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10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 21:46

220px-Hipparchos_1.jpgUn essoufflement des recherches

 

Au deuxième siècle avant notre, la sphéricité et la position de la Terre étaient encore étudiées, mais le nombre de savants se penchant sur le sujet s‘avérait moins élevé. Deux astronomes sont à retenir concernant cette période : Hipparque de Nicée et Séleucos de Séleucie.

D'Hipparque de Nicée, nous ne possédons pas de date précise à propos de son existence. Il serait né vers -190 et serait décédé vers -120. Quoi qu’il en soit, nous sommes certain qu’il vécut au cours du IIème siècle avant notre ère. Il réalisa la plupart de ses travaux à Rhodes mais peu de sources de lui nous sont parvenues, si ce n’est les données évoquées par Strabon dans sa Géographie (I et II), par Ptolémée dans son Almageste et par Pappus d’Alexandrie dans Collection mathématique, c‘est-à-dire plusieurs siècles après sa vie. Il fut sans aucun doute l’un des plus grands astronomes de l’Antiquité. En effet, il calcula avec précision la distance séparant la Terre à la Lune, organisa un grand catalogue étoiles (qui n’est malheureusement pas parvenu jusqu‘à nous), découvrit la précession des équinoxes (c’est-à-dire le lent changement de direction de l'axe de rotation de la Terre), ou encore étudia le mouvement des astres et des éclipses. Pour effectuer des calculs, il développa des méthodes trigonométriques (étude mathématique des relations entre distances et angles dans les triangle et des fonctions telles que le sinus, le cosinus et la tangente) et avait construisit les premières tables trigonométriques sous la forme de tables de cordes. Egalement, on lui attribue d'ailleurs l'invention de l'astrolabe, instrument qui facilita l'observation. Concernant notre sujet, Hipparque rejoignit l’avis de la plupart de ses prédécesseurs, c’est-à-dire qu’il ne remet pas en cause la sphéricité de la Terre, mais il aussi croyait en un système géocentrique de l’Univers (Jean-Baptiste-Philippe Marcoz, Astronomie solaire d'Hipparque soumise à une critique rigoureuse et ensuite rendue à sa vérité primordiale, Editions De Bure Frères, 1828).

A l’époque d’Hipparque de Nicée, un astronome défendait la théorie héliocentrique d’Aristarque de Samos, l’un des rares de l’Antiquité : le chaldéen hellénisé Séleucos de Séleucie (Bertrand Russell, History of Western Philosophy, Routledge Classic, 2004 [réédition],‎ p. 215). On ne connaît pas d'autre ancien astronome qui défendit Aristarque, mais Plutarque et le pyrrhoniste Sextus Empiricus ont évoqué des "partisans d'Aristarque" dans leurs écrits, mais qui nous sont inconnus. Né dans la petite ville de Séleucie à proximité de Babylone, on ne sait pas grand chose sur sa vie, même pas sa date de naissance et de mort. En revanche, on connaît ses réalisations en matière d’astronomie grâce à différents auteurs tels que Plutarque et Strabon. Quels sont les moyens utilisés par Séleucos pour défendre les théories d’Aristarque ? Le premier argument en faveur de l’hypothèse héliocentrique était en relation avec le phénomène des marées (Lucio Russo, Flussi e riflussi, Feltrinelli, Milano, 2003, ISBN 88-07-10349-4). Il expliqua que les marées étaient engendrées par les mouvements de la Lune, et observa une différence entre les deux marées quotidiennes en mer d'Arabie (Strabon, Géographie, III, 5, 9). Il ajouta que les marées survenaient à des moments différents selon le lieu et variaient en intensité, un point sur lequel Hipparque était d’accord (Strabon, Géographie, I, 1, 9). Selon l’algébriste Bartel Leendert van der Waerden (1903-1996), Séleucos aurait démontré la théorie héliocentrique en déterminant les constantes d'un modèle géométrique, tout en développant des méthodes pour calculer des positions planétaires selon ce modèle, et cela 1 600 ans avant Nicolas Copernic (Bartel Leendert van der Waerden, "The Heliocentric System in Greek, Persian and Hindu Astronomy", Annals of the New York Academy of Sciences , 1987, 500 (1), 525–545 [527-529]). Par conséquent, le natif de Séleucie aurait utilisé la trigonométrie pour parvenir à un tel résultat, méthode de calcul promu par Hipparque de Nicée.

Il est à noté que Hipparque et Séleucos connaissaient leurs travaux respectifs puisqu’ils s’accordèrent et s’opposèrent sur différents points. Quoi qu’il en soit, on est à une période où on parvient à obtenir un certain nombre de résultats à l’aide de calculs développés et précis, avec des méthodes élaborées. Les progrès en matière d’astronomie étaient continus au fil des siècles. Cependant, on assiste à une régression du nombre des découvertes, sans doute à cause d‘un manque de moyens technologiques, mais aussi probablement à cause d‘un désintérêt croissant des intellectuels pour les observations.

 

L’un des rares que nous pouvons mentionner pour le Ier siècle avant notre ère est Sosigène d’Alexandrie. Nous ne savons quasiment rien de lui, si ce n’est qu’il a établi un calendrier officiel sur l’ordre de Jules César en -46, connu aujourd’hui sous le nom de calendrier julien. Ce calendrier possède une précision quasiment conforme à la rotation annuelle de la Terre autour du Soleil (365,242190 jours), soit 365,25 jours.

Par la suite, un géographe va illustrer non seulement un déclin des recherches, mais aussi l’apparition d’erreurs et la persistance de celles d’il y a quelques siècles. Je veux parler de Marinos (ou Marinus) de Tyr, un romain d’origine phénicienne ayant vécu entre la fin du Ier siècle et le début du IIème siècle. Il tenta de calculer la circonférence terrestre et accepta les valeurs erronées de Posidonios d’Apamée (30 000 km) au lieu de celles d’Eratosthène de Cyrène (40 000 km). De plus, il estima que les terres habitées, de l’Espagne jusqu’à la Chine, s’étalaient sur 225° au lieu de 130° en réalité. Par conséquent, les travaux de Marinos fournirent des terres trop grandes sur un globe trop petit.

Le dernier grand astronome grec de l’Antiquité est connu puisqu’il rassembla huit siècles d’observation. Claude Ptolémée naquit vers 100 à Ptolémaïs de Thébaïde (Haute Egypte) et décéda vers 170 à Canope. On sait qu’il passa une partie de sa vie à Alexandrie. Ptolémée fabriqua divers instruments d'astronomie, tel l'astrolabe qui porte son nom, des globes célestes et divers documents cartographiques de la Terre. Il effectua des observations astronomiques à Alexandrie, où il semble s'être fixé entre 127 et 141. Egalement, il reprend, poursuit et complète les travaux de ses prédécesseurs. Son œuvre majeure est sa Syntaxe mathématique en treize livres, qui nous est parvenue dans sa traduction arabe « l'Almageste ». Elle renferme les connaissances astronomiques et la description des instruments grecs d'observation du ciel, ainsi qu'un traité complet de trigonométrie plane et sphérique. Ptolémée y donne d’ailleurs un calcul précis selon un système de numération hérité des Babyloniens. De plus, il explique tous les phénomènes résultants de la sphéricité de la Terre, donne une interprétation des mouvements du Soleil, de la Lune et des planètes, et réalise un catalogue abondant d’étoiles dont une liste de 48 constellations. Le mathématicien et astronome s'appuie notamment sur les travaux d'Hipparque de Nicée, réalisés trois siècles auparavant, afin de fabriquer un globe céleste. En parallèle, il va rejeter la théorie héliocentrique d'Aristarque selon laquelle la Terre tourne sur elle-même et autour du Soleil, Ptolémée replaçant de la Terre au centre immobile des révolutions de l'Univers. On y trouve présenté le célèbre système géocentrique aristotélicien qui fera autorité jusqu'à la Renaissance, avec la Terre trônant immobile au centre de l'Univers et autour de laquelle se déplacent la Lune, le Soleil et les planètes. Très lointaine, la huitième sphère à laquelle sont accrochées les étoiles marque pour lui la limite de l'Univers. Concernant l’éloignement et le rapprochement périodique des planètes, il pense à l’existence de deux systèmes alternatifs : celui des excentriques (trajectoires circulaires dont le centre, bien que proche de la Terre, ne coïncide pas avec celle-ci) et celui des déférents et des épicycles (la trajectoire d’une planète est la résultante de son mouvement circulaire uniforme autour d'un centre qui, lui-même, se déplace autour de la Terre selon un mouvement circulaire uniforme). De cette manière, Ptolémée justifie les anomalies observées. L'autre ouvrage très célèbre de Ptolémée est sa Géographie, dans laquelle il avait effectué les listes de coordonnées terrestres disponibles à son époque et avait cartographié le monde habité avec une grande précision. Cet ouvrage fit également autorité jusqu'à la Renaissance. Parmi ses autres livres, figurent la Tétrabible (Tetrabiblion) qui est un traité d'astrologie dans lequel il expose l'influence exercée par les astres sur la Terre mais en s'efforçant d'aborder l'astrologie avec un esprit scientifique, les Harmoniques dans lequel il décrit  le concept de l'harmonie des sphères célestes (comme les pythagoriciens, Ptolémée voit dans le mouvement des planètes une harmonie musicale), et Optique dans lequel il avait dressé des tables de la réfraction, meilleures que celles d'Hipparque, et qui s’avéra utile pour la correction des observations astronomiques.

Beaucoup de ses théories étaient fausses, certes, mais elles donnaient des réponses rationnelles selon les moyens techniques de l’époque. Malheureusement, les théories d’Aristarque et de Séleucos furent progressivement oubliés, au profit des erreurs d’Aristote et de Claude Ptolémée. Cet exposé, synthèse de toutes les connaissances astronomiques de l‘Antiquité, ne sera remis en question qu'au XVIe siècle par le système de Copernic.

 

L'implication des chrétiens dans les débats

 

Avec le christianisme, les choses se compliquent quelque peu. Dans un premier temps, la majorité des religieux acceptèrent sans difficulté les données de l'astronomie antique. Cependant, quelques-uns adoptèrent des positions littérales à la lecture de la Bible. Le plus connu d’entre eux est l'apologiste chrétien Lactance (vers 250 ; vers 325). Huit siècles après Aristote, cet Africain soutint dans ses Institutions divines que la Terre est plate, arguant notamment "qu'il est insensé de croire qu'il existe des lieux où les choses puissent être suspendues de bas en haut". Cependant, hormis Lactance qui ne conçoit qu’une Terre plate, peu remettent en cause la sphéricité de notre planète bleue avant le Vème siècle. Cette connaissance est maintenue grâce aux traductions latines du Timée de Platon par le philosophe néo-platonicien Calcidius. Nous ne connaissons quasiment tien de ce dernier, si ce n'est cette réalisation et qu'il vécu au IVème siècle. En réalité, c’est le conséquent commentaire qui accompagnait la traduction de ce dernier qui se révéla important, car Calcidius y résuma les connaissances astronomiques du Ier siècle en reprenant la plus grande partie du chapitre « Astronomie » de l'Exposition des connaissances mathématiques utiles à la lecture de Platon écrite par Théon de Smyrne (maître d'école platonicien qui aurait vécu entre 70 et 135). Les travaux de Calcidius récapitulent des connaissances d'Hipparque ou encore d'Héraclide, et seront repris au Moyen-Age. Son livre fut publié à plusieurs reprises, dont en 1617 par Johannes Meursius à Leyde, et a donc traversé le temps. La sphéricité de la Terre ne fut donc pas oubliée au Moyen Age, mais il faut rappeler que seuls les religieux et les nobles savaient lire, et par conséquent très peu de personnes connaissaient cette théorie. Le peuple ne se basait seulement sur ce qu'on leur disait, c'est-à-dire les écritures saintes qui expliquaient que la Terre était plate. Mais en parallèle, le néo-platonicien Calcidius n'a pas mentionné les travaux d'Aristarque et de Seleucos qui pensaient que la Terre tournait autour du Soleil. L'hypothèse héliocentrique sombra dans l'oublie durant plusieurs siècles au profit de la géocentrique conforme à l'interprétation de la Bible.

 

A la fin de l'Antiquité, plusieurs auteurs confirment la sphéricité de la Terre et y compris des auteurs chrétiens. Nous pouvons prendre pour exemple Jérôme de Stridon (347 ; 420), appelé aussi saint Jérôme et auteur d'un Commentaire de l'Epître aux Ephésiens, qui allait jusqu'à critiquer ceux qui nient le modèle sphérique de notre planète. Un autre saint, Augustin d'Hippone (354 ; 430) expliquait qu'il n'y avait même pas de débat à avoir sur la forme de la Terre, écrivant dans La Cité de Dieu que c'est la « vertu divine qui est la cause de la rondeur de la terre et du soleil » (Augustin d'Hippone, La Cité de Dieu, Livre XII, chapitre XXV). Il préférait se poser la question de savoir s'il y a des habitants dans « la partie qui est sous nos pieds », mais tout en concluant qu'il « y a trop d’absurdité à dire que des hommes aient traversé une si vaste étendue de mer pour aller peupler cette autre partie du monde » (Augustin d'Hippone, La Cité de Dieu, Livre XVI, chapitre IX). Quasiment à la même période, l'auteur latin Flavius Macrobius Ambrosius surnommé couramment Macrobe (vers 370 ; vers 440) avait la même interrogation qu'Augustin. Dans son Commentaire sur le songe de Scipion, il a émit l'hypothèse d'antipodes peuplées et a même exposé une théorie de cinq zones climatiques : « Quant à la zone tempérée australe, située entre KL et EF, la raison seule nous dit qu'elle doit être aussi le séjour des humains, comme placée sous des latitudes semblables. Mais nous ne savons et ne pourrons jamais savoir quelle est cette espèce d'hommes, parce que la zone torride est un intermédiaire qui empêche que nous puissions communiquer avec eux » (Macrobe, Commentaire sur le Songe de Scipion, Livre II, chapitre V). De surcroît, non seulement il affirma que la Terre est sphérique, mais en plus il a fourni une explication rationnelle sur le déroulement des jours et des nuits : « Le premier de ces deux cercles est ainsi nommé, parce qu'il nous indique le milieu du jour quand nous avons le soleil à notre zénith ; or, la sphéricité de la terre s'opposant à ce que tous ses habitants aient le même zénith, il s'ensuit qu'ils ne peuvent avoir le même méridien, et que le nombre de ces cercles est infini. Il en est de même de l'horizon, dont nous changeons en changeant de place; ce cercle sépare la sphère céleste en deux moitiés, dont l'une est au-dessus de notre tête » (Macrobe, Commentaire sur le Songe de Scipion, Livre I, chapitre XV).

Durant le Moyen Age, le philosophe romain et très chrétien Anicius Manlius Severinus Boethius (470 ; 524), surnommé Boèce, évoquait la « masse arrondie de la Terre » dans sa Consolation de la philosophie (Livre II, chapitre XIII). Le moine Bède le Vénérable (672 ; 735), qui a lu des passages d'Histoire naturelle de Pline l'Ancien, affirma également que la Terre était ronde, à la fois dans Sur la nature des choses et dans Sur le décompte du temps. Ces quelques exemples prouvent que bon nombre d'intellectuels chrétiens ne remettaient pas en cause la sphéricité de Terre, ou du moins sa rotondité. Le savoir grec antique n'est d'ailleurs pas oublié, nous pouvons citer le savant Gerbert d'Aurillac (946-1003), également pape sous le nom de Sylvestre II entre 999 et 1003, qui évoquait les idées d'Eratosthène dans le chapitre XCIII de sa Géométrie. De plus, ces chrétiens avaient tendance à penser que la science et la religion n'étaient pas des domaines contradictoires. Néanmoins, concernant la place de la Terre de l'espace, l'héliocentrisme est complètement oublié au profit de la conception aristotélicienne affirmant le géocentrisme, et conduisit même à des résultats surprenants. Par exemple, l'auteur latin du Vème siècle Martianus Capella expliquait que la Terre était immobile au centre de l’Univers, tandis que les étoiles dont le Soleil et la plupart des planètes naviguaient autour d’elle, mais alors que Mercure et Vénus tournent autour du Soleil (Martianus Capella, Noces de Philologie et de Mercure, Livre VIII). Autre originalité, la savant et religieux irlandais Jean Scot Erigène (vers 810 ; vers 876) reprend l'idée de Capella dans son Periphyseon tout en faisant aussi tourner Mars et Jupiter autour du Soleil. On assiste donc à l'émergence d'un géo-héliocentrique durant le Haut Moyen-Âge.

En réalité, il n'y aurait pas eu de décadence scientifique sans le développement d'un courant prônant une lecture littérale de la Bible et développé par l’École théologique d'Antioche.

 

La lutte des écoles théologiques responsable de la décadence scientifique

 

Pendant les premiers siècles de notre ère, une ville est véritablement le centre des recherches scientifiques, Alexandrie d'Egypte. Il y avait deux écoles influentes à cette époque, l’École néoplatonicienne d'Alexandrie et l’École théologique d'Alexandrie. L’École néoplatonicienne d'Alexandrie enseigna le savoir astronomique grec reprenant les idées de Platon et d'Aristote concernant la sphéricité de la Terre mais aussi évidemment l'idée de la Terre au centre de l'Univers. Ce centre se montrait tolérant envers l'implantation progressive du christianisme, et donc a pu demeuré en activité jusqu'en 640, c'est-à-dire jusqu'à sa fermeture à cause de la conquête arabo-musulmane. Quant à l’École théologique d'Alexandrie, créée au IIème siècle, leurs membres prônaient la lecture de la Bible dans le cadre de la recherche, mais d'une manière allégorique. Ils considéraient que la religion chrétienne et la Science n'étaient pas contradictoires. Par conséquent, si les néoplatonicien acceptaient la présence des chrétiens, les théologiens d'Alexandrie acceptèrent la conception néoplatonicienne de l'univers avec l'idée de la Terre sphérique. La tolérance à la fois religieuse et scientifique perdura après la chute de l'Empire romain et jusqu'à l'invasion des arabo-musulmans. Ainsi, dans le courant du IVème siècle, le grand mathématicien Pappus d'Alexandrie a pu résumer l'ensemble des savoirs mathématiques de l'époque dans ses Collections mathématiques, et a même produit un commentaire sur l'œuvre de Ptolémée. Et Jean Philopon (vers 490 ; vers 570), auteur de la Création du monde, expliquait que la lecture de la Bible ne devait pas être interprété de manière radicale, car « Il ne faut pas s’attacher à la lettre nue, mais chercher le sens caché de chacun de ces mots » (Jean Philopon, La Création du monde, Livre I, Chapitre 19). Cependant, trois événements vont engendrer le déclin de la recherche à Alexandrie : la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie en 389 à la suite d'une révolte ; la conquête arabo-musulmane en 640 qui engendra la fermeture des écoles ; et entre temps l'émergence de l’École théologique d'Antioche dont l'influence va éclipser l’École théologique d'Alexandrie.

 

A suivre ...

 

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Publié par VSA - dans Antiquité
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12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 22:12

cartesa9do9.jpgOn croit souvent que les hommes ont d'abord affirmé que la Terre était plate, et que Nicolas Copernic, Johannes Kepler et Galileo Galilei ont été les premiers à prouver que notre planète n’était pas le centre de l’Univers. Pourtant, il s’agit d’erreurs monumentales. Ces thèses d'une Terre sphérique et tournant autour du Soleil, nouvelles pour l’Europe Chrétienne durant la Renaissance, existaient déjà dès l’Antiquité. Alors comment se fait-il que les humains ont d’abord pensé que la Terre était sphérique, avant d’affirmer qu’elle était plate ? Pourquoi a t-on longtemps cru que notre astre était au centre de toute chose ? Nous allons d’abord constater que les premières civilisations antiques avaient déjà essayé de représenter notre astre malgré des connaissances primitives. Ensuite, nous analyserons les premiers savants à s’être intéressés à sa forme et à sa position dans l’Univers. Nous allons savoir comment s’est effectuée ce que nous pouvons appeler la « décadence scientifique », durant la christianisation de l’Empire Romain puis au Moyen Age. Enfin, on va constater quelques survivances aux pensées antiques qui seront notamment étudiés par les savants de la Renaissance, mais aussi d'une manière plus limitée au Moyen Age. Petite information sur ce sujet, on dit souvent que la Terre est « ronde ». Il s’agit d’une erreur de langage, puisqu’un disque peut être à la fois plat et rond alors que la terre n’a pas la forme d’un disque. Il est donc plus correct d’expliquer que notre planète est « sphérique ».

  

Les premières représentations

 

Au-delà des conceptions mythiques héritées des traditions préhistoriques, la forme et la configuration de la Terre furent étudiées dès les époques historiques les plus anciennes. Nous pouvons l’affirmer par des cartes gravées sur des tablettes en argile trouvées lors de fouilles en Mésopotamie. La plus ancienne carte géographique que nous connaissons connue figure sur une tablette d'argile sumérienne et provenant des fouilles de Ga-Sur à Nuzi, en Irak. Elle date de 2500 avant notre ère et se trouve actuellement au Musée Sémitique de l'Université de Harvard à Cambridge, dans l’état américain du Massachusetts. Un peu plus récente, une carte appelée « mappemonde babylonienne » se trouve sur les bases d’une tablette en terre cuite de 12,2 cm sur 8,2 cm conservée au British Museum de Londres. Agée d’entre 700 à 500 avant notre ère, cette figure est la plus vieille représentation connue de notre monde et illustre les connaissances géographiques des anciens peuples de la Mésopotamie. On suppose qu’elle provient du site archéologique de Sippar, appelé aujourd’hui Abu Habbah, c’est-à-dire au sud-ouest de Bagdad (en Irak). Au centre de cette carte, on peut facilement apercevoir Babylone. Aux alentours, on observe un disque entouré d'eau et prolongé par les sept îles d'un océan céleste. On peut supposé que c’est le Golfe Persique qui est dessiné comme une rivière encerclant le monde, et que les fleuves Euphrate et Tigre coulent vers lui. Cette tablette comporte également des inscriptions en caractères cunéiformes. Le texte mentionne "Utnapishtim" et "Sargon d'Akkad". De plus, le Nord est indiqué par les mots traduits "là où le soleil ne se voit pas". Enfin, il ne faut pas oublier que les arpenteurs égyptiens effectuaient régulièrement des opérations cadastrales, quasiment après chaque crue annuelle du Nil. Ils avaient acquis des connaissances empiriques assez vastes en géométrie pour pouvoir résoudre les problèmes topométriques. De plus, un débat demeure sur la conception de la Terre par les prêtres égyptiens. Il n’est pas impossible qu’ils la considéraient comme sphérique. Les Égyptiens avaient déjà découvert que le Soleil se retrouve à la même position par rapport aux étoiles en approximativement 365 jours, et constatèrent que l'apparition de Sirius, étoile très brillante située à l'est du Soleil, coïncidait avec la crue annuelle du Nil. Ils adoptèrent ainsi un calendrier annuel vers le IVe millénaire av. J.-C. Cependant, c’est incontestablement dans la Grèce antique que les questions sur la sphéricité et la situation de la Terre furent étudiées le plus, par l’intermédiaire des savants de l‘époque.

 

thales1.jpgL’étude de la Terre par les premiers savants grecs

 

Il semblerait, selon les sources, que le premier savant connu à avoir tenté d’analyser la forme de notre planète n’est autre que Thalès de Milet (-625 ; -547), l'un des pionniers des mathématiques. On lui attribue généralement l'idée d'une Terre en forme de disque flottant sur un océan infini (Theodor Gomperz, Les Penseurs de la Grèce : histoire de la philosophie antique, tome I, livre I, chapitre 1, II). Cependant, l'idée d'un disque terrestre entouré du fleuve Océan est déjà présent dans les chants épiques attribués à Homère et antérieurs à Thalès. Toutefois, ce fut un progrès puisque le natif de Milet rompit avec les représentations mythologiques, telles qu'on les retrouve chez Hésiode (VIII-VIIe siècle avant J.C), d'une déesse Terre (Gaia) qui occupait le bas de l'univers et qui possédait des racines. En fait, il conçut un disque plat posé sur l'eau car ils pensaient mouvements de l'eau engendraient les tremblements de terre. Mais la Terre repose sur l'eau, sur quoi l'eau repose-t-elle ? D’autres natifs de Milet approfondirent les recherches. Anaximandre de Milet (-610 ; -547), contemporain de Thalès, émit une idée un peu différente. D’après lui, la Terre était cylindrique, se situait au milieu d'un univers infini, de sorte qu'il n'y ait aucune raison pour que la Terre se dirige d'un côté plutôt que de l'autre. Elle flotte en équilibre et sans être soutenue par quoi que ce soit (Hippolyte de Rome, Réfutation de toutes les hérésies, I, 5). Pourtant, malgré l’observation de la courbure, Anaximandre ne semblait pas concevoir la sphéricité de la Terre. Anaximène (-585 ; -525), disciple d'Anaximandre et natif lui aussi de Milet, proposa aussi une vision différente de celle de Thalès. Selon lui, la Terre est un disque très aplati baignant dans un océan fini, le tout étant maintenu dans l'espace sur un coussin d'air. Plus précisément, il la concevait plate et circulaire, recouverte d'un dôme céleste. De plus, il considérait le Soleil et la Lune comme des disques plats qui tournaient autour de la Terre demeuraient soutenus dans l'air. Par ailleurs, il affirmait que l’air est à l’origine de toute chose. Dilaté à l'extrême, l’air se transforme en feu. Comprimé, il se transforme en vent puis il produit des nuages. Encore plus comprimé, l’air donne de l'eau. Une compression extrême de l'eau transforme celle-ci en terre, dont la forme la plus condensée est la pierre. Mais de manière générale, il suivait ses prédécesseurs en pensant que la Terre et les différents astres étaient en suspension. Toutefois, il ajouta que le Soleil ne passe pas sous la Terre. Selon lui, la nuit se dissimulait derrière l'horizon pour retourner à son point de départ matinal. Cependant, il restait des progrès à faire en matière d‘astronomie. Anaximène croyait que les étoiles étaient clouées à la voûte céleste, ce qui en faisait les éléments les plus éloignés de la Terre. Un peu plus près se trouvaient les planètes, puis le Soleil et enfin la Lune (Diogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, II, 3 à 5).

Un tournant majeur intervient avec Hécatée de Milet (-548 ; -475), historien et géographe qui explora la Grèce, l‘Egypte, l’Empire Perse et tous les autres contours de la Méditerranée et de la Mer Noire. A travers son œuvre Périégèse, Hécatée réalisa une description approximative de l’Europe, de l’Afrique et de l’Asie. 300 fragments de cette mappemonde nous sont parvenus sous forme de citations. Cependant, cette source dévoile les lacunes dans les connaissances limitées de l'époque, ainsi que les préjugés chauvinistes des Grecs qui se positionnaient eux-mêmes au centre du monde. De plus, le géographe ne tint pas compte des données géographiques plus précises rapportées par le navigateur phénicien Hannon (Jean-Gabriel Demerliac et Jean Meirat, Hannon et l'Empire Punique, Paris, 1983). On n’a pas de date de vie précise sur lui mais il devait vivre à peu prêt à la même période qu’Hécatée. Hannon fit notamment le tour de l’Afrique, ce que n‘a pas fait le géographe grec. Les renseignements donnés par le Phénicien tombèrent dans l'oubli pendant plus de deux mille ans. Cependant, même s’il tenta une description du monde, il ne semblait pas s’intéresser à sa forme. Enfin, un dernier personnage fut influencé par l’école milésienne (Milet). Originaire de Clazomènes, en Ionie (près d’Izmir en Turquie), Anaxagore (-500 ; -428) est le premier philosophe connu à s’établir à Athènes, avant de se retirer à Lampsaque, une colonie de Milet. Il étudia les théories de ses prédécesseurs mais en les contestant la supposée forme plate des astres. Il affirma notamment que les planètes et que la Lune n'étaient pas des disques mais des corps solides analogues à la Terre et lancés dans l'espace comme des projectiles. De plus, la Lune possédait un corps opaque avec des montagnes et des plaines, éclairé par le Soleil envisagé comme un disque de feu. Par ailleurs, il explique les mouvements diurnes du Soleil et de la Lune et professe une théorie exacte des éclipses lunaires (Paul Couderc, Histoire de l'astronomie, « Que sais-je », n°165, p. 47).

 

philolaos.gifMalgré tout, ce ne sont pas les disciples de Thalès qui vont découvrir la sphéricité de la Terre mais les pythagoriciens. Déjà Pythagore de Samos (-580 ; -497) aurait été le premier à l’évoquer, mais ne l’aurait pas démontré (Paul Pédech, La géographie des Grecs, Presse Universitaire Française, Paris, 1976, p. 38). Il « fut le premier à appeler le ciel cosmos (ordre) et à dire que la Terre est ronde » (Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, livre VIII, Le livre de poche, 1999). Cependant, il est difficile d’attribuer à Pythagore qui, à notre connaissance, n’a jamais rien écrit de son vivant. De plus, les premiers biographes ont écrit plusieurs siècles après sa vie. Malgré tout, nous savons qu’il fonda une école à Crotone, en Italie du Sud, et ses élèves continueront ses recherches (Paul Couderc, Histoire de l'astronomie, « Que sais-je », n°165, p. 44-45). La pensée pythagoricienne va influencer considérablement les scientifiques d’Italie du Sud et de Sicile. Parmi les successeurs de Pythagore, on sait avec certitude qu’un savant peu connu affirmait que la Terre était sphérique. Son nom est Parménide d’Elée. Nous savons qu’il a vécu entre la fin du -VIème et le milieu du -Vème siècle, mais nous ne possédons pas de datation précise. Selon Diogène Laërce, le pythagoricien était le premier à affirmer que la Terre est ronde ou sphérique (Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, IX, III, 21, traduction par Marie-Odile Goulet-Cazé, Le livre de poche, 1999). Parménide a écrit un poème, dont plusieurs fragments furent retrouvés. Des passages indiquent les pensées du philosophe, et nous pouvons en relever deux très intéressants :

- « Mais, puisqu’il est parfait sous une limite extrême !       

Il ressemble à la masse d’une sphère arrondie de tous côtés,

également distante de son centre en tous points. » (Poème de Parménide d’Elée, VIII, 42-44, traduction française de Paul Tannery, Pour l'histoire de la science hellène, de Thalès à Empédocle, 1887).

- « Tu sauras la nature de l’éther, et dans l’éther
tous les signes et du Soleil arrondi la pure
lumière, ses effets cachés et d’où ils proviennent ;
tu apprendras les œuvres vagabondes de la Lune circulaire. »
(Poème de Parménide d’Elée, X, traduction française de Paul Tannery, Pour l'histoire de la science hellène, de Thalès à Empédocle, 1887).

Un autre pythagoricien d’Italie du Sud va s’illustrer, Philolaos de Crotone. Tout d’abord, il fit une compilation écrite des enseignements pythagoriciens, dont il reste plusieurs fragments (traduction des fragments par Anthelme-Édouard Chaignet, Pythagore et la philosophie pythagoricienne, contenant des fragments de Philolaüs et d'Archytas (1873), Adamant Media Corporation, 2002). De plus, il est à notre connaissance le premier philosophe à proposer un univers qui n’est pas géocentrique, c’est-à-dire avec une Terre qui n’est pas au centre de l’Univers. Pour cela, nous nous référons notamment au texte de la fin du Ier siècle d'Aétius de Byzance (Aétius, Opinions, II, VII, 7), qui fournit une présentation relativement complète de la conception cosmologique de Philolaos. En effet, il place un Feu Central « Estia » (donc Hestia) au centre de l’Univers, puis une anti-Terre. Or le Feu Central n'est pas le Soleil, il reste invisible et on ne perçoit sa lumière que reflétée par le Soleil. Il s’agit donc d’une force physique située au centre. L’anti-Terre tournait aussi autour de ce centre, mais comme elle en était plus rapprochée, elle demeurait également invisible. Tous les autres corps, y compris la Terre et le Soleil, étaient censés tourner sur des orbites circulaires autour de ce Feu Central. Au fond de ce Cosmos, on retrouve les étoiles fixes, puis l’Olympe se situe au-delà, c’est-à-dire le domaine des Dieux. Cette représentation est semi-mythologique et non héliocentrique. Néanmoins, il défendit une thèse intéressante, à savoir que la Terre était une planète produisant la nuit et le jour en tournant sur elle-même, ce qui était une idée nouvelle pour l'époque. Par conséquent, il considère clairement la Terre comme ronde ou sphérique (Paul Couderc, Histoire de l'astronomie, « Que sais-je », n°165, p. 50). Enfin, Philolaos évalua avec précision le mois lunaire à 29 jours et demi, l’année lunaire à 354 jours et l’année solaire à 365 jours et demi. Par la suite, Hicétas de Syracuse (-400 ; -335) fut l’un des premiers Sicilien à effectuer des recherches sur la forme et la position de la Terre. Selon Aétius, Hicétas aurait développé l’hypothèse de l’anti-Terre conformément aux idées de Philolaos (Aétius, Opinions, III, IX, 1-2). Il soutenait que la voûte céleste est fixe, et que seule la Terre est en mouvement et tourne autour de son axe, ce mouvement expliquant l’illusion du mouvement de tous les astres. Même s’il avait tort, il était persuadé que la Terre tournait sur elle-même : « la Terre tourne et pivote sur son axe à très grande vitesse » (Cicéron, Premiers Académiques, II, 39, § 123). On sait qu’Hicétas a eu un disciple dont on ne connait quasiment rien, Ecphantos de Syracuse. Ce dernier pensait que l’univers était constitué d’atomes en nombre infini et selon un principe divin (Aétius, Opinions, I, III, 19, Hippolyte de Rome, Réfutation de toutes les hérésies, I, 15). Cet espace est un et est sphérique. La Terre est au centre de cette sphère, et tourne sur elle-même d’ouest en est. Il contredit donc Philolaos de Crotone car ce dernier soutenait au contraire que la Terre n’était pas au centre. Néanmoins, nous constatons que tous pensent que la Terre tourne sur elle-même, et la considèrent donc ronde ou sphérique.

 

Au fil des temps, les théories se développent. Cependant, à partir du -IVème siècle, les savants vont davantage émettre des hypothèses selon des observations.

 

Geocentr.jpgLes premières observations scientifiques des savants antiques

 

La sphéricité de la Terre était donc une évidence pour les savants grecs. Platon (-429 ; -348), disciple de Socrate et maître d’Aristote, affirmait également que la Terre était sphérique, mais au centre de l'univers (Paul Pédech, La géographie des Grecs, Presse Universitaire de France, Paris, 1976, p. 39). Cette forme lui paraît plus rationnelle. Selon lui, la Terre était entourée d'une sphère d'eau, d'une sphère d'air et d'une sphère de feu. De plus, les 7 planètes évoluent dans une région intermédiaire, tandis que les étoiles se trouvent dans la partie supérieure de la sphère de feu (Platon, Timée, 63 a, et Phédon, 97 d-e, 108 d-113 et 110 b).

Puis au IVème siècle avant notre ère, un penseur original, ni milésien et ni pythagoricien, va s’illustrer comme étant l’un des premiers à tirer ses théories d’observations (François Lasserre, Eudoxe de Cnide, Berlin, 1987). Eudoxe de Cnide (-408 ; -355) fut le premier auteur grec d’une carte stellaire. Il a appris la géométrie auprès du pythagoricien Archytas (vers -390), puis se rendit à Athènes et fréquenta l’école de philosophie fondée par le disciple de Socrate Aristippe de Cyrène. Il aurait également voyagé en Perse puis en Egypte, avant de rejoindre Halicarnasse. Il y fréquenta Mausole satrape de Carie de -377 à -353. Ayant acquis beaucoup de connaissances, il retourna à Athènes et fut un temps disciple ou assistant de Platon. Enfin, il revint chez lui à Cnide afin de fonder une école. Tout d’abord, il a évalué avec une grande précision la longueur de l’année solaire, qu’il estimait à 365,25 jours. Il n’est pas impossible qu’il se soit basé d’après des observations égyptiennes ou babyloniennes. Il ne serait pas un cas unique. Tout comme Platon, Eudoxe pensait que la Terre était sphérique et se situait au centre de l’univers. Même s’il va effectuer ses théories d’après l’observation, il va se tromper sur la situation de la Terre et des autres astres composant notre système solaire. En effet, il fut surtout réputé pour avoir émit la théorie dite des "sphères homocentriques". Il croyait que les astres tournent tous autour de la Terre qui est immobile. Il contredit plusieurs pythagoriciens qui avaient bien perçu que notre planète tournait sur elle-même. Comme Platon, il estimait que mouvements de chaque astre sont commandés par un groupe de sphères qui lui sont propres. Pour l‘homme de Cnide, il y en a 3 pour le Soleil et la Lune, et 4 pour les planètes connues (Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, VIII, 86-91). De plus, chacun de ces astres serait encastré dans une sphère qui est centrée sur la Terre et possédait un mouvement circulaire autour d'un de ses diamètres. Les deux extrémités sont elles-mêmes fixées à une seconde sphère, et aussi centrées sur la Terre avec un mouvement circulaire. Mais le point intéressant, c’est qu’il découvre que les astres tournent à une vitesse constante autour de leur axe mais qu’ils ne possèdent pas tous la même vitesse (« Sur les écrits et les travaux d'Eudoxe de Cnide, d'après M. Ludwig Ideler, membre de l'Académie de Berlin, et sur quelques points relatifs à l'histoire de l'astronomie et à la chronologie anciennes », Journal des savants, 1840-41). Malgré toutes ces erreurs, la sphéricité de la Terre est avérée par Eudoxe de Cnide.

 

platon-aristote.jpgCependant, la véritable avancée vient avec Aristote de Stagire (-384 ; -322) qui ne va pas se contenter de dire se qu’il pense mais va apporter des preuves scientifiques sur la forme de la Terre et sa position dans l’Univers. Il est intéressant de connaître la vie d’Aristote afin de démontrer qu’il reçu des connaissances de plusieurs courants intellectuels. Tout d’abord, il faut savoir qu’il est issu d’une famille aisée puisque son père Nicomaque fut le médecin du roi Amyntas II de Macédoine. Sa mère, Phaéstis, était sage-femme et originaire de l'île d'Eubée. Il perdit rapidement ses parents, et fut élevé par son beau-frère Proxène d'Atarnée, habitant Atarnée (en Mysie), et se lia d’amitié avec le futur tyran de Mysie Hermias d'Atarnée. Cependant, comme Aristote était originaire de Stagire, une colonie grecque, et que sa mère venait de l’île grecque d’Eubée, il fut donc considéré comme grec. Mais il était assoiffé de connaissance, et il savait que le meilleur endroit pour en acquérir était à cet époque Athènes. Il s’y rendit et commença par suivre l’enseignement de l’orateur et professeur de rhétorique Isocrate. Cependant, il préféra intégrer l’Académie de Platon vers -367, à une époque où Platon se trouvait en Sicile. Il fut rapidement remarqué pour ses connaissances, au point que Platon lui donna le droit d’enseigner. Il écrivit plusieurs ouvrages traitant de physique, de philosophie, de métaphysique et même de politique. Il resta 20 ans à l'Académie, jusqu'à la mort de Platon en -346. Après le décès de ce dernier, ce fut le Speusippe qui lui succéda, célèbre pour avoir effectué une classification générale des plantes et des animaux. Mais lui et Aristote s’opposèrent régulièrement. Le natif de Stagire quitta Athènes pour Atarnée avec deux confrères, le platonicien Xénocrate et le naturaliste Théophraste. De plus, à cette époque, beaucoup d’intellectuels fuyaient la Grèce car le royaume de Macédoine de Philippe II se faisait menaçant. A Atarnée, il rejoignit son ami le tyran Hermias de Mysie, puis ouvrit une école de philosophie avec plusieurs platoniciens. Cependant, la Perse d’Artaxerxès III attaqua la Mysie, et Hermias d’Atarnée fut livré à l’ennemi puis exécuté. Alors Aristote se rendit sur l’île de Mytilène, non loin de Lesbos, chez son ami Théophraste. Il y ouvrit sa deuxième école. Mais à sa grande surprise, le roi Philippe II de Macédoine le contacta pour devenir le précepteur du prince héritier Alexandre VI, alias Alexandre le Grand, à l‘époque âgé de 13 ans. À la cour de Mieza, au nord de Pella (capitale de la Macédoine), il acquiert de nombreuses amitiés. Entre -345 et -335, il va se déplacer à Assos, Mitylène et à Mieza. Il poursuit plusieurs œuvres commencées précédemment, et en écrivit d‘autres. Parmi celles-ci, l’un va nous intéresser : Traité du Ciel. En parallèle, il voulait s’occuper de la reconstruction de Stagire, détruite en -349. Puis Aristote revint à Athènes en -335, c’est-à-dire 3 ans après sa prise par Philippe II. De plus, il souhaite obtenir la direction de l’Académie, mais cela lui échappe au profit de son confrère Xénocrate. Alors il fonde sa troisième école, le Lycée, sur un terrain loué et non acheté (Aristote était un métèque selon la législation athénienne, il n'avait donc pas le droit à la propriété). Le Lycée se composait de plusieurs infrastructures, notamment d’une école, d’une bibliothèque et d’un musée. Il était financé par Alexandre le Grand. A l’intérieur de cet établissement, Aristote faisait deux types de cours. Celui du matin était appelé "acroamatique" (enseignement oral) et fut réservé aux disciples avancés. Celui de l'après-midi était appelé "exotérique" (enseignement public) et fut ouvert à tous les individus. Il resta 13 ans au lycée (-335 à -323), et poursuivit ses écris. Cependant, un débat demeure. Il avait aussi peut-être accompagné Alexandre le Grand en Asie Mineure, en Syrie et en Égypte entre -335 et -331. Il aurait pu dévoiler ses idées à certains savants de ces régions, mais nous n‘en savons strictement rien. Quoi qu‘il en soit, nous savons que les relations entre les deux hommes vont s‘effriter en -327, après qu‘Alexandre fit mettre à mort Callisthène d'Olynthe, c’est-à-dire le neveu d'Aristote. Malgré tout, Aristote va continuer à enseigner à Athènes jusqu’à la mort du conquérant macédonien, en -323. A ce moment, la cité grecque entre en conflit civil puisque les Athéniens se rebelles, et Aristote est menacé par parti anti-macédonien de Démosthène. De plus, il fut accusé d’impiété pour avoir composé un hymne à son ami défunt Hermias d'Atarnée, car les hymnes étaient normalement réservés au culte des dieux. Il fuit alors Athènes, même si son ami Antipater, ancien lieutenant de Philippe II et gouverneur de la Macédoine pendant les expéditions d'Alexandre, soumit les Athéniens à Crannon. Aristote s’installe à Chalcis en -322, ville de l’île d’Eubée. C’est là qu’il mourut à 63 ans, probablement d’ne maladie d’estomac qui le minait depuis très longtemps. Son corps fut ramené à Stagire. Théophraste, son condisciple et meilleur ami, succéda à Aristote à la tête du Lycée. Le Lycée subsistera jusqu'en 529 de notre ère, c’est-à-dire pendant près de 900 ans. Les enseignements d’Aristote se transmettront de générations en générations. Il fermera sr l’ordre de l’empereur romain d’Orient Justinien Ier, qui voulait mettre fin à un philosophie considéré comme païenne.

Pourquoi raconter tout son parcours bien rempli ? Tout simplement pour bien faire comprendre que le natif de Stagire avait enseigné dans beaucoup de lieux, parmi des gens issus de la bonne société (rois, aristocrates, …), et influença un nombre considérable de savants qui lui succèderont, notamment grâce au Lycée (c‘est pour cette raison que ses successeurs seront désignés comme des aristotéliciens). Son enseignement se diffusera au-delà de la Grèce pendant des siècles. Alors quels étaient les théories d’Aristote en matière d‘astronomie ? Grâce à ses observations, il ne se contente pas de faire de la sphéricité de la Terre une question de principe, mais il va avancer des arguments physiques et empiriques dans son Traité du Ciel. Il va effectuer deux constats prouvant définitivement que la Terre est sphérique (Paul Pédech, La géographie des Grecs, Presse Universitaire Française, Paris, 1976, p. 39). Tout d’abord, il constate qu’à chaque fois qu'il y a des éclipses de Lune, la forme réfléchie de l’ombre est toujours courbée. Aristote a dit : "lors des éclipses, la Lune a toujours pour limite une ligne courbe : par conséquent, comme l'éclipse est due à l'interposition de la Terre, c'est la forme de la surface de la Terre qui est cause de la forme de cette ligne." (Aristote, Traité du Ciel, II, 14). Ensuite, il remarque les changements observés dans l’aspect du ciel lorsqu'on se déplace du nord au sud, et que les étoiles apparaissent au-dessus de l’horizon tandis que d'autres étoiles disparaissent sous l'horizon dans la direction opposée. En effet : "D'après la manière dont les astres se montrent à nous, il est prouvé que non seulement la Terre est ronde, mais même qu'elle n'est pas très grande, car il nous suffit de faire un léger déplacement, vers le sud ou vers l'Ourse, pour que le cercle de l'horizon devienne évidemment tout autre. […] Ainsi, quand on suppose que le pays qui est aux colonnes d'Hercule va se rejoindre au pays qui est vers l'Inde, et qu'il n'y a qu'une seule et unique mer, on ne me paraît pas faire une supposition par trop incroyable." (Aristote, Traité du Ciel, II, 14-15). Enfin, il apporte un troisième argument, mais qui est faux, c’est que la Terre est au centre de l'univers qu'Aristote conçoit comme fini, donc la sphère serait la figure qui en résulte. Il pense également que les astres sont immobiles et transportés par des cercles auxquels ils sont fixés, puis tourne autour de notre planète, et que les différents objets sont attirés par le centre (Aristote, Traité du Ciel, II, 13). On peut néanmoins percevoir chez le philosophe les premiers balbutiements pour expliquer la force de la pesanteur. Les idées d’Aristote concernant la pesanteur ne seront reprises que par Straton de Lampsaque (vers -340 ; -268) puis seront oubliées jusqu’à la Renaissance. Le fondateur du lycée tentera de calculer le périmètre de la Terre, qu’il estimera à environ 400 000 stades olympiques (équivaut à 74 000 kilomètres), et insiste sur la petitesse de cette longueur par rapport aux distances des corps cosmiques. C’est presque le double de la valeur réelle, mais elle constitue la plus ancienne estimation du périmètre de la Terre dont on dispose (Aristote, Traité du Ciel, II, 14).

 

aristarque.jpgUn astronome platonicien moins connu et contemporain d’Aristote va aussi mentionner une idée intéressante. En effet, pour Héraclide du Pont (-388 ; -312), la Terre tourne sur elle-même et autour de son axe afin d'expliquer le mouvement apparent des étoiles au cours de la nuit, et ajoutait que les planètes Mercure et Venus tournaient autour du Soleil. Il est le premier platonicien à percevoir un système partiellement héliocentrique, tout comme auparavant le pythagoricien Philolaos de Crotone. Bien plus tard, Copernic le revendiquera comme prédécesseur quant à l'hypothèse sur la rotation de la Terre autour d'elle-même en 24 heures. Il avait tort car un pythagoricien que nous avons évoqué auparavant, Hicétas de Syracuse, avait indiqué que la Terre tournait sur elle-même plusieurs siècles avant Héraclide du Pont.

En parallèle, un philosophe aristotélicien continue les travaux d’Aristote, Straton de Lampsaque. Il fut précepteur du futur pharaon Ptolémée Philadelphe à la cour d’Alexandrie entre -300 et -294, puis fut recteur du Lycée en succédant à Théophraste de -289 jusqu‘à sa mort vers -270. Lui n’apportera rien de nouveau, mais il va avoir comme élève, en -287, un homme qui révolutionnera l’astronomie. En effet, on sait peu de choses sur Aristarque de Samos (-310 ; -230). De ses travaux en mathématique et en astronomie ne nous est parvenu que l'ouvrage Sur les dimensions et des distances du Soleil et de la Lune. Il n’est pas impossible qu'il ait écrit d'autres ouvrages disparus lors de la destruction de la bibliothèque d’Alexandrie. Par ailleurs, ce que nous en savons, nous l’avons appris par les écrits d’auteurs qui ne partageaient pas nécessairement son point de vue sur l’Univers. Selon les sources, Aristarque aurait été le premier à penser que la Terre tournait autour du Soleil. Il rompait ainsi avec les aristotéliciens qui dominaient la science grecque et plus tard romaine. D’après le natif de Samos, la Terre orbitait autour du Soleil en un cercle parfait et tournait sur son propre axe, ce qui expliquait le mouvement quotidien et annuel du ciel de nuit (Sir Thomas Little Heath, Aristarchus of Samos - The Ancient Copernicus, A history of Greek astronomy to Aristarchus together with Aristarchus, treatise on the sizes and distances of the sun and moon, a new Greek text with translation and notes, Oxford University Press, 1913). Cette théorie allait à complètement l’encontre des convictions religieuses et philosophiques formulées à l’époque. Il apporte quelques preuves à ce sujet. Si la Terre se déplace autour de l‘astre solaire, alors elle devrait voir les étoiles fixes suivant un angle différent selon la période de l'année. Aristarque indique que cette différence d'angle existe mais n'est pas décelable, car les étoiles fixes sont situées très loin de la Terre. Nous savons que son hypothèse est exacte, puisque cette parallaxe est aujourd’hui mesurable, contrairement à l‘époque. Dans le cas du natif de Samos, sa théorie sur la rotation de la Terre autour du Soleil expliquait le mouvement nocturne et annuel des étoiles. Cependant, il fait aussi la proposition suivante : lorsque la Terre tourne autour du Soleil, la position apparente des étoiles devrait varier légèrement. Si vous observez le ciel et que vous notez la position d’une étoile, vous constaterez que celle sélectionnée s’est légèrement déplacée si vous l’observez dans six mois. En réalité, il s’agit d’un déplacement angulaire apparent qui résulte du passage de la Terre d’un côté à l’autre du Soleil. Ce phénomène, qui s’appelle la parallaxe, est facile à observer. Il suffit de tendre la main devant vous avec le pouce levé, puis fermez un œil en regardez votre pouce. Ensuite, rouvrez-le et, en fermant l’autre, regardez à nouveau votre pouce. On a comme l’impression qu’il a changé de place. En passant d’un œil à l’autre, ce n’est pas votre pouce qui s’est déplacé mais votre point d’observation. Le même phénomène se produit aussi lorsque la Terre tourne autour du Soleil. Observer la position d’une étoile quand la Terre se trouve d’un côté du Soleil puis de l’autre, revient au même que de regarder votre pouce d’un œil puis de l’autre. La plupart des savants de l’époque se conformait aux théories d’Aristote et rejetaient le modèle héliocentrique, préférant le géométrisme. De plus, l’enseignement d’Aristarque de Samos ne s’est pas diffusé partout, contrairement à celui d’Aristote. Certains mathématiciens se posèrent une question d’ordre scientifique qui mis à mal la théorie du natif de Samos : pourquoi Aristarque n’a-t-il pas réussi à mesurer une parallaxe ? Celui-ci pensait avec justesse que les étoiles étaient trop éloignées pour que l’effet de parallaxe soit perceptible. Nous pouvons encore le vérifier avec l’expérience utilisée précédemment. Il suffit de tendre votre pouce à différentes distances de votre visage. Vous constaterez que plus vous le tenez éloigné, moins il a l’air de se déplacer. Si vous pouviez tendre le bras indéfiniment, le déplacement serait si infime qu’il serait imperceptible. Cependant, Aristarque ne pouvait démontrer avec les moyens de l’époque que les étoiles soient tellement éloignées et que les distances sont gigantesques. Les savants de son temps ne pouvait pas imaginer la taille d’une galaxie, d’une constellation, ni même de notre système solaire. Sa théorie pouvait donc paraître insensée. Finalement, le modèle héliocentrique a été rejeté car, s’il offrait une explication de l’apparence du ciel de nuit et de ses changements, il ne pouvait être testé avec les instruments de mesure de l’époque. Même l’un de ses meilleurs disciples d‘Alexandrie, le géomètre Apollonius de Perga (-262 ; -190), reprit le système géocentrique, étant donc en contradiction avec l'enseignement de son maître. La vision aristotélicienne de l’Univers a donc été conservée. Néanmoins, Aristarque de Samos ne sombrera pas dans l’inconnu. En effet, sa théorie sur l’héliocentrisme fut rappelée par le grand savant Archimède de Syracuse (-287 ; -212) à travers son ouvrage L’arénaire, dans lequel il écrit en préface : « Vous n'êtes pas sans savoir que par l'Univers, la plupart des Astronomes signifient une sphère ayant son centre au centre de la Terre […]. Toutefois, Aristarque de Samos a publié des écrits sur les hypothèses astronomiques. Les présuppositions qu'on trouve dans ses écrits suggèrent un univers beaucoup plus grand que celui mentionné plus haut. Il commence en fait avec l'hypothèse que les étoiles fixes et le Soleil sont immobiles. Quant à la terre, elle se déplace autour du soleil sur la circonférence d'un cercle ayant son centre dans le Soleil. »

 

eratosthenes.jpgAprès Aristote de Stagire et Aristarque de Samos, un troisième grec va révolutionner l’astronomie, Eratosthène de Cyrène (-273 ; -192). Il reçu un enseignement à Athènes, puis rejoignit la cour du pharaon Ptolémée III Evergète pour travailler à la bibliothèque d'Alexandrie. Selon nos connaissances actuelles, il fut le premier démontrer l'inclinaison de l'écliptique sur l'équateur (obliquité de l’axe de rotation terrestre) et fixa sa valeur à 23,51°. Il est aussi le véritable fondateur de la géodésie, qui consiste à mesurer et à représenter la surface terrestre. Il détermina le périmètre de la Terre par une méthode géodésique qui porte aujourd’hui son nom. Par cette méthode, il prouva définitivement que la Terre fut sphérique. Pour cela, il calcula les degrés de l'ombre d'un bâton planté à Syene (aujourd’hui Assouan) et de l’ombre formée par un obélisque dressé devant la bibliothèque d’Alexandrie à la même heure. En effet, connaissant la distance de Syène à Alexandrie et l'angle que fait le Soleil à la même heure, il put en déduire la grandeur du méridien terrestre. Après un simple calcul, il obtint une ellipse (courbe plane) qui en la prolongeant devenait une sphère, c‘est-à-dire la Terre. Il estima son périmètre à environ 39 350 kilomètres, ce qui est très proche des véritables mesures (environ 40 075 kilomètres). Nous ne savons pas comment Eratosthène connu la distance entre Syene et Alexandrie pour laquelle il indique une valeur de 5 000 stades. Il s’est probablement servi de cartes cadastrales égyptiennes dressées sur la base d'informations fournies par des « bématistes » (compteurs de pas), qui devaient effectuer le calcul après chaque crue du Nil. Il se peut également qu’il se doit fié aux indications peu précises des caravaniers qui avaient l'habitude de mesurer les distances en « chameau-jours ». Quoi qu'il en soit, il détermina pour la circonférence de la Terre une valeur de 250 000 stades égyptiens, soit une valeur de 39 375 kilomètres (Germaine Aujac, La Géographie dans le Monde antique, Paris, 1975, p. 15-20 et 70-78, et Ératosthène de Cyrène, le pionnier de la géographie: sa mesure de la circonférence terrestre, CTHS, Paris, 2001).

Malgré les précisions apportées par Eratosthène de Cyrène, d’autres savants tentèrent de calculer le périmètre de la Terre, mais ils s’éloignèrent davantage de la réalité, sombrant dans l’erreur. Posidonios d’Apamée (-135 ; -51) n’est pas le moins connu puisqu‘il fut l‘auteur d‘un globe en réduction reproduisant les mouvements conjoints des planètes du système solaire (Cicéron, De la nature des dieux, II, 88). En effet, selon lui, le périmètre de la Terre n’était que de 180 000 stades, soit 28 350 kilomètres. Il a utilisé la même méthode qu’Eratosthène, appliquée à l'arc de méridien entre Alexandrie et l’île de Rhodes. Il en estima une distance approximative selon le temps que prenait le trajet naval, à la vitesse de croisière normale d'une galère. Puis il déduisit la différence en latitude entre Alexandrie et Rhodes, mais obtint des valeurs erronées (Marie Laffranque, Poseidonios d'Apamée, Paris, 1964). Ces erreurs de Posidonios eurent un rôle important au cours de l’histoire. Pendant l’apogée de l’Empire Romain, Claude Ptolémée (100 ; 170) reprit ses calculs en croyant qu’ils étaient proches de la réalité, tout en évitant ceux d’Eratosthène. Les mesures du savant d’Apamée parvinrent jusqu’à la Renaissance, et a même peut-être influencé la décision de Christophe Colomb de rejoindre l’Asie en navigant par l’Ouest. En effet, selon les estimations de l'époque basées sur la valeur de la circonférence terrestre, l'Inde se situait seulement à 70 000 stades (soit environ 11 000 kilomètres) à l'Ouest des côtes européennes. Enfin, n’oublions pas qu’à la même époque d’Eratosthène de Cyrène, l’empereur de Chine Qin Shi Huang avait eut quelques problèmes avec les lettrés chinois, et donc fit brûler les ouvrages de savants anciens ainsi que ceux des intellectuels de l‘époque. Par conséquent, cet acte dramatique entraîna la destruction d’un grand savoir accumulé depuis des siècles, y compris d’observations astronomiques.

 

Tous les savants antiques étaient d’accords sur le fait que la Terre était sphérique. De plus, si la grande majorité des savants de l’époque avait adopté le modèle géocentrique, quelques rares comme Aristarque de Samos avaient conclu que c’était bien la Terre qui tournait autour du Soleil, et non le contraire. Mais l’héliocentrisme fut rejeté par la majorité des savants de l’époque, perdurant dans l’erreur. En avançant dans le temps, les savants vont davantage se tromper, principalement à partir de la christianisation de l’Empire Romain, avec l’influence de la religion monothéiste qui va s’imposer progressivement dans le milieu scientifique (http://realite-histoire.over-blog.com/article-depuis-quand-sait-on-que-la-terre-est-spherique-et-tourne-autour-du-soleil-partie-2-une-decadenc-74498092.html)

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Publié par VSA - dans Antiquité
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23 août 2009 7 23 /08 /août /2009 17:35

Le taoïsme, le confucianisme et le bouddhisme sont les trois grandes religions de l’Extrême Orient. Mais à la différence du bouddhisme, les deux premières n’ont pas pris une ampleur mondiale, leur rayonnement restant principalement limité aux peuples de culture chinoise, même si elles commencent tout juste à obtenir un certain succès chez d’autres peuples. Pourtant, elles se sont manifestées sous diverses manières, si bien qu’elles ont profondément muté. Cependant, quelle est l’origine du taoïsme et du confucianisme ? Ont-elles toujours été des religions où étaient-elles autrefois des philosophies ?


Histoire et développement

« Que les fleurs s’épanouissent, que cent écoles rivalisent ! » Prononcé par Mao Zedong (Mao Tsé-toung) lors d’un discours en 1956, le tyran paraphrasait en réalité l’expression qu’employaient les intellectuels chinois pour décrire la période que connu la Chine entre le Vème et le IIIème avant Jésus-Christ, c’est-à-dire à l’époque des « Royaumes combattants ». Cette période correspond à la fin de la longue dynastie Zhou (Tcheou) s’étalant entre –1122 et –256. La Chine était composée de plusieurs Etats féodaux qui se combattaient incessamment. Les troubles compromettaient l’autorité de la classe dirigeante traditionnelle. Par ailleurs, le peuple souffrait de ces conflits et étaient de plus en plus enclin à se soumettre. Dans ce contexte émergea diverses idées et aspirations longtemps réfrénées qui s’épanouirent telles « cents fleurs ». Différentes écoles de pensée apparurent, réfléchissant sur la meilleure manière de gouverner, l’impact des différentes lois, l’ordre social à mettre en place, le code moral à établir, ou encore sur la littérature et l’agriculture. Ces centres intellectuels furent appelés les « cent écoles ». La majorité d’entre elles n’eurent qu’un impact mineur. Cependant, les deux vont acquérir un grand prestige. Nous les connaissons sous les appellations de taoïsme et de confucianisme.

Malgré tout, on ne peut pas comprendre le taoïsme et le confucianisme sans connaître le concept fondamental, le Dao (Tao). Le Dao désigne « une voie, une route, un chemin ». Par la suite, il est davantage devenu « une méthode, un principe ou une doctrine ». Les Chinois estimaient que l’harmonie et l’ordre universelle dépendaient des manifestations du Dao. C’est une sorte de volonté divine régulant l’univers et le temps. Ceux qui adhèrent à ce concept ne croient pas en un univers régi par un Dieu créateur, mais ils lient toutes choses à une providence. Si nous transposons le Dao à la société, les adhérents pensaient qu’il y a une façon naturelle et correcte de faire chaque chose, et que tout ce qui existe doit occuper la place qui lui échoit afin de remplir sa fonction propre. Par exemple, si le souverain s’acquittait de ses devoirs en gouvernant avec sagesse et justice, l’Etat connaîtrait la prospérité. En parallèle, si le peuple se montrait disposé à chercher la voie, ou plutôt le Dao, l’efficacité s’installerait partout et l’harmonie perdurera. En revanche, s’il contrariait le Dao, il en résulterait le chaos et le désastre.

Cette volonté de conserver l’harmonie avec le Dao est la base de la pensée taoïste et confucianiste, qui viennent donc du même concept. Pourtant, les deux se différencient. Le taoïsme préconise la passivité, le calme, et le retour à la nature. Il faut laisser les choses se dérouler et s’abandonner au mouvement naturel. Le confucianisme privilégie le pragmatisme et enseigne que l’ordre social ne règne que lorsque tous les hommes s’acquittent de ses devoirs, du souverain jusqu’au paysan. Il codifie l’ensemble des rapports humains et sociaux et propose un schéma de conduite. Le taoïsme et le confucianisme sont davantage des manières de vivre, et ne ressemblent pas à des religions. Alors comment ont évolué ces deux systèmes ?

 

Le taoïsme

Le fondateur légendaire de cette doctrine est un certain Laozi (Lao-tseu). Nous savons peu de choses sur son sujet, à part qu’il aurait vécu au VIème avant Jésus Christ. Laozi signifie « ancien maître » ou « le vieux ». La seule biographie officielle de cet homme est contenue dans le Shiji (Cheki, en français Mémoires historiques) écrit par Sima Qian (Sseuma Ts’sien), historien du IInd au Ier siècle avant Jésus-Christ. D’après cet ouvrage, Laozi s’appelait en réalité Li Er, et avait exercé les fonctions de commis aux archives impériales de Luoyang, dans le centre de la Chine. Par suite, il aurait abandonné sa tâche, et Sima Qian en explique la raison : « Pour avoir longtemps servi à la cour des Tcheou et en avoir constaté la décadence, il aurait abandonné sa charge, serait arrivé à la passe de l’Ouest. Yin Xi, le gardien de poste, lui aurait alors demandé : « Puisque vous allez vivre en ermite, veuillez écrire un livre pour mon édification. » C’est ainsi que Laozi écrit un ouvrage en deux parties : l’une sur la voie (Dao), l’autre sur la vertu (De). L’ouvrage compte plus de cinq mille caractères. Sitôt achevée sa tâche, Laozi s’en alla. Nul ne put rien savoir sur sa fin. » Quelques spécialistes doutent de l’authenticité de ce récit. Quoi qu’il en soit, le livre évoqué dans ce récit reçu le nom de Daode Jing (Tao Te King, en français Livre de la Voie et de la Vertu), et demeura le pilier du taoïsme. Il est rédigé en vers concis et sibyllins, dont certains ne se composent que de trois ou quatre mots.

Dans ce Daode Jing, Laozi discourt sur le Dao, voie suprême de la nature, qui transpose à toutes les sphères de l’activité humaine. Une traduction a été effectuée par l’historien Ma Kou en 1984. Au sujet du Dao, nous lisons :

« Quelques chose de confus et mélangé était là

Avant la naissance du ciel et de la terre […]

Capable d’être la genèse de l’univers

Son nom reste inconnu

On l’appelle Tao. » (chapitre 25)

« La voie leur donne vie

La vertu élève

La matière donne une forme

L’environnement les conduit à la maturité.

Ainsi la multiplicité des êtres

Révère la voie et honore la vertu. » (chapitre 51)

Dans l’esprit des taoïstes, le Dao est le créateur de l’univers matériel. Les pratiquants doivent rechercher la Voie, mais comment ? Le Daode Jing décrit la conduite idéale :

« Plutôt que tenir et remplir jusqu’à ras bord

Mieux vaut savoir s’arrêter à temps.

Marteler et aiguiser sans cesse

Ne préserve pas la lame.

Tout l’or et le jade qui remplissent une salle

Ne peuvent être gardés par personnes.

Qui tire fierté de sa richesse et puissance

S’attire le malheur.

L’ouvrage accompli

Se retirer

Tel est le sens de la voie. » (chapitre 9)

Pour trouver le Dao, il faut donc se retirer du monde pour aller vivre en harmonie avec la nature. Le taoïsme est davantage une conduite de vie à adopter, et non une religion. Devant les injustices, les souffrances et les incohérences causées par la société féodale de l’époque, les taoïstes pensaient retrouver la paix et l’harmonie en revenant aux traditions d’autrefois, c’est-à-dire sans souverain et sans véritables lois pour dominer le peuple.

Cependant, ce concept va être approfondi par un successeur de Laozi, Zhuangzi (Tchouang-tseu) ou Maître Zhuang (-369 à –286). Celui-ci est beaucoup mieux connu puisqu’on sait déjà quand il a vécu. Cependant, il ne se contenta pas d’approfondir le concept du Dao puisqu’il va élargir la notion du yin/yang, tout d’abord exposé dans son Yi Jing. Selon Zhuangzi, rien n’est vraiment absolu ou permanent, toutes les choses sont alternatives et soumises au jeu de forces opposées. Dans le chapitre intitulé « La crue de l’autonome », il indiqua : « Le Tao n’a ni fin ni commencement. Ce sont tous les êtres qui meurent et qui naissent. […] La vie des êtres est pareille au galop du cheval. En chacun de ses mouvements, il se modifie, en chacun de ses instants il se déplace. Vous me demandez ce que vous devez faire, ce que vous ne devez pas faire ? Eh bien laissez-vous aller à vos transformations naturelles. »

Le récit est clair, le maître taoïste juge inopportun toute tentative à changer le cours des choses. Au bout d’un moment, tout ce qui existe se transformera en son contraire. Fidèle aux idées de son prédécesseur Laozi, il prône l’inaction. Cependant, le taoïsme ne resta pas une philosophie du non-agir.

 

Alors qu’ils s’appliquent à ne faire qu’un avec la nature, les taoïstes étaient fascinés par sa pérennité et par son pouvoir de régénération. Celui qui réalise l’harmonie avec le Dao serait en mesure d’en percer les secrets et de s’immuniser contre les maux de corps, les maladies, voire contre la mort. Bien que Laozi n’a pas vraiment abordé la question, elle apparaît à plusieurs reprises dans le Daode jing. Par exemple, dans le chapitre 16 : « L’éternel coïncide avec le tao. Qui fait un avec la voie du tao, rien ne peut l’atteindre, même la mort. » Alors qu’on évoquait précédemment une philosophie de vie, le taoïsme prend clairement une orientation religieuse. Les pratiquants se mirent à croire à diverses superstitions. L’une d’entre elles était que des procédés diététiques et des exercices respiratoires retardaient le dépérissement du corps. Puis des légendes apparurent. L’une d’entre elle mentionne des immortels capables de chevaucher des nuages, d’apparaître et de disparaître à volonté, ou vivant un nombre incalculable d’années sur des montagnes sacrées ou des îles lointaines tout en se nourrissant de rosée ou de fruits merveilleux. Par ailleurs, l’histoire de la Chine rapporte qu’en –219, Shi Huangdhi, l’empereur Qin, envoya une immense flotte de navires avec 3000 garçons et filles à la recherche d’une île légendaire nommée Peng Lai (le paradis des immortels), pour rapporter la plante d’immortalité. On devine facilement qu’ils ne trouveront pas cette fameuse île. Selon la tradition, ces explorateurs peupleront les îles formant l’archipel du Japon.

Les pratiques associées au taoïsme prit un nouvel essor durant la dynastie Han (–206 à 220). L’empereur Wudi, adepte du confucianisme, s’intéressait à l’immortalité physique que recherchaient les taoïstes. Il se passionna pour la fabrication de « pilules d’immortalité » par l’intermédiaire de l’alchimie. Dans la pensée taoïste, la vie résulte de la combinaison du yin/yang. En faisant fondre du plomb sombre (symbolisant le yin) et du mercure brillant (représentant le yang), les alchimistes simulaient un processus naturel par lequel ils pensaient obtenir une pilule rendant immortel. Les adeptes élaborèrent également des exercices proches du yoga, des techniques respiratoires, des règnes diététiques et des pratiques sexuelles fréquentes afin de renforcer le principe vital et prolonger l’existence. A tout ça s’ajoutait souvent l’usage des talismans qui, supposait-on, rendaient invisible et invulnérable aux armes, et permettaient de marcher sur l’eau et de se déplacer dans les airs. Par ailleurs, pour repousser les mauvais esprits et les animaux sauvages, des sceaux « magiques » portant le symbole yin/yang étaient fixés au-dessus des portes et des bâtiments.

Au IIème siècle après Jésus Christ, le taoïsme se structura. Un certain Zhang Daoling (Tchang Tao-ling) fonda une société secrète dans l’Ouest de la Chine. Il aurait opéré des guérisons miraculeuses et s’adonnait à l’alchimie. Les membres de cette société devaient verser cinq boisseaux de riz en guise d’offrande.  De là vient le nom de Wudoumi Dao (taoïsme des cinq boisseaux de riz). De plus, Zhang affirmait d’avoir reçu une révélation de Laozi, devint le premier « Maître céleste ». On dit qu’il réussit à préparer l’élixir de longue vie. Puis, après s’être rendu sur le Longhushan (la montagne du dragon et du tigre) dans la province du Jiangxi, il s’éleva jusqu’au ciel monté sur un tigre. De plus, Zhang Daoling fut à l’origine d’une longue lignée de « Maîtres célestes » taoïstes qui passent pour ses réincarnations. Par la suite, le taoïsme obtint le statut de religion. On déifia Laozi et on établit le canon des textes taoïstes. Des temples, des monastères et des couvents furent construits, et divers ordres de moines furent fondés. Cette religion incorpora différents dieux et déesses, ainsi que des fées issues du folklore chinois. On peut citer les Huit Immortels (baxian), les dieux protecteurs des villes (chenghuang), le Seigneur du foyer (Zaojuin), ou encore les divinités gardiennes des portes (menshen). Par ailleurs, un amalgame se forma à partir d’éléments empruntés au bouddhisme, aux superstitions traditionnelles, au spiritisme et au culte des ancêtres. A long terme, les taoïstes se contentaient d’adorer leurs divinités de prédilection. On louait des services de prêtres pour procéder aux funérailles, choisir l’emplacement d’une tombe, communiquer avec les défunts, écarter les mauvais esprits et les revenants, célébrer des fêtes, accomplir des rites, … . L’école philosophique des premiers jours avait donc engendré une religion où s’entremêlaient des esprits immortels, dieux et demi-dieux. On est donc bien loin des principes de Laozi.
 

Le confucianisme


Parmi les « cent écoles » qui apparurent en Chine, le confucianisme est sans aucun doute l’une des plus influentes. Comment parvint-elle au premier plan ? De tous les philosophes, Confucius est le plus connu en dehors de la Chine. Confucius est la latinisation du chinois Kongfuzi (K’ong-fou-tseu), qui signifie « Maitre K’ong ». Son nom fut forgé par des jésuites venus en Chine au XVIème siècle, lorsqu’ils recommandèrent au pape d’ajouter Confucius à la liste des saints de l’Eglise catholique ! Pour en savoir plus sur lui, il faut se reporter au Shiji (Mémoires historiques) de Sima Qian. S’il s’est peu étendu sur la vie de Laozi, cet auteur a donné une biographie détaillée de Confucius. Sur ce personnage, voici quelques extraits du Shiji traduit par l’écrivain chinois Lin Yutang : « Confucius naquit dans le village de Tséou qui faisait partie du comté de Tch’ang ping, dans l’Etat de Lou [Lu]. [Sa mère] adressa des prières à la colline de Ni-tsiou pour avoir un enfant et elle fut exaucée car elle eut un fils, la 22e année du règne de Shiang, duc de Lou (551 avant Jésus-Christ). Comme il était venu au monde avec une grosse bosse sur la tête, on l’appela Tsiou (colline). Son nom littéraire était Tchongni et son nom de famille K’ong. »

Confucius perdit son père peu après sa naissance. Même s’il est issu de famille pauvre, sa mère fit en sorte qu’il reçoive une solide instruction. Enfant, il manifesta un vif intérêt pour l’histoire, la poésie et la musique. D’après les Entretiens, l’un des Quatre Livres du confucianisme, il entreprit l’étude des belles lettres à l’âge de 15 ans. A 17 ans, on lui confia un modeste travail de fonctionnaire au pays de Lu, sa terre natale. Sa situation financière s’améliora progressivement, ce qui lui permit de se marier à l’âge de 19 ans. Il obtint un fils l’année suivante. Par la suite, sa mère décéda alors qu’il avait 25 ans. Très affecté, Confucius se retira de la vie publique. Il aurait gardé le deuil durant 27 mois auprès de sa tombe, offrant au Chinois une démonstration de la piété filiale classique.

Ensuite, Confucius quitta sa famille peut devenir enseignant itinérant. Il enseigna la musique, la poésie, l’instruction civique, la morale ou encore les sciences de l’époque. Progressivement, sa réputation augmenta, et il aurait regroupé jusqu’à 3000 élèves. En Orient, on vénère surtout Confucius pour sa qualité de maître enseignant. Sur sa tombe à Qufu, dans la province de Shandong, son épitaphe mentionne seulement « Ancien et très ancien enseignant ». Mais si le maître était honoré, c’est notamment pour son érudition dans les domaines de l’histoire et de la morale. Lin Yutang écrit à son sujet : « L’attrait qu’exerçait Confucius était sans doute beaucoup moins dû au fait qu’il était l’homme le plus sage de son temps, que parce qu’il en était le plus grand érudit, le seul capable de disserter sur les anciens livres de la sagesse antique. » Lin Yutang justifie le triomphe du confucianisme sur les autres écoles de pensées : « Les maîtres confucianistes avaient quelque chose de précis à enseigner et les élèves quelque de précis à apprendre, tandis que les autres écoles n’avaient rien d’autre à présenter que leurs opinions. »

Bien qu’il fut enseignant, Confucius ne considérait pas l’enseignement comme le principal but de sa vie. En effet, il pensait que des principes moraux étaient capables de stabiliser un monde troublé dans lequel il vivait, à condition que les dirigeants consentent à les mettre en avant en lui confiant, ainsi qu’à ses élèves, des fonctions gouvernementales. Par la suite, il quitta Lu, sa province natale, accompagné de ses quelques disciples, traversant plusieurs Etats en quête du meilleur prince qui adopterait ses positions sur l’art de bien gouverner et sur l’ordre social. D’après le Shinji, son périple fut difficile : « Puis il quitta [la province] Lou ; il fut chassé de T’si ; il fut rejeté de Song et de Wei ; il se trouva en péril entre les pays de Tch’en et de Ts’ai. » Après 14 années d’errance sur les routes, il revint à Lu déçu, mais il appris beaucoup. Jusqu’à la fin de ses jours, il se consacra à écrire et à enseigner. Il s’éteignit en 479 avant Jésus Christ, à l’âge de 73 ans. Mais quels sont les principes du confucianisme ?

 

S’il fut un érudit et un enseignant, Confucius ne restreignit pas son influence aux cercles de lettrés. Outre l’enseignement des règles régissant la conduite et la morale, il avait pour ambition de restaurer l’ordre et la paix au sein d’une société déchirée par les conflits entre provinces. Cet objectif ne pouvait être atteint que si tous les humains, de l’empereur aux gens du peuple, s’enquéraient du rôle qui leur revenait dans la société. Ses idées furent récapitulées par plusieurs confucianistes à travers quatre grands livres :

- La Grande Etude (Da xue) qui est l’ouvrage de base entrant dans la formation de l’homme de qualité. Il évoque notamment quelques principes moraux et fut autrefois un livre étudié par les écoliers chinois

- L’invariable milieu (Zhong yong) qui traite du développement de la nature humaine par la pratique de la modération

- Les Entretiens (Lun yu) qui est un recueil de sentences prononcées par Confucius, et demeure la source de base de la pensée confucéenne

- Le Mencius (Mengzi) qui regroupent des textes de Mengzi, l’un des principaux disciples de Confucius.

En parallèle, cinq classiques anciens viennent s’ajouter à ces quatre ouvrages, qui sont d'ailleurs antérieurs à Confucius mais ce dernier s'en est référé pour développer sa façon de penser :

- Le Canon des poèmes (Shi jing) qui est un recueil de 305 poésies dépeignant la vie quotidienne aux débuts de la dynastie Zhou (–1000 à –600)

- Le Canon des documents (Shu jing) qui est un ouvrage couvrant 17 siècles de l’histoire de Chine à partir de la dynastie Shang (–1766 à –1122)

- Le Canon des mutations (Yi jing) qui est un livre de divination interprétant les 64 combinaisons possibles de six lignes pleines ou brisées.

- Le Mémorial des rites (Li ji) qui regroupe les règles relatives aux cérémonies et aux rites de l’époque chinoise antique.

- Les Annales des printemps et automnes (Chinqiu) qui est une chronique du pays de Lu, terre natale de Confucius, pour la période comprise entre –721 et –478.

Un principe confucéen a pour nom « li ». Que signifie t-il ? Voici ce qu’indique Confucius : « De tous les principes qui guident une nation, « li » est le plus grand. Sans lui, nous ne savons comment adorer convenablement les esprits de l’univers ; ni comment établir les devoirs réciproques qui existent entre le roi et ses ministres, le souverain et ses sujets, les aînés et les jeunes ; ni comment distinguer les différents degrés de parenté au sein de la famille. C’est pourquoi le sage a tant de considération pour ce principe. »

En conséquence, « li » est la règle qui doit guider l’homme de qualité (le junzi, que l’on peut aussi traduire par l’homme supérieur). Selon Confucius, tout doit être « réglé dans la famille, dans l’Etat et dans le monde. » Alors c’est seulement à ce moment que l’on réalisera le Dao, c’est-à-dire la voie du ciel.

Une autre idée du confucianisme doit être abordée, la notion de « ren » (jen). Alors que le « li » préconise la maîtrise le respect des règles et la réalisation du devoir, le « ren » s’intéresse à la nature humaine. Mencius veut mettre en avant l’existence de la bonté humaine. Selon ce disciple de Confucius, le perfectionnement individuel, fondé sur l’étude de la connaissance, guérira tous les maux de la société. Dans la Grande Etude, les confucianistes indiquent : « Les connaissances morales étant parvenues à leur dernier degré de perfection, les intentions sont ensuite rendues pures et sincères ; les intentions étant rendues pures et sincères, l’âme se pénètre ensuite de probité et de droiture ; l’âme étant pénétrée de probité et de droiture, la personne est ensuite corrigée et améliorée ; la personne étant corrigée et améliorée, la famille est ensuite bien dirigée ; la famille étant bien dirigée, le royaume est ensuite bien gouverné ; le royaume étant bien gouverné, le monde ensuite jouit de la paix et de la bonne harmonie. Depuis l’homme le plus élevé en dignité, jusqu’au plus humble et plus obscur, devoir égal pour tous : corriger et améliorer sa personne ; ou le perfectionnement de soi-même est la base fondamentale de tout progrès et de tout développement moral. »

Selon Confucius, si chacun faisait son devoir et respectait les connaissances morales, la société serait en paix et en harmonie. On peut remarquer la mise en valeur du travail, de la famille, et de la patrie dans l’idéal confucéen. Le confucianisme est donc d’abord une philosophie. 


Cependant, les empereurs de la dynastie Han reprirent ce concept confucéen car ils le percevaient comme un moyen de renforcer leur autorité. Sous le règne de l’empereur Wudi, déjà mentionné à propos du taoïsme, le confucianisme acquit un statut de culte d’Etat. Seuls ceux qui étaient versés dans les classiques du confucianisme étaient appelés à des charges officielles. De plus, tous ceux qui briguaient des fonctions au sein du gouvernement devaient se soumettre à des examens nationaux portant sur ces ouvrages. Les rites confucéens devinrent la religion de la maison royale. Ce changement contribua à rehausser l’image de Confucius au sein de la société chinoise. Par ailleurs, à l’instigation des empereurs Han, on prit l’habitude d’aller offrir des sacrifices sur sa tombe. Les Maîtres qui se succèderont revêtiront des titres honorifiques. A partir de 630 après Jésus Christ, Taizong, un empereur Tang, décréta qu’un temple d’Etat devait être érigé dans toutes les provinces et dans tous les cantons de l’Empire, et que des sacrifices devaient être régulièrement organisés. Confucius fut élevé au rang de dieu, chose qu’il n’avait sans doute pas imaginé de son vivant. Dès lors, le confucianisme devint une religion. Aujourd’hui et malgré le communisme, le confucianisme perdure. Depuis quelques décennies, l’Etat chinois assure la conservation du temple consacré à Confucius et à sa propriété familiale dans sa ville natale de Qufu. Le culte de Confucius est également présent à Singapour, à Taiwan, à Hong-Kong et dans d’autres régions. On y célèbre parfois son anniversaire. Le philosophe est donc devenu un modèle de vertu. Nous pouvons comparer le culte confucianiste au culte de l’être suprême que souhaitait instaurer Robespierre, lors de la Révolution Française.

Pourtant, cet intellectuel de l’Antiquité chinoise n’avait pas mis en avant des idées religieuses. Malgré tout, on peut se demander s’il était animé de sentiments religieux ? Premièrement, Confucius vénérait le ciel qu’il appelait Tian (T’ien). Il pensait qu’il gouvernait la totalité du cosmos et qu’il avait une influence directe sur les humains. Deuxièmement, il insistait souvent sur la pratique de rites et de cérémonies accompagnant un hommage au ciel et aux esprits des ancêtres. Cependant, il faut savoir faire la part des choses. Le sage de l’Antiquité n’a jamais voulu donner un caractère religieux à sa philosophie, et sa croyance n’a rien à voir avec sa théorie. Mais les notions ayant un caractère religieux ont certainement influencé la perception des Chinois vis-à-vis du confucianisme.

 

En analysant l’histoire du taoïsme et du confucianisme, on découvre deux systèmes de pensée reposant sur une certaine sagesse et un raisonnement. Alors que le confucianisme cherche à obtenir l’harmonie au sein de la société, le taoïsme s’en remet à la recherche de la paix en quittant la civilisation pour revenir à la nature. Cependant, ces deux philosophies ne tardèrent pas à devenir deux religions. A ces théories s’ajoutèrent diverses pratiques, par exemple : un culte réservé à des idoles ou à des ancêtres, la vénération du Ciel conçu comme un principe du cosmos, l’adoration d’esprit de la nature, … . De plus, on peut se demander si les pratiquants concevaient l’existence d’un architecte ou d’un quelconque créateur.

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3 mars 2009 2 03 /03 /mars /2009 13:35

On attribue à Homère les deux plus anciens poèmes connus de la Grèce antique, l'Iliade et l'Odyssée. L'Iliade est le premier des deux poèmes qui ont été attribués à Homère. Il raconte, en vingt-quatre chants, la célèbre Guerre de Troie. Le second poème, l'Odyssée, explique la longue traversée du héros Ulysse, roi d'Ithaque, qui avait combattu avec le roi Mycénien Agamemnon face aux Troyens selon l'Iliade. Après avoir victorieusement combattu contre Troie, le roi d'Ithaque s'égara au milieu des tempêtes et va parcourir la Méditerranée pendant dix ans, affrontant divers obstacles comme le chant des sirènes ou le cyclope Polyphème, fils du dieu Poséïdon. Cependant, que sait-on de Homère ? A-t-il réellement rédigé seul ses deux oeuvres ? Où n'a-t-il tout simplement pas existé ?


Deux poèmes à succès

A partir du -VIIIème siècle, des poètes et des bardes, appelés aèdes, commençaient à parcourir la Grèce afin de raconter diverses épopées. Par ailleurs, l'écriture était mal connue des Grecs à cette époque, donc les différents évènements se transmettaient souvent de manière orale. Ce genre de récits avait un grand succès puisqu'ils faisaient régulièrement le tour de la Grèce. Au -VIème siècle, Athènes organisa des lectures publiques intégrales. Le philosophe grec Héraclite d'Ephèse est l'un des premiers à évoquer Homère au -VIème siècle. Au -Vème siècle, les jeunes écoliers grecs apprenaient fréquemment la poésie. De plus, l'écriture se développa rapidement et les récits légendaires furent inscrits sur papiers ou recopiés. L'Iliade et l'Odyssée furent largement diffusés dans toute la Grèce antique et connurent un grand succès, si bien qu'au -IVème siècle, le conquérant Macédonien Alexandre le Grand possédait toujours un exemplaire de ces deux récits, où que ses campagnes le mènent. Or il advint fréquemment qu'un auteur ajoute ou modifie quelques vers de son plein gré. Il y a ainsi plusieurs versions de l'Iliade et de l'Odyssée, même si les différences sont légères. Néanmoins, on peut se demander s'il est possible de dater ces deux oeuvres ?

Peut-on dâter les oeuvres supposées d'Homère ?

Pendant longtemps, on considérait qu'Homère avait vécu vers le -VIIIème siècle avant Jésus Christ. Cependant, les premières lectures attestées de ses deux poèmes ont lieu au -VIIème siècle. Un historien Allemand de la première moitié du XXème siècle, Wolfgang Schadewaldt, va apporter des précisions en pensant que les deux oeuvres datent de la fin du -VIIIème siècle, vers -720. Par ailleurs, les récits sont censés raconter des évènements qui se déroulaient à l'époque mycénienne (deuxième millénaire avant Jésus Christ), mais un certain nombre d'anachronismes furent constatés. Malgré tout, cela ne signifie pas pour autant que les deux oeuvres aient été des fictions. En effet, divers érudits auraient pu très bien les reprendre, mais en se basant à l'époque où ils vivaient, ou en inventant quelques passages. On peut aussi émettre l'hypothèse d'une tradition orale qui s'est perpétuée au fil des siècles, avant de mettre par écrit les poèmes. Par ailleurs, si on analyse leur composition, on peut remarquer que l'Iliade est une oeuvre aboutit et bien organisée, alors que l'Odyssée apparaît beaucoup plus désordonnée. De plus, le premier poème évoque des évènements qui auraient très bien
pu exister, avec des rencontres, des combats, l'évocation de stratégies de guerre et même quelques descriptions géographiques relativement détaillées, comme la plage du site de Troie. Par ailleurs des héros surhumains sont évoqués, mais qui incarnent des valeurs, tels que Achille symbolisant l'idéal moral du parfait chevalier, un peu comme Lancelot dans le mythe médiéval arthurien. L'Iliade ferait donc davantage référence à des évènements passés et racontés par des aèdes. En revanche, l'Odyssée est un poème très différent de son prédécesseur. En effet, le second évoque davantage une aventure fantastique avec divers êtres ou monstres issus de la mythologie, tels que les cyclopes, les nymphes, les sirènes, ... . On constate même l'intervention directe et physique de plusieurs Dieux comme Eol, le Dieu du vent, ou encore Hélios, le Dieu du Soleil. Cependant, l'auteur fait quelques fois des descriptions de la Méditerranée dans l'Odyssée, puisque Ulysse l'aurait traversé, tandis que les héros de l'Iliade ne s'aventuraient guère en mer, sauf pour aller à Troie, et les batailles ont toujours lieu sur la terre ferme. L'Odyssée met davantage en valeur la mythologie alors que l'Iliade insiste plus sur l'esprit guerrier. Peut-t-il donc s'agir du même auteur ?


Plusieurs auteurs ?


Jusqu'au XVIIème siècle, peu de personnes doutaient de l'existence d'Homère. Cependant, on ne connaît de lui même pas son lieu de naissance, et la tradition le ferait naître à Colophon, à Smyrne, à Chio, à Ios ou dans d'autres cités de la Grèce Antique. Certains expliquent même qu'il était aveugle ! Mais en 1670, l'abbé d'Aubignac publie les Conjectures académiques, dans lequel il va remettre en cause diverses incohérences entre les deux poèmes homériques. Il va jusqu'à douter de l'existence de l'aède. Cependant, à cette époque, peu de personnes s'attardaient sur le sujet. Environ un siècle plus tard, c'est-à-dire en 1795, parait Prolegomena ad Homerum de l'Allemand Friedrich August Wolf, qui va développer une critique sur les oeuvres du supposé Homère. Il va alors se demander si plusieurs auteurs anonymes se cacheraient derrière un pseudonyme ? Par la suite, l'écrivain britannique Samuel Butler élabora une hypothèse selon laquelle l'Odyssée aurait été écrite par une femme sicilienne, puisque les scènes semblent se dérouler sur les Côtes de Sicile et des îles avoisinantes. Il l'écrivit dans The authoress of the Odyssée qui fut publiée en 1897. Cette théorie n'est pas stupide pour deux raisons. La première est qu'il ne faut pas oublier que les cités siciliennes de l'Antiquité, qui étaient essentiellement grecques, demeuraient des puissances maritimes. Nous pouvons citer par exemple par exemple Syracuse, qui avait dominé la Grande Grèce durant plusieurs siècles (la Grande Grèce était l'ancien nom de la Sicile). De plus, Butler appuya son hypothèse sur le fait que la vie quotidienne des femmes étaient parfois mentionnées, comme par exemple Pénélope qui confectionnait une tapisserie en attendant le retour de son mari Ulysse. Il est vrai que les allusions à la vie quotidienne des femmes sont peu présentes dans les écrits de l'époque antique, mais est-ce que les femmes grecques savaient écrire à l'époque Antique ? Malheureusement, nous ne pouvons donner de réponse, mais il ne faut pas oublier que le genre féminin était habituellement réduit au second plan chez les Grecs de l'époque. Cependant, il est probable que les femmes de l'aristocratie avaient des connaissances dans l'écriture, et l'une d'entre elle avait peut-être souhaité mettre en avant la vie quotidienne des femmes. Quoi qu'il en soit, il est presque certain que l'Iliade et l'Odyssée aient été écrites par différents auteurs. En effet, le langage et la vision poétique sont totalement différents. L'auteur de l'Iliade vécut sans doute au -VIIIème siècle, tandis que celui de l'Odyssée vécut probablement au -VIIème siècle. De plus, le second révèle davantage une ouverture à la navigation et à la découverte de la Méditerranée, avec une partie de rêve sur un fond de mythologie. Son manque d'unité et des défauts dans la structure du texte permettent de croire que ce texte est l'oeuvre de divers auteurs. Enfin, on peut aussi rappeler que même des auteurs grecs de l'Antiquité doutaient de l'authenticité d'Homère, et on peut rappeler notamment Hérodote, qui explique dans son oeuvre Histoire (IV, 32-33) : "C'est chez Hésiode qu'il est question des Hyperboréens, c'est aussi chez Homère, dans les Epigones, si réellement Homère est l'auteur de ce poème."


Homère ne peut être l'auteur à la fois de l'Iliade et de l'Odyssée. Ces deux textes s'opposent : le type de récit, la vision, la structure, le langage, ... . Mais alors, qui était t-il ? L'auteur d'une des deux oeuvres ? Un prestigieux aèdes, voir le chef d'un groupe d'intellectuels ? Un pseudonyme employé par divers érudits ? Une organisation d'aèdes ? Ou a-t-il réellement existé ? Les questions restent nombreuses et le débat est loin d'être terminé ... .

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25 janvier 2009 7 25 /01 /janvier /2009 15:35

Avancée sur son temps, la civilisation Etrusque a connue son apogée dans la péninsule italienne aux VIème et Vème siècle avant J.C. Ce peuple connaissait déjà le fer au –VIIIème siècle, a été responsable de la fondation de nombreuses villes, et influença grandement la culture romaine. Cependant, quelle est l’origine des Etrusques ? Que sait-on de ce peuple mystérieux ? Nous sommes loin de pouvoir résoudre ces problématiques …

Mystère sur l’origine

L’origine de ce peuple faisait déjà débat alors qu’il dominait encore la péninsule italienne. Plusieurs auteurs grecs vont s’opposer sur ce sujet :
              -> Selon Hérodote (–484 à –420), surnommé « le père de l’histoire », les Etrusques seraient originaires de Lydie (côte ouest de l'actuelle Turquie) et aurait quitté leur terre d’origine pour éviter la famine : « le fléau, loin de cesser, s’aggravait encore : alors le roi répartit tout son peuple en deux groupes, et le sort désigna celui des deux qui resterait dans le pays, tandis que l’autre s’expatrierait. Il demeura lui-même à la tête du groupe désigné pour rester, et donna pour chef aux émigrants son fils, qui s’appelait Tyrrhénos. Les Lydiens bannis par le sort descendirent à Smyrne, se firent des vaisseaux qu’ils chargèrent de tous leurs biens, et partirent à la recherche d’une terre qui pût les nourrir ; ils longèrent bien des rivages jusqu’au jour où ils arrivèrent en Ombrie, où ils fondèrent des villes et ils demeurent encore aujourd’hui. Mais ils quittèrent leur nom de Lydiens pour prendre celui du fils de leur roi, qui était à leur tête ; ils prirent, d’après lui, le nom de Tyrrhéniens. » (L’Enquête
, I, 94).
              -> Denys d’Halicarnasse (-60 à 8) affirme que les Étrusques étaient issues d’une population autochtone et ont évolué plus rapidement que leurs voisins grâce au contact des navigateurs étrangers : « en fait, ceux-là ont chance d’approcher beaucoup plus de la vérité qui déclarent que le peuple étrusque n’a émigré de nulle part et a toujours été là. » (Les Antiquités romaines, I, 25). En reprenant les théories de Hellanicon de Mytilène et de Hécatée de Milet (-VIèmesiècle), il tente d’expliquer que ce peuple descendrait de la communauté des Pélasges qui serait arrivée en Italie centrale vers la fin du IIème millénaire avant J.C (Les Antiquités romaines, I, 30,3). Le géographe Strabon (-58 à 25) va reprendre cette théorie en affirmant que les Pélasges étaient des Tyrrhéniens qui auraient peuplé les îles de Lemnos et d’Imbros, proches des côtes d’Asie Mineure (Géographie, V,2,4). Enfin, le romain Tite-Live (-59 à 17) mentionne l’existence de colonies étrusques dispersées de la plaine du Pô (Italie du Nord) jusqu’aux Alpes et leur attribue une parenté avec les Rhètes (Histoire romaine, V, 33)
.

Aujourd’hui, le débat n’est toujours pas clos.
Sur la base de ces théories antiques, des hypothèses plus contemporaines sont apparues. Cependant, grâce à l’archéologie, la deuxième théorie semble la plus crédible. En effet, l’étruscologue italien Massimo Pallotino a observé que, sur des sites italiques, il y a eu une continuité d’occupation entre ceux du peuple des Villanoviens et ceux des Etrusques. Par ailleurs, ce constat a été réalisé sur plusieurs endroits d’Italie, principalement en Etrurie, dans la plaine du Pô et au sud de Salerne. On peut alors supposer que la culture villanovienne et la culture proto-étrusque ne font qu’une. De plus, une stèle découverte sur l’île de Lemnos, mentionnée par Strabon, représente une inscription écrite dans une langue proche de l’étrusque. Il est donc probable que les Lemniens et les Etrusques aient une origine commune, mais que, une fois séparée à la fin du IIème millénaire, ils aient évolué chacun de leur côté. La théorie de Denys d’Halicarnasse semble donc la bonne.
Malgré tout, nous ne pouvons pas réfuter la théorie d’Hérodote. En effet, quelques textes égyptiens mentionnaient parfois les peuples de la mer, dont l’un d’entre eux était appelé Tr^s.w, qui peuvent très bien faire référence aux Tyrrhenoi, c’est-à-dire les Tyrrhéniens, peuple marin évoqué par « le père de l’histoire ». Par ailleurs, il semblerait que les rites funéraires des Etrusques étaient différentes que ceux des Villanoviens. Alors que ces derniers pratiquaient la crémation, ces premiers creusaient des tombes à fosses allongées dans lesquels les cadavres étaient inhumés. Cela remet donc en cause la probabilité d’un lien commun entre Etrusques et Villanoviens. De plus, certains partisans de la théorie d’Hérodote reprirent la stèle de l’île de Lemnos. En effet, ils évoquent la position géographique de Lemnos, qui se situe en face des côtes lydiennes. Une fois partie de Lydie, les Etrusques auraient très bien pu s’arrêter quelques temps sur Lemnos, avant de venir s’installer en Italie.

Nous ne pouvons donc pas affirmer si Hérodote ou Denys d’Halicarnasse avaient raison ou tort. Les inscriptions étrusque peut en révéler davantage sur leurs origines. Cependant, leur écriture se révèle pour le moment indéfrichable.

Une langue indéchiffrable

Aujourd'hui, les étruscologues arrivent à déchiffrer une partie de leur alphabet qui est assez proche de l'alphabet grec. Cependant, ils ne comprennent pas la structure des phrases, ni le sens des mots et ni la grammaire. De plus, il n'existe aucun lien de parenté avec les langues de l'époque tels que l'égyptien, le grec, l'hébreu, l'araméen, le hittite, le babylonien, l'assyrien ou encore le latin. Plusieurs méthodes ont été utilisées pour tenter de la décrypter. L'une est la méthode combinatoire, c'est-à-dire l'analyse de la langue en essayant de s'appuyer sur la fréquence des mots ou sur la répétition des formules toutes faites. Cependant, cette méthode fut un échec. Une autre méthode consiste à faire une comparaison avec d'autres langues, ce qui est impossible pour l'étrusque puisqu'elle ne ressemble à aucune autre. Pourtant, les chercheurs disposent de nombreux écrits, avec plus de 9 000 inscriptions funéraires, une dizaine d'écrits de 100 à 300 mots, et un grand texte retrouvé complètement retrouvé par hasard sur des bandelettes qui servaient à emmailloter une momie égyptienne (la raison n'est inconnu) !
Mais malgré cette abondance de sources écrites, les connaissances sont pauvres. Certains noms propres empruntés au grec (ex:Patrocle, Achille, Agamemnon, ...) ont permis de reconstituer vaguement la phonétique. Par ailleurs, on connaît les six premiers chiffres grâce à des dés à jouer sur lesquels ils apparaissent en formes de lettres, mais on ne connaît pas leur ordre. Quelques mots furent repérés par des étruscologues, environ une trentaine, qui concernent le calendrier, la nature, la famille ou encore le mobilier. Cependant, cela demeure insuffisant pour comprendre entièrement un texte. Certains archéologues espèrent, un jour, retrouver un texte bilingue, étrusque-grec ou étrusque-latin, car ces langues se sont sans aucun doute côtoyées, et cela durant plusieurs siècles (les Etrusques étant une civilisation commerciale).

Le puissant peuple des Etrusques est donc peu connu. Pourtant, en découvrir davantage serait capital pour deux raisons importantes. La première est tout simplement que cela permettrait d'en savoir plus sur cette civilisation avancée. Mais la deuxième raison est encore plus importante. En effet, il ne faut pas oublier que durant leur ère d'existence, entre le VIIIème et le IVème siècle, les Etrusques ont connu l'évolution des cités grecques tels que Athènes et Spartes, ainsi que l'émergence de Rome qui s'imposa comme la principale puissance de la péninsule italienne. En apprendre plus sur leur sujet permettrait donc de connaître l'influence de cette civilisation vis-à-vis des Grecs et des Latins, et de découvrir les relations qu'elle entretenait avec eux.

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Publié par VSA - dans Antiquité
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7 octobre 2008 2 07 /10 /octobre /2008 11:10

La date de la naissance de Jésus est sans doute l'un des plus grands mystères de l'histoire chrétienne, et bon nombre d'intellectuels ont tenté de le résoudre. On ne connaît, de cet évènement, uniquement ce que racontent les apôtres dans les différentes évangiles. Cependant, grâce aux dernières recherches, on suppose que le fondateur du christianisme serait né plusieurs années avant le fameux point 0.

Le roi Hérode

Le seul repère historique que nous avons est le roi de Judée de l'époque de la naissance supposée de Jésus, c'est-à-dire un certain Hérode. Surnommé "Hérode le Grand", ce roi est né en 73 avant notre ère et est décédé en 4 avant JC. Il a régné sur la communauté juive entre -37 et -4, mais il a été installé sur le trône de Jérusalem par les Romains qui l'avaient proclamé roi de Judée en -40. Par conséquent, il n'était pas l'héritier royal légitime. On sait beaucoup de choses sur sa vie, et notamment qu'il a reconstruit le temple de Jérusalem, donc son existence ne fait aucun doute. Voila un court résumé de ce qu'on peut lire à son sujet :
"Jésus étant né à Bethléem de Judée au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d’Orient se présentèrent à Jérusalem et demandèrent : "Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu en effet son astre se lever et sommes venus lui rendre hommage." Informé, le roi Hérode s’émut, et tout Jérusalem avec lui. Alors, Hérode manda secrètement les mages, se fit préciser par eux la date de l’apparition de l’astre et les dirigea sur Bethléem en disant : "Allez vous renseigner exactement sur l’enfant ; et quand vous l’aurez trouvé, avisez-moi afin que j’aille, moi aussi lui rendre hommage."" (Evangile selon Saint-Matthieu)
D'après les saints, Hérode, ayant apprit la naissance de Jésus à Bethléem, aurait tenté de retrouver le nouveau né et aurait ordonné le massacre de tous les enfants âgés de moins de 2 ans vivant dans ce village. Hérode est mort en -4, donc l'évènement devait obligatoirement avoir eu lieu avant cette année. L'historien Macrobe, qui a vécu vers 400 après Jésus Christ et qui s'était intéressé à cette époque, confirma le massacre. Par ailleurs, on peut se demander pourquoi Hérode craignait la naissance supposée de Jésus ? Bien-sûr, un croyant dirait que le roi était effrayé de la venue du "Messie", mais un historien ne peut se contenter de cette hypothèse. De plus, on peut constater que Saint-Matthieu désignait le Christ comme le "roi des Juifs". Jésus était t'il un héritier royal ? Etait t'il le simple fils d'un modeste charpentier ou avait t'il une ascendance plus noble ? Cette famille était-elle dirigeante d'une secte spirituelle juive hostile à Hérode (à cette époque, le judaïsme se divisait en plusieurs sectes, et Hérode dirigeait l'une d'entre elles) ? Ces questions restent sans réponse, mais n'oublions pas que ceux qui ont écrit la vie de Jésus étaient des fidèles qui n'avaient jamais assisté à la naissance de leur "Messie", et il n'est pas impossible que l'évènement soit entaché d'inventions. Nous y reviendrons plus longuement. Seul l'existence d'Hérode est réellement attestée. En tout cas, il est fort improbable que le roi de Judée ait prit la décision de faire assassiner tous les enfants de moins de 2 ans par simple crainte face à la naissance d'un fils de charpentier (Joseph), sauf bien-sûr si Jésus n'était pas l'enfant d'un simple charpentier mais d'un homme à la position sociale plus enviable ! Par ailleurs, dans son Antiquité judaïque, l'historien juif Flavius Josephe avait relaté la vie du roi Hérode, si bien qu'on connait à peu près tout sur son règne, notamment un certain nombre de ses crimes qu'il décrivait de manière détaillée. Cependant, il n'a jamais mentionné un massacre d'enfants de moins de 2 ans à Bethléem, et je ne pense pas que ça soit par manque de connaissances. Il n'est donc pas impossible que cet évènement ne soit qu'une pure invention de Saint-Matthieu, et donc que le massacre des Innocents n'ait jamais existé.
Une chose est sûre, si Jésus a existé, celui-ci est né avant -4. A noté qu'il n'est pas certain que Hérode soit mort en -4, il est possible qu'il soit décédé en -3. C'est l'hypothèse de Pierre Perrier (Evangile de l'oral à l'écrit, Le Sarment, La Flèche, 2000, p. 736), qui indique qu'il y a eu une erreur comise par Flavius Josèphe, due au "récalage" des dates du calendrier Babylonien dans le calendrier romain. Hérode fut reconnu roi par Antoine en 714 de Rome, il prend Jérusalem 3 ans plus tard et meurt 34 ans plus tard, soit en 714 + 3 + 34 = 751 de Rome, soit -3 avant notre ère.


L'étoile de Bethléem

 

"Sur ces paroles du roi, ils se mirent en route ; et voici que l’astre, qu’ils avaient vu à son lever, les devançait jusqu’à ce qu’il vînt s’arrêter au-dessus de l’endroit où était l’enfant. La vue de l’astre les remplit d’une très grande joie. Entrant alors dans le logis, ils virent l’enfant avec Marie sa mère, et tombant à genoux, se prosternèrent devant lui. Puis, ouvrant leurs cassettes, ils lui offrirent des présents: de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Après quoi, un songe les ayant avertis de ne pas retourner chez Hérode, ils prirent une autre route pour rentrer dans leur pays." (Evangile selon Saint-Matthieu)
De nombreux historiens estiment que la célèbre étoile de Bethléem qui, selon la légende avait guidé les "rois-mages", n'était qu'une invention afin d'ajouter un peu plus un caractère divin au Christ, et que cette manifestation céleste n'avait jamais existé. Malgré tout, quelques intellectuels ont cherché à connaître la réalité sur l'existence de cette "étoile". Selon une hypothèse très répandue, cette étoile était en fait la comète de Halley. Or, on sait aujourd’hui que la comète était apparut bien dans le ciel du Moyen-Orient, mais ce fut en l’an 12 avant notre ère, soit sans doute plusieurs années avant le massacre des enfants par Hérode. D’autre part, l'étoile était à l’apogée de son éclat au moment précis où elle se trouvait au-dessus de Bethléem. Chacun dans ce village aurait donc pu l’observer. Alors dans ce cas, pourquoi Hérode aurait-il demandé aux mages où se trouvait l’enfant ? Cela prouve que l'Evangile de Saint-Matthieu n'était pas dénué de mensonges. Malgré tout, l'apparition céleste n'était t'elle qu'une simple invention ? Cette réponse, nous la devons à un astronome. Johannes Kepler (1571-1630) avait tenté de calculer la distance entre les différents astres connus de notre système solaire, ainsi que leurs déplacements. Selon lui, la fameuse étoile de Bethléem était le souvenir d'une triple conjonction de Jupiter et de Saturne dans la constellation des Poissons, ce qui signifie que ces deux planètes se sont retrouvées alignées à trois reprises et en une année par rapport à la Terre, et étaient visibles sous la forme d'un point très brillant dans le signe zodiacal des Poissons. Si un simple alignement est un phénomène relativement courant, la triple conjonction est extrêmement rare. En effet, les astronomes ont pu déterminer que depuis 4000 ans, un évènement pareil n'a eu lieu qu'à deux reprises: en -860 et ... en 7 avant notre ère, soit trois ou quatre ans avant la mort du roi Hérode ! Quant à la date exacte de la triple conjonction, elle aurait eu lieu approximativement le 12 Avril, le 3 Octobre et le 4 Décembre. L'astronomie et l'histoire tendent donc à confirmer que "l'étoile de Bethléem" est un phénomène authentique. Par ailleurs, une inscription cunéiforme atteste l'observation astronomique de deux conjonctions faites par des astrologues juifs de Babylone vers le 12 avril et le 3 octobre de l'an -7. Ils y voyaient le signe céleste de l'arrivée du "Messie" qui devait chasser les étrangers de Palestine, c'est-à-dire les Romains qui occupaient le territoire. Par ailleurs, une autre conjonction entre Mars, Jupiter et Saturne aurait eu lieu en févier de l’an 6 avant notre ère. Mais si ce phénomène a réellement eu lieu, qu'en est il de l'existence des "rois-mages" qui avaient observé ces conjonctions ? Il faut savoir que le terme de "roi" n'est mentionné dans aucun évangile, contrairement à celui de mage. De plus, le mot "mage" désigne à l'origine un disciple de Zarathoustra chez les Perses, autrement dit un prêtre. Les Grecs reprirent ce terme en lui donnant la signification de "magicien" et "sorcier", et définit un homme pratiquant les sciences occultes et qui tente de donner une explication à des phénomènes qui lui paraissent mystérieux. Donc les mages mentionnés dans les Evangiles auraient très bien pu être des astrologues juifs qui avaient interprété les signes célestes comme le message de la venue d'un "Messie". Par ailleurs, leurs noms n'étaient jamais évoqués et c'est l'historien Bède qui, en 735, mentionne le premier que les mages seraient des rois nommés Balthazar, Gaspar et Melchior. L'affirmation de Bède semble peu probable. Quoi qu'il en soit, le fameux signe céleste évoqué par Saint-Matthieu a bien existé, même s'il ne s'agissait pas d'une étoile.

Pourquoi le 25 décembre ?

Les chrétiens célèbrent traditionnellement la naissance de Jésus le 25 décembre. Pourquoi ? En réalité, cette date aurait été fixée par le pape Libère
en 354 (Chronographe de 354, partie XII, écrit en latin "VIII kal. Ian. natus Christus in Betleem Iudeae" que nous pouvons traduire en français "Huit jours avant les calendes de janvier, naissance du Christ à Bethléem en judée"). Dans le cadre de la lutte contre les religions polythéistes, il souhaitait le remplacement des Saturnales romaines et de la fête du Soleil Vainqueur (Sol Invictus) que les païens avaient coutume de consacrer au retour du Soleil après le solstice d'hiver (R. J. Zwi Werblowsky, Hanouca et Noël ou Judaïsme et Christianisme. Note phénoménologique sur les rapports du mythe et de l'histoire, dans Revue de l'histoire des religions, vol. 145, n° 1, 1954, p. 30-68, et Henri Desroche, The Cult of Sol Invictus, dans Archives des sciences sociales des religions, vol. 36, n° 1, 1973, p. 176). De plus, la naissance du Dieu Mithra aurait eu lieu un 25 décembre. Avant 354, il faut savoir qu'une fête de la Lumière existait déjà en 239 avant Jésus Christ. Le calendrier grec de Canope indique la célébration, au solstice d’hiver, d’une fête de « la lumière qui croît, de la naissance du Soleil ». Il fallait donc substituer toutes ces traditions païennes au profit du christianisme, mais aussi rappeler que Jésus est le guide des hommes, en quelque sorte la "lumière du monde". Une simple preuve, la Nativité, c'est-à-dire la naissance du Christ, était fêtée le 6 janvier avant son établissement le 25 décembre par le pape Libère. Cependant, le 6 janvier a perduré sous plusieurs formes. En effet, l'Eglise arménienne apostolique fête toujours la naissance de Jésus le 6 janvier. L'Eglise catholique romaine célèbre ce jour comme le baptême de Jésus dans le Jourdain, c'est-à-dire l’Epiphanie ou la Théophanie. D'ailleurs, il est fort peu probable que le baptême eut lieu en cette période, et sans doute que le moment de cet épisode a aussi été établi par la papauté. En effet, si l'on en croit l'évangile selon Luc, il y avait lors de cet évènement « des bergers qui passaient dans les champs les veilles de la nuit pour garder leurs troupeaux ». Par conséquent, cela rend peu probable l'existence de son baptême durant la saison hivernale, rigoureuse dans cette région.


_2005_71043_Isaie.jpgQui était Jésus ?

Tout d'abord, il faut savoir que la pluspart des écris religieux évoquant Jésus ont beaucoup été pris d'Isaïe, un prophète du VIIIème avant Jésus-Christ qui attendait l'arrivé du Messie :

"L'Esprit du Seigneur est sur moi
parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction.
Il m'a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres,

guérir ceux qui ont le coeur brisé,
annoncer aux prisonniers la délivrance
et aux captifs la liberté,
annoncer l’année de miséricorde du Seigneur"
(Isaïe, 61, 1-2).
Il faut se mettre dans la tête que plusieurs "miracles" ont été repris sur les textes d'Isaïe pour être attribué à Jésus et son entourage. Par exemple, il suffit d'évoquer la virginité de Marie (Isaïe, VII, 14) :
"Voici la jeune fille ["alma", qui peut avoir le sens de pucelle] est enceinte et enfantera un fils, et il l’appellera Emmanuel". Reprenons alors un passage de saint Matthieu (Matthieu, I, 23) : "Une vierge concevra et enfantera un fils : et il sera appelé Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous."
Un autre exemple. Jésus est censé être le fils adoptif de Joseph, soit-disant un charpentier. Joseph est aussi le nom du Patriarche évoqué dans les premiers passages de la Bible. Simple hasard ? De plus, si Jésus a existé, on peut se poser des questions sur sa classe sociale. Les apôtres reprennaient des passages d'Isaïe pour l'appliquer à la vie de Jésus. Voici ce que disait le prophète du -VIIIème siècle (Isaïe, IX, 5-6) : "
Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné, il a reçu le pouvoir sur ses épaules et on lui a donné ce nom : Conseiller-merveilleux, Dieu-fort, Père-éternel, Prince-de-paix, pour que s’étende le pouvoir dans une paix sans fin sur le trône de David et sur son royaume, pour l’établir et pour l’affermir dans le droit et la justice." Par conséquent, les sources reprises par les apôtres concernaient l'arrivée d'un descendant de David.

En clair, David et Jésus seraient issus de la même famille puisqu'ils sont des élus de Dieu sur le trône d'Israël. Ce supposé fils adoptif de charpentier serait donc un descendant de roi. Intéressons-nous maintenant à l'enseignement de Jésus selon les apôtres. Par exemple, Saint Luc montre un conflit entre les Pharisiens et le "Messie", et en indique la raison (Luc IV, 21-30) : "Dans la synagogue de Nazareth, après la lecture du livre d'Isaïe, Jésus déclara : "Cette parole de l'Ecriture que vous venez d'entendre, c'est aujourd'hui qu'elle s'accomplit." Tous lui rendaient témoignage ; et ils s'étonnaient du message de grâce qui sortait de sa bouche. Ils se demandaient : "N'est-ce pas là le fils de Joseph ?" Mais il leur dit : "Sûrement vous allez me citer le dicton : 'Médecin, guéris-toi toi-même. Nous avons appris tout ce qui s'est passé à Capharnaüm : fais donc de même ici dans ton pays !'" Puis il ajouta : "Amen, je vous le dis, aucun prophète n'est bien accueilli dans son pays."
En toute vérité, je vous le déclare : au temps du prophète Elie, lorsque la sécheresse et la famine ont sévi pendant trois ans et demi, il y avait beaucoup de veuves en Israël ; pourtant Elie n'a été envoyé vers aucune d'entre elles, mais bien vers une veuve étrangère, de la ville de Sarepta, dans le pays de Sidon. Au temps du prophète Elisée, il y avait beaucoup de lépreux en Israël ; pourtant aucun d'eux n'a été purifié, mais bien Naaman, un Syrien. » A ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu'à un escarpement de la colline où la ville est construite, pour le précipiter en bas. Mais lui, passant au milieu d'eux, allait son chemin."

Et voici les propos de Saint-Marc au sujet du conflit entre Jésus et les Pharisiens (Marc, VII, 14-15) : "Jésus leur répond : "Isaïe a fait une bonne prophétie sur vous, hypocrites, dans ce passage de l’Écriture : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. Il est inutile, le culte qu’ils me rendent; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains. Vous laissez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes.""

C'est clair ! S'il a existé, Jésus reprenait l'oeuvre d'Isaïe afin de l'enseigner à autrui tout en voulant démontrer qu'il était le messie, tandis que les Pharisiens n'y croyaient pas et attachaient davantage de valeur aux principes de Moïse. Est-ce que Jésus se considérait à la fois comme un chef spirituel et roi légitime d'Israël ? Par ailleurs, la phrase "N'est-ce pas le fils de Joseph ?" est intéressante. Ce simple charpentier serait donc un homme important. La notion de charpentier, de menuisier ou d'architecte, peut faire référence à un homme qui conçoit et construit, donc à un créateur ou à un guide. Par conséquent, Joseph pouvait être un aristocrate influent au sein de la société juive. Nous pouvons aussi émettre l'hypothèse qu'il n'était pas un homme mais était nul autre que Dieu. D'ailleurs, il est curieux qu'aucun apôtre n'ait évoqué la mort de ce Joseph. Troisième théorie, et certainement la plus probable, Joseph est aussi le nom du premier personnage important de la religion juive et est présent dès le premier chapître de l'Ancien Testament. Il s'agissait du patriarche des juifs, c'est-à-dire de leur guide spirituel en Egypte, avant que Moïse ne les conduise vers la terre promise. Par conséquent, les apôtres voulaient sans doute montrer l'ascendance divine de Jésus en indiquant qu'il était le descendant du patriarche Joseph. Enfin, au sujet de la supposée naissance de Jésus à Bethléem, il s'agit encore une fois d'une reprise des textes anciens par les apôtres pour l'appliquer à Jésus. Voici ce que disait Michée, contemporain d’Isaïe (Michée, V, 1-2) : "Et toi Bethléem, le moindre des clans de Juda, c’est de toi que me naîtra celui qui doit régner sur Israël ; ses origines remontent au temps jadis, aux jours antiques. C’est pourquoi il les abandonnera jusqu’au temps où aura enfanté celle qui doit enfanter. Alors le reste de ses frères reviendra aux enfants d’Israël."

 

jesus_20.jpgMaintenant, regardons du côté des auteurs latins. Le premier que nous pouvons citer est le chroniqueur romain d’origine juive Flavius Josèphe, auteur de Antiquités judaïques. A l’intérieur de son œuvre, Jésus est mentionné à deux reprises. La première évocation concerne la lapidation de Jacques de Jérusalem, décrit comme « le frère de Jésus appelé Christ » (Antiquités judaïques, XX, 197-203, traduction de Julien Weill, Editions Ernest Leroux, Paris, 1900). Ce petit passage est intéressant puisqu’il indique que Jésus est appelé Christ. Christ est donc un surnom qui lui a été donné, et non un nom de famille prédestiné. Que signifie t-il ? Etymologiquement, on peut le traduire par "oint du Seigneur", c'est-à-dire l'envoyé ou l'élu de Dieu, an un mot le "Messie". C'est donc un titre employé par les chrétiens pour le définir comme guide suprême et spirituel.

Un passage plus important fut consacré à Jésus. Flavius Josèphe l’aurait décrit comme « un homme exceptionnel, [qui] accomplissait des choses prodigieuses […] et se gagna beaucoup de monde parmi les juifs... » (Antiquités judaïques, XVIII, 63-64). Mais l’authenticité de ce passage est très contestée car plusieurs historiens comme Michel Quesnel pensent qu’il a été inventé ou modifié par des traducteurs chrétiens. Il ne faut pas oublier que les premières traductions d’ouvrages antiques ont été effectuées par des religieux. Il n’est donc pas impossible que cet extrait ait été retouché. Cependant, cela ne signifie pas que Flavius Josèphe n’ait pas rédigé un passage sur Jésus, mais peut-être était-il moins enthousiaste sur ce «Messie» (Michel Quesnel, Les sources littéraires de la vie de Jésus, dans Aux origines du christianisme, Editions Gallimard, Le Monde de la Bible, 2000, p. 195–196). Le texte de l’auteur romain d’origine juive sera remis en cause plusieurs siècles plus tard par saint Photios, patriarche de Constantinople à deux reprises (858-867 puis 877-886). Au-delà de sa personnalité ecclésiastique, Photios était aussi un grand érudit et l’un des plus grands intellectuels de son temps. Il est à l'origine d'un renouveau des études classiques dans la capitale byzantine. Il étudia plusieurs auteurs antiques, essentiellement grecs, tels que Aristote, Ctésias, Memnon d'Héraclée ou encore Conon le Mythographe. Il commenta également des auteurs dont les œuvres sont aujourd’hui perdues, par exemple Arrien et quelques-unes de Diodore de Sicile. Il réunit l’ensemble de ses recherches dans une œuvre monumentale appelée Bibliothèque ou Myriobiblion, qu’il dédia à son frère Tarasios. C’est une collection de 280 chapitres (codices). A l’intérieur de son œuvre monumentale, Photios va mentionner un auteur qui est utile pour notre étude, Juste de Tibériade. Ce dernier était un historien juif du Ier siècle et fut l’instigateur d’un soulèvement des juifs de Galilée contre les Romains en 66. Il était également gouverneur militaire de Galilée et demeurait un farouche ennemi de Flavius Josèphe. Juste de Tibériade écrivit Histoire des juifs, un texte aujourd’hui disparu. En étudiant cet auteur juif du Haut-Empire, Photios constata que Juste de Tibériade ne mentionna jamais le "Messie". Par ailleurs, l’historien et philosophe juif hélléniste Philon (-20 à 50), vivant à l’époque supposée de Jésus, ne le mentionne pas non plus. Il y a de quoi se poser des questions. Jésus a-t-il vraiment été influent au sein de la société juive lors de son vivant ? Etait-il le descendant d'une noble et riche lignée ou était-il un simple religieux se prêtant une influence divine ?
Mais voyons les autres auteurs. Tacite a évoqué l’existence des chrétiens durant l’incendie de Rome et a expliqué que « Ce nom vient de Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Pontius Pilatus » (Annales, XV, 44). Cependant, on peut une nouvelle fois remettre en cause l’authenticité de ce petit passage. En effet, Ponce Pilate ne pouvait pas être procurateur puisqu’il s’agissait d’une fonction crée sous l’empereur Claude et qui remplaça celui de préfet. Par conséquent, Pilate ne pouvait être que préfet. Alors on peut se demander s’il s’agit d’une erreur de Tacite, mais cela est peu probable. Personnellement, je vois mal cet intellectuel de la fin du Ier siècle faire une telle erreur, même si on ne sait jamais. Après tout, l’erreur est humaine. Il peut également s’agir d’une faute d’un traducteur médiéval qui connaissait peu l’évolution des magistratures romaines, à moins qu’il ait inventé ce passage. Pour plusieurs érudits tels que Joseph Gedaliah Klausner ou Constantin François de Chasseboeuf le comte de Volney, ce récit de Tacite serait un faux élaboré de toute pièce au XVème siècle par le fameux faussaire Le Pogge, secrétaire de plusieurs papes. Le texte, comme tout le contexte, ne nous est connu que par un seul manuscrit découvert en 1429, et entra en 1444 dans la Bibliothèque des Médicis. Le Pogge disait l'avoir reçu d’un moine anonyme venu à Rome en pèlerinage et qui disparu aussitôt. Il faut savoir qu'aucun texte antique et du Haut Moyen-Age évoque le récit de Tacite comme référence, et ni même les apologistes et pères de l'Eglise. De plus, dans son Histoire Ecclésiastique, l'historien du IIIème et IVème siècle Eusèbe de Césarée ne mentionne pas non plus cette source. Nous pouvons faire le même constat en ce qui concerne Augustin d'Hippone qui a vécu au IVème et Vème siècle. Et n'oublions pas que Le Pogge est bien connu pour avoir fabriqué d’autres faux. Ce récit "découvert" dans la première moitié du XVème siècle tombait à point nommé. Les érudits commençaient à s’interroger sur les origines de la papauté. Nous sommes au lendemain du grand schisme d’Occident et le concile de Constance a singulièrement diminué les pouvoirs du pape. Alors il devient important de re-sacraliser cette fonction. Par conséquent, démontrer que les papes sont les successeurs de saint Pierre affirmerait une autorité et une légitimité, mais aucun texte ne signale la venue du principal apôtre à Rome. Des écrits mentionnent sa mort en martyr à Rome, mais qui ne sont pas contemporains à cette période et furent écris bien après. De plus, ces écrits sont quasiment tous religieux. Erudit, Le Pogge sait probablement les crimes qu'on a placé sur Néron, surtout l'incendie de Rome de 64. S'il a vraiment inventé ce passage attribué à Tacite, alors il aurait trompé tout le monde. La découverte du manuscrit au moment précis où l’on en éprouvait le besoin suffirait à rendre suspect ce petit miracle. Enfin, si le récit de Tacite est authentique, alors cet intellectuel se met en contradiction avec lui-même. En effet, dans l'une de ses nombreuses oeuvres, Histoires, il indique dans le livre V : « Après la mort d’Hérode, sans attendre les ordres de César [Auguste], un certain Simon avait usurpé le nom de roi. Il fut puni par Quintilius Varus. Sous Tibère, la nation fut tranquille puis, ayant reçu de Caïus César [Caligula] l’ordre de placer son image dans le temple en 40, elle aima mieux prendre les armes ; la mort de César [en 41] arrêta ce mouvement » (paragraphe 9). Il précise que « les juifs souffrirent néanmoins avec patience jusqu’au procurateur Gessius Florus sous lequel la guerre éclata [en 66]. » (paragraphe 10). Ainsi, dans un autre ouvrage, Tacite explique qu'il n’y eut pas de trouble en Judée sous le règne de Tibère (14-37). En parallèle, toujours dans Histoires, il rappelle la révolte de 40 et la guerre de 66-70, alors il n’avait aucune raison de taire les incidents du début des années 30 en Palestine. Néanmoins, un petit point est à reprendre pour cette citation concernant le "certain Simon". En effet, il ne faut pas oublier que Simon est également l'autre nom de Saint Pierre. Est-ce que le Simon usurpateur ayant vécu sous le règne de l'empereur d'Auguste d'après Tacite était en réalité Pierre ? Dans ce cas, celui qu'on appelle saint Pierre aurait très bien pu inventer, avec ses proches, la vie d'un fils de Dieu qui le désigna comme son principal fidèle afin de se légitimer. Problème, les dates de vie de Saint Pierre et du Simon usurpateur ne correspondent pas. Par conséquent, la prudence est de mise, mais cela ne signifie pas forcément que l'hypothèse doit être rejetée.
En 112, Pline le Jeune aurait envoyé une lettre à l'empereur Trajan, alors qu’il gouvernait la Bithynie, afin de lui demander des instructions à l’égard des chrétiens, et la réponse de Trajan. Il explique les résultats d'une enquête qu'il a mené sur des chrétiens de Bithynie à la suite d'accusations parvenues jusqu'à lui, et explique qu'il ne trouve pas grand-chose à leur reprocher (Michel Quesnel, Les sources littéraires de la vie de Jésus, dans Aux origines du christianisme, Editions Gallimard, Le Monde de la Bible, 2000, p. 196). Que dit la lettre ? Selon Pline le Jeune, les chrétiens "se réunissent à jour fixe, avant le lever du soleil, pour réciter entre eux alternativement un hymne à Christus comme à un dieu [carmen Christo quasi deo]".Mais encore une fois, il n'est pas assuré que ce document est authentique. Plusieurs historiens considèrent cet échange de correspondances regroupent des faux fabriqués du temps de Tertullien par un fanatique chrétien. Parmi ces historiens, ont peut citer Gaston Boissier qui publiera son analyse dans un article de la Revue archéologique (De l'authenticité de la lettre de Pline au sujet des chrétiens, dans la Revue archéologique, Paris, 1876).

Enfin, nous pouvons rappeler Suétone et sa Vie des douze Césars, oeuvre écrite vers 120. Il évoque quelques activités des chrétiens, notamment dans la Vie de Néron (XVI, 3). Mais la mention la plus importante de situe dans la Vie de Claude puisque l'auteur indique :
"Claude chassa de Rome les juifs qui, sous l’impulsion de Chrestus [impulsore Chresto] s’agitaient constamment." (XXV, 4). Il est souvent admis que Chrestos (ou Chrestus) désigne Jésus Christ (Le christianisme antique de Jésus à Constantin, Armand Colin, 2008, p. 51). Ceux qui défendent cet hypothèse explique que Suétone était un ignorant puisqu'il indique que ce Chrestos était présent à Rome lors des troubles de 50 au sein de la communauté juive, à l'encontre de laquelle Claude promulgue un édit d'expulsion (Michel Quesnel, Les sources littéraires de la vie de Jésus, dans Aux origines du christianisme, Editions Gallimard, Le Monde de la Bible, 2000, p. 196). Mais si on lisait cette phrase sans idée préconçue, on verrait simplement dans ce Chrestos (ou Chrestus) un agitateur romain du temps de Claude. Et il y a une grande différence de signification entre Christus ("oint du seigneur") avec Chrestus ("le bon", "le meilleur" ou "l'utile"). De plus, ce nom de Chrestus était courant dans la Rome de l'époque puisqu'il était souvent porté par des esclaves libérés. Par exemple, Ulpien, préfet du prétoire, avait un adjoint nommé Chrestus en 222. Ici, il s'agit sans doute d'un des chefs organisateurs des désordres qui se révélèrent à Rome, au moment où Claude ordonna l'expulsion des juifs de Rome.

En conclusion, on peut affirmer que Jésus, s'il a existé, était né à fin du règne du roi Hérode des juifs, c'est-à-dire avant -4. Par ailleurs, Kepler a prouvé que l'étoile de Bethléem était en réalité une triple conjonction de Jupiter et Saturne dans le signe des Poissons. Si le "Messie" est venue au monde, il est sans doute né en -7, et plus précisément vers le 12 avril, aux alentours 3 octobre ou aux environs du 4 décembre, même nous ne pouvons pas rejeter la possibilité de l'an -6. Cependant, des mystères restent en suspend, notamment sur son origine social. Et à ce jour, aucune preuve directe n'atteste de l'existence du Christ puisque aucun écrit contemporain de sa vie n'a été retrouvé, même s'il est malgré tout fort probable qu'il ait existé.

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16 septembre 2008 2 16 /09 /septembre /2008 10:07

Il est de ces personnages historiques qui resteront gravés dans la mémoire de l’humanité comme des êtres perfides et pervers. L'empereur Néron est de ceux-là. Il est vrai que lire un condensé de sa courte vie n’inspire que peu de sympathie pour sa personne: Assassin de sa mère, de sa femme et de son principal garde du corps. Il était également l'incarnation du mauvais empereur pour les Romains, puis fut la figure de l'antéchrist pour les Chrétiens. N’est-il donc pas normal et légitime de lui imputer tous les fléaux dont souffrirent les Romains sous son règne ? Pensons, par exemple, à l’incendie de Rome dont plusieurs de ses contemporains lui imputèrent la responsabilité. Mais qu’en est-il, en réalité ?

Déroulement de l'incendie de Rome

Quelques années après l'incendie, l'historien latin Tacite (55-120 ap. J.C), un contemporain, raconte (Annales, XV, 38) :

"Le point de départ de l'incendie se trouva dans cette partie du Cirque qui est contiguë aux collines du Palatin et du Caelius. De là, à cause des boutiques dans lesquelles les marchandises alimentent les flammes, le feu, violent et activé par le vent, dévore toute la longueur du Cirque. En effet, il n'y avait rien pour le retenir, ni les maisons entourées de clôtures, ni les temples ceints de murs et ni rien d'autre d'équivalent. L'incendie se répand avec violence d'abord dans les parties planes, puis s'élance vers les quartiers en altitude avant de dévaster les parties basses de la ville. Par sa rapidité foudroyante, il devance les secours et trouve une proie facile dans la ville aux ruelles étroites et tortueuses, aux quartiers mal alignés, comme était l'ancienne Rome."

Le feu débuta dans la nuit du 18 au 19 juillet 64. Les entrepôts situés près du Grand Cirque prennent feu pour une raison inconnue. Malgré la canicule, un vent sec et violent souffle sur la capitale et va répandre l'incendie. Les flammes montent rapidement vers le Palatin, c'est-à-dire le centre religieux et impérial de la ville. Une partie du palais de l'empereur est détruit ainsi que quelques sanctuaires. Les flammes vont ensuite redescendre dans les quartiers longeant le Quirinal, le Vinimal et l'Esquilin. Les vigiles, chargés de la prévention et de l'extinction des incendies, ne peuvent contrôler le feu, et l'obscurité de la nuit ainsi que la panique d'une foule importante ont pu nuire au travail des pompiers de l'époque. Pendant plus d'une semaine, l'incendie ravagea près des trois quarts de la ville. Sur les 14 régions que composaient Rome, 10 ont été touchées par les flammes, partiellement ou entièrement. On n'a aucun chiffre concernant le nombre de victimes, mais on estime à environ 200 000 habitants privés de domicile, c'est-à-dire approximativement 25% de la population de Rome. Les quartiers populaires, composés de maisons en torchis et parfois hauts de 4 étages, sont les plus touchés. Nombre d'édifices, honorés par les Romains à cause de leur ancienneté, ne sont plus que décombres et tas de cendres. Les oeuvres d'art, ramenées le plus souvent de Grèce et d'Orient pour orner les lieux publics, n'ont pas échappé à l'incendie, tout comme les manuscrits contenus à l'intérieur des bibliothèques publiques.

Les rumeurs

Ce n'est pas la première fois que Rome subit un incendie. Du début du règne d'Auguste (27 av. J.C) jusqu'à la fin de l'Empire (476 ap. J.C), près de 40 sinistres avaient ravagé Rome. Quatre d'entre eux furent violents: celui de 64 qui est la date notre sujet, ainsi que ceux de 80, de 190 et de 283. A l'époque de l'empereur Néron, c'était la première fois que la capitale subissait un incendie de grande ampleur. La population, traumatisée, souhaitait trouver des responsables, et même si elle ignorait la cause de l'incendie. Des rumeurs évoquent des hommes jeter des torches contre les maisons et l'historien Suétone va le répéter dans son oeuvre, la Vie des Douze Césars : "on vit des gens lancer des torches contre les maisons en disant tout haut qu'ils avaient reçu des ordres". Faut-il croire à cette rumeur ? Par ailleurs, d'autres habitants, très croyants envers leurs Dieux, pensaient qu'il s'agissait d'une colère divine. Dans les deux cas, le premier soupçonné est l'empereur. En effet, en ce qui concerne la première rumeur, l'empereur incarne l'autorité et donc il n'y a que lui qui peut donner l'ordre de créer un incendie. Au sujet de la deuxième rumeur, il faut se rappeler que Néron n'était pas le successeur légitime au trône d'empereur, puisque àprès la mort de son prédécesseur l'empereur Claude (assassiné par Agrippine, la mère de Néron), c'est le fils de ce dernier, c'est-à-dire Britannicus, qui devait régner à la place de Néron. Mais il fut écarté par la mère de Néron et mourut rapidement d'un empoisonnement ou d'une crise d'épilespie. Pour les croyants, la colère divine exprime le mécontentement des Dieux à l'égard des hommes qui ont laissé l'imposteur Néron monter sur le trône de Rome. Enfin, deux autres hypothèses se sont également propagées dans les rues de Rome. Néron, passionné d'art grec, composait un poème intitulé La Prise de Troie. L'incendie de Rome aurait pu l'émerveiller et lui aurait donné de l'inspiration pour la composition de son poème. Tacite mentionne cette rumeur, mais sans vraiment la confirmer (Annales, XV, 39) : "Mais toute cette popularité manqua son effet, car c'était un bruit général qu'au moment où la ville était en flammes il était monté sur son théâtre domestique et avait déclamé la ruine de Troie, cherchant, dans les calamités des vieux âges, des allusions au désastre présent." Quant à l'autre interprétation, l'empereur aurait pris la décision de faire brûler la ville afin de la reconstruire entièrement, et d'installer par la même occasion un immense palais dorée.
Mais Néron peut-il être responsable de l'incendie ? Pourquoi aurait-il incendié Rome ?

Où était Néron au moment de l'incendie ?

Il est déjà important de rappeler qu'avant le déclenchement de l'incendie, Néron n'était pas à Rome mais à Antium, et est rentré à Rome juste après avoir été avertit de l'incendie. Lorsque l'empereur arriva précipitamment dans la capitale, les flammes s'étaient déjà répandues depuis quasiment deux jours. Donc la théorie selon laquelle il aurait ordonné l'incendie de la ville pour composer son poème est à rejeter d'emblée. Voici le passage de Tacite prouvant ce fait (Annales, XV, 39) : "Pendant ce temps, Néron était à Antium et n'en revint que quand le feu s'approcha de la maison qu'il avait bâtie pour joindre le palais des César aux jardins de Mécène."


A quel endroit l'incendie se déclara ?

Comme je l'ai déjà dit auparavant, les premières flammes furent remarquées dans les entrepôts situés près du Grand Cirque. Mais il est intéressant d'indiquer qu'à proximité des entrepôts se situaient des galeries d'art helléniques. Ces galeries appartenaient à nulle autre que l'empereur Néron, passionné d'art grec et très attaché à ses oeuvres d'art. Cela signifie alors que les galeries d'art de Néron furent parmi les premières victimes de l'incendie. Il est peu probable qu'un homme, même un peu fou, souhaite voir partir en cendres ce qu'il avait de plus cher. Par ailleurs, la première action de Néron, une fois rentrée à Rome, a été de prendre les dispositions nécessaires pour sauver les oeuvres qui peuvent encore échapper aux flammes. De plus, n'oublions pas que son palais impérial était aussi partiellement touché. Ce fait remet en cause la théorie selon laquelle Néron aurait fait brûler des quartiers pour y reconstruire un immense palais, puisque les premiers bâtiments d'importances touchés par les flammes sont ceux qui le concernaient personnellement. Par ailleurs, s'il avait voulu brûler la ville pour la reconstruire entièrement, il aurait prit soin de faire enlever ses oeuvres d'art et de vider les appartements de son palais de tout son contenu. D'après Tacite (Annales, XV, 39) : "Toutefois, on ne put empécher l'embrasement de dévorer et le palais, et la maison, et tous les édifices d'alentour."


Quelles furent les actions de Néron après l'incendie ?

Tacite nous décrit les actes de l'empereur à son arrivée dans la capitale (Annales, XV, 39) : "Néron, pour consoler le peuple fugitif et sans asile, ouvrit le Champ de Mars, les monuments d'Agrippa et jusqu'à ses propres jardins. Il fit construire à la hâte des abris pour la multitude indigente ; des meubles furent apportés d'Ortie et des municipes voisins, et le prix du blé fut baissé jusqu'à trois sesterces. "

Tout d'abord, Néron décida la réouverture des lieux publics restants, organisa la construction de baraquements, veilla à l'approvisionnement en vivres et à la vente en blé. Cependant, la population voulait un coupable et commençait à accuser l'empereur. L'historien Tacite l'explique très bien : "Mais aucun moyen humain, ni largesses impériales, ni cérémonies expiatoires ne faisaient taire le cri public qui accusait Néron d'avoir ordonné l'incendie." (Annales, XV, 44). Néron aurait donc tenté de rechercher des coupables. Les chrétiens (à l'époque les chrétiens se considéraient comme des tenants de la religion hébraïque, et non comme les tenants d'une nouvelle religion) étaient les coupables idéals pour l'empereur. En effet, ils étaient très impopulaires puisqu'ils ne reconnaissaient pas l'appartenance divine de l'empereur, sans oublier leur manque de tolérance affiché envers les polythéistes et les autres religions. Antérieurement, les empereurs Tibère puis Claude avaient tenté d'expulser tous les juifs de Rome à cause de la croyance monothéïste qui pouvait troubler l'ordre public et la morale de l'époque. Le peuple de Rome, avec Néron à sa tête, se serait donc archarné sur les juifs, principalement envers ceux qui voyaient en Jésus le Messie, c'est-à-dire la réincarnation humaine du Dieu unique. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que ceux qui "créeront" le christianisme croyaient à la fin proche du monde à cette époque (dans le judaïsme, la venue du Messie annonce la fin du monde), de quoi effrayer la population romaine. Voici ce que disait Tacite à propos des chrétiens (Annales, XV, 44) : "Pour apaiser ces rumeurs, il offrit d'autres coupables, et fit souffrir les tortures les plus raffinées à une classe d'hommes detestées pour leurs abominations et que leur vulgaire appelait chrétiens. Ce nom vient de Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Pontius Pilatus [erreur puisqu'il s'agissait d'un préfet, fonction qui sera remplacée par celui de procurateur sous l'empereur Claude. Est-ce une faute du traducteur ou de l'auteur ?]. Réprimée un instant, cette exécrable superstition se débordait de nouveau, non seulement dans la Judée, où elle avait sa source, mais dans Rome même, où tout ce que le monde enferme d'infamies et d'horreurs afflue et trouve des partisans. On saisit d'abord ceux qui avouaient leur secte, et, sur leurs révélations, une infinité d'autres, qui furent bien moins convaincus d'incendie que de haine pour le genre humain. On fit de leurs supplices un divertisssement : les uns, couverts de peaux de bêtes, périssaient dévorés par les chiens ; d'autres mouraient sur des croix, ou bien ils étaient enduits de matières inflammables, et, quand le jour cessait de luire, on les brûlait en place de flambeaux. [...] quoique ces hommes fussent coupables et eussent mérité les dernières rigueurs, les coeurs s'ouvraient à la compassion, en pensant que ce n'était pas au bien public, mais à la cruauté d'un seul, qu'ils étaient immolés." Cependant, il faut faire attention à cette mention de répression. En effet, le témoignage de Tacite n'est pas appuyé par des preuves, et nous ne savons rien du nombre de persécutés, au point que nous n'avons même pas de chiffre approximatif fiable. S'il y a eut une persécution envers les chrétiens, nous ne connaissons pas son ampleur. Il peut s'agir du traquage de centaines, comme de dizaines ou de milliers de personnes. Le plus étrange, c'est que les conditions de répression des chrétiens ne seront évoquées par aucun autre historien du Haut-Empire. Parmi les plus connus, ni Suétone (qui pourtant n'aimait pas Néron), ni Pline l'Ancien et ni même Josèphe Flavius ne mentionnent avec précision ces tortures. Par ailleurs, il est étonnant que les Romains soient tant émus par ce traquage à l'encontre des chrétiens puisqu'ils viennent fréquemment assister au jeux du cirque afin de voir avec plaisir des victimes subir le même sort. De plus, Tacite n’éprouve aucune pitié pour les 400 esclaves suppliciés à la suite de l’assassinat de leur maître, le préfet de Rome (en 61), alors qu’ils n'étaient même pas soupçonnés de complicité dans ce meurtre. Il reste aussi insensible devant le massacre des gens les plus inoffensifs, que même les proscriptions de Sylla obtinrent son approbation (Annales, III, 27).  Il montre aussi aucun remord au spectacle de 60 000 Germains s’égorgeant entre eux dans une guerre civile (Germanie, 33). Le récit de ces cruautés à l'encontre des chrétiens est une exception dans toute la littérature antique. Aucun autre auteur de l'époque ne cite des choses semblables. Donc on peut se demander si ce passage de Tacite a été volontairement modifié par un traducteur médiéval. Il faut avouer que tout cela soulève des doutes au sujet de l’authenticité du passage où il est parlé des chrétiens.

Les chrétiens responsables de l'incendie ?

À la veille de la Première guerre judéo-romaine, la destruction de la capitale de l'Empire venait à point nommé pour désorganiser l'ennemi. En effet, la date des prémices de cette terrible insurrection est controversée : la plupart des historiens la situent en 66, mais certains pensent que le prétexte qui servit de détonateur à la révolte de la ville de Césarée (une mésentente entre juifs et helléniques) remonte à 64, année de l'incendie de Rome. Même si l'incendie n'a pas donné le signal immédiat de l'insurrection, un tel acte pouvait viser à affaiblir l'Empire romain, centralisé administrativement, en anéantissant son centre de commandement. De plus, la reconstruction de Rome coûterait une fortune. Les dirigeants seraient contraints d'aller chercher tout cet argent dans les poches des contribuables, déjà passablement pressurés d'impôts. Avec cet accroissement de l'imposition, des soulèvements ne manqueraient pas d'éclater un peu partout, soulageant alors la grande révolte messianique juive. Mais existe-t-il des preuves de l'implication des chrétiens dans l'incendie ? L'Apocalypse (18 : 6 - 8) semble faire une allusion à la destruction de Rome : "Payez-la [Rome] de sa monnaie, rendez lui le double de ses méfaits, et, dans le calice où elle versait à boire, versez-lui le double. Autant elle a fait parade de luxe, autant donnez-lui de tourment et de deuil. Parce qu'elle se dit : « Je trône en reine et ne suis point veuve, et n'expérimenterai jamais le deuil », pour cela, le même jour verra fondre sur elle tous les fléaux : mort, deuil, famine, et elle sera incendiée, car il est fort, le Seigneur Dieu qui l'a condamnée". Cependant, cette source signifie t-il que les chrétiens ont brûlé la capitale romaine ? Il ne s'agit en aucun cas d'une preuve, même si on peut se demander si l'incendie était souhaité. Néamoins, il ne faut pas oublier que Néron était à cette époque marié à Poppée, réputée pour cotoyer le milieu juif. Il n'est pas impossible que certains chrétiens fassent partie de l'entourage de cette femme. Par conséquent, même s'ils étaient mal vus par les Romains, les juifs jouissaient d'une influence (certes, modeste) à la cour impériale. Alors qu'ils étaient chassés par Tibère et Claude, ils étaient tolérés par l'empereur avant l'incendie de Rome. Envisager de brûler Rome signifierait la perte de leur influence. Malgré tout, les courants religieux juifs (dont les premiers chrétiens) étaient nombreux, et il est donc difficile de savoir si des chrétiens étaient proches de Poppée ou s'ils étaient hostiles à la belle. Enfin, n'oublions pas que les adversaires des chrétiens accuseront plus tard ceux-ci de quelques incendies sous le Bas-Empire. Pourtant, pas un d’eux ne songera à rappeler l’incendie de Rome.

Il est donc peu probable que Néron ait incendié Rome. Par manque de preuve, personne ne peut l'affirmer. De plus, l'auteur Aurelius Victor explique que "Néron fit tant pour l'embellissement de Rome au cours des cinq premières années de son règne que Trajan affirmait souvent, à juste titre, qu'aucun empereur n'approcha jamais l'œuvre de ces cinq années-là" (De Cæsaribus, V, 2). Il serait donc surprenant qu'un homme ayant embellit sa ville veuille ensuite la détruire. Par ailleurs, nous pouvons nous demander qui pouvait souhaiter un pareil incendie dans la capitale antique. Il est difficile de dire si les pères de la chrétienté sont responsables du départ de feu. En effet, ils étaient très impopulaires à cette époque et étaient régulièrement chassés de Rome, notamment sous Tibère et Claude, mais ils furent davantage tolérés sous Néron. Cependant, ils étaient aussi très peu nombreux et se devaient donc d'endoctriner la population en annonçant la parole divine, tout en essayant de gagner de l'influence au sein de l'aristocratie et de ne pas s'attirer l'hostilité des Romains. De plus, les chrétiens savaient sans doute que s'ils incendiaient Rome, ils seraient les premiers traqués. En revanche, un homme avait tout intérêt à souhaiter du mal de Néron. En effet, Othon, futur empereur en 69, avait eu le malheur de voir sa femme, Poppée, le quitter pour un autre homme qui n'est autre que Néron. Othon était un général militaire fortuné et très puissant, qui avait eu la honte de perdre une femme réputée comme la plus belle de Rome. Poppée quitta Othon pour Néron seulement quelques années avant l'incendie. Pour se venger, celui-ci aurait très bien pu ordonner l'incendie près du Grand Cirque, afin de brûler les galeries d'art de son ennemi ainsi que le palais impérial, par la même occasion. Cependant, Othon ne fut jamais soupçonné, pas même par l'empereur (en tout cas, aucune source ne l'évoque) ! Enfin, l'incendie aurait très bien pu être accidentelle. En effet, les quartiers de Rome étaient essentiellement composés de maisons en torchis, à l'intérieur de rues étroites. De plus, ce juillet 64 était marqué par une grande canicule avec un vent violent mais sec. Tous ces facteurs suffisent largement au déclenchement d'un incendie et à la propagation des flammes. On ne peut donc tirer aucune conclusion sur l'incendie de juillet 64 qui ravagea Rome. En revanche, accuser Néron est l'hypothèse la moins probable.

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15 septembre 2008 1 15 /09 /septembre /2008 10:53

Inventeur, mathématicien ou encore mécanicien, Héron d'Alexandrie est pourtant peu connu, même des historiens. Au XIXème siècle, c'est la stupéfaction quand des érudits découvrirent que ce mystérieux savant de l'Antiquité avait fait fonctionner ... une machine à vapeur, plus de 1500 ans avant James Watt !

Qui est Héron d'Alexandrie ?

On lui attribue le tour à vis, la pompe à incendie, l'horloge hydraulique ou encore le polybolos (baliste à culasse mobile tirant des rafales de projectiles). On peut même ajouter le piston ou la programmation. Cependant, même s'il est l'un des inventeurs les plus féconds du monde antique, il est pourtant un personnage peu connu. On ne connaît quasiment rien sur sa vie, ni même l'époque exacte à laquelle il vécut. Les historiens situent son existence entre la fin du Ier siècle avant J.C et la fin du Ier siècle de notre ère. De plus, ils ont identifié une dizaine d'écrivains portant le nom d'Héron à la même époque, ce qui n'arrange pas la recherche sur cet inventeur. Cependant, grâce aux recherches effectuées par Philippe Fleury, nous savons qu'il est postérieur à l'architecte Vitruve, c'est-à-dire après -20 (Gilbert Argoud, "Héron d’Alexandrie et Vitruve", article publié dans Sciences et vie intellectuelle à Alexandrie (Ier – IIIe siècle après J-C), Université de St-Etienne). D'après le mathématicien autrichien Otto Neugebauer, il fut contemporain de Columelle et de Pline l'Ancien, c'est-à-dire au milieu du Ier siècle. Il se justifie en constatant que Héron avait évoqué une éclipse lunaire qui, par ses calculs, ne peut correspondre qu'à celle du 12 mars 62 à exactement 23 heures, donc durant le règne de l'empereur Néron (Otto Naugebauer, Über eine Methode zur Distanzbestimmung Alexandria-Rom bei Heron, 1938). Gilbert Argoud confirma cette hypothèse en citant Pline l'Ancien,  car ce dernier mentionne dans Histoire Naturelle (XVIII, 137) la vis de pressoir à pression directe de Héron comme d'une invention récente (Gilbert Argoud, "Héron d'Alexandrie, mathématicien et inventeur", article publié dans Sciences et vie intellectuelle à Alexandrie (Ier – IIIe siècle après J-C), Université de St-Etienne). En outre, d'autres arguments sont également développés de manière détaillée dans l'ouvrage collectif du Centre Jean Palerme Autour de la dioptre d'Héron d'Alexandrie, publié à l'Université de Saint-Etienne. Il faut savoir qu'en Europe occidentale, on connaissait peu de choses sur le savant d'Alexandrie jusqu'à ce que l'on retrouve en 1896, à Constantinople, un de ses manuscrits appelé Les Métriques. Aujourd'hui, la majeure partie de ses recherches nous est parvenue, c'est-à-dire sept ouvrages qui mentionnent quelques-unes de ses inventions. Ses écris sont précieux car il est très rare de retrouver des oeuvres portant sur les techniques de l'Antiquité. A l'intérieur de ses livres, certains traités ont traversé le temps. En effet, le plus connu d'entre eux, Les Pneumatiques, fut transmit de civilisations en civilisations, et a été repris par les Byzantins ou encore les Araméens. Mais ce sont surtout les Arabes qui recopièrent bon nombre de traités d'Héron, et les ont recopiés à plusieurs reprises. Nous pouvons citer par exemple Les Mécaniques, dont la traduction arabe est présente dans la bibliothèque de Leyde. A notre connaissance, ils n'ont pas tenté de reconstituer ses inventions, mais ont probablement été admiratifs envers des techniques qui les dépassaient. En parallèle, si les civilisations orientales du Moyen-Age semblaient attirées par ses traités, les Occidentaux s'y intéressaient probablement moins, puisqu'au contraire des Arabes, on n'en trouve aucune traduction. Malgré tout, quelques historiens supposent que Léonard de Vinci a été inspiré des traités d'Héron d'Alexandrie pour plusieurs de ses inventions. Mais encore une fois, personne ne peut l'affirmer.

L'éolipyle : la machine à vapeur de l'Antiquité

Appelé ainsi par les Grecs, l'éolipyle d'Heron fut reconstitué par le chercheur anglais John Landels. Pendant plusieurs années, Landels étudia les inventions antiques et publia une oeuvre consacré à ce domaine, Engineering in the Ancient World, en 1978. L'éolipyle se constitue principalement d'une sphère contenant de l'eau et est équipée de deux tubes diamétralement opposés. L'eau est chauffée jusqu'à l'apparition de vapeur qui s'échappe alors par les tubes, créant un couple de forces qui fait tourner la sphère à une vitesse d'environ 1500 tours par minute. Cependant, cet appareil n'est pas sans défaut. En effet, le développement de l'éolipyle est dérisoire et les pertes de chaleur sont importantes. Landels a calculé que pour fonctionner de manière continuelle, la machine devrait consommer plusieurs centaines de kilos de bois par heure, et que le ramassage et le transport nécessiterait le travail de trois ou quatre hommes ! Faute de charbon, de fonte ou encore de pièces essentielles telles que des joints ou des soupapes, les Grecs n'avaient donc aucune chance de dompter la vapeur. Ce n'est pas l'éolipyle qui pouvait déclencher une révolution industrielle. Cependant, l'existence de cette machine à vapeur prouve que, contrairement à ce que nous apprennent la majorité de nos historiens, James Watt n'était pas le premier à concevoir une machine à vapeur. Encore une fois, il serait temps de modifier  nos livres d'histoires.

Une machine à vapeur est donc apparue en Antiquité, et c'est un ingénieur grec peu connu qui en fut l'inventeur. Pourquoi Héron d'Alexandrie était peu connu ? Sans doute qu'il était trop en avance sur son temps pour que toutes ses inventions soient comprises par les savants de l'Antiquité. Ptolémée, mathématicien du IIème siècle, n'en parlait même pas dans ses ouvrages. Il n'y a quasiment que le géomètre grec du IVème siècle Pappus qui le mentionna dans le livre VIII de sa Collection mathématique. L'ingéniosité de Héron d'Alexandrie ne sera pas donc exploitée par la suite, et l'éolipyle fut abandonné. Il est vrai que cette machine était trop demandeuse en ressources pour pouvoir déclencher une révolution industrielle, mais si cette invention avait été reprise pour être ensuite perfectionnée au fil des temps, l'humanité aurait peut-être fait un bon en avant considérable dans le progrès scientifique.

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Publié par VSA - dans Antiquité
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