale de "La Sarthe", 1939, p.176). Montigny démontre très bien l’incompétence des politiciens à comprendre le danger allemand, qui avait une puissance militaire bien supérieure à l’armée française.
Le 16 novembre 1938, Guy La Chambre envoya une lettre confidentielle à Charles Reibel, dans laquelle il révélait que la flotte française de chasse ne comptait que 3% d'engins modernes, des Moranes 405/406 capables de voler à 488 km/h. Les autres avions ne dépassaient pas 393 km/h et le modèle le plus répandu, les Dewoitine 501 (28% de la flotte) volait à 359 km/h seulement. A cela, il faut ajouter 35 Potez 63 triplaces atteignant les 450 km/h. Au sein de la flotte de bombardement, la France, ne disposait d’aucun bombardier moderne en service, ni Lioré 45 (465 km/h), ni Amiot 350 (450 km/h), ni Bréguet 691 (490 km/h). La flotte comptait 28% de Bloch 131 (350km/h), les autres modèles ne dépassant pas 300 km/h. (Charles Reibel, Les Responsables : Ma déposition devant la Cour suprême de Justice, Editions Baudinière, s.d, annexe 2, p. 54-55). La situation de la France était donc tragique. En cas de lutte, elle se retrouverait "dès le second round...dans la situation du boxeur aveugle et à demi paralysé" (Jean Montigny, Le complot contre la paix, La Table Ronde, 1966, p.154).
Le 5 décembre 1938, une scéance entre ministres est consacrée au problème de l'achat pour 2 milliards et demi de 1000 avions aux Etats-Unis "dans le secret le plus absolu". Paul Reynaud indiquait que si les 1000 engins étaient livrés, il serait possible de "diminuer d'autant les commandes le nombre des appareils à commander à l'industrie française" (Guy Pédroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 477). Cependant, Guy de la Chambre est en complet désaccord avec le ministre des finances. Selon lui, les Américains ne livreront pas d'avions de coopération et de bombardement moyen. Par ailleurs, il explique que la France ne sortira de toute manière que 2000 avions sur les 3000 prévus. Il indiqua que "si nous annulons des commandes françaises pour le montant des livraisons américaines, celles-ci ne remplaceront pas ce que nous devions demander à une augmentation correspondant au rythme des fabrications." (Guy Pédroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 478). Il est dramatique de constater que la France qui possédait la première aviation durant la Grande Guerre n'était même plus capable de construire suffisement d'avions et doit demander de l'aide à l'étranger.
Malgré tout, les 8, 9 et 10 février 1939, c'est-à-dire sept mois seulement avant la guerre, s’organisèrent des réunions secrètes par les commissions sénatoriales de la Défense nationale. Guy La Chambre se voulait rassurant. Cependant, il trouva quelques opposants. L’un d’eux, Maroselli, ouvrit les yeux des élus sur l'effroyable retard de la France en matière d'aviation : "L'Allemagne possédait 5 000 avions modernes et l'Italie 2 000. Nous en avions 230, au lieu des 1 200 prévus. L'Allemagne sortait 600 à 700 avions modernes par mois, l'Angleterre, 300, la France, à peine 14 par mois en moyenne, c'est-à-dire 160 pendant l'année 1938. Ces chiffres concernent uniquement les appareils modernes, c'est-à-dire pouvant se comparer entre eux et de qualité sensiblement égale." (Hector Ghilini, A la barre de Riom, Editions Jean Renard, 1942, p. 27). Charles Reibel, qui assistait aux réunions, écrivit plus tard : "Il est permis de dire que, malgré les assurances données avec autorité habilement nuancée de bonhomie par le président du Conseil et malgré les explications de M. Guy La Chambre, l'impression fut désastreuse, certains sénateurs pensaient même que le ministre de l'Air allait démissionner." (Charles Reibel, Les Responsables : Ma déposition devant la Cour suprême de Justice, Editions Baudinière, sd, p. 12-13). Au moment de clore les débats, un communiqué officiel fut proposé. L'Assemblée le repoussa et, "n'accepta qu'un texte volontairement indolore et terne, tout juste ce qu'il fallait pour ne pas inquiéter l'opinion" (Charles Reibel, Les Responsables : Ma déposition devant la Cour suprême de Justice, Editions Baudinière, s.d, p. 13).

 

Enfin, le 7 mars 1939, Reibel envoya une lettre à Daladier dans laquelle on lisait : "Les indications que nous avons recueillies et qui confirment, en l'aggravant encore, l'opinion que chacun de nous pouvait se faire de notre situation dans le domaine de la guerre aérienne, m'ont causé une profonde angoisse et me laissent en face d'une cruelle crise de conscience. La situation est vraiment tragique, non seulement à cause de la déficience de notre aviation, mais encore en raison de l'insuffisance éclatante de notre DCA, pour ne rien dire de l'inexistence de notre défense passive. Je ne puis me résigner à laisser le pays vivre dans une sécurité trompeuse, qu'ont accrue les commentaires regrettables dont votre Gouvernement a laissé la presse entourer les communiqués, à dessein si prudents et si réservés du Comité secret." (Charles Reibel, Les Responsables : Ma déposition devant la Cour suprême de Justice, Editions Baudinière, sd, p. 15-16).


Les gouvernements de la fin des années 1930 étaient parfaitement au courant de la situation de l’armée française. Pourtant, ils ne réagirent que très peu, et cela malgré l’opposition d’un certain nombre de leurs collègues. Cependant, certains généraux avaient tenté d’alerter les gouvernements bien-avant la fin des années 1930 (http://realite-histoire.over-blog.com/article-34234667.html).

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