Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
7 octobre 2008 2 07 /10 /octobre /2008 11:10

La date de la naissance de Jésus est sans doute l'un des plus grands mystères de l'histoire chrétienne, et bon nombre d'intellectuels ont tenté de le résoudre. On ne connaît, de cet évènement, uniquement ce que racontent les apôtres dans les différentes évangiles. Cependant, grâce aux dernières recherches, on suppose que le fondateur du christianisme serait né plusieurs années avant le fameux point 0.

Le roi Hérode

Le seul repère historique que nous avons est le roi de Judée de l'époque de la naissance supposée de Jésus, c'est-à-dire un certain Hérode. Surnommé "Hérode le Grand", ce roi est né en 73 avant notre ère et est décédé en 4 avant JC. Il a régné sur la communauté juive entre -37 et -4, mais il a été installé sur le trône de Jérusalem par les Romains qui l'avaient proclamé roi de Judée en -40. Par conséquent, il n'était pas l'héritier royal légitime. On sait beaucoup de choses sur sa vie, et notamment qu'il a reconstruit le temple de Jérusalem, donc son existence ne fait aucun doute. Voila un court résumé de ce qu'on peut lire à son sujet :
"Jésus étant né à Bethléem de Judée au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d’Orient se présentèrent à Jérusalem et demandèrent : "Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu en effet son astre se lever et sommes venus lui rendre hommage." Informé, le roi Hérode s’émut, et tout Jérusalem avec lui. Alors, Hérode manda secrètement les mages, se fit préciser par eux la date de l’apparition de l’astre et les dirigea sur Bethléem en disant : "Allez vous renseigner exactement sur l’enfant ; et quand vous l’aurez trouvé, avisez-moi afin que j’aille, moi aussi lui rendre hommage."" (Evangile selon Saint-Matthieu)
D'après les saints, Hérode, ayant apprit la naissance de Jésus à Bethléem, aurait tenté de retrouver le nouveau né et aurait ordonné le massacre de tous les enfants âgés de moins de 2 ans vivant dans ce village. Hérode est mort en -4, donc l'évènement devait obligatoirement avoir eu lieu avant cette année. L'historien Macrobe, qui a vécu vers 400 après Jésus Christ et qui s'était intéressé à cette époque, confirma le massacre. Par ailleurs, on peut se demander pourquoi Hérode craignait la naissance supposée de Jésus ? Bien-sûr, un croyant dirait que le roi était effrayé de la venue du "Messie", mais un historien ne peut se contenter de cette hypothèse. De plus, on peut constater que Saint-Matthieu désignait le Christ comme le "roi des Juifs". Jésus était t'il un héritier royal ? Etait t'il le simple fils d'un modeste charpentier ou avait t'il une ascendance plus noble ? Cette famille était-elle dirigeante d'une secte spirituelle juive hostile à Hérode (à cette époque, le judaïsme se divisait en plusieurs sectes, et Hérode dirigeait l'une d'entre elles) ? Ces questions restent sans réponse, mais n'oublions pas que ceux qui ont écrit la vie de Jésus étaient des fidèles qui n'avaient jamais assisté à la naissance de leur "Messie", et il n'est pas impossible que l'évènement soit entaché d'inventions. Nous y reviendrons plus longuement. Seul l'existence d'Hérode est réellement attestée. En tout cas, il est fort improbable que le roi de Judée ait prit la décision de faire assassiner tous les enfants de moins de 2 ans par simple crainte face à la naissance d'un fils de charpentier (Joseph), sauf bien-sûr si Jésus n'était pas l'enfant d'un simple charpentier mais d'un homme à la position sociale plus enviable ! Par ailleurs, dans son Antiquité judaïque, l'historien juif Flavius Josephe avait relaté la vie du roi Hérode, si bien qu'on connait à peu près tout sur son règne, notamment un certain nombre de ses crimes qu'il décrivait de manière détaillée. Cependant, il n'a jamais mentionné un massacre d'enfants de moins de 2 ans à Bethléem, et je ne pense pas que ça soit par manque de connaissances. Il n'est donc pas impossible que cet évènement ne soit qu'une pure invention de Saint-Matthieu, et donc que le massacre des Innocents n'ait jamais existé.
Une chose est sûre, si Jésus a existé, celui-ci est né avant -4. A noté qu'il n'est pas certain que Hérode soit mort en -4, il est possible qu'il soit décédé en -3. C'est l'hypothèse de Pierre Perrier (Evangile de l'oral à l'écrit, Le Sarment, La Flèche, 2000, p. 736), qui indique qu'il y a eu une erreur comise par Flavius Josèphe, due au "récalage" des dates du calendrier Babylonien dans le calendrier romain. Hérode fut reconnu roi par Antoine en 714 de Rome, il prend Jérusalem 3 ans plus tard et meurt 34 ans plus tard, soit en 714 + 3 + 34 = 751 de Rome, soit -3 avant notre ère.


L'étoile de Bethléem

"Sur ces paroles du roi, ils se mirent en route ; et voici que l’astre, qu’ils avaient vu à son lever, les devançait jusqu’à ce qu’il vînt s’arrêter au-dessus de l’endroit où était l’enfant. La vue de l’astre les remplit d’une très grande joie. Entrant alors dans le logis, ils virent l’enfant avec Marie sa mère, et tombant à genoux, se prosternèrent devant lui. Puis, ouvrant leurs cassettes, ils lui offrirent des présents: de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Après quoi, un songe les ayant avertis de ne pas retourner chez Hérode, ils prirent une autre route pour rentrer dans leur pays." (Evangile selon Saint-Matthieu)
De nombreux historiens estiment que la célèbre étoile de Bethléem qui, selon la légende avait guidé les "rois-mages", n'était qu'une invention afin d'ajouter un peu plus un caractère divin au Christ, et que cette manifestation céleste n'avait jamais existé. Malgré tout, quelques intellectuels ont cherché à connaître la réalité sur l'existence de cette "étoile". Selon une hypothèse très répandue, cette étoile était en fait la comète de Halley. Or, on sait aujourd’hui que la comète était apparut bien dans le ciel du Moyen-Orient, mais ce fut en l’an 12 avant notre ère, soit sans doute plusieurs années avant le massacre des enfants par Hérode. D’autre part, l'étoile était à l’apogée de son éclat au moment précis où elle se trouvait au-dessus de Bethléem. Chacun dans ce village aurait donc pu l’observer. Alors dans ce cas, pourquoi Hérode aurait-il demandé aux mages où se trouvait l’enfant ? Cela prouve que l'Evangile de Saint-Matthieu n'était pas dénué de mensonges. Malgré tout, l'apparition céleste n'était t'elle qu'une simple invention ? Cette réponse, nous la devons à un astronome. Johannes Kepler (1571-1630) avait tenté de calculer la distance entre les différents astres connus de notre système solaire, ainsi que leurs déplacements. Selon lui, la fameuse étoile de Bethléem était le souvenir d'une triple conjonction de Jupiter et de Saturne dans la constellation des Poissons, ce qui signifie que ces deux planètes se sont retrouvées alignées à trois reprises et en une année par rapport à la Terre, et étaient visibles sous la forme d'un point très brillant dans le signe zodiacal des Poissons. Si un simple alignement est un phénomène relativement courant, la triple conjonction est extrêmement rare. En effet, les astronomes ont pu déterminer que depuis 4000 ans, un évènement pareil n'a eu lieu qu'à deux reprises: en -860 et ... en 7 avant notre ère, soit trois ou quatre ans avant la mort du roi Hérode ! Quant à la date exacte de la triple conjonction, elle aurait eu lieu approximativement le 12 Avril, le 3 Octobre et le 4 Décembre. L'astronomie et l'histoire tendent donc à confirmer que "l'étoile de Bethléem" est un phénomène authentique. Par ailleurs, une inscription cunéiforme atteste l'observation astronomique de deux conjonctions faites par des astrologues juifs de Babylone vers le 12 avril et le 3 octobre de l'an -7. Ils y voyaient le signe céleste de l'arrivée du "Messie" qui devait chasser les étrangers de Palestine, c'est-à-dire les Romains qui occupaient le territoire. Par ailleurs, une autre conjonction entre Mars, Jupiter et Saturne aurait eu lieu en févier de l’an 6 avant notre ère. Mais si ce phénomène a réellement eu lieu, qu'en est il de l'existence des "rois-mages" qui avaient observé ces conjonctions ? Il faut savoir que le terme de "roi" n'est mentionné dans aucun évangile, contrairement à celui de mage. De plus, le mot "mage" désigne à l'origine un disciple de Zarathoustra chez les Perses, autrement dit un prêtre. Les Grecs reprirent ce terme en lui donnant la signification de "magicien" et "sorcier", et définit un homme pratiquant les sciences occultes et qui tente de donner une explication à des phénomènes qui lui paraissent mystérieux. Donc les mages mentionnés dans les Evangiles auraient très bien pu être des astrologues juifs qui avaient interprété les signes célestes comme le message de la venue d'un "Messie". Par ailleurs, leurs noms n'étaient jamais évoqués et c'est l'historien Bède qui, en 735, mentionne le premier que les mages seraient des rois nommés Balthazar, Gaspar et Melchior. L'affirmation de Bède semble peu probable. Quoi qu'il en soit, le fameux signe céleste évoqué par Saint-Matthieu a bien existé, même s'il ne s'agissait pas d'une étoile.

Pourquoi le 25 décembre ?

Les chrétiens célèbrent traditionnellement la naissance de Jésus le 25 décembre. Pourquoi ? En réalité, cette date aurait été fixée par le pape Libère
en 354 (Chronographe de 354, partie XII, écrit en latin "VIII kal. Ian. natus Christus in Betleem Iudeae" que nous pouvons traduire en français "Huit jours avant les calendes de janvier, naissance du Christ à Bethléem en judée"). Dans le cadre de la lutte contre les religions polythéistes, il souhaitait le remplacement des Saturnales romaines et de la fête du Soleil Vainqueur (Sol Invictus) que les païens avaient coutume de consacrer au retour du Soleil après le solstice d'hiver (R. J. Zwi Werblowsky, Hanouca et Noël ou Judaïsme et Christianisme. Note phénoménologique sur les rapports du mythe et de l'histoire, dans Revue de l'histoire des religions, vol. 145, n° 1, 1954, p. 30-68, et Henri Desroche, The Cult of Sol Invictus, dans Archives des sciences sociales des religions, vol. 36, n° 1, 1973, p. 176). De plus, la naissance du Dieu Mithra aurait eu lieu un 25 décembre. Avant 354, il faut savoir qu'une fête de la Lumière existait déjà en 239 avant Jésus Christ. Le calendrier grec de Canope indique la célébration, au solstice d’hiver, d’une fête de « la lumière qui croît, de la naissance du Soleil ». Il fallait donc substituer toutes ces traditions païennes au profit du christianisme, mais aussi rappeler que Jésus est le guide des hommes, en quelque sorte la "lumière du monde". Une simple preuve, la Nativité, c'est-à-dire la naissance du Christ, était fêtée le 6 janvier avant son établissement le 25 décembre par le pape Libère. Cependant, le 6 janvier a perduré sous plusieurs formes. En effet, l'Eglise arménienne apostolique fête toujours la naissance de Jésus le 6 janvier. L'Eglise catholique romaine célèbre ce jour comme le baptême de Jésus dans le Jourdain, c'est-à-dire l’Epiphanie ou la Théophanie. D'ailleurs, il est fort peu probable que le baptême eut lieu en cette période, et sans doute que le moment de cet épisode a aussi été établi par la papauté. En effet, si l'on en croit l'évangile selon Luc, il y avait lors de cet évènement « des bergers qui passaient dans les champs les veilles de la nuit pour garder leurs troupeaux ». Par conséquent, cela rend peu probable l'existence de son baptême durant la saison hivernale, rigoureuse dans cette région.

_2005_71043_Isaie.jpgQui est Jésus et a t-il existé ?

Tout d'abord, il faut savoir que la pluspart des écris religieux évoquant Jésus ont beaucoup été pris d'Isaïe, un prophète du VIIIème avant Jésus-Christ qui attendait l'arrivé du Messie :

"L'Esprit du Seigneur est sur moi
parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction.
Il m'a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres,
guérir ceux qui ont le coeur brisé,
annoncer aux prisonniers la délivrance
et aux captifs la liberté,
annoncer l’année de miséricorde du Seigneur"
(Isaïe, 61, 1-2).
Il faut se mettre dans la tête que plusieurs "miracles" ont été repris sur les textes d'Isaïe pour être attribué à Jésus et son entourage. Par exemple, il suffit d'évoquer la virginité de Marie (Isaïe, VII, 14) :
"Voici la jeune fille ["alma", qui peut avoir le sens de pucelle] est enceinte et enfantera un fils, et il l’appellera Emmanuel". Reprenons alors un passage de saint Matthieu (Matthieu, I, 23) : "Une vierge concevra et enfantera un fils : et il sera appelé Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous."
Un autre exemple. Jésus est censé être le fils adoptif de Joseph, soit-disant un charpentier. Joseph est aussi le nom du Patriarche évoqué dans les premiers passages de la Bible. Simple hasard ? De plus, si Jésus a existé, on peut se poser des questions sur sa classe sociale. Les apôtres reprennaient des passages d'Isaïe pour l'appliquer à la vie de Jésus. Voici ce que disait le prophète du -VIIIème siècle (Isaïe, IX, 5-6) : "
Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné, il a reçu le pouvoir sur ses épaules et on lui a donné ce nom : Conseiller-merveilleux, Dieu-fort, Père-éternel, Prince-de-paix, pour que s’étende le pouvoir dans une paix sans fin sur le trône de David et sur son royaume, pour l’établir et pour l’affermir dans le droit et la justice." Par conséquent, les sources reprises par les apôtres concernaient l'arrivée d'un descendant de David. N'oublions pas que dans la religion juive, David est le fils de Yavhé.
En clair, David et Jésus sont issus de la même famille puisqu'ils sont des élus de Dieu sur le trône d'Israel. Ce supposé fils adoptif de charpentier serait donc un descendant de roi. Intéressons-nous maintenant à l'enseignement de Jésus selon les apôtres. Par exemple, Saint Luc montre un conflit entre les Pharisiens
 et le "Messie", et en indique la raison (Luc IV, 21-30) : "Dans la synagogue de Nazareth, après la lecture du livre d'Isaïe, Jésus déclara : "Cette parole de l'Ecriture que vous venez d'entendre, c'est aujourd'hui qu'elle s'accomplit." Tous lui rendaient témoignage ; et ils s'étonnaient du message de grâce qui sortait de sa bouche. Ils se demandaient : "N'est-ce pas là le fils de Joseph ?" Mais il leur dit : "Sûrement vous allez me citer le dicton : 'Médecin, guéris-toi toi-même. Nous avons appris tout ce qui s'est passé à Capharnaüm : fais donc de même ici dans ton pays !'" Puis il ajouta : "Amen, je vous le dis, aucun prophète n'est bien accueilli dans son pays."
En toute vérité, je vous le déclare : au temps du prophète Elie, lorsque la sécheresse et la famine ont sévi pendant trois ans et demi, il y avait beaucoup de veuves en Israël ; pourtant Elie n'a été envoyé vers aucune d'entre elles, mais bien vers une veuve étrangère, de la ville de Sarepta, dans le pays de Sidon. Au temps du prophète Elisée, il y avait beaucoup de lépreux en Israël ; pourtant aucun d'eux n'a été purifié, mais bien Naaman, un Syrien. » A ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu'à un escarpement de la colline où la ville est construite, pour le précipiter en bas. Mais lui, passant au milieu d'eux, allait son chemin."
Et voici les propos de Saint-Marc au sujet du conflit entre Jésus et les Pharisiens (Marc, VII, 14-15) : "Jésus leur répond : "Isaïe a fait une bonne prophétie sur vous, hypocrites, dans ce passage de l’Écriture : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. Il est inutile, le culte qu’ils me rendent; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains. Vous laissez de côté le commandement de Dieu pour vous attacher à la tradition des hommes.""
C'est clair ! S'il a existé, Jésus reprenait l'oeuvre d'Isaïe afin de l'enseigner à autrui tout en voulant démontrer qu'il était le messie, tandis que les Pharisiens n'y croyaient pas et attachaient davantage de valeur aux principes de Moïse. Est-ce que Jésus se considérait à la fois comme un chef spirituel et roi légitime d'Israël ? Par ailleurs, la phrase "N'est-ce pas le fils de Joseph ?" est intéressante. Ce simple charpentier serait donc un homme important. La notion de charpentier, de menuisier ou d'architecte, peut faire référence à un homme qui conçoit et construit, donc à un créateur ou à un guide. Par conséquent, Joseph pouvait être un aristocrate influent au sein de la société juive. Nous pouvons aussi émettre l'hypothèse qu'il n'était pas un homme mais était nul autre que Dieu. D'ailleurs, il est curieux qu'aucun apôtre n'ait évoqué la mort de ce Joseph. Troisième théorie, et certainement la plus probable, Joseph est aussi le nom du premier personnage important de la religion juive et est présent dès le premier chapître de l'Ancien Testament. Il s'agissait du patriarche des juifs, c'est-à-dire de leur guide spirituel en Egypte, avant que Moïse ne les conduise vers la terre promise. Par conséquent, les apôtres voulaient sans doute montrer l'ascendance divine de Jésus en indiquant qu'il était le descendant du patriarche Joseph. Enfin, au sujet de la supposée naissance de Jésus à Bethléem, il s'agit encore une fois d'une reprise des textes anciens par les apôtres pour l'appliquer à Jésus. Voici ce que disait Michée, contemporain d’Isaïe (Michée, V, 1-2) : "Et toi Bethléem, le moindre des clans de Juda, c’est de toi que me naîtra celui qui doit régner sur Israël ; ses origines remontent au temps jadis, aux jours antiques. C’est pourquoi il les abandonnera jusqu’au temps où aura enfanté celle qui doit enfanter. Alors le reste de ses frères reviendra aux enfants d’Israël."

 

jesus_20.jpgMaintenant, regardons du côté des auteurs latins. Le premier que nous pouvons citer est le chroniqueur romain d’origine juive Flavius Josèphe, auteur de Antiquités judaïques. A l’intérieur de son œuvre, Jésus est mentionné à deux reprises. La première évocation concerne la lapidation de Jacques de Jérusalem, décrit comme « le frère de Jésus appelé Christ » (Antiquités judaïques, XX, 197-203, traduction de Julien Weill, Editions Ernest Leroux, Paris, 1900). Ce petit passage est intéressant puisqu’il indique que Jésus est appelé Christ. Christ est donc un surnom qui lui a été donné, et non un nom de famille prédestiné. Que signifie t-il ? Etymologiquement, on peut le traduire par "oint du Seigneur", c'est-à-dire l'envoyé ou l'élu de Dieu, an un mot le "Messie". C'est donc un titre employé par les chrétiens pour le définir comme guide suprême et spirituel.

Un passage plus important fut consacré à Jésus. Flavius Josèphe l’aurait décrit comme « un homme exceptionnel, [qui] accomplissait des choses prodigieuses […] et se gagna beaucoup de monde parmi les juifs... » (Antiquités judaïques, XVIII, 63-64). Mais l’authenticité de ce passage est très contestée car plusieurs historiens comme Michel Quesnel pensent qu’il a été inventé ou modifié par des traducteurs chrétiens. Il ne faut pas oublier que les premières traductions d’ouvrages antiques ont été effectuées par des religieux. Il n’est donc pas impossible que cet extrait ait été retouché. Cependant, cela ne signifie pas que Flavius Josèphe n’ait pas rédigé un passage sur Jésus, mais peut-être était-il moins enthousiaste sur ce «Messie» (Michel Quesnel, Les sources littéraires de la vie de Jésus, dans Aux origines du christianisme, Editions Gallimard, Le Monde de la Bible, 2000, p. 195–196). Le texte de l’auteur romain d’origine juive sera remis en cause plusieurs siècles plus tard par saint Photios, patriarche de Constantinople à deux reprises (858-867 puis 877-886). Au-delà de sa personnalité ecclésiastique, Photios était aussi un grand érudit et l’un des plus grands intellectuels de son temps. Il est à l'origine d'un renouveau des études classiques dans la capitale byzantine. Il étudia plusieurs auteurs antiques, essentiellement grecs, tels que Aristote, Ctésias, Memnon d'Héraclée ou encore Conon le Mythographe. Il commenta également des auteurs dont les œuvres sont aujourd’hui perdues, par exemple Arrien et quelques-unes de Diodore de Sicile. Il réunit l’ensemble de ses recherches dans une œuvre monumentale appelée Bibliothèque ou Myriobiblion, qu’il dédia à son frère Tarasios. C’est une collection de 280 chapitres (codices). A l’intérieur de son œuvre monumentale, Photios va mentionner un auteur qui est utile pour notre étude, Juste de Tibériade. Ce dernier était un historien juif du Ier siècle et fut l’instigateur d’un soulèvement des juifs de Galilée contre les Romains en 66. Il était également gouverneur militaire de Galilée et demeurait un farouche ennemi de Flavius Josèphe. Juste de Tibériade écrivit Histoire des juifs, un texte aujourd’hui disparu. En étudiant cet auteur juif du Haut-Empire, Photios constata que Juste de Tibériade ne mentionna jamais le "Messie". Par ailleurs, l’historien et philosophe juif hélléniste Philon (-20 à 50), vivant à l’époque supposée de Jésus, ne le mentionne pas non plus. Il y a de quoi se poser des questions sur son existence.
Mais voyons les autres auteurs. Tacite a évoqué l’existence des chrétiens durant l’incendie de Rome et a expliqué que « Ce nom vient de Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Pontius Pilatus » (Annales, XV, 44). Cependant, on peut une nouvelle fois remettre en cause l’authenticité de ce petit passage. En effet, Ponce Pilate ne pouvait pas être procurateur puisqu’il s’agissait d’une fonction crée sous l’empereur Claude et qui remplaça celui de préfet. Par conséquent, Pilate ne pouvait être que préfet. Alors on peut se demander s’il s’agit d’une erreur de Tacite, mais cela est peu probable. Personnellement, je vois mal cet intellectuel de la fin du Ier siècle faire une telle erreur, même si on ne sait jamais. Après tout, l’erreur est humaine. Il peut également s’agir d’une faute d’un traducteur médiéval qui connaissait peu l’évolution des magistratures romaines, à moins qu’il ait inventé ce passage. Pour plusieurs érudits tels que Gedaliah Klausner ou le comte de Volney, ce récit de Tacite serait un faux élaboré de toute pièce au XVème siècle par le fameux faussaire Le Pogge, secrétaire de plusieurs papes. Le texte, comme tout le contexte, ne nous est connu que par un seul manuscrit découvert en 1429, et entra en 1444 dans la Bibliothèque des Médicis. Le Pogge disait l'avoir reçu d’un moine anonyme venu à Rome en pèlerinage et qui disparu aussitôt. Il faut savoir qu'aucun texte antique et du Haut Moyen-Age évoque le récit de Tacite comme référence, et ni même les apologistes et pères de l'Eglise. De plus, dans son Histoire Ecclésiastique, l'historien du IIIème et IVème siècle Eusèbe de Césarée ne mentionne pas non plus cette source. Nous pouvons faire le même constat en ce qui concerne Augustin d'Hippone qui a vécu au IVème et Vème siècle. Et n'oublions pas que Le Pogge est bien connu pour avoir fabriqué d’autres faux. Ce récit "découvert" dans la première moitié du XVème siècle tombait à point nommé. Les érudits commençaient à s’interroger sur les origines de la papauté. Nous sommes au lendemain du grand schisme d’Occident et le concile de Constance a singulièrement diminué les pouvoirs du pape. Alors il devient important de re-sacraliser cette fonction. Par conséquent, démontrer que les papes sont les successeurs de saint Pierre affirmerait une autorité et une légitimité, mais aucun texte ne signale la venue du principal apôtre à Rome. Des écrits mentionnent sa mort en martyr à Rome, mais qui ne sont pas contemporains à cette période et furent écris bien après. De plus, ces écrits sont quasiment tous religieux. Erudit, Le Pogge sait probablement les crimes qu'on a placé sur Néron, surtout l'incendie de Rome de 64. S'il a vraiment inventé ce passage attribué à Tacite, alors il aurait trompé tout le monde. La découverte du manuscrit au moment précis où l’on en éprouvait le besoin suffirait à rendre suspect ce petit miracle. Enfin, si le récit de Tacite est authentique, alors cet intellectuel se met en contradiction avec lui-même. En effet, dans l'une de ses nombreuses oeuvres, Histoires, il indique dans le livre V : « Après la mort d’Hérode, sans attendre les ordres de César [Auguste], un certain Simon avait usurpé le nom de roi. Il fut puni par Quintilius Varus. Sous Tibère, la nation fut tranquille puis, ayant reçu de Caïus César [Caligula] l’ordre de placer son image dans le temple en 40, elle aima mieux prendre les armes ; la mort de César [en 41] arrêta ce mouvement » (paragraphe 9). Il précise que « les juifs souffrirent néanmoins avec patience jusqu’au procurateur Gessius Florus sous lequel la guerre éclata [en 66]. » (paragraphe 10). Ainsi, dans un autre ouvrage, Tacite explique qu'il n’y eut pas de trouble en Judée sous le règne de Tibère (14-37). En parallèle, toujours dans Histoires, il rappelle la révolte de 40 et la guerre de 66-70, alors il n’avait aucune raison de taire les incidents du début des années 30 en Palestine. Néanmoins, un petit point est à reprendre pour cette citation. En effet, il ne faut pas oublier que Simon est également l'autre nom de Saint Pierre. Est-ce que le Simon usurpateur ayant vécu sous le règne de l'empereur d'Auguste d'après Tacite était en réalité Pierre ? Dans ce cas, celui qu'on appelle saint Pierre aurait très bien pu inventer, avec ses proches, la vie d'un fils de Dieu qui le désigna comme son principal fidèle afin de se légitimer. Problème, les dates de vie de Saint Pierre et du Simon usurpateur ne correspondent pas. Par conséquent, la prudence est de mise, mais cela ne signifie pas forcément que l'hypothèse doit être rejetée.
En 112, Pline le Jeune aurait envoyé une lettre à l'empereur Trajan, alors qu’il gouvernait la Bithynie, afin de lui demander des instructions à l’égard des chrétiens, et la réponse de Trajan. Il explique les résultats d'une enquête qu'il a mené sur des chrétiens de Bithynie à la suite d'accusations parvenues jusqu'à lui, et explique qu'il ne trouve pas grand-chose à leur reprocher (Michel Quesnel, Les sources littéraires de la vie de Jésus, dans Aux origines du christianisme, Editions Gallimard, Le Monde de la Bible, 2000, p. 196). Que dit la lettre ? Selon Pline le Jeune, les chrétiens "se réunissent à jour fixe, avant le lever du soleil, pour réciter entre eux alternativement un hymne à Christus comme à un dieu [carmen Christo quasi deo]".Mais encore une fois, il n'est pas assuré que ce document est authentique. Plusieurs historiens considèrent cet échange de correspondances regroupent des faux fabriqués du temps de Tertullien par un fanatique chrétien. Parmi ces historiens, ont peut citer Gaston Boissier qui publiera son analyse dans un article de la Revue archéologique (De l'authenticité de la lettre de Pline au sujet des chrétiens, dans la Revue archéologique, Paris, 1876).
Enfin, nous pouvons rappeler Suétone et sa Vie des douze Césars, oeuvre écrite vers 120. Il évoque quelques activités des chrétiens, notamment dans la Vie de Néron (XVI, 3). Mais la mention la plus importante de situe dans la Vie de Claude puisque l'auteur indique :
"Claude chassa de Rome les juifs qui, sous l’impulsion de Chrestus[impulsore Chresto] s’agitaient constamment." (XXV, 4). Il est souvent admis que Chrestos (ou Chrestus) désigne Jésus Christ (Le christianisme antique de Jésus à Constantin, Armand Colin, 2008, p. 51). Ceux qui défendent cet hypothèse explique que Suétone était un ignorant puisqu'il indique que ce Chrestos était présent à Rome lors des troubles de 50 au sein de la communauté juive, à l'encontre de laquelle Claude promulgue un édit d'expulsion (Michel Quesnel, Les sources littéraires de la vie de Jésus, dans Aux origines du christianisme, Editions Gallimard, Le Monde de la Bible, 2000, p. 196). Mais si on lisait cette phrase sans idée préconçue, on verrait simplement dans ce Chrestos (ou Chrestus) un agitateur romain du temps de Claude. Et il y a une grande différence de signification entre Christus ("oint du seigneur") avec Chrestus ("le bon", "le meilleur" ou "l'utile"). De plus, ce nom était courant dans la Rome de l'époque, souvent porté par des esclaves libérés. Par exemple, Ulpien, préfet du prétoire, avait un adjoint nommé Chrestus en 222. Ici, il s'agit sans doute d'un des chefs organisateurs des désordres qui se révélèrent à Rome, au moment où Claude ordonna l'expulsion des juifs de Rome.

En conclusion, on peut affirmer que Jésus, s'il a existé, était né à fin du règne du roi Hérode des juifs, c'est-à-dire avant -4. Par ailleurs, Kepler a prouvé que l'étoile de Bethléem était en réalité une triple conjonction de Jupiter et Saturne dans le signe des Poissons. Si le "Messie" est venue au monde, il est sans doute né en -7, et plus précisément vers le 12 avril, aux alentours 3 octobre ou aux environs du 4 décembre, même nous ne pouvons pas rejeter la possibilité de l'an -6. Cependant, des mystères restent en suspend, notamment sur son origine social. Et à ce jour, aucune preuve directe n'atteste de l'existence du Christ puisque aucun écrit contemporain à sa vie n'a été retrouvé.

Partager cet article

Publié par VSA - dans Antiquité
commenter cet article

commentaires

leonardi rené 28/12/2010



Merci pour toutes ces connaissances et surtout pour remettre en valeur ces 3ème,4ème et 5ème siècles grecs avant J.C. Si le Nobel existait à cette époque tout ces savants auraient fait une belle
"razzia".


Un tout petit bémol cependant..l'orthographe..l'orthographe. Une relecture par une personne de l'art et tout est réglé. Rassurez vous vous n'êtes pas les seuls: c'est semble-t-il une
caractéristique des articles sur le web et pas que les scientifiques.


 


MERCI..MERCI..MERCI



leonardi 05/01/2011



bonjour,


votre humilité fait de ma remarque sur l'orthographe de vos articles presqu'une méchanceté et je m'en excuse, ce n'est nullement ma pensée.


Je ne savais pas que vous étiez  étudiant , jeune et seul à rédiger ce qui vous donne quelques circonstances atténuantes.


Encore merci de ce que vous faites. Si vous avez le temps et l'intérêt pour le faire un article sur Kurt Gödel - l'incomplétude- Si peu souvent étudié et si intéressant.


Au cas où pourriez vous m'en avertir car je ne lis pas tous les jours votre site.


Merci+++.


Léo.



Roque 17/02/2011



Je découvre votre sujet avec beaucoup de retard. D'un coté, les traditions orientales situent la naissance du Christ le 25 kisleu 306 des grecs (mi-décembre -5) et la mort d'Hérode est située
début -4 ce qui ne laisse pas la temps nécéssaire à la visite des mages.


En fait, il y a une erreur commune due au "récalage" des dates du calendrier Babylonien dans le calendrier romain par Flavius Josèphe. Hérode est reconnu roi par Antoine en 714 de Rome, il
prend Jérusalem 3 ans plus tard et meurt 34 ans plus tard, soit en 714 + 3 + 34 = 751 de Rome, soit -3 avant notre ère. Source : Evangile de l'oral à l'écrit. Pierre Perrier. Page 736. 



Roque 18/02/2011



Merci d'abord répondu. Personnellement je ne pense que ces problèmes de dates sont d'un extrême complexité. 


Je ne reproduis ici que l'avis d'un "spécialiste" particulièrement versé dans le problème des connexions entre le monde des Séleucides, des Hébreux, des araméophones de toutes origines, des
Romains et des rédacteurs en araméen, puis en grec des Evangiles du Nouveau Testament. L'énoncé même du domaine de compétence donne une idée de l'extrême
complexité des appréciations portées sur ce sujet. Je ne suis pas sûr de tout comprendre d'ailleurs !



Helena 04/01/2013


Il n'y a qu'une preuve de l'histoire de la naissance de Jésus : La Bible. Des gens disent que ce n'est pas vrai car les apôtres n'étaient pas présents mais même le roi de cette époque a su cette
bonne nouvelle.

Présentation

  • : Realite-Histoire
  • Realite-Histoire
  • : Ce blog a avant tout pour objectif de faire découvrir au monde des faits historiques oubliés en gardant une certaine objectivité, ce qui est rare à notre époque. Je veux ainsi donner un regard différent sur l'histoire de l'humanité, se soustrayant des préjugés et des mythes.
  • Contact

Recherche