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26 janvier 2010 2 26 /01 /janvier /2010 23:50

 

prise bastilleLe 14 juillet est commémoré chaque année par les Français et demeure une source d’inspiration pour les romanciers, poètes, musiciens, artistes et bien-sûr politiciens. Ce jour fut notamment marqué par la prise de la Bastille qui est symbolisée aujourd'hui comme la victoire du peuple souverain sur la monarchie de droit divin. Mais cet événement est-il aussi important que tant de personnes le prétendent ? Ce jour qui, comme le soulignait le roi Louis XVI en inscrivant « rien » dans son journal de chasse, soit disant parce qu’il n’était pas sorti de chez lui … . Est-ce faire injure à la nation d’indiquer qu’en 1880, lorsqu’ils ont promulgué la fête nationale pour le 14 juillet, nos élus n’avaient pas choisi la date idéale ? Etait-ce la seule envisageable pour commémorer la victoire de la République naissante sur les restes gémissants de la monarchie ? Et pensaient-ils à la prise de la Bastille ou à un autre évènement survenu un an plus tard ?

   

Rappel historique de la prise de la Bastille

 

Avant toute chose, je pense qu’il convient de rappeler les événements qui ont entraîné la chute de la prison d’Etat. Lorsque je parle de rappel historique, ce n’est pas la légende contée régulièrement par les médias et la classe politique, et propagée par des auto-proclamés historiens tels que Jules Michelet. Celui-ci avait placé la bastille au cœur de la Révolution, et a été jusqu’à dire que « De la tyrannie au nom de la grâce royale, le peuple n’en voulait plus. Le peuple voulait être maître de son destin et maître de sa Justice ». Mais la réalité ne s’apparente jamais à un conte de fée, elle est complètement différente. Il faut examiner ce que fut réellement le 14 juillet 1789. Nous allons tout d’abord parler des forces en présence, grâce à quelques témoignages. Le plus important est celui du lieutenant Deflue qui commandait une garnison depuis juin 1789, mais sans vraiment manifester de joie et de motivation. Avant l’assaut de la Bastille, celui-ci passait une bonne partie de son temps à raconter le quotidien dans cette prison d’Etat. Cependant, le témoignage de Deflue a la particularité de ne comporter aucun jugement de valeur, sauf envers le gouverneur Launay. A son arrivé, il a été frappé par le faible nombre d’occupants, c’est-à-dire seulement une centaine d’hommes, dont la moitié était invalide et rescapée de la guerre de Sept Ans, et une trentaine de gardes suisses. Par ailleurs, le gouverneur Launay fit placer quatre canons sur les tours mais qui, selon Deflue, étaient en si mauvais état qu’il n’était pas certain qu’ils puissent lancer un seul boulet. En réalité, ces canons n'avaient pas servi dans un conflit depuis la Fronde, en 1649. Ils étaient donc quasiment jamais utilisés, sauf pendant certains jours de fête. En revanche, par peur d’un pillage, près de 10 000 fusils furent transférés de l’Arsenal à la Bastille le 12 juillet, c’est-à-dire dans un lieu fortifié et que les autorités pensaient imprenable. Les munitions s’élevaient à environ 500 boulets, 10 000 cartouches et 250 barils de poudre. Est-ce que Launay s’attendait à une attaque contre la Bastille ? Si 10 000 fusils ont été stockés dans ce lieu par peur d’un pillage de l’Arsenal, nous serions tentés de répondre par la négation. Cependant, les Mémoires du baron de Besenval permettent de nuancer. Général des armées du royaume, il était venu visiter la Bastille le 10 juillet 1789, et observe : « Causant avec ce gouverneur, je lui trouvais la mine d’un homme effrayé, le priais M. le maréchal de Broglie de le remplacer par M. de Verteuil, officier nerveux, qu’il serait difficile d’obliger à se rendre. Des considérations d’équité firent rejeter la proposition et la Bastille fut prise. » Le gouverneur aurait donc eu peur d’une attaque. Le lieutenant Déflue va aussi indiquer son point de vue à l’encontre du gouverneur Launay et son jugement envers lui est sans appel : « Le gouverneur de ce château est un homme sans grande expérience, de peu de connaissances militaires et de peu de courage […] Je vois que nous serions bien mal commandés si nous étions attaqués […] Il nous écoute, paraît nous approuver et ensuite agit tout autrement […] Je n’ai jamais vu d’hommes d’aussi grande irrésolution. » Mais si Launay était probablement effrayé par la situation à l’extérieur de la forteresse, il ne semblait pas se préoccuper du moral et les conditions de vie de ses hommes. Deflue le confirme puisqu’il explique qu’il n’y avait même pas six jours de vivres mangeables et très peu d’eau potable.

 

necker_2.jpgQuelle est la situation à l’extérieur de la Bastille ? Le Faubourg Saint-Antoine était agité depuis plusieurs semaines. Nous verrons pourquoi plus tard dans cet article. Or c’est au cœur de ce quartier que se situe la Bastille. De plus, depuis que les Etats Généraux s’étaient réunis en Assemblée nationale constituante, le 27 juin, la ville de Paris était en effervescence. Il ne faut pas oublier que la capitale française comprenait 700 000 habitants et était la plus grande de l’Occident. La situation devenait chaque jour plus anarchique. Cependant, il faut se retirer des mythes illustrés de belle manière par les bien-pensants. Par exemple, reprenons le fameux échange entre Louis XVI et François de la Rauchefoucauld :

« -C’est une révolte ?

-Non sire, c’est une révolution ! »

Il n’y a aucun témoin de la scène qui a confirmé ce récit, et il n’est pas impossible qu’il s’agit d'une falsification. Le banquier genevois Necker était au cœur de l’événement. Appelé, renvoyé, puis rappelé et de nouveau rejeté le 11 juillet 1789, il était très populaire malgré ses origines helvétiques. Il était aussi écouté des militaires, évidemment surtout par les gardes suisses. Le renvoi du 11 juillet fut très mal perçu et sonna le début d’un soulèvement dès le lendemain. On promena le buste de Necker comme s’il s’agissait d’une idole. C’est alors que Camille Desmoulins surgit de la loggia du Palais Royal, propriété du duc d’Orléans Philippe Egalité, le cousin et adversaire de Louis XVI, au point qu’il votera sa mort. Desmoulins en appela aux armes : « Ce soir, tous les bataillons suisses et allemands rassemblés au Champ de Mars envahiront nos places et nos rues, afin de tous nous égorger. Il ne nous reste qu’une ressource, courir aux armes et prendre des cocardes » Cependant, parmi les quelques sources contemporaines de cette époque que j’ai eu l’occasion de lire, aucune ne mentionnait ce discours qui aurait été destiné aux insurgés. En revanche, on sait que le lendemain, le prévôt des marchands Jacques de Flesselles décida d'organiser une milice urbaine de 48 000 hommes.

Sous cette chaude journée d’été, le peuple se révolta. Des dizaines de milliers de parisiens se retrouvèrent autour de la place Louis XV, aujourd’hui la place de la Concorde, où s’étaient massés la Garde Suisse et le Royal-Allemand, dont le nombre s'élevait à 3 000 soldats. Cela commença par des insultes et des jets de pierre, puis le désordre augmenta d’heure en heure. Le commandant du Royal-allemand Besenval évoquait une « canaille de 300 000 assaillants ». En réalité, ce nombre et très excessif, peut-être est-ce une justification de Besenval qui avait donné l’ordre à ses hommes de les charger ? En regroupant divers témoignages, dont celui du frère d’André Chénier, le nombres de révoltés avoisinait plutôt les 50 000 personnes. La véritable insurrection révolutionnaire s’effectua dans la journée puis la soirée du 13 juillet, à la suite de la répression des hommes de Besenval. Durant la soirée, la foule reflua des Champs-Elysées jusqu’aux Invalides, mais il ne s’agissait pas d’aller à la Bastille. Les soldats placés autour de la place Louis XV ne savaient comment réagir. Ils avaient tué un certain nombre de révoltés, mais ils étaient démoralisés. Alors beaucoup d’entre eux déposèrent les armes et se rangèrent au côté des insurgés. Ont-ils agi de leur propre initiative ou ont-ils suivi des ordres ? Il est quasiment impossible de répondre à la question. Seuls les Suisses ne rejoignirent pas les révoltés. Une foule immense investit l’hôtel des Invalides. Depuis l’après midi, des habitants de Paris et des faubourgs accourraient à charrette, à cheval et à dos d’âne. Dans un désordre monumental, les insurgés s’emparèrent de plus de 30 000 fusils et d’une dizaine de canons provenant des Invalides. Mais il n’était pas encore question d’aller à la Bastille. D’ailleurs, il est sans doute plus utile pour un Danton, un Marat ou un Desmoulins de diriger le peuple sur Versailles plutôt que sur la Bastille, si ce sont eux qui ont manipulé la révolte (nous n’en savons rien). Cependant, si les révoltés possédaient beaucoup de fusils, ils n’avaient pas de munitions, et des fusils sans munition ne servent pas à grand chose. Des munitions, il y en avait à la Bastille …

Dans ses Souvenirs d’une grande journée, l’horloger Jean Baptiste Humbert a raconté son aventure dans les rues de Paris et sur les quais de Seine, entre les Invalides et l’ancienne place de la Grève. Il indique que les révoltés se bousculaient tellement que plusieurs d’entre eux furent noyées. Il rapporte que pour obtenir un fusil, il est allé à l’hôtel des Invalides, mais qu’il a failli y mourir étouffé. De plus, il entendit une rumeur selon laquelle de la poudre était cachée à l’Hôtel de Ville. Il s’y est rendu mais n’a rien trouvé. L’horloger ajoute qu’il s’est assoupi sur une borne d’amarrage d’un quai du fleuve, à proximité de l’Hôtel de Ville, épuisé par cette journée du 13 juillet. Lorsqu’il se réveille à l’aube, c’est-à-dire dans la matinée du 14, des cris parcourent les Invalides et annoncent « A la Bastille ! A la Bastille ! ». Ainsi, sans avoir trouvé de munition, Jean Baptiste Humbert se range parmi la masse qui parvint au Faubourg Saint-Antoine, autour de la Bastille. Il y resta toute la journée. Mais il avoue qu’il y avait tellement de monde dans l'après-midi qu’il n’a même pas réussi à apercevoir la tête du gouverneur Launay qui, lui a t-on dit, fut plantée sur la pointe d’un pic (il regretta ne pas l’avoir vu). Lorsqu’il rentra chez lui, il ne sait pas trop pourquoi tant de monde s’était réuni autour de la forteresse. Il laissa même davantage un sentiment de honte que de joie, même s’il a ajouté avoir « passé une bonne journée ». Cet artisan montre que la chute de la Bastille, c’est-à-dire la journée du 14 juillet, est davantage née d’un mouvement soudain que d’un mouvement réfléchi. C’est aussi un mouvement de mécontents qui n’est pas le premier et qui ne sera pas le dernier. Néanmoins, le témoignage de Humbert prouve que les insurgés n’ont pas pris la Bastille afin de s’attaquer à un symbole à l’absolutisme, mais parce ce qu’ils avaient besoin de munitions pour charger leurs fusils, en particulier ceux de la milice urbaine créée par Jacques de Flesselles. Si Louis XVI a marqué « Rien » dans son journal le soir du 14, est-ce parce qu’il n’est pas sorti de chez lui ou parce qu'il pensait que la prise de la Bastille ne menaçait pas directement la monarchie, donc sa personne ?

 

de_lau10.jpgMais comment se déroula la chute de la Bastille ? Des sources de cette époque vont nous permettre de décrire la journée avec précision. Il faut bien se dire que si une partie de la population a pris la Bastille, ce n’est pas pour s’attaquer au symbole de l’absolutisme mais afin d’y trouver des munitions que les insurgés recherchaient depuis deux jours dans chaque recoin de la capitale. L’évènement est une insurrection parmi tant d’autres à cette époque. Avant sa mort, le gouverneur Launay connaissait les évènements qui agitaient la capitale depuis plusieurs jours. Il ne faut pas oublier qu’il a reçu 10 000 fusils, 10 000 cartouches et 500 barils de poudre en provenance de l’Arsenal le 12 juillet 1789. Par mesure préventive, il avait aussi fait évacuer les bâtiments extérieurs à la place forte le 13 juillet, alors que la population émettait déjà ses cris de colère. Dans ces bâtiments, une cinquantaine d’invalides et de rescapés de guerre avaient obtenu l’autorisation royale d’y demeurer. En échange du logis, les invalides avaient pour mission de veiller sur le contenu des entrepôts. A l’intérieur des entrepôts, il y avait plusieurs canons, des sacs de farine, du fourrage pour les chevaux, des uniformes et même des matériaux nécessaires à la fabrication d’un échafaud et employé pour des exécutions publiques. Mais le gouverneur avait fait rentrer ces invalides inaptes au combat à l’intérieur de la Bastille, se mettant ainsi dans une position d’assiégé dès la veille du siège, surtout que plusieurs de ces entrepôts n’étaient séparés de la forteresse que par un large fossé. En occupant les bâtiments désertés, les émeutiers avaient déjà un pied dans la prison fortifiée. Par ailleurs, les craintes devaient grandir pour les gardes de la Bastille au soir du 13.

 

Les faibles ravitaillements en vivres et en eau, ainsi que la possibilité d’un affrontement avec une population qui recherchait désespérément des munitions, devaient certainement affaiblir le moral des troupes. Durant la nuit, la forteresse fut complètement vérouillée et les deux ponts furent levés. De plus, ils n’étaient que quelques groupes armés de fusils, ce qui était peu face à plusieurs dizaine de milliers de personnes révoltées et beaucoup plus armées. Jusqu’à 10 heures du matin, la foule n’était guère plus conséquente que la veille. Mais à 10H30, trois hommes délégués par le comité permanent de l’Hôtel de Ville aux mains des insurgés se présentèrent au pont afin de rencontrer le gouverneur. Il ne s’agissait pas pour ces élus de s’emparer de la Bastille, mais seulement de demander à Launay qu’il retire les canons braqués en haut des tours. Le marquis de La Fayette justifia que ces canons « causaient beaucoup d’inquiétude et répandaient l’alarme dans tout Paris ». D’ailleurs, c’est à partir du moment où les délégués furent envoyés dans la forteresse que la masse commençait à croître. A 11 heures, l’un des ponts est abaissé. Launay les reçut courtoisement et les invita à partager son repas de midi. Nous sommes très loin du mythe enseigné par nos professeurs. Et oui, le 14 juillet 1789 s’est déroulé un déjeuner convivial à l’intérieur de la Bastille. Selon le lieutenant Deflue, il y avait même des mets et des vins de qualité. Les Etats Généraux avaient-il la moindre influence dans le déroulement des évènements ? Après tout, lorsqu’ils furent chassés de la salle des Menus-Plaisirs, les députés du Tiers Etat qui se réfugièrent au Jeu de Paume et qui prêtaient serment de ne pas se séparer avaient crié « Vive le roi ! ». Quant au roi, ce n’est pas pendant le 14 juillet 1789 qu’il craignait beaucoup la fin du système monarchique. Il était certainement plus affecté, et c’est normal, par la mort de son fils aîné, le Dauphin Louis Joseph Xavier, survenu le 4 juin à Meudon alors qu'il n'avait que 7 ans. A la Bastille, Launay était inquiet, mais cela faisait partie de son tempérament. Après tout, il avait déjà fait évacuer les bâtiments extérieurs de la forteresse, alors pourquoi ne pas accueillir les délégués de l’Hôtel de Ville afin de trouver un terrain d’entente ? Et ces derniers n’avaient pas de quoi s’alarmer. Cependant, à l’extérieur, la foule était de plus en plus nombreuse et lançait des clameurs, mais les murs étaient épais. Malgré tout, les personnes qui hurlaient autour de la Bastille n’avaient aucune intention hostile, contrairement à ce qui s’est passé aux Invalides. Seules les munitions étaient importantes, peu importe la prison. Les délégués ne revenaient pas alors qu’on réclamait de plus en plus leur retour. Mais si Launay les retenait prisonnier ? Ou s’il les avait acheté ? Au contraire, peut-être que le gouverneur les a fusillé ? Mais alors, qu’attendait t-on pour entrer dans la forteresse ? Il fallait donc le savoir le plus vite possible. Au milieu d’une foule qui hurlait, l’avocat Thuriot de la Rozière donna son accord pour conduire une deuxième délégation. Il était déjà 14 heures, ce qui veut dire que plusieurs heures s’étaient écoulées depuis l’envoi de la première délégation. Pourquoi Thuriot ? Tout simplement parce qu’il connaissait bien la Bastille pour y avoir été enfermé et pour y avoir visité l’un de ses clients, Jean La Corrège, trésorier royal incarcéré pour faux. Mais à ce moment, les trois délégués revinrent de leur mission. Devant une foule en colère, ils furent accusés d’avoir pactisé avec le gouverneur, et les injures se mirent à pleuvoir. Thuriot tenta de calmer les coléreux, et déclara qu’il irait lui-même rencontrer Launay avec trois autres délégués pour connaître ses intentions. Cependant, les insurgés n’avaient pas confiance et voulaient davantage que ces promesses. Malgré tout, Thuriot parlementa avec le responsable de la Bastille avec la même courtoisie que la première délégation. L’avocat lui demanda de rendre la forteresse et l’armement qui s’y trouve, mais le gouverneur répond qu’il ne peut le faire sans une ordonnance royale. En revanche, ce dernier promit qu’il ne fera tirer aucun coup de canon. Thuriot de la Rozière fit passer le message et se rendit à l’Hôtel de Ville. Cependant, il apprit que les évènements prenaient une tournure inquiétante, surtout que la foule se mit à crier « On veut la Bastille ! ».
Malgré tout, il faut mettre en avant une évidence. Les moyens de communication étaient bien moins évolués qu’aujourd’hui. Il paraît donc peu probable que toute la foule était au courant des tractations entre les différentes délégations et Launay à l'intérieur de la forteresse, et c’est donc une minorité de gens qui savait vraiment ce qu'il se passait. Donc est-ce cette minorité qui criait « On veut la Bastille ! » car elle était déçue des négociations, en particulier de la première déléguation ? Ces personnes, lettrées pour la plupart, avaient peut-être arrangué le peuple qui se massait progressivement. Ou est-ce la foule ignorante qui attendait de savoir ce qui se passe et voulait se venger de leurs misérables conditions de vie ? Surtout que beaucoup de personnes sont arrivées en début d’après-midi alors que la première délégation avait été envoyée à la Bastille dès 10H30. Le chancelier Pasquier, qui participera aux jugements du Tribunal révolutionnaire, avait mentionné les évènements qui se sont déroulés le 14 juillet. Voici notamment ce qu’il dit durant ces mémoires : « Le 14 juillet, alors que chacun étouffait de chaleur, cela n’a pas arrêté le flux des nombreux spectateurs qui étaient accourus pour voir ce qu’il allait advenir de la prison. Parmi eux, se trouvaient beaucoup de femmes très élégantes, elles avaient, afin d’approcher plus aisément, laissé leur voiture à quelque distance. J’étais, moi, avec Mademoisele Contat, de la Comédie-Française, nous restâmes jusqu’au dénouement et je lui donnai le bras jusqu’à sa voiture qui était place royale (actuelle Place des Vosges, située à quelques centaines de mètres de la Bastille). ». Quant à Elie, responsable d'un détachement de gardes français, il témoignera : "La Bastille n'a pas été prise de vive force. Elle s'est rendue, avant d'être attaquée, sur la parole que j'ai donnée, foi d'officier français, qu'il ne serait fait aucun mal à personne si elle se rendait".
Nous sommes donc loin du mythe de la chute de la Bastille acquise après un combat acharné.
A 15 heures, encore aucun coup de feu n’a été tiré. Mais à ce moment, deux révoltés grimpent sur les toits. Aujourd’hui, nous ne connaissons vaguement que l’un des deux hommes, qui est épicier. Lui et son compagnon parvinrent à sauter dans la cour intérieure et, armés d’une hache, cisaillent les chaînes qui retenaient le pont-levis. Cette action permit aux assaillants d’envahir la Bastille. Il devait être environ 15H30. Alors se déclenchèrent des échanges de coups de feu. Selon le lieutenant Deflue, se sont les assaillants qui tirèrent les premiers. Mais pour le chancelier Pasquier, se sont les gardes suisses qui ouvrirent les hostilités, par crainte d’être fusillés s’ils ne se défendaient pas. Quoi qu’il en soit, cette salve fut assez meurtrière et les morts de la journée furent emmenés à l’Hôtel de Ville, tandis que les blessés furent transportés à l’Hôtel-Dieu, sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame. Ces tirs étaient les seuls de la journée. Est-ce que le gouverneur Launay avait donné l’ordre de tirer ? D’après Deflue, le responsable de la Bastille n’avait pas l’intention de résister longtemps, ce que l’auteur regrette. De nouveaux pourparlers s’engagèrent entre le gouverneur et les délégués. Le chancelier Pasquier affirmait que tous les soldats avaient abandonné leurs postes ou s’étaient rendus, même s’il faut faire attention à ces propos puisque nous ne savons pas s’il était présent sur les lieux. Cependant, Launay ne voulait pas se rendre avant d’en avoir reçu l’ordre du roi. Les assiégeants ne voulaient plus attendre. Alors deux personnes poussèrent les assiégés à l’assaut. Le premier d’entre eux se nomma Pierre-Augustin Hulin et était patron d’une buanderie à Epinay. Il avait 31 ans, et sera par la suite général d’empire et siègera au conseil de guerre qui condamnera le duc d’Enghien. Le second s’appela  Jacob Job Elie et arriva à la Bastille vers 16 heures avec plusieurs citoyens armés. Né dans une modeste famille de Picardie, il était sous-lieutenant au régiment de la Reine. Plus tard, il deviendra également général en 1793, mais il sera réformé en 1797 puis quittera officiellement l’armée pour finir paisiblement sa vie dans une ferme à Varennes. Les deux hommes parvinrent à former une petite compagnie afin de lancer un assaut dans la forteresse. Les défenseurs ne pouvaient pas faire grand chose, à part abandonner leur position pour sauver leur vie. Les assaillants abattirent le deuxième pont-levis, puis pillèrent les appartements. Enfin, ils parvinrent dans le logement du gouverneur. A 17H30, tout était finit. Launay fut lynché par la foule, lardé de plusieurs coups d'épées et de baoïnnettes, puis achevé par un coup de pistolet. Il est ensuite décapité par un boucher nommé Desnot, d'abord avec un sabre qu'on lui donne, puis le "travail" est terminé au canif. Il y avait un autre décès important, celui de Jacques de Flesselles, le prévôt des marchands de Paris qui avait levé une milice de 48 000 hommes. Ce dernier fut tué d’une balle de pistolet près de l’Hôtel de ville, après avoir été accusé d'avoir trahi le peuple, et sa tête fut aussi tranchée. La Bastille était prise puis détruite. A noté que ce n'était pas la première fois que cette soit disante forteresse imprenable était prise. Elle avait notamment capitulé pendant la Fronde, le 12 janvier 1649. D'après l'historien Albert Soboul, 45,3% des révoltés étaient des maîtres artisans, 18,5% furent des commerçants, 10,5% exerçaient dans des professions libérales (Albert Soboul, Les Sans-culottes parisiens de l'an II, Editions du Seuil, La Roche-sur-Yon, 1968).
N'oublions pas que Necker était considéré comme un défenseur du petit peuple face au libéralisme et fut perçu comme un protecteur du Tiers-Etat, composé essentiellement de gens issus de professions libérales (avocats, médecins, ...) ou travaillant dans le commerce.


Dans les divers témoignages, les auteurs de l’époque n’expliquent jamais que la prise de la Bastille résultait d’une volonté pour le peuple d'abattre le symbole du despotisme. Le criminel révolutionnaire Louis-Antoine de Saint-Just lui-même n'a t-il pas dit que lors que cet évènement le peuple avait crié "Vive la liberté ! Vive le roi !" ? D’ailleurs, il faut bien avoir conscience qu’avant Napoléon, la France n’avait jamais connu d’autre régime que la monarchie. Il n’était sans doute pas concevable pour le français moyen de 1789, que d’autres régimes politiques puissent exister. D’ailleurs, ce sont des bourgeois et aristocrates qui imagineront les futures institutions françaises, et non des personnes issues de la classe moyenne qui composaient la majorité de la foule regroupée autour de la forteresse au moment de son saccage le 14 juillet 1789. Certes, le peuple s’intéressait de plus en plus à la politique du royaume et aimait beaucoup Necker, le célèbre banquier suisse inspiré des Lumières qui fut renvoyé le 12 juillet. Mais ce qui a incité la population à se soulever, c’est surtout pour combattre une décision royale et les soldats stationnés à Paris (ceux du baron Besenval et les gardes suisses), mais non pas pour détruire la monarchie au profit d’un élan de liberté républicaine, surtout que la majorité de la population ne savait même pas ce qu’était une république. Enfin, il faut savoir que d’autres évènements qui précèdent la chute de la Bastille s’avérèrent plus dramatiques et révolutionnaires. Nous allons le constater à travers l’étude de deux épisodes, dont l’un qui se déroulait autour de la Bastille, dans le faubourg Saint-Antoine.

Antoine BarnaveDeux évènements révolutionnaires avant la chute de la Bastille
 

Il est totalement faux de dire que la Révolution française a brutalement débuté en 1789. Quelques tensions apparurent dans les années 1780, puis atteignirent son paroxysme à la fin de la décennie. Le premier événement dont on peut faire référence est la journée des Tuiles du 7 juin 1788 à Grenoble. Cet épisode était plus meurtrier que la prise de la Bastille. A cette période, le Parlement du Dauphiné à Grenoble était composé de jeunes juristes hostiles à l’absolutisme. Au début du mois de mai 1788, le Parlement local devait enregistrer un certain nombre d'édits royaux, comme dans toutes les assemblées, mais dont on en connait pas la teneur. Selon l'historien Michel Winock, le lieutenant général et gouverneur de la ville, le duc de Clermont-Tonnerre, avait reçu pour mission de communiquer au premier président Bérulle les textes à enregistrer par l'intermédiaire de Caze de la Bove, avec l'ordre unilatéral d'interdire toute délibération. Winock précise que des cours souveraines avaient signé un arrêt de protestations, dont le Parlement de Paris qui devait payer sa contestation d'une mise "en vacances". Le 9 mai 1788, la cour de Grenoble déclare nulles les lois qui pourraient être imposées "contre les formes reçues" (Michel Winock, 1789, l'année sans pareille, Perrin, 2004, p. 10). Alors dès le lendemain, le duc de Clermont-Tonerre, l'intendant Caze de la Bove et les parlementaires se réunissent en séance à la Grande Chambre du Parlement. Les commissaires du roi réitèrent l'interdiction de délibérer, engendrant l'hostilité grandissante des parlementaires. D'après Michel Winock, ces édits concernaient certainement la neutralisation du pouvoir parlementaire, avec "une réorganisation judiciaire qui affaiblissait le rôle des justices seigneuriales et réduisait sensiblement les fonctions de parlements, lesquels se voyaient doublés par de nouveaux tribunaux : la diminution des causes qu'ils auraient à traiter abaissait la valeur des charges.". L'historien ajoute un objectif : "Ensuite, et surtout, le gouvernement ôtait au Parlement son droit de contestation" (Michel Winock, 1789, l'année sans pareille, Perrin, 2004, p. 11). Il ne faut pas oublier ces présidents et conseillers locaux faisaient vivre un certain nombre de métiers locaux : magistrats (procureurs, avocats, huissiers, ...), artisans et commerçants, paysans, ... . Par conséquent, Winock explique très bien que les intentions royales à l'encontre des parlementaires touchaient par ricochet tous les rangs de la société grenobloise. Enfin, les édits imposaient deux autres intentions : la nouvelle cour plénière n'aurait plus que le droit d'enregistrement et le Tiers Etat devait en être absent (Michel Winock, 1789, l'année sans pareille, Perrin, 2004, p. 11-12). Obligatoirement, toutes ces décisions ont engendré l'emergence d'un sentiment anti-royal.

Le 7 juin 1788, c’était jour de marché à Grenoble, mais les produits étaient rares et chers. Le duc de Clermont-Tonnerre avait ordonné à 500 hommes du régiment Royal-Marine de se montrer dans les rues afin de maintenir l’ordre par la simple présence de ses soldats. A l’intérieur du Parlement, un juriste âgé de 27 ans nommé Antoine Barnave s’opposa à cette présence militaire. Malgré sa jeunesse et son manque d’expérience, il avait une certaine influence. A 11 heures, il courut de paroisse en paroisse et fit sonner le tocsin dans toute la localité. Alors les habitants de Grenoble accoururent dans les ruelles de la ville, puis les montagnards et les campagnards les rejoignirent. Puis des hommes armés on ne sait comment organisèrent la manifestation, et des cris hostiles au roi de France sortirent de la foule. Alors les soldats du Royal-Marine se retirèrent en direction de l’Hôtel du gouverneur. Barnave se rendit ensuite au Parlement local et proposa de lancer un appel en direction des autres Parlements régionaux. Il ambitionnait de créer un gouvernement « d’insubordination du roi ». Cependant, ce n’est pas une république que souhaitait Barnave, mais une monarchie constitutionnelle dans laquelle il pourrait mettre en place ses idées. Son ambition lui coûtera cher puisqu’il sera guillotiné quatre ans plus tard, avec la bénédiction de Robespierre. Par la suite, le Royal-Marine était replié au centre de la ville. La foule mécontente de leurs conditions de vie réclamait du pain et se dirigea vers l'Hôtel de ville. Puis l’hôtel du gouverneur fut investi par les insurgés et les portes furent forcées. Alors le duc de Clermont-Tonnerre donna l’ordre à ses soldats de tirer sur eux. Mais la répression ne faisait qu’exciter le peuple. Les  protestataires se répandirent dans les rues de la ville, envahirent des maisons et montèrent sur les toits. Certains d’entre eux lancèrent des tuiles sur les soldats. La révolte se poursuivit toute la nuit. De plus, des rumeurs circulaient durant l’insurrection. Les autres régions se seraient soulevées et les militaires auraient déserté. Malgré tout, Antoine Barnave et son collègue parlementaire Jean-Joseph Mounier tentèrent de négocier avec Clermont-Tonnerre, afin que ce dernier accorde sa confiance au Parlement de Grenoble. De plus, il accepta que l’assemblée provinciale du Dauphiné puisse se réunir au château de Vizille, à une vingtaine de kilomètres de la ville. A la suite de ces accords, la révolte se calma et le Parlement put établir les réformes que voulaient mettre en place Antoine Barnave. Le 7 juillet 1788, l’assemblée du Dauphiné se réunira sur les bords de la Romanche. Cet évènement appelé « Journée des Tuiles » a eu un impact non négligeable puisqu'il démontre l’influence de moins en moins grande d’un roi incapable de contrôler les événements, même lorsqu’il est personnellement attaqué. De plus, il y a une volonté révolutionnaire parmi ceux qui lancèrent la révolte, beaucoup plus que pour la prise de la Bastille. Donc il aurait été plus logique de désigner le 7 juin 1788 comme la fête nationale commémorative.
 

Avant la prise de la Bastille, il y eu divers soulèvements de moindre importance à Rennes, à Bordeaux, à Pau et dans divers lieux du royaume. Mais l’un d’entre eux a eu une ampleur plus importante que les autres, c’est celle du faubourg Saint-Antoine, à Paris. En effet, il faut savoir que la Bastille était située au cœur de ce quartier réputé chaud, comprenant des échoppes, des ateliers, et des modestes commerces. Ce lieu servait aussi de refuge pour les campagnards s’installant en ville afin de fuir les impôts de plus en plus lourds dans les espaces ruraux. Ceux-ci devenaient souvent ouvriers et recevaient un salaire de misère. En 1788, la population du faubourg Saint-Antoine s’était accrue avec l’afflux d’immigrants provinciaux après des récoltes désastreuses. Ces hommes et ces femmes sans aucune qualification devaient régulièrement se battre pour acquérir une bouchée de pain. Entre les boutiques et les ateliers, une entreprise employait plus de 300 ouvriers pour la fabrication de papiers peints destinés aux riches demeures du royaume, dont le château de Versailles. Le propriétaire de cette manufacture se nommait Jean-Baptiste Réveillon et subissait une perte de bénéfice depuis plusieurs années. Ces papiers peints se vendaient de moins en moins biens, pour la simple raison que la noblesse achetait de plus en plus à l'étranger avec le développement du commerce internationnal. L’entrepreneur prit donc la décision de réduire le nombre de ses ouvriers et de baisser les salaires de ceux qu’il gardait. Cette décision aura de lourdes conséquences car tout le faubourg se souleva. En ces jours du 27 et du 28 avril 1789, il y aura plus de victimes que trois mois plus tard avec la chute de la forteresse. La manifestation qui agita le quartier tourna rapidement à l’émeute. Le 27, plusieurs centaines d'ouvriers défilèrent dans le quartier de manière violente. Le cortège va grossir progressivement pour atteindre des proportions inquiètantes. Le lieutenant général Thiroux de Crosne avait convoqué le duc du Châtelet, commandant des gardes françaises, ainsi que le marquis de Besenval, commandant des gardes suisses. Michel Winock précise que le lieutenant de police avait prévenu le roi que la démonstration tourna en émeute (Michel Winock, 1789, l'année sans pareille, Perrin, 2004, p. 74). Au cours de cette même journée du 27 avril, la maison de Réveillon échappa à l'assaut des manifestations grâce à la présence des gardes françaises, tandis que celle de Henriot fut mise à sac puis brulée. Le lendemain, le mouvement d'hostilité s'étend à tout le centre de Paris. Les manifestants du faubourg Saint-Antoine sont rejoints d'autres cortèges, notamment celui du faubourg Saint-Marcel. Puis la foule s'attaqua cette fois-ci à la fabrique et à la propriété de Jean-Baptiste Réveillon, bâtiments dont ils ne restèrent qu'un brasier. Ensuite, c'est une véritable bataille de rue qui se déroula dans le centre parisien (Michel Winock, 1789, l'année sans pareille, Perrin, 2004, p. 75). Certains montèrent sur les toits pour arroser les troupes royales en tuiles et en pavées. Alors les renforts arrivèrent à grands pas et avec des canons. Le 2ème Régiment des Gardes Royales boucla le quartier pour éviter que le soulèvement atteigne les autres quartiers et afin d’isoler les mécontents. Les manifestants ne s'agitèrent plus seulement contre les patrons de manufactures, mais aussi contre les forces de l'ordre. Les gardes tirèrent dans la foule  d'où s'échappèrent des cris "Vive le Tiers Etat !" mais aussi "Vive le Roi ! Vive Necker!" pour demander de l'aide aux pricupaux représentants de l'Etat. Les émeutiers répondirent par des lancers de pavées et des jets de batons, mais la lutte fut très inégale et la répression fut très sévère. Le sang coulera beaucoup plus en ce jour d’avril qu’en juillet. En effet, les soldats du roi tirèrent sur les manifestants pour mettre fin à l’émeute, engendrant un véritable massacre. Le bilan fut particulièrement lourd, c’est-à-dire plus de 300 morts et près de 1000 blessés, mais il est très approximatif. Les gardes iront jusqu'à pendre des manifestants, et d'autres seront même marqués au fer rouge et envoyés en galère. Durant la Révolution Française, il n’y a que la prise du château des Tuileries, le 10 août 1792, qui fut plus meurtrier que le 28 avril 1789. C’est donc une erreur monumentale d’enseigner à notre jeunesse que la Révolution française commença avec la prise de la Bastille. S’il y a une date que nous pouvons considérer comme le début de l’insurrection révolutionnaire dans la capitale, c’est bien celle du 28 avril.

Sur ce sujet, je reprends volontier la réflexion de Michel Winock concernant les raisons de ce mouvement : "Sur ce qui fut considéré par bien des contemporains comme un simple fait divers, mais qui est apparu ensuite comme le début du grand feu révolutionnaire, plusieurs interprétations ont couru. Beaucoup ont cru au complot. [...] Oui, l'affaire Réveillon serait bien politique. Mais, loin d'avoir été provoquée par le duc d'Orléans ou par on ne sait quel autre diabolique conspirateur, elle a été, comme le pense le chevalier de Moret qui en parle à son compatriote Necker : "le prélude d'une insurrection" - celle des exclus du suffrage, les moins de six livres de capitation. Et notre chevalier de conseiller au ministre d'accorder des députés à cette classe, "à ce pauvre peuple", - "au moins une vingtaine"." Cependant, il précise "Marcel Reinhard, qui cite cette lettre de Moret à Necker, tient pour nulle cette explication, dans la mesure où aucun document d'archive ne fait illusion à cette frustration de citoyen passif avant la lettre." (Michel Winock, 1789, l'année sans pareille, Perrin, 2004, p. 76-77). Enfin, il explique "Le procès verbaux d'interrogatoire rapportent que les paroles prêtées à Réveillon et à Henriot, selon lesquelles les ouvriers pouvaient vivre avec quinze sous par jour, avaient été pour tous un sujet d'indignation qui les avaient fait sortir dans la rue. D'autres pièces parlent de "solidarité" nécessaire entre ouvriers [idée complètement nouvelle à cette époque]. Le prix du pain est alors de quatorze sous et demi, voilà la véritable raison de l'émeute ! Par là, le mouvement appartient à la longue série des mouvements d'Ancien Régime, causés par la disette, la pénurie, la faim. Non point un mouvement de classe : nulle récrimination contre les "patrons"; rien que de la fureur contre deux personnes censées avoir tenu des propos scandaleux, provoquants, injuriant la misère du peuple. "Sire, c'est à la cherté du pain qu'il faut attribuer nos derniers malheurs", écrivait peu après l'auteur du pamphlet Lettre au roi. Et le libraire Hardy, bon observateur des agitations qui parcourent sa ville, nous confirme dans son Journal que les assiégeants de la maison Réveillon réclamaient la diminution du prix du pain." (Michel Winock, 1789, l'année sans pareille, Perrin, 2004, p. 79). Il y a bien une inspiration révolutionnaire dans cet épisode sanglant de notre histoire de France, même si dans le fond il ressemble à beaucoup de manifestations d'Ancien Régime.

 

A défaut de retenir la "journée des Tuiles" de Grenoble, les parlementaires de 1880 auraient été plus avisés de choisir le 28 avril plutôt que le 14 juillet pour commémorer la soit-disante lutte du peuple pour la liberté contre l’absolutisme et la royauté. Il est vrai que la Bastille fut pillé par un peuple voulant trouver des munitions pour leurs fusils afin de s’opposer à l’armée royale stationnée dans la ville, à la suite du renvoi du populaire Necker. Il y a donc une contestation vis-à-vis de l’autorité du roi et une volonté de changement, mais il n’y a pas la prétention de détruire la monarchie. En dehors de la symbolique que représente la prison d’Etat, nos politiciens du début de la IIIème République souhaitaient-ils vraiment offrir au peuple une fête de la liberté ? Pourquoi a-t-on désigné la prise de la Bastille comme le symbole du patriotisme français ? En réalité, ce n'est aucunement la prise de la Bastille que l'on voulait célébrer ...

drapeau-france.gifL'établissement de la fête nationale le 14 juillet, en référence à la Fête de la Fédération
 

Si aujourd’hui, la date du 14 juillet comme fête nationale fait l’unanimité, ce n’était pas le cas lors des débats de 1880, avant de l’inscrire sur notre calendrier. Le premier citoyen à songer commémorer le 14 juillet 1789 est un certain Fleury-Lescot, maire de Paris à la fin du XVIIIème siècle. Réputé pour être un sanguinaire, il aimait démontrer qu’il était révolutionnaire en faisant fonctionner la guillotine à plein régime, reprochant même à Robespierre que l’invention de Guillotin ne fut pas utilisée assez souvent dans la capitale. Le 26 messidor de l’an II, c’est-à-dire le 14 juillet 1794, il prononça un discours : « Salut au 14 juillet ! Salut au jour à jamais mémorable, où le peuple de Paris a cimenté de son sang la première pierre de la liberté publique en reversant la Bastille ! […] Salut à vous tous qui avez concouru ce jour-là par votre énergie à renverser le despotisme, dans un combat qui lui a été livré ! ». Visiblement, Fleury-Lescot avait un sacré problème de mémoire puisqu’il ignore (volontairement ?) le soulèvement du 28 avril dans la capitale. Dès la fin du XVIIIème siècle, des politiciens parisiens prenaient déjà la chute de la Bastille à leur compte en falsifiaient l’histoire. En revanche, Fleury-Lescot tout comme d’autres ne mentionnait jamais les révoltes populaires qui ont été historiquement authentifiées comme révolutionnaires et contre l’absolutisme. Mais sans doute qu’il préférait évoquer un événement où il était présent. Et certes, le sang a coulé lors de la chute de la Bastille, mais des statistiques établies sous le contrôle de La Fayette font état de 83 morts dans les deux camps, de 19 veuves et de 5 orphelins. Rien à voir avec les quelques centaines de morts survenues à Grenoble le 7 juin 1788 et à Paris le 28 avril 1789. Bien-sûr, les participants de cet événement s’opposaient à l’absolutisme, mais des témoignages comme celui de l’horloger Jean Baptiste Humbert ont démontré que la foule se composait de nombreux curieux se contentant de suivre, conformément à l’effet de masse. Ceci explique pourquoi, parmi les dizaines de milliers de personnes, le nombre de tués n’a pas atteint la centaine alors que beaucoup d’entre eux furent armés. En réalité, au moment où Fleury-Lescot prononçait son discours, il n’y avait pas de commémoration en l’honneur de la prise de la Bastille. En revanche, il y avait la Fête de la Fédération. En effet, le 14 juillet 1790 a lieu la première édition d’une immense fête regroupant les citoyens de toutes les classes sociales à travers le pays. A ce moment, on ne parlait même pas d’assimiler cet événement à la chute de la Bastille. Peut-être que des Parisiens qui ont participé à l’événement du 14 juillet 1789 faisaient cette assimilation à l’exemple du maire de Paris Fleury-Lescot, mais les provinciaux n’y pensaient certainement pas. Il est même fort improbable que l’agriculteur ou l’artisan de campagne connaissait l’existence et l’importance d’une forteresse servant à abriter quelques nobles et bourgeois ou étant utilisée pour stocker de l’armement. Il n’était donc pas dans l’esprit des provinciaux de rendre hommage à un événement dont ils ont juste entendu parler et n’ayant eu qu’un impact limité à la capitale. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que des événements similaires, voire même plus importants, se déroulaient un peu partout dans le royaume. La chute de la Bastille n’était donc qu’un mouvement de révolte parmi tant d’autres. Cependant, après l’accession au pouvoir de Napoléon Ier, ce dernier supprima la Fête de la Fédération.

Durant plusieurs générations, il n’y avait plus de commémoration populaire. Il fallut attendre la IIIème République pour que l’on envisagea à fixer un jour de mémoire pour se souvenir des patriotes qui ont œuvré pour l’obtention des libertés acquises par le peuple. On voulait rendre hommage à tous ceux qui ont combattu le despotisme, ainsi que les rédacteurs de la Déclaration des droits de l’homme du 26 août 1789. Mais ce projet de commémoration était envisagé à une époque où la France avait subi une humiliation en 1871 avec la perte de l’Alsace-Lorraine. Il fallait donc ne pas oublier d’inclure l’armée dans cette fête nationale, notamment en la faisant parader au Bois de Boulogne afin que la population de Paris puisse venir la saluer, en mêlant sentiment nationaliste et volonté de vengeance vis-à-vis de l’Allemagne prussienne. Il faut donc une célébration populaire festive, dans laquelle on pourrait saluer l’armée. En 1880, les politiciens réfléchirent à plusieurs dates. Tout d’abord, on pensait au 4 août, date correspondant à la suppression des privilèges (1789). Cette idée était séduisante puisque l’événement symbolise l’émancipation populaire selon la propagande républicaine. Puis on réfléchissait à propos du 21 septembre, c’est-à-dire le jour de l’abolition de la royauté (1792). Cette dernière posait problème pour deux raisons. Tout d’abord, elle était peu compatible avec l’esprit révolutionnaire puisqu’il ne faut oublier que, pendant deux ans, Louis XVI n’était plus « roi de France » mais « roi des [citoyens] Français » à la suite des insurrections précédant 1792. Etablir une commémoration à partir du 21 septembre, c’est sous-évaluer les évènements avant 1792. Deuxièmement, les institutions républicaines comprenaient encore de nombreux monarchistes à cette époque, désireux d’abattre la jeune République française. Prendre le 21 septembre aurait engendré une opposition farouche des monarchistes qui ne pourraient tolérer ce projet, et ainsi accroître les tensions entre ces derniers et les républicains. Puis un troisième projet de fête nationale émergea, celui du 14 juillet. Cette idée vint du parisien Benjamin Raspail, député de la Seine, qui voulait remettre en place la grande Fête de la Fédération comme en 1790, non pour faire référence à la prise de la Bastille. Cependant, plusieurs politiciens qui s’accordèrent avec le souhait de Raspail firent l’amalgame avec la prise de la Bastille, tout comme Fleury-Lescot un siècle auparavant. Parmi eux, le sénateur lettré Victor Hugo qui assimile la Bastille au despotisme. S’adressant à ses collègues sénateurs, il déclare : « Le 14 juillet 1790 fut plus qu’une fête des Ordres fédérés, ce fut une fête humaine, universelle, qui célébrait la chute de notre Bastille, mais aussi de toutes les Bastilles à travers le vaste monde […] Notre 14 juillet doit marquer la fin de tous les esclavages, la volonté des humains de vivre libre. Pour l’univers entier, le 14 juillet sera un mythe autour duquel les peuples se rassembleront. ». Mais quelle prison redoutable que fut la Bastille ! Nous verrons un peu plus tard dans cet article à quel point les conditions de vie des prisonniers étaient misérables … En revanche, Victor Hugo a bien fait de parler de mythe, étant donné que le mythe correspond à une petite partie de vérité pour une grande partie d’inventions. Quoi qu’il en soit, le choix fut fixé. La loi est votée le 6 juillet 1880. Une semaine plus tard à Longchamp, plus précisément dans le Bois de Boulogne, les Parisiens applaudissaient les soldats qui paradaient, mais sans vraiment connaître les raisons de cette manifestation. Puis des bals des rues sont organisés. C’est un mouvement populaire qui s’enclenche à l’image du 14 juillet 1790, et ce n’est pas la prise de la Bastille qui fut fêtée par le Français moyen. La chute de la Bastille comme fête nationale s’établira au fil des temps et à cause de l’amalgame avec la Fête de la Fédération, surpassant cette dernière dans la mémoire populaire. La loi votée, la première commémoration célébrée, le mythe en marche, mais c’est une erreur de croire que ce fut l’union nationale. Certains vinrent un complot maçonnique dans cette fête, étant donné que Raspail était franc-maçon. Le journal La Croix titrèrent « La folie du 14 juillet ». D’autres, conservateurs, s’indignèrent et crièrent à la « voyoucratie historique ». Quoi qu’il en soit, est-il approprié de montrer la Bastille comme le symbolise du despotisme ?

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La prison de la Bastille, symbole du despotisme ?

Il faut bien avouer que c’est attirant pour un républicain de considérer la Bastille comme le symbole du despotisme, car les quelques prisonniers sont majoritairement des opposants au roi, c’est-à-dire des comploteurs et des rebelles à l’autorité royale, ainsi que quelques grands escrocs. Cependant, si on veut vraiment montrer l’expression du despotisme en France, la prison d’Etat est le plus mauvais exemple puisque les prisonniers avaient des conditions de vie que beaucoup de gens de l’époque pourraient envier. En effet, on peut même affirmer sans hésitation que les habitants de nos établissements pénitentiaires surpeuplés vivent dans des situations plus déplorables que ceux de la Bastille. Toutefois, s’il est injuste que nos PDG, politiciens, VIP ou autres escrocs surmédiatisés et corrompus bénéficient d’avantages locatifs et alimentaires, il y avait aussi des privilégiés durant l’Ancien Régime et qui étaient enfermés… à la Bastille ! D’ailleurs, lorsque nous étudions les textes des hommes ayant séjourné dans la forteresse, il est très rare d’y constater des cas de maltraitance. En deux siècles, nous ne recensons qu’une trentaine d’exécutions. Parmi ces condamnés à mort, seulement un seul fut supplicié dans la prison parisienne. Il s’agissait du maréchal de Biron sous le règne d’Henri IV. Les jugements étaient rendus au nom du roi, à l’exception des juridictions ecclésiastiques et seigneuriales. Mais les juges étaient soumis à l’autorité royale et n’avaient guère d’indépendance (Ceci-dit, c’est toujours le cas aujourd’hui sous notre république dîte "démocratique"). La consultation des registres d’écrou de la Bastille et conservée à la Bibliothèque de l'Arsenal fournit avec précision l’identité des prisonniers et les motifs. La seule exception concerne le Masque de Fer, mais n’entrons pas dans un hors sujet. Selon ces mêmes documents, il entrait une moyenne de 25 à 30 prisonniers par an, soit annuellement près de 40 sous le règne de Louis XIV, 43 sous Louis XV et 19 sous Louis XVI. Et n’oublions pas que la forteresse ne pouvait contenir que 42 détenus logés séparément. En réalité, près d’un enfermé sur deux sortait de prison au bout de six mois, et un sur quatre était transféré dans une maison d’arrêt. Quant au nombre des décès et des suicides, il n’a jamais excédé les 1% du règne de Louis XV jusqu’au 14 juillet 1789. Le taux de mortalité était largement moins élevé que dans nos prisons actuelles. Et ce faible chiffre n’est même pas comparable au nombre de guillotinés lors de la Révolution Française. La vie d’un détenu à la Bastille était donc beaucoup plus enviable que celle d’une centrale contemporaine. Par ailleurs, il faut mettre un terme à un mythe. Aucune source n’indique que les embastillés étaient enterrés vivants. De plus, leur alimentation et habillement n’ont rien à voir avec ceux d’un galérien. Parmi les témoignages de prisonniers, celui du prisonnier Latude est très intéressant. En effet, ce dernier rejetait les grâces de libérations. En cherchant les raisons de son refus, on découvre que celui-ci ne se plaignait pas des conditions de vie. Il explique notamment qu’il avait refusé une culotte de soie confectionnée par un tailleur réputé car la coupe ne lui convenait pas. Une autre fois, il se permettait d’écrire au gouverneur afin de se plaindre que la volaille qu’on lui servait n’était pas assez entrelardée. Un autre pensionnaire, le cardinal de Rohan, gardait sa vaisselle d’argent avec lui. Sur 279 personnes embastillées pendant les quinze dernières années de l'Ancien Régime, 38 ont bénéficié d'une ordonnance de non-lieu. Les victimes d'une erreur judiciaire étaient largement indemnisées. N'oublions pas que le célèbre Voltaire avait reçu une pension de 1 200 livres après sa sortie de prison. Bien-sûr, tous les prisonniers n’étaient pas aussi bien traités, mais leurs conditions de vie demeuraient convenables. Lorsque les détenus, au nombre de sept, furent « libérés » le 14 juillet 1789 par le peuple, ce n’est pas sûr qu’ils comprenaient vraiment ce qu'il se passait. Parmi ceux qui seront libérés le 14 juillet, il y avait quatre faussaires qui se perdirent dans la foule. Jean Béchade, Bernard Laroche, Jean La Corrège et Jean-Antoine Pujade avaient arnaqué deux banquiers parisiens. Ils furent remis en prison le lendemain. Le plus ancien des détenus, Auguste-Claude Tavernier, avait été condamné pour avoir menacé le roi Louis XV en 1759. Un autre, le comte Jacques-François Xavier de Whyte de Malleville, était fou et on ne sait pas ce qu’il faisait à la Bastille, sa famille avait demandé son enfermement. Le 15 juillet, Tavernier et de Whyte furent transférés à Charenton. Ce dernier occupera la cellule du marquis de Sade. Enfin, le dernier détenu était le comte de Soulages, installé à la demande de sa famille à la suite d'"actes monstrueux" pour éviter les rigueurs de l'asile psychiatrique. Il s'agissait d'un obsédé sexuel. Enfin, n'oublions pas que la démolition de la Bastille était décidée depuis longtemps, car son entretien devenait trop coûteux. Le donjon de Vincennes,  le succursale de la bastille, fut fermé en 1784, faute de prisonniers. On dressa même le plan d'une place Louis XVI à l'emplacement de la Bastille. Cette prison n'était donc pas aussi importante que le mythe la présente.

 

Il y a plusieurs choses à dire en conclusion. Tout d'abord, les premiers insurgés qui se sont réunis à la Bastille n'ont jamais cherché à abattre la forteresse pour faire tomber un symbole du despotisme, mais parce qu'ils cherchaient des munitions afin d'équiper les 30 000 fusils qu'ils ont pris aux Invalides. Les révoltés s'opposaient au renvoi du très populaire Necker, donc à une décision du roi (tout en criant "Vive le Roi !"), et prirent les armes à cette occasion. Dès le 12 juillet, ils voulaient combattre les 3 000 soldats stationnés à la place Louis XV (la Concorde) et fouillèrent en vain une bonne partie de la capitale. Alors ils se rendirent à la place forte afin d'obtenir ce qu'ils souhaitaient auprès d'un gouverneur effrayé et ne sachant que faire. Mais en étudiant avec une certaine précision les évènements survenues du 12 au 14 juillet 1789 par l'intermédiaire de quelques sources de l'époque, nous nous sommes aperçus que la réalité est bien différente du mythe populaire. Et cet épisode n'est certainement pas le plus sanglant de la fin des années 1780. Pour preuve, nous avons cité deux évènements qui eurent davantage d'impacts dans notre pays, mais qui sont aujourd'hui oubliés des Français, à commencé par les politiciens qui établirent le 14 juillet comme fête nationale en 1880. Néanmoins, nous avons constaté que ces derniers souhaitaient pas prioritairement faire référence à la chute de la Bastille mais à la Fête de la Fédération, dont la première édition eut lieu le 14 juillet 1790 et qui fut supprimée par Napoléon durant le Consulat. Cependant, quelques politiciens et littéraires assimilèrent les deux évènements en mettant en avant la prise de la forteresse du Faubourg Saint-Antoine, engendrant ainsi le mythe républicain qui perdure encore aujourd'hui. Pourtant, même s'il est séduisant de faire de la Bastille le symbole de la monarchie absolue, nous avons constaté que cette considération n'était pas appropriée. Il s'agissait avant tout d'une prison pour gens aisés, avec des détenus qui bénéficiaient de très bonnes conditions de vie, et servait régulièrement d'entrepôt. 

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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 17:32

Le 10 juillet 1940, le maréchal Pétain reçoit les pleins pouvoirs de part des élus du peuple, issus de la Chambre des Députés et du Sénat. A cette occasion, il est chargé de créer une nouvelle constitution française qui devait être mise en application après la guerre. Cependant, elle fut négligée à la fin du conflit, et beaucoup de Français ignorent aujourd'hui son existence . Pourtant, les fondateurs de la IVème et de la Vème République se passeront bien de dire qu'ils reprirent de nombreux points issus de la Constitution républicaine du maréchal Pétain ...

Préparation et quelques acteurs

Tout d'abord, il ne faut pas oublier que les Pétainistes, les Gaullistes, les Communistes et les Collaborationnistes étaient tous d'accord sur le fait que le Régime de Vichy était provisoire et devait disparaître après la guerre. Il fallait faire entrer la France dans l'ordre nouveau qui surviendra après la guerre. Pour les Gaullistes, il fallait que la France se place du côté des puissances anglo-saxonnes, tout en garantissant l'indépendance du pays après le conflit armée. Pour les Communistes, il était nécessaire de créer un système politique proche de celui de l'Union Soviétique après la libération de la France. Pour les Collaborationnistes, il fallait s'engager pleinement au côté de l'Allemagne puisque les nazis devaient gagner le conflit en Europe. Enfin, pour les Pétainistes, la priorité était la défense du territoire français et de garantir son indépendance, quel que soit le vainqueur de la guerre. Pour chacun de ces camps, il était indispensable d'envisager le futur Etat Français. Malgré tout, c'est officiellement le Chef de l'Etat qui devait jeter les bases d'une nouvelle constitution, indépendamment de celle de Vichy qui était provisoire. Voici la première loi constitutionnelle de Vichy du 10 juillet 1940, lui dictant la mission :

"L'Assemblée nationale a adopté,

Le Président de la République promulgue la loi constitutionnelle dont la teneur suit :

Article unique.

L'Assemblée nationale donne tout pouvoir au gouvernement de la République, sous l'autorité et la signature du maréchal Pétain, à l'effet de promulguer par un ou plusieurs actes une nouvelle constitution de l'État français. Cette constitution devra garantir les droits du travail, de la famille et de la patrie.

Elle sera ratifiée par la Nation et appliquée par les Assemblées qu'elle aura créées.

La présente loi constitutionnelle, délibérée et adoptée par l'Assemblée nationale, sera exécutée comme loi de l'État.

Fait à Vichy, le 10 juillet 1940
Albert Lebrun

Par le président de la République,
Le maréchal de France, président du conseil,
Philippe Pétain."

Durant ses pleins pouvoirs, il devait établir une constitution qui sera appliquée après le conflit. Pour sa réalisation, Philippe Pétain s'entoura de plusieurs intellectuels, et nous pouvons rappeler les trois plus influents, issus de la droite libérale.
- Lucien Romier : Né en 1885 à Moiré, il entre à l'Ecole des chartes en 1905. Par la suite, il est réformé pour cause de santé. Il va alors se consacrer entièrement à sa passion pour l'histoire et va entreprendre plusieurs recherches historiques sur l'Histoire Moderne. Il séjourne à l’Ecole française de Rome et achève une thèse sur les guerres de Religion (les Origines politiques des guerres de religions, 1914). Après la Grande Guerre, il décide de se lancer dans le journalisme tout en continuant à publier des ouvrages sur l'Ancien Régime. Il devient rédacteur en chef de la Journée industrielle en 1920, et va progressivement se spécialiser dans les questions économiques. En 1925, François Coty lui propose de devenir rédacteur en chef du Figaro, mais il le quittera deux ans plus tard. Il y revint en 1934 après l'éviction de Coty, afin d'en prendre la direction. En 1927, Il adhère au Redressement français d’Etienne Mercier et devient le porte-parole de mouvement. Il compte comme membre prestigieux le maréchal Foch. En 1929, il se révèle sa vision de la société à travers la rédaction de son oeuvre L'Homme Nouveau. Avec comme sous-titre "esquisse des conséquences du progrès", il met en avant des principes traditionnalistes et libéraux, et se méfie du développement de certaines technologies comme le cinema, qu'il voit comme un moyen d'asservir le peuple ("Pour l'homme ignorant, le cinéma représente une prodigieuse économie d'effort intellectuel."). Par la suite, il intègre le Parti Libéral. Après l'Armistice du 22 juin 1940, il entre dans l’entourage immédiat de Pétain et le conseille dès l’été 1940. Il devient membre du Conseil national puis est chargé de mission le 23 février 1941. A partir du 11 août 1941, il est nommé ministre d’Etat. Romier préside le projet de rédaction de la Constitution, mais ses idées et sa grande influence envers le Maréchal déplaisent aux Allemands. En septembre 1943, l'intellectuel convaint Philippe Pétain de se débarrasser de Pierre Laval, et est alors envisagé comme successeur. Cependant, sa volonté ne sera pas réalisée puisque Laval avait quasiment les pleins pouvoirs au sein du Régime de Vichy, et était soutenu par les nazis. Ne pouvant agir à sa guise, Lucien Romier présente sa démission le 31 décembre 1943. Il meurt quelques jours plus tard, précisément le 5 janvier 1944.
- Joseph Barthélémy : Il
 
fut l'un des grands constitutionnalistes d'Avant Guerre. Il est né à Toulouse le 9 juillet 1874, dans une famille bourgeoise ayant eu des antécédents dans le domaine universitaire et la politique. Cependant, la mort prématurée de son père obligera Joseph a demandé une bourse pour faire ses études. Etudiant en droit, il parcourt toutes les étapes du cursus honorum avec une certaine facilité, sous la protection bienveillante du professeur Hauriou. Grâce à ce dernier, Barthélémy devint docteur en droit à seulement 25 ans, c'est-à-dire en 1899. Sa thèse s'intitule Essai d'une théorie des droits subjectifs des administrés dans le droit administratif français (Librairie de la société général des lois et des arrêts et du journal du palais, Paris, 1899). En 1906, il devint agrégé en droit public, puis enseigne le droit  à la faculté de droit de Lille et d'Aix en Provence, tout en étant avocat à Paris. Par la suite, il est nommé professeur de rang magistral à l'université de Montpellier. de A partir de 1913, il est professeur de droit constitutionnel à Paris ainsi que d'histoire parlementaire et législative à l'Ecole libre des sciences politiques. Durant les années 1910, il publie plusieurs textes demandant l'amélioration des institutions de la IIIème République. Parmi ces améliorations, on peut citer le rééquilibrage des pouvoirs en faveur du président de la République, c'est-à-dire un renforcement du pouvoir exécutif, ou encore l'octroi du droit de vote pour les femmes, à une époque où un certain Pierre Etienne Flandin tentait vainement de valider ce projet auprès de la Chambre des Députés. Il entre même en politique entre 1919 en étant membre de l'Alliance Démocratique (centre-droit), avant de s'allier à la Gauche Républicaine Démocratique. Il est élu député du Gers cette même année, conserva son poste en 1924, mais le perdit en 1928. Par ailleurs, il échoua à se faire élire député de Paris lors des élections de 1932. Mais à partir de la fin des années 1920, ce proportionnaliste s'oppose à plusieurs de ses partenaires qui luttaient en faveur d'un mode d'élection législative à deux tours. Après ces échecs politiques, il se consacre à nouveau à sa profession d'enseignant, mais se lance en parallèle dans une carrière de journaliste. Il devient éditorialiste du quotidien Le Temps, dans lequel il continue à se battre en faveur des modifications constitutionnelles, mais il veut également retirer aux parlementaires l'initiative en matière budgétaire. En 1927, il devient membre de l'Académie des sciences morales et politiques. Par la suite, Joseph Barthélémy s'oppose aux interventions de l'Etat sur l'économie, notamment lors du Front Populaire puisqu'il s'oppose fermement aux Accords de Matignon de 1936. Il voit dans le Front Populaire une volonté d'imiter la politique de l'URSS de Staline (La Revue de Paris, août 1936). Durant les années 1930, il continue à publier des textes exigeant un changement institutionnel, notamment dans Essai sur le travail parlementaire et le système des commissions (Librairie Delagrave, Paris, 1934). Mais il met davantage en valeur le souhait d'avoir une autorité plus grande du chef de l'Etat. Durant l'Occupation, il se rallie à Pétain dès aout 1940 et devient ministre de la justice le 27 janvier 1941. A cette occasion, il rédige un projet de constitution intitulé Provinces : Pour construire la France de demain (Editions Grasset, Paris, 1941). Néanmoins, son influence diminua progressivement après la montée en force de Laval, et il sera remplacé par Maurice Gabolde. Il revient peu de temps enseigner à l'université de droit de Paris. Inculpé à la libération dans le cadre de l'épuration, il sera incarcéré à Auch le 6 octobre 1944. Il mourra mystérieusement avant la fin de la procédure judiciaire.
- Pierre-Etienne Flandin
: Né à Paris le 12 avril 1889, fils d'Etienne Flandin, député de l'Yonne et résident général à Tunis, Pierre-Etienne Flandin réalisa de brillantes études au lycée Carnot. Il fut ensuite diplômé de l'Ecole des sciences politiques et docteur en Droit, puis s'inscrit au Barreau de Paris où il fait ses débuts comme secrétaire de Alexandre Millerand. Il se passionna pour l'aviation et le prouva en passant son brevet n° 880 le 25 mai 1912, alors qu'il accomplissait son service militaire. En 1914, il devint à son tour député de l'Yonne et conserva ce poste jusqu'en 1940. Il a alors seulement 25 ans. Au début de la Grande Guerre, il fut mobilisé et affecté à l'escadrille MF 33. Rappelé au ministère de la Guerre en 1915, il fut chargé de mission à la direction de l'Aéronautique. Peu après, il fut nommé rapporteur de l'Aéronautique à la commission de l'Armée et chargé du contrôle de l'aéronautique aux Armées. En 1917, il fut désigné pour les fonctions de directeur du service interallié au sous-secrétariat de l'Aéronautique. Il eu pour mission d'organiser la participation de l'aviation américaine aux côtés des Français et des Anglais. Lors de l'élaboration du Traité de Paix, il prit une part importante à la rédaction de la Convention internationale de navigation aérienne en qualité de membre de la sous-commission juridique de la délégation française. Après la Première Guerre Mondiale, Pierre-Etienne Flandin sera le premier président de la commission internationale. Il avait alors pour charge de réglementer la navigation aérienne dans le monde. Il y représenta la France pendant une dizaine d'années. Appelé au gouvernement en 1919, il créa le sous-secrétariat d'Etat à l'aéronautique et aux transports aériens. Il entreprit une oeuvre importante avec la réalisation des "ports aériens" d'Orly, du Bourget, de Marignane, d'Ajaccio, de Rabat, de Tunis et d'Oran, et c'est à lui qu'on doit par ailleurs l'Office national de la météo. Il mit en place l'organisation de l'aviation commerciale et fit voter le premier budget des transports aériens, réglementa la circulation aérienne, dressa le programme d'établissement des routes aériennes, institua le régime des primes et des subventions décennales à la navigation aérienne, créa les centres d'entraînement des pilotes de réserve, organisa les conférences anglo-franco-belges destinées à resserrer la coopération interalliée en faveur du progrès aéronautique. En 1922, Pierre-Etienne Flandin était élu président de l'Aéro-Club de France. Il le resta jusqu'en 1933, année où il fut nommé président d'honneur. Mais s'il avait une connaissance solide sur l'aviation, il fut aussi un ardent défenseur du droit de vote des femmes. Il va alors reprendre une proposition de loi de 1906, présentée par l'ancien député Paul Dussaussoy, qui souhaitait accorder aux femmes le droit de vote dans les élections aux conseils municipaux, aux conseils d'arrondissement et aux conseils généraux. Il prône une participation progressive des femmes dans les affaires publiques. Le 8 mai 1919, Flandin obtient l'inscription à l'ordre du jour du droit de vote des femmes. Il fait constater aux députés qu'un certain nombre de pays avaient déjà donné ce droit à la gente féminine. On peut citer la Norvège, le Danemark, la Suède, l'Allemagne, l'Angleterre, l'Autriche, la Belgique et plusieurs Etats américains. Il aura cette phrase "La France sera t-elle la dernière à accorder le droit de vote des femmes ?" Ainsi, sur 424 votants, 329 se prononcent en faveur du projet, pour seulement 95 refus. Malgré tout, le Sénat va rejeter la loi avec 156 voix contre face à 134 pour. Malgré cet échec, Pierre-Etienne Flandin continua sa carrière politique en intégrant divers ministères, et donc en engrangeant des connaissances importantes : ministre du commerce et de l'industrie dans le cabinet François Marsal (1924), vice-président de la chambre (1928-1929), ministre du commerce dans les deux premiers cabinets Tardieu (1929-190), ministre des Finances dans le cabinet Laval et le troisième cabinet Tardieu (1931-1932), ministre des Travaux publics dans le cabinet Doumergue (1934), président du Conseil (1934-1935), ministre des affaires étrangères dans le cabinet Sarraut (1936). Il accompli diverses missions. Il passe une convention avec le crédit foncier pour l'organisation du crédit hypothécaire maritime, crée la Caisse de crédit aux départements et aux communes pour le perfectionnement de l'outillage national, départemental et communal (loi du 28 décembre 1931), organisme qui préfigure l'actuel crédit local de France. Il augmente également les subventions de l'État aux caisses municipales de secours contre le chômage. Enfin, avec le décret du 13 février 1932, il réorganise le contrôle de l'État sur les compagnies de chemins de fer. Membre de l'Alliance Démocratique dès 1914, il en prend désormais la tête en 1933. Lorsqu'il est Président du Conseil, du 8 novembre 1934 au 1er juin 1935, il tenta une relance économique en voulant baisser des taux d'intérêts, avant de s'orienter vers une politique déflationniste. Il se montre aussi un ardent défenseur du franc. Il tenta également de faire passer un projet de loi corporatiste élaboré avec son ministre du commerce Paul Marchandeau. Cependant, le Sénat va empêcher cette réalisation. A la suite de la constitution du Front populaire, Pierre-Etienne Flandin se retrouve leader de l'opposition. Mais au sein de son propre parti, il va critiquer et condamner la politique conduite par Paul Reynaud, et désapprouve notamment les thèses dévaluationnistes. Avant la guerre, Pierre-Etienne Flandin est rejeté dans l'opposition suite aux élections législatives de 1936. Mais il refait surface durant l'Occupation. Suite au renvoi de Laval, le 13 décembre 1940, il devint n°2 du Régime de Vichy et obtint le poste de ministre des Affaires Etrangères. En parrallèle, il fit parti d'un triumvirat exécutif à partir du 19 décembre 1940, composé de l'amiral Darlan et du général Huntziger. Durant ces deux fonctions, il créa le Conseil national et entra en relation avec l'Angleterre et les Etats-Unis, comme beaucoup de pétainistes. Il conserva ces postes durant seulement mois, jusqu'au 9 février 1941. Ensuite, il n'eut plus qu'un rôle de conseiller de Pétain mais n'exerça plus aucune fonction. Néanmoins, il partagea ses nombreuses connaissances. Après le second conflit mondial, Flandin est jugé par la Haute Cour de justice en juillet 1946 et est condamné à cinq ans d'indignité nationale, mais il est aussitôt relevé de cette peine pour actes de Résistance. Il consacra la fin de sa vie à la défense de la mémoire du maréchal Pétain.

Une volonté de dévoiler le projet au peuple français

Nous savons que Pétain et ses collaborateurs avaient commencé à préparer une nouvelle Constitution républicaine au plus tard dès l'année 1941. Cette mission du Conseil National n'était pas la seule. Elle devait aussi réorganiser administrativement les provinces françaises, ou encore penser la Charte du Travail. Il a même dévoilé cette volonté d'établir au peuple français, en expliquant ses objectifs. Nous pouvons notamment rappeler une partie du discours du Maréchal au début de la séance d'ouverture de la session du Conseil National du 8 juillet 1941 :

"Messieurs

Je vous ai réunis pour m'aider à élaborer la Constitution nouvelle qui doit être soumise à la ratification de la Nation.

C'est une entreprise difficile, car il faut qu'elle exprime avec plénitude la signification de la Révolution Nationale, qu'elle en marque fortement le but et la nécessité.

Depuis cent cinquante ans, la France a connu et pratiqué successivement quinze régimes constitutionnels différents.

Ils ont duré, les uns une année ou cent jours, d'autres trois ou quatre ans, d'autre une demi-génération, le dernier soixante-cinq ans.

Ils sont séparés les uns des autres, on pourrait dire engendrés, par des révolutions ou des défaites.

En cinq générations, la France a donc passé alternativement des régimes les plus autoritaires aux régimes les plus libéraux, de la dictature conventionnelle ou napoléonienne au régime de la liberté réglée ou de la liberté déréglée, de la monarchie à l'empire, de l'empire à la république démocratique, qui a fini dans l'impuissance de décider et même de délibérer.

Il faut que cette expérience soit sans cesse présente à votre pensée, pour reconstruire un pays longtemps voué aux changements, à l'instabilité et finalement installé dans l'incertitude, la surenchère des partis et la hargne générale. Les circonstances dans lesquelles elle vient d'être interrompue une fois de plus comportent une leçon inexorable et peut-être un dernier avertissement.

Le régime électoral, représentatif majoritaire, parlementaire qui vient d'être détruit par la défaite était condamné depuis longtemps par l'évolution générale et accélérée des esprits et des faits dans la plupart des pays d'Europe, et par l'impossibilité démontrée de se réformer.

En France, il donnait tous les signes de l'incohérence attestée par la substitution chronique des décrets-lois à la procédure législative régulière. L'inconscience en matière de politique étrangère ajoutait à ces signes un présage de catastrophe.

Cette catastrophe est une conclusion.

Nous sommes dans l'obligation de reconstruire. [...]

Le premier consiste à remplacer le "peuple souverain" exerçant des droits absolus dans l'irresponsabilité totale, par un peuple- dont les droits dérivent dé ses devoirs.

Un peuple n'est pas un nombre déterminé d'individus, arbitrairement comptés au sein du corps social et comprenant seulement les natifs du sexe masculin parvenus à l'âge de raison. [...]

Un peuple est une hiérarchie de familles, de professions, de communes, d'administrations et de familles spirituelles, articulées et fédérées pour former une patrie. Animées d'un mouvement continu d'ascension sociale et morale, tendues vers l'avenir par un idéal collectif, elles produisent des hommes, qui, sélectionnés par les services rendus à la communauté, deviennent, dans tous les ordres d'activité, les élites de la nation.

Dans une nation constituée par l'ensemble de ces forces organiques, un petit nombre conseille, quelques-uns commandent, un chef gouverne. [...]

Une révolution véritable n'est jamais un accident. « Les révolutions qui arrivent dans les grands états, dit Sully, ne sont pas un effet du hasard, ni du caprice des peuples. »

La catastrophe est la conclusion des fautes, des erreurs, des illusions, des égoïsmes et des incapacités accumulées.

La Révolution Nationale signifie la volonté de renaître affirmée soudain du fond de notre être, un jour d'épouvante et de remords. Elle marque la résolution ardente de rassembler tous les éléments du passé et du présent qui sont sains et de bonne volonté pour faire un État fort, de recomposer l'âme nationale, dissoute par la discorde des partis, et de lui rendre la conscience aiguë et lucide des grandes générations privilégiées de notre histoire, qui furent souvent des générations du lendemain de guerres civiles ou de guerres étrangères.

La Constitution ne doit pas se borner à être un ensemble de règles précises et sèches.

Pour répondre à la grande attente du peuple français, et au grand devoir qui m'incombe, elle doit être cohérente, convaincante, éducative; elle doit avoir une " vertu d'enseignement " qui est le caractère distinctif des bonnes lois.

A cet égard la Constitution couronne l'oeuvre de l'école. Or l'école est le prolongement de la famille. Elle doit faire comprendre à l'enfant les bienfaits de l'ordre humain qui l'encadre et le soutient. Elle doit le rendre sensible à la beauté, à la grandeur, à la continuité de la Patrie. Elle doit lui enseigner le respect des croyances morales et religieuses, en particulier de celles que la France professe depuis les origines de son existence nationale.

J'ai dit, à maintes reprises, que l'État issu de la Révolution Nationale devait être autoritaire et hiérarchique. [...]

Par état hiérarchique, j'entends le remembrement organique de la société française.

Ce remembrement doit s'opérer par la sélection des élites à tous les degrés de l'échelle sociale. Cette sélection doit être exprimée par la restauration de l'honneur du métier et la restauration dans l'honneur de toutes les catégories de la Nation.

La sélection des chefs peut se faire et elle a lieu, en réalité, dans toutes les conditions, les plus humbles comme les plus hautes. La Constitution devra la favoriser et la fixer, en déterminant sa fonction, dans tous les rouages de la Société, de la base au sommet.

Elle rétablira cette qualification générale des Français, qui a donné à notre pays la plus solide structure de l'Occident en fondant le droit de citoyenneté non plus sur l'individu épars et abstrait, mais sur la position et les mérites acquis dans le groupe familial, communal, professionnel, provincial et national sur l'émulation dans l'effort, sur l'intelligence tendue vers le bien de la communauté, sur les services rendus dans tous les cadres de l'activité humaine.

Mais la hiérarchisation d'une société implique l'exercice de la responsabilité à tous les échelons.

Être responsable, c'est être capable de répondre de ce qu'on fait. Le sentiment de la responsabilité est la caractéristique de l'être sain et normal. Le goût de la responsabilité est le signe distinctif du Chef. ]'ai besoin de responsabilités de plus en plus grandes exprime le pouvoir d'ascension d'un homme dans la hiérarchie sociale ou nationale.

La compétition pour l’avancement dans un métier, dans un corps, dans une administration, sans la conscience claire du degré croissant de responsabilité, est la preuve d'une société e n décomposition ou le symptôme d'un état malade.

La Constitution et les lois organiques qui la compléteront, que ce soient les lois communales ou provinciales, la charte des corporations le statut des fonctionnaires, devront marquer nettement le degré de responsabilité afférent aux divers postes de la hiérarchie correspondante, et déterminer les sanctions applicables à tous les cas de manquement ou d'incapacité.

Nous avons pratiqué un régime politique où le principe de l'irresponsabilité était posé de la base au sommet de l'État irresponsabilité: du corps électoral, irresponsabilité du pouvoir législatif, irresponsabilité du pouvoir exécutif (sauf pour le cas de haute trahison), celui d'incompétence n'étant pas retenu. C'est pourquoi nous en sommes sortis par la porte du malheur.

La question capitale qui se pose à nous aujourd'hui est de savoir quel type de structure sociale nous devons et nous voulons instaurer, pour servir de soubassement à une construction politique qui doit affronter un avenir redoutable.

Ne nous contentons pas d'abroger ce qui fut nocif et qui est mort. Faisons du neuf avec les valeurs concrètes et permanentes que le Pays garde et met à notre disposition. [...]

Le salut de la Patrie étant la suprême loi. C'est sur elle que se fonde la légitimité de la Révolution Nationale et de la Constitution qui lui donnera son armature et son couronnement.

Au cours des années où notre destin allait à la dérive, le peuple a été sourd aux avertissements. Qu'il m'entende bien aujourd'hui si je lui dis que demain il ne se relèvera que dans la trêve des disputes vaines sur le régime idéal qu'il cherche depuis cent cinquante ans.

Le meilleur régime sera celui qui correspondra aux exigences précises et concrètes de sa vie nationale dans des conjonctures extérieures dont il n'est pas le maître et dont il devra tenir compte pour rétablir l'ordre dans sa maison.

Le peuple français porte son avenir en lui-même, dans la profondeur des soixante générations qui vous ont précédés sur notre sol et dont vous êtes les héritiers responsables.

Cet avenir, il ne le découvrira que par l'application résolue et réfléchie qu'il mettra à retrouver le sens de sa grandeur et celui de sa mission impériale."

Le Conseil National mettra près de trois ans à réaliser cette constitution républicaine et démocratique, qui devait être appliquée après la guerre. Cependant, Pétain avait la volonté de la dévoiler à la population avant la fin du conflit. Pour preuve, voici la rédaction de son appel réalisée le 12 novembre 1943, et qui devait être expliquée aux Français le lendemain (document présent notamment dans Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 575-576) :
"Le 10 juillet 1940, l'Assemblée nationale m'a donné mission de promulguer, par un ou plusieurs actes, une nouvelle constitution de l'État français.
J'achève la mise au point de cette constitution. Elle concilie le principe de la souveraineté nationale et le droit de libre suffrage des citoyens avec la nécessité d'assurer la stabilité et l'autorité de l'État.
Mais je me préoccupe de ce qui adviendrait si je venais à disparaître avant d'avoir accompli jusqu'au bout la tâche que la Nation m'a confiée.
C'est le respect de la légitimité qui conditionne la stabilité d'un pays. En dehors de la légitimité, il ne peut y avoir qu'aventures, rivalités de factions, anarchie et luttes fratricides.
J'incarne aujourd'hui la légitimité française. J'entends la conserver comme un dépôt sacré et qu'elle revienne à mon décès à l'Assemblée nationale de qui je l'ai reçue si la nouvelle constitution n'est pas ratifiée.
Ainsi, en dépit des événements redoutables que traverse la France, le pouvoir politique sera toujours assuré conformément à la loi.
Je ne veux pas que ma disparition ouvre une ère de désordres qui mettrait l'unité de la France en péril.
Tel est le but de l'acte constitutionnel qui sera promulgué demain au Journal officiel.
Français, continuons à travailler d'un même cœur à l'établissement d'un régime nouveau dont je vous indiquerai prochainement les bases et qui seul pourra rendre à la France sa grandeur."


Malgré tout, le principal représentant de l'Etat n'aura pas la possibilité d'expliquer son projet. Quelle en est la raison ? La déclaration officielle du Maréchal au consul allemand à Vichy, le 13 novembre 1943, nous donne la réponse :
"Une communication du gouvernement allemand demande l'ajournement du message que je devais prononcer ce soir et M. de Brinon vient de me faire savoir que des mesures militaires seraient prises par les autorités allemandes pour en empêcher l'émission. Je constate le fait et je m'incline, mais je vous déclare que jusqu'au moment où je serai en mesure de diffuser mon message, je me considère comme placé dans l'impossibilité d'exercer mes fonctions." (Jacques Isorni, Philippe Pétain, La Table Ronde, Tome II, p. 357, Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 575 et Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 500).
Dans une longue lettre connue de Ribbentrop, datant du 29 novembre 1943, les Allemands lui reprochent de vouloir remettre en place une république démocratique : "L'ambassade de Paris a été informé, le 13 novembre, de l'intention que vous aviez, monsieur le Maréchal, d'annoncer, le jour même, dans un discours radiodiffusé, une modification de la Constitution concernant la succession du chef de l'Etat Français. Le texte communiqué par le gouvernement français ainsi que le projet de révision constitutionnelle transmis à Berlin par l'ambassade d'Allemagne ne sont arrivés ici que peu de temps avant le moment prévu pour la radiodiffusion de votre discours. Le gouvernement du Reich n'était donc pas en mesure d'examiner au préalable si cette loi pouvait, dans ses effets, affecter les intérêts légitimes de l'Allemagne en tant que puissance occupante. [...]
1. Le projet de la révision de la Constitution qui nous a été soumis tend à mettre la désignation future du chef de l'Etat français, même pendant la guerre, entre les mains d'un organisme qui constituait, dans le passé, l'Assemblée nationale française. Il semble que vous avez, en cela, totalement perdu de vue que cette Assemblée nationale est le même corps qui, en septembre 1939, a déclaré sans le moindre motif la guerre à l'Allemagne, malgré les exigences solennelles de paix échangées encore le 6 décembre 1938 entre la France et l'Allemagne, et qu'au surplus une partie non négligeable des membres de ce corps, violant, une fois de plus, d'une manière flagrante, l'accord intervenu entre nos deux pays, c'est-à-dire l'armistice, lutte à nouveau contre l'Allemagne.
Le gouvernement du Reich doit repousser avec indignation et comme une prétention impossible l'intention du chef de l'Etat français de remettre en fonction une pareille Assemblée par l'acte constitutionnel projeté, afin de légaliser, pour ainsi dire, par là, une nouvelle activité de traîtres et de gens qui ont violé le droit.
2. L'ancienne Assemblée nationale n'est plus aujourd'hui, d'aucune manière, la représentation légale de la volonté du peuple français. Pendant la guerre, des élections sont impossibles, de même que dans d'autres Etats, a fortiori dans la Franc actuelle. Quant à une assemblée nationale constituée d'une autre façon, elle ne saurait jamais exprimer légalement la volonté du peuple français. En conséquence, il n'existe aucun corps légal susceptible d'exercer la fonction que le discours à radiodiffuser voudrait lui attribuer et qui, pour cette fin, pourrait être reconnu par l'Allemagne."
(Marc Ferro, Pétain, Hachette, 2009, p. 506-510).
Ces documents prouvent que c'est face à la menace militaire allemande et non de son plein gré que Pétain ne va pas publier sa Constitution. Malgré tout, il le signera le 30 janvier 1944, ce qui prouve son authenticité. Mais quelle est la composition de cette Constitution républicaine ? Nous allons le voir dans la deuxième partie (http://realite-histoire.over-blog.com/article-36673072.html).

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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 17:30

Composition de la Constitution républicaine du maréchal Pétain
 

Le maréchal Pétain avait établi, en conformité du mandat qu'il avait reçu, une Constitution qui ne devait être promulguée qu'après la fin de la guerre. Voici le texte de cette Constitution demeurée inconnue de la quasi-totalité des Français. On va mettre en valeur des points qui seront repris dans les futurs Républiques françaises d'Après Guerre, principalement dans la Vème République. Mes commentaires sont encadrés par [ ]. Par ailleurs, en lisant cette Constitution, un connaisseur en matière de droit constitutionnel s'apercevra que certains aspects de la IIIème République ont été repris et perdurent encore aujourd'hui.

Préambule

 

Article premier. La liberté et la dignité de la personne humaine sont des valeurs suprêmes et des biens intangibles. Leur sauvegarde exige de l'État l'ordre et la justice, et des citoyens la discipline.
La Constitution délimite à cet effet les devoirs et les droits respectifs de la puissance publique et des citoyens en instituant un État dont l'autorité s'appuie sur l'adhésion de la Nation.

Article 2. L'État reconnaît et garantit comme libertés fondamentales : la liberté de conscience, la liberté de culte, la liberté d'enseigner, la liberté d'aller et venir, la liberté d'exprimer et de publier sa pensée, la liberté de réunion, la liberté d'association. L'exercice de ces libertés est réglé par la loi devant laquelle tous les citoyens sont égaux.

[Pétain et le Conseil National ont placé en priorité la liberté des citoyens et le respect d'autrui. Ce fait est en contradiction avec la doctrine officielle démontrant un Maréchal antidémocratique proche du fascisme, même lorsque le pays est en paix. Par ailleurs, l'article premier définit le droit et le devoir comme des principes fondamentaux, conformément à la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen du 26 aout 1789. Egalement, il ne remet pas en cause la loi de séparation des Eglises et de l'Etat de 1905 puisqu'il garantit la liberté de culte dans l'article 2.]

Article 3. Nul ne peut être accusé, arrêté ni détenu que dans les cas déterminés par la loi et selon les formes qu'elle a prescrites.
Nul ne peut être puni qu'en vertu d'une loi établie et promulguée antérieurement au délit et légalement appliquée.

Article 4. Acquise par le travail et maintenue par l'épargne familiale, la propriété est un droit inviolable, justifié par la fonction sociale qu'elle confère à son détenteur ; nul ne peut en être privé que pour cause d'utilité publique et sous condition d'une juste indemnité.

Article 5. L'État reconnaît les droits des communautés spirituelles, familiales, professionnelles et territoriales au sein desquelles l'homme prend le sens de sa responsabilité sociale et trouve appui pour la défense de ses libertés.

Article 6. Les citoyens désignent librement par suffrage leurs représentants aux assemblées locales et nationales, ainsi qu'aux organismes professionnels et corporatifs.
Sauf dans les élections de caractère professionnel, un suffrage supplémentaire est attribué aux chefs de familles nombreuses en raison de leurs responsabilités et de leurs charges.

[L'article 6 démontre que le droit de vote des citoyens est garantie. Par conséquent, cette Constitution du maréchal Pétain est démocratique.]

Article 7. La représentation nationale vote les lois, consent l'impôt, contrôle les dépenses et associe la Nation à la gestion du bien commun.

Article 8. L'organisation des professions, sous le contrôle de l'État, arbitre et garant de l'intérêt général, a pour objet de rendre employeurs et salariés solidaires de leur entreprise, de mettre fin à l'antagonisme des classes et de supprimer la condition prolétarienne.
Par une représentation assurée à tous les échelons du travail, les professions organisées participent à l'action économique et sociale de l'État.

Article 9. Les devoirs des citoyens envers l'État sont l'obéissance aux lois, une participation équitable aux dépenses publiques, l'accomplissement de leurs obligations civiques pouvant aller jusqu'au sacrifice total pour le salut de la Patrie.

Article 10. Le chef de l'État tient ses pouvoirs d'un Congrès groupant les élus de la Nation et les délégués des collectivités territoriales qui la composent. Il personnifie la Nation et a la charge de ses destinées.
Arbitre des intérêts supérieurs du pays, il assure le fonctionnement des institutions en maintenant - s'il est nécessaire, par l'exercice du droit de dissolution - le circuit continu de confiance entre le Gouvernement et la Nation.

Article 11. Le maintien des droits et des libertés ainsi que le respect de la Constitution sont garantis par une Cour suprême de justice devant laquelle tout citoyen peut introduire un recours.

Article 12. Les trois fonctions de l'État - fonction gouvernementale, fonction législative, fonction juridictionnelle - s'exercent par des organes distincts.


Titre premier
La fonction gouvernementale


Article 13. La fonction gouvernementale est exercée par le chef de l'État, les ministres et secrétaires d'État.

Article 14. Le chef de l'État porte le titre de président de la République. Il est élu pour dix ans par le Congrès national, devant lequel il prête serment de fidélité à la Constitution.
Il est rééligible.

[Ce point sera sévèrement critiqué par le ministre des affaires étrangères du Reich Ribbentrop. A travers sa lettre du 29 novembre 1943 que nous avons cité précédement, ce dernier était scandalisé par la volonté de Pétain que le chef de l'Etat soit élu par l'appareil législatif ]

Article 15.
Le Président de la République nomme le Premier ministre et, sur la proposition de celui-ci, les ministres et secrétaires d'État. Il les révoque. Il préside le conseil des ministres.
Le chef de l'État a l'initiative des lois ainsi que les membres des deux assemblées. Il peut seul présenter les projets de lois portant amnistie.
Il promulgue les lois lorsqu'elles ont été votées par les deux chambres. Il en fait assurer l'exécution.
Il communique avec les chambres par des messages qui sont lus à la tribune par un ministre.

[Ici, il est nécessaire de faire un historique du poste de Premier ministre. Cette appellation est apparu en France dans la première moitié du XVIIème siècle, durant le règne de Louis XIII, pour définir le cardinal de Richelieu comme "principal ministre". Mais la fonction prend forme en Angleterre au début du XVIIIème siècle, sous le règne de Georges Ier.  Ce roi avait besoin d'un ministre particulier pour coordonner l'action de tous les autres et traduire ses ordres données en langue germanique (Georges Ier était natif d'Hanovre et refusait d'apprendre l'anglais). Ce ministre se nommait "Primus inter pares", c'est-à-dire Premier ministre. Ce poste existe toujours en Grande Bretagne. Au XIXème siècle, cette fonction apparait dans plusieurs pays, comme au Canada ou en Belgique. En France, la fonction ne réapparaîtra officiellement qu'en 1958 avec la Constitution de la Vème République. L'article 15 prouve donc que c'est Pétain et ses proches qui avaient eu l'idée de mettre en place ce poste, puisque le chef du gouvernement portait le titre de président du Conseil des ministres sous la IIIème et la IVème République. Quelle est la différence ? Sous les deux Républiques parlementaires, le principal ministre définie l'action du gouvernement et préside le Conseil des ministres, puis nomme et révoque ses ministres. Pour le premier point, l'article 21 de la Constitution de la Vème République indique que le Premier ministre dirige l’action du gouvernement, tout comme le Président du Conseil. Cependant, c'est Président de la République qui préside le Conseil des ministres, donc le Premier ministre a davantage un rôle de vice-président. C'est une similitude par rapport à l'article 15 de la Constitution de Pétain. Mais il y a une autre différence, cette fois-ci sur le deuxième point. Dans la République actuelle, l'article 8 explique que le Président de la République choisit des ministres qui composeront le nouveau gouvernement sur proposition du Premier ministre. Or la Constitition réalisée par les pétainistes prévoyait exactement la même chose.]

Article 16.
Le Président de la République nomme à tous les emplois civils et militaires, pour lesquels la loi n'a pas prévu d'autre mode de désignation.
Il a le droit de grâce.
Les envoyés et ambassadeurs des puissances étrangères sont accrédités auprès de lui.
Il négocie et ratifie les traités.
Nulle cession, nul échange, nulle adjonction de territoire ne peut avoir lieu qu'en vertu d'une loi. Les traités de paix, de commerce, ceux qui engagent les finances de l'État et ceux qui sont relatifs à l'état des personnes et au droit de propriété des Français à l'étranger ne deviennent définitifs qu'après avoir été votés par les deux chambres.
Il dispose de la force armée.
Il peut déclarer l'état de siège.
Il ne peut déclarer la guerre sans l'adhésion préalable et formelle des deux chambres.
Chacun des actes du chef de l'État, sauf ceux qui portent nomination ou révocation du Premier ministre ou des ministres et secrétaires d'État, doit être contresigné par le ou les ministres ou secrétaires d'État qui en assurent l'exécution.

[Comme c'est le cas avec la Vème République et auparavant sous la IIIème République, le Président de la République possède le droit de grâce (appelé aussi grâce présidentielle) et dispose des forces armées. Pour le droit de grâce, cela correspond aujourd'hui à l'article 17 de la Constitution actuelle, dont voici l'intitulé : "Le Président de la République a le droit de faire grâce." Le contenu a cependant été modifiée lors de la réforme constitutionnelle de 2008. En ce qui concerne le droit de disposer de l'armée française, il est présent dans les articles 20 et 21 de la Constitution de 1958. Le président de la République a même le titre honorifique de "chef des Armées".]

Article 17. Le président de la République peut prononcer la dissolution de la Chambre des députés avec l'avis conforme du Sénat à la suite de l'envoi d'un message motivé.
Il peut, sur la demande du Premier ministre, et en cas de désaccord entre les deux assemblées ou entre le gouvernement et l'une des assemblées, ou en cas de vote d'une motion de défiance à l'égard du cabinet ou d'un ministre, prononcer la dissolution sans avis du Sénat.
La dissolution intervient de plein droit au cas où la Chambre des députés émet des votes de défiance contre trois cabinets successifs.

[La possibilité pour le Chef de l'Etat de dissoudre la Chambre des députés n'était pas une nouveauté et perdure encore aujourd'hui. Voici l'article 5 de la loi constitutionnelle du 25 février 1875 :"Le Président de la République peut, sur l'avis conforme du Sénat, dissoudre la Chambre des députés avant l'expiration légale de son mandat". Sur le sujet, Pétain se révèlera moins autoritaire que De Gaulle. Pour le Maréchal, le Président doit demander l'avis du Sénat, comme sous la IIIème République, et ne peut effectuer cette action que si les députés ont émis des avis défavorables à l'encontre de trois ministères successifs. Dans la République actuelle, le chef de l'Etat peut dissoudre l'Assemblée lorsqu'il le souhaite et sans condition. Voici l'article 12 : "Le Président de la République peut, après consultation du Premier ministre et des Présidents des assemblées, prononcer la dissolution de l'Assemblée nationale."]


Article 18.
Le Premier ministre, les ministres et secrétaires d'État sont responsables devant le chef de l'État, individuellement dans le cadre de leurs attributions propres, collectivement pour la politique générale du cabinet.
Les ministres et secrétaires d'État se rendent aux assemblées lorsqu'ils le jugent nécessaire. Ils doivent y être entendus quand ils le demandent.

[Comme pour la Vème République, celle prévu par les pétainistes prévoyait que les représentant du pouvoir exécutif étaient directement responsables devant le Président de la République. Dans la IIIème et la IVème République, les tenants de l'exécutif étaient responsables devant le corps législatif. Cette innovation vient donc de la Constitution oubliée du maréchal Pétain.]

Article 19.
Le chef de l'État est représenté par un gouverneur dans chacune des provinces définies par la loi qui les institue.
Il nomme et révoque le gouverneur par décret contresigné du Premier ministre.
Le gouverneur est assisté d'un Conseil provincial.


[L'article 19 ne comporte pas de révolution puisque la fonction de préfet, appelée ici gouverneur de provinces, a été mise en place par Napoléon le 17 février 1800 (loi du 28 pluviôse de l'an VII). Cependant, la Constitution de Pétain est la première a mentionner ce qui correspond au poste de préfet. Par la suite, il sera évoqué dans la Constitution de 1946, puis dans celle de 1958. L'article 72 de Constitution de la Vème République énonce "Dans les départements et territoires (d'outre-mer), le délégué du gouvernement a la charge des intérêts nationaux, du contrôle administratif et du respect des lois".]
 

Titre II
La fonction législative


Article 20.
Le peuple français désigne par voix de suffrages ses représentants aux assemblées législatives : le Sénat et la Chambre des députés.
Dans la composition du Sénat, une place est réservée aux représentants élus des institutions professionnelles et corporatives et aux élites du pays.
Quelle que soit l'origine de leur mandat, les membres d'un assemblée ont les mêmes devoirs, les mêmes prérogatives, les mêmes droits.
Ils ne sont liés par aucun engagement à l'égard de ceux qui les ont désignés, et ils n'agissent, dans l'exercice de leurs fonctions, que suivant leur conscience et pour le bien de l'État.

 

Le suffrage


Article 21.
Sont électeurs aux assemblées nationales les Français et Françaises nés de père français, âgés de vingt et un ans, jouissant de leurs droits civils et politiques. Sont éligibles aux mêmes assemblées les Français nés de père français, âgés de vingt-cinq ans, jouissant de leurs droits civils et politiques.
La loi fixe les autres conditions de l'électorat et de l'éligibilité.
Elle institue le vote familial sur la base suivante : le père ou, éventuellement, la mère, chef de famille de trois enfants et plus, a droit à un double suffrage.
Le vote est secret.
Les règles ci-dessus, relatives à l'électorat et à l'éligibilité, sont applicables aux élections des conseils provinciaux, départementaux et municipaux. Les Françaises, nées de père français, âgées de vingt-cinq ans, jouissant de leurs droits civils et politiques, sont éligibles à ces conseils.

[L'article 21 est très important car on peut constater que Pétain était en faveur du droit de vote des femmes. On peut se demander si Pierre-Etienne Flandin a eu une certaine influence dans la rédaction de cet article. La version officielle annonce De Gaulle comme celui qui eu l'idée de reprendre puis donner le droit de vote aux femmes durant la 2nde Guerre Mondiale. On peut alors s'apercevoir qu'il s'agit d'un mensonge puisqu'il s'agissait de la volonté d'un certain nombre de personnes, quelque soit l'engagement politique. Pour information, le Gouvernement provisoire de la République française émettra une ordonnance le 5 octobre 1943 afin de démontrer son souhait de donner le droit de vote aux femmes, alors que la Constitution de Pétain a été réalisé entre 1941 et 1943. Cette même organisation l'accordera définitivement le 21 avril 1944, c'est-à-dire près de deux mois avant le débarquement des Alliés en Normandie. Par ailleurs, autre point très important, il ne faut pas oublier que les militaires n'eurent officiellement le droit de vote en France qu'à partir du 17 août 1945, avant ils ne possédaient pas ce privilège. Or il semble ici que le Maréchal souhaitait également donner ce droit aux militaires puisqu'il n'avait inscrit aucune contrainte pouvant les empêcher de voter.]

 

Le Sénat et la Chambre des députés


Article 22.
Le Sénat est composé de :
Deux cent cinquante membres, élus par des collèges départementaux comprenant les conseillers départementaux et des délégués des conseils municipaux ;
Trente membres, désignés par le Chef de l'État parmi les représentants élus des institutions professionnelles et corporatives ;
Vingt membres, désignés par le chef de l'État parmi les élites du pays ;
Les anciens présidents de la République à l'expiration de leur mandat.
Les membres des deux premières catégories sont élus ou désignés pour neuf ans et renouvelables par tiers tous les trois ans. Les membres des troisième et quatrième catégories sont sénateurs a vie.
Une loi organique détermine les conditions dans lesquelles sont élus les délégués des conseils municipaux, les modalités de l'élection et de désignation des sénateurs, ainsi que le nombre des sénateurs par département.
Les membres du Sénat doivent être âgés de quarante ans au moins.

[Comme sous notre Vème République, la Constitution du Maréchal prévoyait que la grande majorité des membres du Sénat soient désignés pour neuf ans, un mandat renouvelable par tiers tous les trois ans. En revanche, le mode d'élection n'est pas vraiment le même.]


Article 23.
La Chambre des Députés se compose de cinq cents membres, élus pour six ans au suffrage universel et direct, à la majorité, à un seul tour.
Chaque département doit avoir au moins deux députés.
Au cas de dissolution de la Chambre des députés, il est procédé a son renouvellement dans un délai de deux mois et la Chambre est réunie dans les dix jours qui suivent la clôture des opérations électorales.


Article 24.
Chaque assemblée désigne son bureau au scrutin secret, pour un an, dans les conditions fixées par son règlement.
Les assemblées doivent être réunies chaque année en deux session d'une durée totale de quatre mois au moins et de six mois au plus.
Les deux assemblées peuvent être convoquées en session extraordinaire par le président de la République chaque fois qu'il le juge utile.
La première session ordinaire s'ouvre de plein droit le troisième mardi de janvier; la seconde, au cours de laquelle est examiné le projet de budget, le premier mardi après la Toussaint.
La session d'une assemblée commence et finit en même temps que celle de l'autre.
Le chef de l'État peut, par décret, prononcer l'ajournement des assemblées pour une durée maximal d'un mois au cours d'une session.
La clôture des sessions est prononcée par le chef de l'État.
Les séances du Sénat et de la Chambre des députés sont publiques. Néanmoins, chaque chambre peut se constituer en comité secret sur la demande d'un certain nombre de ses membres fixé par le règlement.


Article 25.
Les Assemblées votent les lois.
Leurs membres peuvent adresser aux ministres et secrétaires d'État des questions orales ou écrites, ainsi que des interpellations.
Le vote est personnel.
Toute motion comportant confiance ou défiance à l'égard du cabinet ou d'un ministre fait de droit l'objet d'un scrutin public.
Elle ne peut être discutée qu'un jour franc après la date à laquelle elle a été déposée.


Article 26.
Les membres des assemblées peuvent déposer des propositions de loi ou des amendements aux projets et propositions de loi. Les propositions ou amendements entraînant création ou augmentation de dépenses publiques, quels que soient les voies et moyens qu'ils prévoient, ne peuvent être mis en discussion que si le gouvernement accepte leur prise en considération.
Les projets de loi de finances doivent être présentés en premier lieu à la Chambre des députés.
Chaque projet ou proposition de loi est soumis, dans chaque assemblée à l'examen d'une commission spécialement désignée à cet effet. La commission peut proposer des amendements. Toutefois, l'assemblée délibère sur le texte du projet ou de la proposition avant d'examiner les amendements.
La participation des fonctionnaires de l'État qui ne sont pas membres de l'assemblée, aux travaux d'une commission, est interdite.


Article 27.
En cas de rejet ou de modification d'un projet ou d'une proposition, le gouvernement peut demander une deuxième délibération qui a lieu obligatoirement dans un délai maximum de deux mois.
La promulgation des lois doit intervenir dans le mois qui suit leur adoption définitive par les assemblées.
Elle doit intervenir dans les trois jours pour les lois dont la promulgation aura été déclarée urgente par un vote exprès de l'une ou l'autre chambre, à moins que, dans ce délai, le chef de l'État ne demande une nouvelle délibération, qui ne peut être refusée.

Article 28. Aucun membre de l'une ou l'autre chambre ne peut être poursuivi ou recherché à l'occasion des opinions ou votes émis par lui dans l'exercice de ses fonctions.
Aucun membre de l'une ou l'autre chambre ne peut, pendant la durée de la session, être poursuivi en matière criminelle ou correctionnelle, ou arrêté, qu'avec l'autorisation de la Cour suprême de justice, sauf le cas de flagrant délit.
Si l'assemblée intéressée le requiert, la détention préventive ou la poursuite d'un membre de l'une ou de l'autre chambre, arrêté ou poursuivi au cours de l'intersession, est suspendue pendant la session suivante et pour toute sa durée.

Article 29. Les membres des assemblées reçoivent une indemnité égale à la rémunération des conseillers d'État en service ordinaire.

 

L'Assemblée nationale


Article 30.
Le Président de la République peut, pour la révision de la Constitution, réunir le Sénat et la Chambre des députés en Assemblée nationale, soit spontanément, soit sur un vote émis par les deux chambres après délibérations séparées à la majorité des deux tiers du nombre légal des membres.
Les deux chambres peuvent également se réunir en Assemblée nationale sur résolution prise par l'une d'elles à la majorité des deux tiers du nombre légal des membres, pour statuer sur la mise en accusation du chef de l'État, des ministres ou des secrétaires d'État.
Toute convocation de l'Assemblée nationale doit préciser les points sur lesquels porteront ses délibérations.
L'Assemblée n'est, en aucun cas, maîtresse de son ordre du jour.
Ses décisions sont prises à la majorité des deux tiers du nombre légal de ses membres.
L'Assemblée nationale a pour bureau le bureau du Sénat.


[Attention, ce que les rédacteurs de cette Constitution appellent par Assemblée nationale, c'est le regroupement du Sénat et de la Chambre des députés, ce qui correspond actuellement au Parlement. Aujourd'hui, l'Assemblée nationale est le nom employé pour désigner la Chambre des députés.]
 

Titre III
Le Congrès national


Article 31.
Le Congrès national est constitué par les membres des deux assemblées et par les conseillers provinciaux ou - jusqu'à la désignation de ceux-ci - par les délégués des conseils départementaux en nombre égal à celui des sénateurs et des députés.
Un mois au moins avant le terme légal des pouvoirs du président de la République, le Congrès national devra être réuni pour procéder à la désignation de son successeur. A défaut de convocation, cette réunion aurait lieu de plein droit le quinzième jour avant l'expiration de ses pouvoirs.
En cas de vacance par décès ou pour toute autre cause, le Congrès national se réunit de plein droit dans un délai de trois jours pour procéder à l'élection d'un nouveau chef de l'État.
Jusqu'à la prestation de serment, les pouvoirs du président de la République sont exercés par le conseil des ministres.
Dans le cas où la Chambre des députés se trouverait dissoute au moment où se produirait la vacance, les collèges électoraux seraient aussitôt convoqués et le Sénat se réunirait de plein droit.
L'élection a lieu au scrutin secret. Aux deux premiers tours, l'élection requiert la majorité absolue du nombre légal des membres du Congrès. Au troisième tour, la majorité relative suffit.
Le Congrès national a pour bureau le bureau du Sénat.


[Pétain et ses proches prévoyaient que le Président de la République soit élu par un Congrès constitué des députés, des sénateurs, et de représentants au niveau régional et départemental. Il ne faut pas oublier que le 21 décembre 1958, un collège électoral de 81 764 électeurs avait élu Charles de Gaulle à la tête de l'Etat Français. Certes, le nombre de participants est bien plus élevé que celui prévu par les pétainistes pour leur Constitution. Mais ces 81 764 grands électeurs étaient des parlementaires, des sénateurs, des conseillers généraux et des représentants des conseils municipaux. Il y a donc une similitude entre le Collège électoral et le Congrès national.]
 

Titre IV
La fonction juridictionnelle


Article 32. La justice est rendue au nom du peuple français.
La fonction juridictionnelle est exercée par des magistrats dont un statut propre garantit l'indépendance.
Les magistrats du siège sont inamovibles. Ils sont nommés par le président de la République. Leur avancement est décidé par celui-ci sur avis conforme d'une cour présidée par le premier président de la Cour de cassation et composée de magistrats élus par la Cour de cassation et les cours d'appel. Des dispositions analogues sont prises pour les magistrats du siège de la Cour des comptes.

 

La Cour suprême de justice


Article 33. La sauvegarde de la Constitution et l'exercice de la justice politique sont assurés par la Cour suprême de justice.

Article 34. La Cour suprême de justice a les attributions suivantes :
Elle statue sur les recours pour inconstitutionnalité de la loi ;
Elle a compétence exclusive pour juger le chef de l'État sur mise en accusation par l'Assemblée nationale ;
Elle juge les ministres ou secrétaires d'État sur mise en accusation soit par le président de la République, soit par l'Assemblée nationale ;
Elle juge toute personne mise en accusation par le chef de l'État pour attentat contre la sûreté de l'État ;
Elle procède à la vérification des opérations électorales tendant à la désignation des sénateurs et des députés et se prononce sur les demandes de levées de l'immunité et sur les demandes de déchéance les concernant.


[C'est sans doute l'un des points les plus importants. Philippe Pétain, Lucien Romier et les autres rédacteurs envisageaient la protection de la Constitution par une Cour suprême. Cette charge existait déjà dans plusieurs pays, par exemple aux Etats-Unis. Cependant, une assemblée ayant cette fonction en France n'a été mise en place qu'en 1958, avec la création du Conseil constitutionnel. Tout comme pour l'assemblée issue de la Constitution de de Gaulle, celle de Pétain devait notamment se prononcer  sur l'inconstitutionnalité de la loi, ou encore veillait sur les différentes élections nationales. Mais la Cour suprême de justice a un autre rôle que le Conseil constitutionnel. En effet, elle a la possibilité de juger le Chef de l'Etat, les ministres et les secrétaires d'Etat, ainsi que toutes les personnes nuisant à la sûreté de l'Etat. Il est intéressant de constater que les hommes au pouvoir sont exposés à la justice en cas de violation de la législation, et cela même vis-à-vis du président de la République. Alors que sous la Vème République, il faut admettre que les hommes politiques jouissent d'une grande protection face à la justice, même lors des scandales politico-financiers. Mais par cet aspect de contrôle des actes des personnalités politiques, cette Cour de justice a aussi un rôle semblable à l'actuel Conseil d'Etat, sauf que ce dernier a davantage un rôle de conseiller et moins de juge, et est plus influencé par le pouvoir en place. Quoi qu'il en soit, il est fort probable que les gaullistes se soient inspirés de la Cour suprême de justice de la Constitution de Pétain pour créer le Conseil constitutionnel.]

Article 35.
La Cour suprême de justice est composée de quinze conseillers en service ordinaire et de six conseillers en service extraordinaire.
Parmi les quinze
conseillers en service ordinaire, douze sont ainsi recrutés : trois conseillers d'État, trois conseillers a la Cour de cassation, trois professeurs des facultés de droit de l'État, trois bâtonniers ou anciens bâtonniers de l'ordre des avocats auprès d'une cour d'appel ou membres de l'ordre des avocats au Conseil d'État et à la Cour de cassation, choisis par la Cour suprême elle-même sur des listes de présentation établies par les corps ou ordres ci-dessus et comportant trois noms pour chaque siège à pourvoir.
Trois sièges sont, en outre, réservés à des personnalités n'appartenant pas aux corps ou ordres mentionnés, mais présentés obligatoirement par ces corps ou ordres a raison, sur chaque liste, de deux noms pour toute vacance dans ces trois sièges. Les seules conditions de présentation sont les conditions générales applicables aux conseillers en service ordinaire, fixées ci-dessous à l'article 36.
Les premiers membres de la Cour suprême de justice en service ordinaire seront nommés par le chef de l'État sur les mêmes présentations.
Les six conseillers en service extraordinaire sont désignés annuellement par le Sénat parmi ses membres, au début de la session ordinaire, a la majorité absolue.
Ils siègent à la Cour suprême de justice lorsqu'elle est réunie dans les cas prévus aux 2°, 3°, et 4° de l'article 34 pour juger le chef de l'État, les ministres ou secrétaires d'État ou toute personne mise en accusation par le président de la République pour atteinte contre la sûreté de l'État.

[On peut remarquer une différence entre la Cour suprême de justice et le Conseil constitutionnel, à propos du recrutement. La première institution se compose obligatoirement de gens spécialistes en droit, tels que des anciens avocats ou des professeurs de droit, et sont nommés selon leurs compétences. Crée le 4 octobre 1958, la seconde institution ne se compose pas toujours de spécialistes en droit (même s'il faut avouer que c'est souvent le cas) puisque les membres sont nommés par le pouvoir exécutif et législatif, et les anciens chefs d'Etat peuvent l'intégrer sans avoir suivit aucune instruction approfondie dans ce domaine. Parmi ces membres ayant peu d'expérience en droit, les meilleurs exemples sont Gaston Palewski, Roger Frey, Daniel Mayer et Jacques Chirac.]


Article 36.
Les conseillers en service ordinaire élisent parmi eux le président et le vice-président de la Cour suprême de justice. Ils sont inamovibles. Ils doivent être âgés de cinquante ans au moins au jour de leur nomination. Ils restent en fonctions jusqu'à soixante-quinze ans, sauf si leur déchéance est prononcée ou s'ils se trouvent dans l'impossibilité permanente de remplir leurs fonctions. L'examen et la décision que comportent ces cas exceptionnels sont de la compétence de la Cour elle-même.
Les fonctions de conseillers en service ordinaire sont incompatibles avec le mandat de sénateur ou de député et avec l'exercice d'aucune profession.
Les conseillers en service ordinaire conservent à vie leur traitement, sauf le cas de déchéance.
Ce traitement est égal a celui des ministres.
Le parquet de la Cour suprême de justice est composé d'un procureur général et de deux avocats généraux, choisis par le chef de l'État au début de chaque année, parmi les magistrats du parquet de la Cour de cassation ou des cours d'appel.
Toutefois, lorsque la Cour se réunit pour statuer sur une mise en accusation par l'Assemblée nationale, celle-ci désigne dans son sein trois membres pour soutenir l'accusation.


Article 37.
Le recours pour inconstitutionnalité n'est recevable que s'il a pour base la violation d'une disposition de la Constitution.
Il est formé par voie d'exception.
L'exception d'inconstitutionnalité peut être soulevée devant toute juridiction, mais seulement en première instance, soit par le ministère public, soit par les parties, soit, d'office, par la juridiction saisie.
Dès qu'a été soulevée l'exception d'inconstitutionnalité, la procédure au principal est suspendue jusqu'à l'arrêt de la Cour suprême de justice sur la valeur du recours.
Cet arrêt s'impose à toute juridiction ayant à connaître de l'espèce à l'occasion de laquelle il a été rendu.

 

Titre V
Les conseils municipaux, départementaux et provinciaux

 

Article 38.
Le conseil municipal est élu pour six ans par le suffrage universel direct au scrutin de liste.
Le maire et les adjoints sont élus par le conseil municipal dans les communes dont la population n'excède pas dix mille habitants.
La loi détermine le mode de désignation du maire et des adjoints dans les communes où la population excède ce chiffre.
La loi prévoit les conditions dans lesquelles les conseils municipaux peuvent être dissous et remplacés provisoirement par des délégations spéciales.
Elle établit le régime municipal spécial de Paris, de Lyon et de Marseille.

Article 39. Le conseil départemental est élu pour six ans au suffrage universel direct, par scrutin uninominal, à raison d'un conseiller par canton.


Article 40.
Le conseil provincial est formé :
Pour deux tiers, de membres élus par les conseils départementaux ;
Pour un tiers, de membres nommés par le gouvernement sur la proposition du gouverneur, parmi les représentants élus des organisations professionnelles et corporatives et parmi les élites de la province.
La durée du mandat est de six ans. Ce mandat est incompatible avec celui de député ou de sénateur.
Le nombre des conseillers provinciaux est, pour l'ensemble des provinces, égal à celui des sénateurs et des députés.


Titre VI
Le gouvernement de l'Empire


Article 41.
Les territoires d'outre-mer sur lesquels, à des titres divers, l'État français exerce sa souveraineté ou étend sa protection, constituent l'Empire.
Dans l'Empire, le gouvernement exerce son autorité par l'intermédiaire de hauts fonctionnaires responsables de la sécurité intérieure et extérieure des territoires qu'ils administrent ou contrôlent.
L'Empire est régi par des législations particulières.


Article 42.
Auprès du président de la République est institué un conseil d'Empire appelé à donner son avis sur les questions intéressant le domaine français d'outre-mer.
Dans les parties de l'Empire où l'évolution sociale et la sécurité le permettent, le représentant du chef de l'État est assisté d'un conseil consultatif.
La loi fixe les conditions dans lesquelles s'exerce la participation traditionnelle de certaines colonies à la représentation nationale.

 

L'analyse de cette Constitution oubliée permet de comprendre deux choses. D'abord, ce document remet en cause la version officielle qui fait du dictateur Pétain un anti-républicain et un anti-démocrate. Il est vrai qu'il a souvent critiqué la démocratie de la IIIème République française, mais cela ne signifie aucunement qu'il ne souhaitait pas que son pays vive en démocratie après la fin du second conflit mondial. Il avait simplement une vision différente, avec une République composée d'un exécutif fort, et une liberté d'action plus importante du chef de l'Etat, c'est-à-dire du Président de la République. De plus, il ne remet pas en cause la liberté d'expression et de culte, comme le prouve les premiers articles. Quant à ceux qui en doute, rappelons-nous de ce qu'il a déclaré en 1936 : "Je ne demande pas un chef unique pendant la paix, mais pendant la guerre" (Philippe Pétain, "Défense nationale et Commandement unique", dans Revue des Deux Mondes, 1er mai 1936). Cependant, il ne faut surtout pas oublier l'influence direct de plusieurs intellectuels issus de la droite libérale, en particulier de Lucien Romier qui avait pour rôle d'élaborer cette Constitution, ainsi que Joseph Barthélémy et Pierre-Etienne Flandin. Ensuite, l'étude de ce projet a démontré qu'un certain nombre de points seront présents dans les Constitutions suivantes, principalement dans celle de la Vème République. On peut citer par exemple : le rôle accru du Président de la République; le remplacement du poste de Président du Conseil des ministres par celui de Premier ministre, fonction qui n'existait pas en France, et sa responsabilité devant le Chef d'Etat ; la volonté de donner le droit de vote aux femmes ; ou encore la création d'un conseil chargé de la protection et du contrôle de la Constitution. Il y a incontestablement quelques similitudes avec la IVème et surtout avec la Vème République. Est-ce le fruit du hasard ? On peut très sérieusement en douter ...

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23 août 2009 7 23 /08 /août /2009 17:35

Le taoïsme, le confucianisme et le bouddhisme sont les trois grandes religions de l’Extrême Orient. Mais à la différence du bouddhisme, les deux premières n’ont pas pris une ampleur mondiale, leur rayonnement restant principalement limité aux peuples de culture chinoise, même si elles commencent tout juste à obtenir un certain succès chez d’autres peuples. Pourtant, elles se sont manifestées sous diverses manières, si bien qu’elles ont profondément muté. Cependant, quelle est l’origine du taoïsme et du confucianisme ? Ont-elles toujours été des religions où étaient-elles autrefois des philosophies ?


Histoire et développement

« Que les fleurs s’épanouissent, que cent écoles rivalisent ! » Prononcé par Mao Zedong (Mao Tsé-toung) lors d’un discours en 1956, le tyran paraphrasait en réalité l’expression qu’employaient les intellectuels chinois pour décrire la période que connu la Chine entre le Vème et le IIIème avant Jésus-Christ, c’est-à-dire à l’époque des « Royaumes combattants ». Cette période correspond à la fin de la longue dynastie Zhou (Tcheou) s’étalant entre –1122 et –256. La Chine était composée de plusieurs Etats féodaux qui se combattaient incessamment. Les troubles compromettaient l’autorité de la classe dirigeante traditionnelle. Par ailleurs, le peuple souffrait de ces conflits et étaient de plus en plus enclin à se soumettre. Dans ce contexte émergea diverses idées et aspirations longtemps réfrénées qui s’épanouirent telles « cents fleurs ». Différentes écoles de pensée apparurent, réfléchissant sur la meilleure manière de gouverner, l’impact des différentes lois, l’ordre social à mettre en place, le code moral à établir, ou encore sur la littérature et l’agriculture. Ces centres intellectuels furent appelés les « cent écoles ». La majorité d’entre elles n’eurent qu’un impact mineur. Cependant, les deux vont acquérir un grand prestige. Nous les connaissons sous les appellations de taoïsme et de confucianisme.

Malgré tout, on ne peut pas comprendre le taoïsme et le confucianisme sans connaître le concept fondamental, le Dao (Tao). Le Dao désigne « une voie, une route, un chemin ». Par la suite, il est davantage devenu « une méthode, un principe ou une doctrine ». Les Chinois estimaient que l’harmonie et l’ordre universelle dépendaient des manifestations du Dao. C’est une sorte de volonté divine régulant l’univers et le temps. Ceux qui adhèrent à ce concept ne croient pas en un univers régi par un Dieu créateur, mais ils lient toutes choses à une providence. Si nous transposons le Dao à la société, les adhérents pensaient qu’il y a une façon naturelle et correcte de faire chaque chose, et que tout ce qui existe doit occuper la place qui lui échoit afin de remplir sa fonction propre. Par exemple, si le souverain s’acquittait de ses devoirs en gouvernant avec sagesse et justice, l’Etat connaîtrait la prospérité. En parallèle, si le peuple se montrait disposé à chercher la voie, ou plutôt le Dao, l’efficacité s’installerait partout et l’harmonie perdurera. En revanche, s’il contrariait le Dao, il en résulterait le chaos et le désastre.

Cette volonté de conserver l’harmonie avec le Dao est la base de la pensée taoïste et confucianiste, qui viennent donc du même concept. Pourtant, les deux se différencient. Le taoïsme préconise la passivité, le calme, et le retour à la nature. Il faut laisser les choses se dérouler et s’abandonner au mouvement naturel. Le confucianisme privilégie le pragmatisme et enseigne que l’ordre social ne règne que lorsque tous les hommes s’acquittent de ses devoirs, du souverain jusqu’au paysan. Il codifie l’ensemble des rapports humains et sociaux et propose un schéma de conduite. Le taoïsme et le confucianisme sont davantage des manières de vivre, et ne ressemblent pas à des religions. Alors comment ont évolué ces deux systèmes ?

 

Le taoïsme

Le fondateur légendaire de cette doctrine est un certain Laozi (Lao-tseu). Nous savons peu de choses sur son sujet, à part qu’il aurait vécu au VIème avant Jésus Christ. Laozi signifie « ancien maître » ou « le vieux ». La seule biographie officielle de cet homme est contenue dans le Shiji (Cheki, en français Mémoires historiques) écrit par Sima Qian (Sseuma Ts’sien), historien du IInd au Ier siècle avant Jésus-Christ. D’après cet ouvrage, Laozi s’appelait en réalité Li Er, et avait exercé les fonctions de commis aux archives impériales de Luoyang, dans le centre de la Chine. Par suite, il aurait abandonné sa tâche, et Sima Qian en explique la raison : « Pour avoir longtemps servi à la cour des Tcheou et en avoir constaté la décadence, il aurait abandonné sa charge, serait arrivé à la passe de l’Ouest. Yin Xi, le gardien de poste, lui aurait alors demandé : « Puisque vous allez vivre en ermite, veuillez écrire un livre pour mon édification. » C’est ainsi que Laozi écrit un ouvrage en deux parties : l’une sur la voie (Dao), l’autre sur la vertu (De). L’ouvrage compte plus de cinq mille caractères. Sitôt achevée sa tâche, Laozi s’en alla. Nul ne put rien savoir sur sa fin. » Quelques spécialistes doutent de l’authenticité de ce récit. Quoi qu’il en soit, le livre évoqué dans ce récit reçu le nom de Daode Jing (Tao Te King, en français Livre de la Voie et de la Vertu), et demeura le pilier du taoïsme. Il est rédigé en vers concis et sibyllins, dont certains ne se composent que de trois ou quatre mots.

Dans ce Daode Jing, Laozi discourt sur le Dao, voie suprême de la nature, qui transpose à toutes les sphères de l’activité humaine. Une traduction a été effectuée par l’historien Ma Kou en 1984. Au sujet du Dao, nous lisons :

« Quelques chose de confus et mélangé était là

Avant la naissance du ciel et de la terre […]

Capable d’être la genèse de l’univers

Son nom reste inconnu

On l’appelle Tao. » (chapitre 25)

« La voie leur donne vie

La vertu élève

La matière donne une forme

L’environnement les conduit à la maturité.

Ainsi la multiplicité des êtres

Révère la voie et honore la vertu. » (chapitre 51)

Dans l’esprit des taoïstes, le Dao est le créateur de l’univers matériel. Les pratiquants doivent rechercher la Voie, mais comment ? Le Daode Jing décrit la conduite idéale :

« Plutôt que tenir et remplir jusqu’à ras bord

Mieux vaut savoir s’arrêter à temps.

Marteler et aiguiser sans cesse

Ne préserve pas la lame.

Tout l’or et le jade qui remplissent une salle

Ne peuvent être gardés par personnes.

Qui tire fierté de sa richesse et puissance

S’attire le malheur.

L’ouvrage accompli

Se retirer

Tel est le sens de la voie. » (chapitre 9)

Pour trouver le Dao, il faut donc se retirer du monde pour aller vivre en harmonie avec la nature. Le taoïsme est davantage une conduite de vie à adopter, et non une religion. Devant les injustices, les souffrances et les incohérences causées par la société féodale de l’époque, les taoïstes pensaient retrouver la paix et l’harmonie en revenant aux traditions d’autrefois, c’est-à-dire sans souverain et sans véritables lois pour dominer le peuple.

Cependant, ce concept va être approfondi par un successeur de Laozi, Zhuangzi (Tchouang-tseu) ou Maître Zhuang (-369 à –286). Celui-ci est beaucoup mieux connu puisqu’on sait déjà quand il a vécu. Cependant, il ne se contenta pas d’approfondir le concept du Dao puisqu’il va élargir la notion du yin/yang, tout d’abord exposé dans son Yi Jing. Selon Zhuangzi, rien n’est vraiment absolu ou permanent, toutes les choses sont alternatives et soumises au jeu de forces opposées. Dans le chapitre intitulé « La crue de l’autonome », il indiqua : « Le Tao n’a ni fin ni commencement. Ce sont tous les êtres qui meurent et qui naissent. […] La vie des êtres est pareille au galop du cheval. En chacun de ses mouvements, il se modifie, en chacun de ses instants il se déplace. Vous me demandez ce que vous devez faire, ce que vous ne devez pas faire ? Eh bien laissez-vous aller à vos transformations naturelles. »

Le récit est clair, le maître taoïste juge inopportun toute tentative à changer le cours des choses. Au bout d’un moment, tout ce qui existe se transformera en son contraire. Fidèle aux idées de son prédécesseur Laozi, il prône l’inaction. Cependant, le taoïsme ne resta pas une philosophie du non-agir.

 

Alors qu’ils s’appliquent à ne faire qu’un avec la nature, les taoïstes étaient fascinés par sa pérennité et par son pouvoir de régénération. Celui qui réalise l’harmonie avec le Dao serait en mesure d’en percer les secrets et de s’immuniser contre les maux de corps, les maladies, voire contre la mort. Bien que Laozi n’a pas vraiment abordé la question, elle apparaît à plusieurs reprises dans le Daode jing. Par exemple, dans le chapitre 16 : « L’éternel coïncide avec le tao. Qui fait un avec la voie du tao, rien ne peut l’atteindre, même la mort. » Alors qu’on évoquait précédemment une philosophie de vie, le taoïsme prend clairement une orientation religieuse. Les pratiquants se mirent à croire à diverses superstitions. L’une d’entre elles était que des procédés diététiques et des exercices respiratoires retardaient le dépérissement du corps. Puis des légendes apparurent. L’une d’entre elle mentionne des immortels capables de chevaucher des nuages, d’apparaître et de disparaître à volonté, ou vivant un nombre incalculable d’années sur des montagnes sacrées ou des îles lointaines tout en se nourrissant de rosée ou de fruits merveilleux. Par ailleurs, l’histoire de la Chine rapporte qu’en –219, Shi Huangdhi, l’empereur Qin, envoya une immense flotte de navires avec 3000 garçons et filles à la recherche d’une île légendaire nommée Peng Lai (le paradis des immortels), pour rapporter la plante d’immortalité. On devine facilement qu’ils ne trouveront pas cette fameuse île. Selon la tradition, ces explorateurs peupleront les îles formant l’archipel du Japon.

Les pratiques associées au taoïsme prit un nouvel essor durant la dynastie Han (–206 à 220). L’empereur Wudi, adepte du confucianisme, s’intéressait à l’immortalité physique que recherchaient les taoïstes. Il se passionna pour la fabrication de « pilules d’immortalité » par l’intermédiaire de l’alchimie. Dans la pensée taoïste, la vie résulte de la combinaison du yin/yang. En faisant fondre du plomb sombre (symbolisant le yin) et du mercure brillant (représentant le yang), les alchimistes simulaient un processus naturel par lequel ils pensaient obtenir une pilule rendant immortel. Les adeptes élaborèrent également des exercices proches du yoga, des techniques respiratoires, des règnes diététiques et des pratiques sexuelles fréquentes afin de renforcer le principe vital et prolonger l’existence. A tout ça s’ajoutait souvent l’usage des talismans qui, supposait-on, rendaient invisible et invulnérable aux armes, et permettaient de marcher sur l’eau et de se déplacer dans les airs. Par ailleurs, pour repousser les mauvais esprits et les animaux sauvages, des sceaux « magiques » portant le symbole yin/yang étaient fixés au-dessus des portes et des bâtiments.

Au IIème siècle après Jésus Christ, le taoïsme se structura. Un certain Zhang Daoling (Tchang Tao-ling) fonda une société secrète dans l’Ouest de la Chine. Il aurait opéré des guérisons miraculeuses et s’adonnait à l’alchimie. Les membres de cette société devaient verser cinq boisseaux de riz en guise d’offrande.  De là vient le nom de Wudoumi Dao (taoïsme des cinq boisseaux de riz). De plus, Zhang affirmait d’avoir reçu une révélation de Laozi, devint le premier « Maître céleste ». On dit qu’il réussit à préparer l’élixir de longue vie. Puis, après s’être rendu sur le Longhushan (la montagne du dragon et du tigre) dans la province du Jiangxi, il s’éleva jusqu’au ciel monté sur un tigre. De plus, Zhang Daoling fut à l’origine d’une longue lignée de « Maîtres célestes » taoïstes qui passent pour ses réincarnations. Par la suite, le taoïsme obtint le statut de religion. On déifia Laozi et on établit le canon des textes taoïstes. Des temples, des monastères et des couvents furent construits, et divers ordres de moines furent fondés. Cette religion incorpora différents dieux et déesses, ainsi que des fées issues du folklore chinois. On peut citer les Huit Immortels (baxian), les dieux protecteurs des villes (chenghuang), le Seigneur du foyer (Zaojuin), ou encore les divinités gardiennes des portes (menshen). Par ailleurs, un amalgame se forma à partir d’éléments empruntés au bouddhisme, aux superstitions traditionnelles, au spiritisme et au culte des ancêtres. A long terme, les taoïstes se contentaient d’adorer leurs divinités de prédilection. On louait des services de prêtres pour procéder aux funérailles, choisir l’emplacement d’une tombe, communiquer avec les défunts, écarter les mauvais esprits et les revenants, célébrer des fêtes, accomplir des rites, … . L’école philosophique des premiers jours avait donc engendré une religion où s’entremêlaient des esprits immortels, dieux et demi-dieux. On est donc bien loin des principes de Laozi.
 

Le confucianisme


Parmi les « cent écoles » qui apparurent en Chine, le confucianisme est sans aucun doute l’une des plus influentes. Comment parvint-elle au premier plan ? De tous les philosophes, Confucius est le plus connu en dehors de la Chine. Confucius est la latinisation du chinois Kongfuzi (K’ong-fou-tseu), qui signifie « Maitre K’ong ». Son nom fut forgé par des jésuites venus en Chine au XVIème siècle, lorsqu’ils recommandèrent au pape d’ajouter Confucius à la liste des saints de l’Eglise catholique ! Pour en savoir plus sur lui, il faut se reporter au Shiji (Mémoires historiques) de Sima Qian. S’il s’est peu étendu sur la vie de Laozi, cet auteur a donné une biographie détaillée de Confucius. Sur ce personnage, voici quelques extraits du Shiji traduit par l’écrivain chinois Lin Yutang : « Confucius naquit dans le village de Tséou qui faisait partie du comté de Tch’ang ping, dans l’Etat de Lou [Lu]. [Sa mère] adressa des prières à la colline de Ni-tsiou pour avoir un enfant et elle fut exaucée car elle eut un fils, la 22e année du règne de Shiang, duc de Lou (551 avant Jésus-Christ). Comme il était venu au monde avec une grosse bosse sur la tête, on l’appela Tsiou (colline). Son nom littéraire était Tchongni et son nom de famille K’ong. »

Confucius perdit son père peu après sa naissance. Même s’il est issu de famille pauvre, sa mère fit en sorte qu’il reçoive une solide instruction. Enfant, il manifesta un vif intérêt pour l’histoire, la poésie et la musique. D’après les Entretiens, l’un des Quatre Livres du confucianisme, il entreprit l’étude des belles lettres à l’âge de 15 ans. A 17 ans, on lui confia un modeste travail de fonctionnaire au pays de Lu, sa terre natale. Sa situation financière s’améliora progressivement, ce qui lui permit de se marier à l’âge de 19 ans. Il obtint un fils l’année suivante. Par la suite, sa mère décéda alors qu’il avait 25 ans. Très affecté, Confucius se retira de la vie publique. Il aurait gardé le deuil durant 27 mois auprès de sa tombe, offrant au Chinois une démonstration de la piété filiale classique.

Ensuite, Confucius quitta sa famille peut devenir enseignant itinérant. Il enseigna la musique, la poésie, l’instruction civique, la morale ou encore les sciences de l’époque. Progressivement, sa réputation augmenta, et il aurait regroupé jusqu’à 3000 élèves. En Orient, on vénère surtout Confucius pour sa qualité de maître enseignant. Sur sa tombe à Qufu, dans la province de Shandong, son épitaphe mentionne seulement « Ancien et très ancien enseignant ». Mais si le maître était honoré, c’est notamment pour son érudition dans les domaines de l’histoire et de la morale. Lin Yutang écrit à son sujet : « L’attrait qu’exerçait Confucius était sans doute beaucoup moins dû au fait qu’il était l’homme le plus sage de son temps, que parce qu’il en était le plus grand érudit, le seul capable de disserter sur les anciens livres de la sagesse antique. » Lin Yutang justifie le triomphe du confucianisme sur les autres écoles de pensées : « Les maîtres confucianistes avaient quelque chose de précis à enseigner et les élèves quelque de précis à apprendre, tandis que les autres écoles n’avaient rien d’autre à présenter que leurs opinions. »

Bien qu’il fut enseignant, Confucius ne considérait pas l’enseignement comme le principal but de sa vie. En effet, il pensait que des principes moraux étaient capables de stabiliser un monde troublé dans lequel il vivait, à condition que les dirigeants consentent à les mettre en avant en lui confiant, ainsi qu’à ses élèves, des fonctions gouvernementales. Par la suite, il quitta Lu, sa province natale, accompagné de ses quelques disciples, traversant plusieurs Etats en quête du meilleur prince qui adopterait ses positions sur l’art de bien gouverner et sur l’ordre social. D’après le Shinji, son périple fut difficile : « Puis il quitta [la province] Lou ; il fut chassé de T’si ; il fut rejeté de Song et de Wei ; il se trouva en péril entre les pays de Tch’en et de Ts’ai. » Après 14 années d’errance sur les routes, il revint à Lu déçu, mais il appris beaucoup. Jusqu’à la fin de ses jours, il se consacra à écrire et à enseigner. Il s’éteignit en 479 avant Jésus Christ, à l’âge de 73 ans. Mais quels sont les principes du confucianisme ?

 

S’il fut un érudit et un enseignant, Confucius ne restreignit pas son influence aux cercles de lettrés. Outre l’enseignement des règles régissant la conduite et la morale, il avait pour ambition de restaurer l’ordre et la paix au sein d’une société déchirée par les conflits entre provinces. Cet objectif ne pouvait être atteint que si tous les humains, de l’empereur aux gens du peuple, s’enquéraient du rôle qui leur revenait dans la société. Ses idées furent récapitulées par plusieurs confucianistes à travers quatre grands livres :

- La Grande Etude (Da xue) qui est l’ouvrage de base entrant dans la formation de l’homme de qualité. Il évoque notamment quelques principes moraux et fut autrefois un livre étudié par les écoliers chinois

- L’invariable milieu (Zhong yong) qui traite du développement de la nature humaine par la pratique de la modération

- Les Entretiens (Lun yu) qui est un recueil de sentences prononcées par Confucius, et demeure la source de base de la pensée confucéenne

- Le Mencius (Mengzi) qui regroupent des textes de Mengzi, l’un des principaux disciples de Confucius.

En parallèle, cinq classiques anciens viennent s’ajouter à ces quatre ouvrages, qui sont d'ailleurs antérieurs à Confucius mais ce dernier s'en est référé pour développer sa façon de penser :

- Le Canon des poèmes (Shi jing) qui est un recueil de 305 poésies dépeignant la vie quotidienne aux débuts de la dynastie Zhou (–1000 à –600)

- Le Canon des documents (Shu jing) qui est un ouvrage couvrant 17 siècles de l’histoire de Chine à partir de la dynastie Shang (–1766 à –1122)

- Le Canon des mutations (Yi jing) qui est un livre de divination interprétant les 64 combinaisons possibles de six lignes pleines ou brisées.

- Le Mémorial des rites (Li ji) qui regroupe les règles relatives aux cérémonies et aux rites de l’époque chinoise antique.

- Les Annales des printemps et automnes (Chinqiu) qui est une chronique du pays de Lu, terre natale de Confucius, pour la période comprise entre –721 et –478.

Un principe confucéen a pour nom « li ». Que signifie t-il ? Voici ce qu’indique Confucius : « De tous les principes qui guident une nation, « li » est le plus grand. Sans lui, nous ne savons comment adorer convenablement les esprits de l’univers ; ni comment établir les devoirs réciproques qui existent entre le roi et ses ministres, le souverain et ses sujets, les aînés et les jeunes ; ni comment distinguer les différents degrés de parenté au sein de la famille. C’est pourquoi le sage a tant de considération pour ce principe. »

En conséquence, « li » est la règle qui doit guider l’homme de qualité (le junzi, que l’on peut aussi traduire par l’homme supérieur). Selon Confucius, tout doit être « réglé dans la famille, dans l’Etat et dans le monde. » Alors c’est seulement à ce moment que l’on réalisera le Dao, c’est-à-dire la voie du ciel.

Une autre idée du confucianisme doit être abordée, la notion de « ren » (jen). Alors que le « li » préconise la maîtrise le respect des règles et la réalisation du devoir, le « ren » s’intéresse à la nature humaine. Mencius veut mettre en avant l’existence de la bonté humaine. Selon ce disciple de Confucius, le perfectionnement individuel, fondé sur l’étude de la connaissance, guérira tous les maux de la société. Dans la Grande Etude, les confucianistes indiquent : « Les connaissances morales étant parvenues à leur dernier degré de perfection, les intentions sont ensuite rendues pures et sincères ; les intentions étant rendues pures et sincères, l’âme se pénètre ensuite de probité et de droiture ; l’âme étant pénétrée de probité et de droiture, la personne est ensuite corrigée et améliorée ; la personne étant corrigée et améliorée, la famille est ensuite bien dirigée ; la famille étant bien dirigée, le royaume est ensuite bien gouverné ; le royaume étant bien gouverné, le monde ensuite jouit de la paix et de la bonne harmonie. Depuis l’homme le plus élevé en dignité, jusqu’au plus humble et plus obscur, devoir égal pour tous : corriger et améliorer sa personne ; ou le perfectionnement de soi-même est la base fondamentale de tout progrès et de tout développement moral. »

Selon Confucius, si chacun faisait son devoir et respectait les connaissances morales, la société serait en paix et en harmonie. On peut remarquer la mise en valeur du travail, de la famille, et de la patrie dans l’idéal confucéen. Le confucianisme est donc d’abord une philosophie. 


Cependant, les empereurs de la dynastie Han reprirent ce concept confucéen car ils le percevaient comme un moyen de renforcer leur autorité. Sous le règne de l’empereur Wudi, déjà mentionné à propos du taoïsme, le confucianisme acquit un statut de culte d’Etat. Seuls ceux qui étaient versés dans les classiques du confucianisme étaient appelés à des charges officielles. De plus, tous ceux qui briguaient des fonctions au sein du gouvernement devaient se soumettre à des examens nationaux portant sur ces ouvrages. Les rites confucéens devinrent la religion de la maison royale. Ce changement contribua à rehausser l’image de Confucius au sein de la société chinoise. Par ailleurs, à l’instigation des empereurs Han, on prit l’habitude d’aller offrir des sacrifices sur sa tombe. Les Maîtres qui se succèderont revêtiront des titres honorifiques. A partir de 630 après Jésus Christ, Taizong, un empereur Tang, décréta qu’un temple d’Etat devait être érigé dans toutes les provinces et dans tous les cantons de l’Empire, et que des sacrifices devaient être régulièrement organisés. Confucius fut élevé au rang de dieu, chose qu’il n’avait sans doute pas imaginé de son vivant. Dès lors, le confucianisme devint une religion. Aujourd’hui et malgré le communisme, le confucianisme perdure. Depuis quelques décennies, l’Etat chinois assure la conservation du temple consacré à Confucius et à sa propriété familiale dans sa ville natale de Qufu. Le culte de Confucius est également présent à Singapour, à Taiwan, à Hong-Kong et dans d’autres régions. On y célèbre parfois son anniversaire. Le philosophe est donc devenu un modèle de vertu. Nous pouvons comparer le culte confucianiste au culte de l’être suprême que souhaitait instaurer Robespierre, lors de la Révolution Française.

Pourtant, cet intellectuel de l’Antiquité chinoise n’avait pas mis en avant des idées religieuses. Malgré tout, on peut se demander s’il était animé de sentiments religieux ? Premièrement, Confucius vénérait le ciel qu’il appelait Tian (T’ien). Il pensait qu’il gouvernait la totalité du cosmos et qu’il avait une influence directe sur les humains. Deuxièmement, il insistait souvent sur la pratique de rites et de cérémonies accompagnant un hommage au ciel et aux esprits des ancêtres. Cependant, il faut savoir faire la part des choses. Le sage de l’Antiquité n’a jamais voulu donner un caractère religieux à sa philosophie, et sa croyance n’a rien à voir avec sa théorie. Mais les notions ayant un caractère religieux ont certainement influencé la perception des Chinois vis-à-vis du confucianisme.

 

En analysant l’histoire du taoïsme et du confucianisme, on découvre deux systèmes de pensée reposant sur une certaine sagesse et un raisonnement. Alors que le confucianisme cherche à obtenir l’harmonie au sein de la société, le taoïsme s’en remet à la recherche de la paix en quittant la civilisation pour revenir à la nature. Cependant, ces deux philosophies ne tardèrent pas à devenir deux religions. A ces théories s’ajoutèrent diverses pratiques, par exemple : un culte réservé à des idoles ou à des ancêtres, la vénération du Ciel conçu comme un principe du cosmos, l’adoration d’esprit de la nature, … . De plus, on peut se demander si les pratiquants concevaient l’existence d’un architecte ou d’un quelconque créateur.

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Publié par VSA - dans Antiquité
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25 juillet 2009 6 25 /07 /juillet /2009 23:10

En mai-juin 1940, la France subi l'une des plus écrasantes défaites de son histoire face au IIIème Reich d'Hitler. Mais cette débâcle aurait-elle pu être évitée et était-elle prévisible ?  Les politiciens et les militaires de notre pays avaient-ils fais le nécessaire pour se préparer à la guerre ? Tout d'abord, nous allons analyser la situation de l'armement français face aux voisins. Ensuite, nous aborderons le comportements des politiciens, puis des militaires.


L’état démodé de l’armement français

En 1938, parait un livre intitulé Notre Sécurité. Son auteur est Paul Louis Théodore Benazet (Parti Républicain Socialiste puis Union Socialiste Républicaine) ancien sénateur et député de l’Indre. Il souhaitait interpeller ceux qui, conscients de l'impréparation militaire de la France, justifiaient leur optimisme en rappelant 1914 et la Bataille de la Marne. Il expliqua dans son chapitre introductif : "La faute capitale de nos services, et des gouvernements qui s'en sont trop paresseusement remis à eux, est de n'avoir pas compris la gravité de ce nouveau rapport des forces, et de s'imaginer qu'il sera possible de s'en tirer, comme en 1914, et au même prix, en opposant des pièces de 75 à des pièces d'artillerie lourde, ou des fusils à des mitrailleuses. Je répète qu'il s'agit ici d'une situation sans précédent. Ce serait faire preuve d'une incroyable légèreté que de ne pas construire les matériels de défense appropriés aux conditions nouvelles de combat, et cela avec une rapidité telle que l'adversaire ne puisse encore donner à ses moyens d'attaque une supériorité nouvelle." (Paul Bénazet, Notre sécurité, Edition Grasset, 1938, p. 9-10). Hector Ghilini résumait ainsi : "Il est déraisonnable de s'en tenir à la seule expérience de la guerre 14-18, et de croire à l'équivalence entre l'homme et le matériel. Le courage de l'un ne peut suppléer à l'insuffisance de l'autre. Aujourd'hui, l'absence d'une arme adaptée aux conditions toutes nouvelles de la lutte frappe la trompe "d'impuissance absolue". (Hector Ghilini, A la barre de Riom, Edition Jean Renard, 1942, p. 52). A la fin des années 1930, les usines françaises produisaient un armement dépassé par rapport aux autres nations. A propos du canon de 75 (canon de défense anti-aérienne), dont certains continuaient à vanter l'efficacité, Bénézat répondait: "Exagération de la mobilité au détriment de la puissance, progrès techniques réalisés depuis, tout concourt à faire de notre 75 un matériel entièrement démodé" (Paul Bénazet, Notre sécurité, Edition Grasset, 1938, p.26). Il ajouta : "De toute nécessité, il faut se ressaisir et s'efforcer de remplacer le 75 par un obusier de campagne de calibre équivalent au 105 mm." (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p. 31). Il concluait : "Il faut avoir le courage de le dire: L'Armée française, avec son canon de 75, possède un matériel d'artillerie antiaérienne et des stocks de munitions qui sont à renouveler intégralement!" (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p. 54). De plus, le canon de 75 mm, modèle 1897, tirait des obus atteignant péniblement 5 000 mètres. Certes, les modèles 1932 et 1933 aux tubes allongés permettaient de tirer à une hauteur de 7 500 mètres, mais les avions allemands utilisés en 1937 volaient à 8 000 mètres (Charles Reibel, Pourquoi nous avons été à deux doigts de la guerre, Librairie Arthème Fayard, 1938, p. 23 et 27). De plus, le canon allemand de 88 mm utilisé pendant deux ans en Espagne pouvait abattre un avion "en 10 ou 15 coups" (Hector Ghilini, A la barre de Riom, Edition Jean Renard, 1942, p. 52). L’ancien sénateur et député rappelait que depuis 1916, l'aviation avait fait un bond gigantesque. Selon lui, l'avion avait "triplé sa vitesse et doublé son plafond" (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p.49). Il ajouta que "Le plus récent de nos canons de DCA remonte à dix ans, époque où l'avion n'avait encore fait que des progrès négligeables par rapport à ceux accomplis dans la décade suivante." (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p .51).
Concernant le canon Hothkiss de 25 mm, il ne niait pas des qualités, mais il indiquait : "Cette arme a des défauts de tous les petits calibres puissants. Le projectile perd rapidement sa vitesse, donc ses possibilités de perforation [...] En outre, le projectile de 25 mm est de calibre trop faible pour pouvoir contenir utilement une charge d'explosif." (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p. 39-40). Par ailleurs, la guerre civile d'Espagne (1936-1939) avait mis en évidence les mauvaises options prises par l'armée française en matière d'artillerie. Alors que depuis 1935, la France produisait en série le canon antichar Hotchkiss, le conflit espagnol avait démontré l'efficacité des canons de 47 mm à grande vitesse initiale, capables de perforer toutes les cuirasses, tandis que le 25 mm était inefficace à moyenne portée contre les chars lourds.

Paul Bénézat va aussi donner son point de vue sur la vétusté de l’aviation française : "La première de toutes, l'aviation française a entrepris la rénovation de sa flotte aérienne. Elle a dépensé, à cet effet, à partir de 1933, des crédits considérables. Malheureusement, ils ont été engagés sur un programme qu'aucune autre aviation n'a voulu adopter et qui s'est révélé en complète opposition avec le but qu'il fallait atteindre. Depuis cette grave erreur de conception, la situation de notre matériel aérien n'a cessé de s'aggraver. Aucune personne vraiment renseignée n'a pu, à cet égard, se faire la moindre illusion, en dépit du caractère optimiste de certaines déclarations officielles." (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p. 66-67). A ce sujet, il concluait : "Au début de 1938, l'aviation française se trouve par conséquent dans la situation la plus grave. Les avions construits à coups de milliards pendant les trois dernières années sont démodées et il n'y a pas d'outillage pour en construire d'autres." (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p. 109). Le 7 juin 1938, Bénazet interpella le général Gamelin pour connaître son avis sur la sécurité de la France. Loin de tout optimisme, celui-ci confia : "Tout bien réfléchi, il me paraît difficile de vous répondre. Je ne puis, sur un sujet si grave, révéler la vérité. Mais si je la dis, je découvre le ministre de la Guerre." (Gringoire, 24 avril 1942, p. 2).
Malgré tout, à la fin des années 30, le ministre de l’Air Pierre Cot et le général Denain entama un programme pour rénover sa flotte aérienne, mais avec des conceptions techniques et stratégiques erronées. Bénazet a écrit: "Fortes de ces enseignements toutes les aviations militaires entreprirent immédiatement de réagir et de modifier leurs matériels. Rien de plus simple au surplus. Calquer les appareils de bombardement sur le Douglas. De même, il suffisait de calquer l'appareil de chasse sur le Heinkel […] Cette solution fut adoptée par tous les grands pays, l'exception de la France." (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p. 70-71). Il poursuit : Au moment où les aviations étrangères avaient des programmes et construisaient des prototypes qui leur permirent les réalisations de 1936 et 1937 (l'Allemagne gagnant le record du monde de vitesse avec 611 km/h!) nous nous enfermions dans des conceptions absolument différentes. Nos programmes de 1933, dont les prototypes furent présentés au salon de 1934, ne faisaient état d'aucun des progrès techniques incorporés dans le Douglas DC-2 et dans le Heinkel-70 qui figuraient à ce même salon. On se bornait à placer des moteurs relativement puissants sur des cellules d'un type déjà périmé !" (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p. 77-79). La preuve de ce retard fut apportée en 1937, au meeting de Zürich. A cette rencontre qui, tous les deux ans, mettait en compétition les différentes aviations militaires, les chasseurs modernes français de modèle Dewoitine D-510 furent surclassés par les Dornier-17 allemands, ceux-ci ayant battus ceux-là de plus de 54 km/h (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p. 67, et Hector Ghilini, A la barre de Riom, Editions Jean Renard, 1942, p. 22). De plus, Pierre Cot organisa une course aérienne Istres-Damas. La Dewoitine D-510 montra son infériorité face, cette fois, au bombardier italien Savoïa S-79 qui réalisa une vitesse moyenne de 427 km/h,  contre 402 km/h (Paul Bénazet, Notre sécurité, Editions Grasset, 1938, p. 66-67, et Hector Ghilini, A la barre de Riom, Editions Jean Renard, 1942, p. 22-23).
L’infériorité technologique est flagrante, et la France avait accumulé un retard important. Cependant, quelques personnalités politiques tirèrent la sonnette d’alarme.

Interpellations de parlementaires inquiets et l’opposition politique 

 

En 1932, la loi sur le recrutement a été modifiée et le service militaire pratiquement limité à dix mois. Le budget des armées pour la période 32-33 a été réduit de 20%, et le colonel Fabry, président de la Commission de l'Armée, déclarait déjà le 12 février 1933 à la Chambre : "Je maintiens que la Défense nationale est à l'heure actuelle compromise." Egalement, les manoeuvres ainsi que les cours et stages pour réservistes furent suprimés par mesure d'économie. De plus, la loi de finances de 1933 a prévu la suppression de 5.000 officiers. En deux ans, l'effectif des militaires de carrière tomba de 117.000 à 102.000. Conséquence, une partie de l'armée d'active n'existe qu'à l'état d'unités cadres. En parrallèle, du fait de l'arrivée des classes creuses (population qui vieillissait), le contingent tomba de 210.000 à 120.000 hommes. Mais lors de la séance du 19 décembre 1933, le ministre socialiste Léon Blum déclara à la Chambre : "Nous serons toujours contre la prolongation du service militaire [...] c'est une erreur de placer la sécurité d'une nation sans sa force militaire." 

Conscients de la faiblesse aéronautique française, certains parlementaires s'inquiétèrent. Le 26 janvier 1937, Paul Reynaud avait lancé l'idée d'un corps cuirassé, mais Edouard Daladier répondit par un refus le 2 février (Guy Pédroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 478). Le 19 mars 1937, la commission de l'Air au Sénat, qui avait entendu le rapport de Paul Bénazet, son président rédigea la motion suivante: "La commission de l'Air, inquiète du ralentissement de la production dans les usines aéronautiques, appelle l'attention du président du Conseil et du ministre de l'Air. Elle charge à l'unanimité son président de se faire auprès du Gouvernement l'interprète de l'émotion de la Commission."
De plus, en fin 1937, il déposa une demande d'interpellation. La discussion, qui n’était évidemment pas publique, eu lieu en février 1938 devant les Commissions de la Défense nationale, siégeant en séance secrète. Charles Reibel raconte que : "M.Daladier avait eu l'habilité, à la faveur d'un changement de Cabinet, de faire remplacer M.Pierre Cot par Guy La Chambre; et les Commissions ne purent qu'entendre celui-ci s'associer aux sévères critiques de M.Laurent-Eynac (contre l'incompétence de P.Cot) et qu'enregistrer les promesses chaleureuses du nouveau ministre." (Charles Reibel, Les Responsables : Ma déposition devant la Cour suprême de Justice, Editions Baudinière, sd, p. 19). En parallèle, afin de rassurer les parlementaires, Guy de La Chambre mentionna une récente commande d'avions Curtiss faite aux USA. Cependant, ces livraisons furent "tardives et insuffisantes" (Jean Montigny, La Défaite, Editions Grasset, 1941, p.10).

A la même période, un colonel promu sous-directeur de la fabrication des armements au ministère de la Guerre rencontra confidentiellement le député Jean Montigny, membre de la Commission de l'Armée à la Chambre. Après avoir expliqué la situation catastrophique qui régnait aux Armements (irrationalité dans l'organisation des différents départements, chevauchement des attributions, falsification des statistiques pour ne rien laisser paraître, ...) il termina en concluant : "Même si demain l'on change radicalement de méthode, même si l'on travaille à force, le retard actuel ne pourra se rattraper avant plusieurs années. Si nous sommes entraînés à la guerre avant trois ans, nous allons à un nouveau Sedan, plus rapide, plus désastreux encore que celui-ci de 1871" (Jean Montigny, La Défaite, Editions Grasset, 1941, p. 102, et Le complot contre la paix, La Table Ronde, 1966, p. 155).
Le ministre Pierre Cot avoua son impuissance à mener un effort réel pour rénover sa flotte aérienne. Dans un livre paru en 1939, c'est-à-dire quelques mois avant la guerre, il admettait qu'en 1937, l'aviation française accusait un tel retard par rapport à ses voisins qu'il aurait pu démissionner. Mais il se justifia : "Le devoir était de rester, pour préparer l'armée de l'Air à la guerre de coalition, où notre infériorité relative se fondait dans la supériorité générale." (Pierre Cot, L'armée de l'Air, 1936-1938, Editions Grasset, 1939, p. 112). Alors il misa sur une "guerre de coalition" qui verrait les différentes aviations alliées s'épauler. Il expliquait que : "J'ai toujours eu en vue la guerre de coalition. J'ai toujours pensé que l'armée française de l'Air serait le cerveau de l'armée interalliée". (Pierre Cot, L'armée de l'Air, 1936-1938, Editions Grasset, 1939, p.121). Il rajouta : "J'ai choisi ma doctrine. Construire une Aviation militaire égale à celle de l'Allemagne? C'était un rêve, interdit à la France de 1936-1937,par son état démographique, son régime économique, son potentiel industriel et ses conceptions générales de la Défense nationale. Je n'ai pas voulu une doctrine appuyée sur des rêves ou des fantaisies. Mais trouver, en Europe, la flotte aérienne susceptible de faire, le cas échéant, échec et mat aux flottes de l'axe Rome-Berlin? Ici, nous n'étions plus dans le rêve." (Pierre Cot, L'armée de l'Air, 1936-1938, Editions Grasset, 1939, p.124-125). La France n'avait ni avions modernes et ni la possibilité d'en produire en masse, alors nous devions compenser cette faiblesse en prenant la tête d'une aviation interalliée. Cela explique pourquoi, en janvier 1938, lorsque Guy La Chambre remplaça Pierre Cot au ministère de l'Air, le nombre total des avions en ligne de la métropole n'atteignait que 700. En parallèle, les forces aériennes allemandes s'élevaient à 5 750 appareils, dont 2 850 de première ligne et 2 900 de deuxième ligne. De plus, les  types d'appareils à construire pour renouveler la flotte n'étaient même pas choisis! (Gringoire, 24 avril 1942, p. 2). Pierre Cot espérait l’aide précieuse des flottes anglaises, russes et tchèques. Pourtant, dès 1936, l'ancien ministre de la guerre Jean Fabry connaissait les retards accumulés dans la production de l'armement, et avait prévenu que "l'aide immédiate que pourraient nous donner les Anglais serait insignifiante. Dans ces conditions, les risques que les évènements actuels nous conduiraient à courir serait bien supérieur, pendant les premières semaines, au secours que nous apporteraient les Anglais" (Raymond Recouly, Gringoire, 13 mars 1942, p. 3). L'aide anglaise était donc une illusion. A partir de septembre 1938, l'aide tchécoslovaque en devint une autre. Quant à celle de l'URSS, Raymond Recouly écrivit en 1940 : "Aucun homme de bon sens et de saine raison n'avait le droit de faire le moindre fond sur la Russie soviétique qui, par une intense propagande communiste en France, dont elle payait tous les frais, ne cherchait depuis longtemps qu'à nous diviser, nous affaiblir. Il fallait être atteint d'une véritable démence pour supposer que, du jour au lendemain, elle changerait son fusil d'épaule et combattrait vaillamment à côté d'un pays, dont elle avait sans cesse et avec une obstination diabolique, diminué la force, miné la résistance." (Gringoire, 10 octobre 1940, p. 1). Et de fait, fin août 1939, l'URSS fit volte-face ! Pierre Cot était donc davantage dans l’illusion que dans la réalité. Lors d'une interpellation, De la Grange avait lancé : "Je comparerai volontiers ce ministère à un de ces vieux biplans construits en dépit des lois de l'aérodynamique et qui comportaient tant de mâts et de cordes à piano que l'on arrivait pas, quelque puissant que fut le moteur, à augmenter leur vitesse, tant leur résistance à l'avancement était grande." (Jean Montigny, France, libère-toi !, Imprimerie commerciale de "La Sarthe", 1939, p. 183).

Charles Reibel s’alarma sur la situation de l’armée française. Il écrit : "La France n'a pas une minute à perdre; elle est placée aujourd'hui devant le dilemme le plus tragique de son histoire:

- ou bien elle va de suite appliquer de tous ses efforts et de tout son cœur à l'œuvre de salut,
- ou bien, suivant le mot de Balzac, elle n'a plus qu'à : "se coucher pour mourir" (Charles Reibel, Pourquoi nous avons été à deux doigts de la guerre, Librairie Arthème Fayard, 1938, p. 59-60). Cet appel ne fut cependant pas entendu.
De toute manière, il était bien trop tard pour surmonter son handicap en 1938. Montigny expliqua quelques mois après la crise tchécoslovaque : "Quand, en septembre dernier, on objectait à certains ministres bellicistes l'insuffisance de quelques matériels très importants, ils répondaient superbement: "Dans aucune guerre, la France n'a été vraiment "prête", elle se débrouille toujours. Le système D pouvait improviser la fabrication d'armes simples : le fusil de 1914,l'obus de 75. Mais pour faire démarrer la fabrication en grande série d'un avion ou d'un canon moderne, il faut environ deux ans. Souvent, il faut construire l'usine et les machines-outils nécessaires avant d'aborder la construction de l'arme proprement dite." (Jean Montigny, France, libère-toi !, Imprimerie commerciale de "La Sarthe", 1939, p.176). Montigny démontre très bien l’incompétence des politiciens à comprendre le danger allemand, qui avait une puissance militaire bien supérieure à l’armée française.
Le 16 novembre 1938, Guy La Chambre envoya une lettre confidentielle à Charles Reibel, dans laquelle il révélait que la flotte française de chasse ne comptait que 3% d'engins modernes, des Moranes 405/406 capables de voler à 488 km/h. Les autres avions ne dépassaient pas 393 km/h et le modèle le plus répandu, les Dewoitine 501 (28% de la flotte) volait à 359 km/h seulement. A cela, il faut ajouter 35 Potez 63 triplaces atteignant les 450 km/h. Au sein de la flotte de bombardement, la France, ne disposait d’aucun bombardier moderne en service, ni Lioré 45 (465 km/h), ni Amiot 350 (450 km/h), ni Bréguet 691 (490 km/h). La flotte comptait 28% de Bloch 131 (350km/h), les autres modèles ne dépassant pas 300 km/h. (Charles Reibel, Les Responsables : Ma déposition devant la Cour suprême de Justice, Editions Baudinière, s.d, annexe 2, p. 54-55). La situation de la France était donc tragique. En cas de lutte, elle se retrouverait "dès le second round...dans la situation du boxeur aveugle et à demi paralysé" (Jean Montigny, Le complot contre la paix, La Table Ronde, 1966, p.154).
Le 5 décembre 1938, une scéance entre ministres est consacrée au problème de l'achat pour 2 milliards et demi de 1000 avions aux Etats-Unis "dans le secret le plus absolu". Paul Reynaud indiquait que si les 1000 engins étaient livrés, il serait possible de "diminuer d'autant les commandes le nombre des appareils à commander à l'industrie française" (Guy Pédroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 477). Cependant, Guy de la Chambre est en complet désaccord avec le ministre des finances. Selon lui, les Américains ne livreront pas d'avions de coopération et de bombardement moyen. Par ailleurs, il explique que la France ne sortira de toute manière que 2000 avions sur les 3000 prévus. Il indiqua que "si nous annulons des commandes françaises pour le montant des livraisons américaines, celles-ci ne remplaceront pas ce que nous devions demander à une augmentation correspondant au rythme des fabrications." (Guy Pédroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 478). Il est dramatique de constater que la France qui possédait la première aviation durant la Grande Guerre n'était même plus capable de construire suffisement d'avions et doit demander de l'aide à l'étranger.
Malgré tout, les 8, 9 et 10 février 1939, c'est-à-dire sept mois seulement avant la guerre, s’organisèrent des réunions secrètes par les commissions sénatoriales de la Défense nationale. Guy La Chambre se voulait rassurant. Cependant, il trouva quelques opposants. L’un d’eux, Maroselli, ouvrit les yeux des élus sur l'effroyable retard de la France en matière d'aviation : "L'Allemagne possédait 5 000 avions modernes et l'Italie 2 000. Nous en avions 230, au lieu des 1 200 prévus. L'Allemagne sortait 600 à 700 avions modernes par mois, l'Angleterre, 300, la France, à peine 14 par mois en moyenne, c'est-à-dire 160 pendant l'année 1938. Ces chiffres concernent uniquement les appareils modernes, c'est-à-dire pouvant se comparer entre eux et de qualité sensiblement égale." (Hector Ghilini, A la barre de Riom, Editions Jean Renard, 1942, p. 27). Charles Reibel, qui assistait aux réunions, écrivit plus tard : "Il est permis de dire que, malgré les assurances données avec autorité habilement nuancée de bonhomie par le président du Conseil et malgré les explications de M. Guy La Chambre, l'impression fut désastreuse, certains sénateurs pensaient même que le ministre de l'Air allait démissionner." (Charles Reibel, Les Responsables : Ma déposition devant la Cour suprême de Justice, Editions Baudinière, sd, p. 12-13). Au moment de clore les débats, un communiqué officiel fut proposé. L'Assemblée le repoussa et, "n'accepta qu'un texte volontairement indolore et terne, tout juste ce qu'il fallait pour ne pas inquiéter l'opinion" (Charles Reibel, Les Responsables : Ma déposition devant la Cour suprême de Justice, Editions Baudinière, s.d, p. 13).

 

Enfin, le 7 mars 1939, Reibel envoya une lettre à Daladier dans laquelle on lisait : "Les indications que nous avons recueillies et qui confirment, en l'aggravant encore, l'opinion que chacun de nous pouvait se faire de notre situation dans le domaine de la guerre aérienne, m'ont causé une profonde angoisse et me laissent en face d'une cruelle crise de conscience. La situation est vraiment tragique, non seulement à cause de la déficience de notre aviation, mais encore en raison de l'insuffisance éclatante de notre DCA, pour ne rien dire de l'inexistence de notre défense passive. Je ne puis me résigner à laisser le pays vivre dans une sécurité trompeuse, qu'ont accrue les commentaires regrettables dont votre Gouvernement a laissé la presse entourer les communiqués, à dessein si prudents et si réservés du Comité secret." (Charles Reibel, Les Responsables : Ma déposition devant la Cour suprême de Justice, Editions Baudinière, sd, p. 15-16).


Les gouvernements de la fin des années 1930 étaient parfaitement au courant de la situation de l’armée française. Pourtant, ils ne réagirent que très peu, et cela malgré l’opposition d’un certain nombre de leurs collègues. Cependant, certains généraux avaient tenté d’alerter les gouvernements bien-avant la fin des années 1930 (http://realite-histoire.over-blog.com/article-34234667.html).

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25 juillet 2009 6 25 /07 /juillet /2009 23:10

Les positions des généraux

L’un des premiers généraux à exprimer la nécessité d’améliorer l’armement en France est Philippe Pétain. Dans les années 1910, il estimait déjà que les moyens mis en œuvre n’était pas suffisant pour la Première Guerre Mondiale, et exprimait déjà sa volonté d’avoir une armée davantage mécanisée (Philippe Pétain, Tactique d’Infanterie, 40e, Edition ISC, 51 rue du Paradis, 75010, Paris). Général en chef de l’armée à partir de 1917 (jusqu’au 9 février 1931), il écrit dans un mémoire du 5 janvier 1919 que 6 875 chars légers et de 435 chars lourds sont nécessaires à la défense du territoire. 3 075 chars doivent être utilisés en régiment de première ligne, 3 000 autres en réserve et à la disposition du commandant en chef, et 800 pour le remplacement des unités endommagées. Il écrit : "pour la prochaine mobilisation 6 785 chars constitués en arme autonome... [Il concède que] c'est gros, mais l’avenir est au plus grand nombre de combattants sous la cuirasse." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 339). Il exprime sa volonté de se tourner vers l'avenir et de ne pas s'enfermer dans le présent. Sur ce sujet, nous ne pouvons pas étudier la stratégie de l'Entre Deux Guerres du maréchal Pétain sans mentionner l'oeuvre Pétain : Le soldat 1914-1940 de Guy Pedroncini. Cet historien, spécialiste de la Grande Guerre, a été doyen de la faculté des lettres de l'université du Maine (Le Mans) et fut professeur à la Sorbonne. Pedroncini est l'un des plus grands connaisseurs de la stratégie souhaitée par Pétain pendant et après la Grande Guerre. Il a notamment prouvé que le général de guerre n'employait pas uniquement des tactiques défensives mais aussi des tactiques offensives, et cela notamment par la Directive n° 5 du 12 juillet 1918 : "La surprise tactique sera obtenue par la soudaineté du déclenchement de l'attaque, soit à la faveur d'une préparation par l'artillerie et l'aviation de bombardement aussi brève et aussi violente que possible, soit sans préparation à la faveur de l'action de rupture des chars d'assaut ouvrant la voie à l'infanterie et à l'artillerie. Le rôle de l'aviation est de la plus haute importance." (AFGG, 623-1928, document repris par Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 181 et 266-267). C'est exactement le même principe qui sera repris par Heinz Guderians, le concepteur de la fameuse Blitzkrieg, c'est-à-dire de la "guerre éclair". Ce même historien reprendra près de 80 sources afin de mieux comprendre les pensées du Maréchal vis-à-vis de l'armée française durant l'Entre Deux Guerres.
Par la suite, avec le soutien du général Buat, son chef d'État-Major entre 1919 et 1929, il s'oppose à la construction de fortifications défensives, préconisant au contraire la constitution d'un puissant corps de bataille mécanisé, qui puisse de porter le combat le plus loin possible à l’intérieur du territoire ennemi, et cela dès les premiers jours de la guerre. En juin 1922, il obtient même la démission du maréchal Joffre de la présidence d’une commission d'étude portant sur l'organisation de la défense du territoire, commission crée quinze jours auparavant. Lors de l'inauguration du monument aux morts de l'Ecole Turgot, en juin 1921, Pétain déclarait déjà : "Notre ennemi est abattu, mais il guette de ses yeux haineux le premier signe de faiblesse de notre part pour répondre à la lutte. Veillons et restons forts. Notre ennemi travaille. Il sait que pour vaincre dans la guerre future dont il attend sa revanche, il doit s'installer d'abord solidement dans tous les domaines de l'activité humaine. Il perfectionne son organisation et son outillage pour assurer ses bases. Mais déjà dans les laboratoires et les bureaux d'études, il cherche avec opiniâtreté et méthode à appliquer à la guerre les derniers progrès de la science." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 297). Puis il expose sa vision de la guerre : "La guerre est l'épreuve suprême des peuples. Elle révèle clairement leurs forces et leurs faiblesses parce que tout concourt de nos jours à la lutte : la valeur morale des nations, leur solidarité sociale, leur organisation, leur volonté autant que les ressources matérielles." Et il lance ces phrases prophétiques : "La guerre future sera une guerre d'industrie et d'organisation. Je le crois mais attendons-nous au surplus à ce que la science, au service de l'ingéniosité des hommes, apporte dans les luttes de l'avenir plus d'imprévu encore que nous n'en avons constaté au cours des récentes hostilités. Soyons outillés matériellement. Soyons surtout des hommes à l'intelligence souple pour nous adapter rapidement à des situations insoupçonnées et pour résoudre, avant et mieux que nos rivaux, les problèmes qui surgiront." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 303-304).

Le 15 juin 1922, le Maréchal est au City Temple à Londres. A cette occasion, il va avertir : "La victoire tant attendue enfin couronna nos efforts. Mais nous avions espéré que, rentrés dans nos foyers, nous pourrions désormais sans arrière-pensée nous adonner aux travaux de la paix. La France ne veut dominer aucun peuple, mais elle ne veut pas non plus qu'on l'étouffe, et lorsqu'elle entend chanter par-delà le Rhin le Deutschand über alles, elle comprend la menace. Les discours agressifs, les articles de presse lui rappellent à tout instant que l'ennemi n'a pas désarmé. Devant un tel esprit l'indifférence serait un crime. La France ne désire aucune extension de ses frontières. Elle n'a pas hésité à réduire dans des proportions considérables ses charges militaires, mais il est un minimum en dessous duquel elle ne peut descendre sous peine de renoncer à l'intégralité de son territoire et au respect de ses droits." Selon Pedroncini, il s'agit d'une mise en garde à destination du gouvernement français (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 297-298).
Au moment de l'inauguration du monument aux morts à Vienne, le 9 septembre 1923, Pétain prononce un nouveau discours et se fait déjà insistant : "Regardons au-delà du Rhin. Chaque jour les renseignements qui nous parviennent nous montrent un peuple aveuglé par l'orgeuil qui n'accepte pas sa défaite et reste dominé par l'impérieuse volonté de revanche. Nos ennemis d'hier, profitant des dissensions inévitables entre Alliés, récusent maintenant la signature qu'ils ont apposé au bas du traité de paix. Grâce à des manoeuvres financières frauduleuses, ils prétendent se soustraire aux réparations légitimes. Et pourtant ce ne sont chez eux que des constructions nouvelles et usines en pleine activité... Le matériel, fusils, canons, avions que nos commissions de contrôle l'empêchent ou plutôt l'empêchaient de fabriquer chez elle, l'Allemagne les construit en Russie, en Hollande, en Lituanie. Son armée nationale imbue de l'esprit impérial et doublée des forces de police devient un instrument militaire de plus en plus redoutable, car cette armée est une pépinière de gradés, parfaitement instruits, capables d'encadrer la nation. [...] Partout est prêchée la revanche et la haine : sus aux Français qui foulent les provinces allemandes ! Et dans ces provinces allemandes on englobe naturellement l'Alsace et la Lorraine. Devant ce danger sans cesse grandissant, serrons les rangs et soyons unis comme nous l'avons été pendant la guerre. Et le maréchal demande aux anciens combattants de "servir de guides aux jeunes générations"." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 298).
Lors de la séance du Conseil supérieur de guerre du 15 décembre 1925, il se montre davantage favorable à la mise en place de môles défensifs sur les voies d’invasion. Lors de la séance du 19 mars 1926, le maréchal Foch s’oppose à Pétain car il estime que ce dernier accorde trop d’importance aux chars. Cependant, le Maréchal conseil et obtient l’étude de trois prototypes de chars (léger, moyen et lourd). Malgré tout, il finira par s'incliner et accepter la construction d’une ligne défensive. Par ailleurs, la majorité des généraux de l’époque s’opposaient à la stratégie de Pétain. André Maginot, le ministre de la guerre qui a donné son nom à la ligne défensive, déclara lors du débat parlementaire du 28 décembre 1929 : « ce n'est pas Pétain qui commande, mais le ministre de la Guerre ». La Ligne Maginot est donc construite, malgré l’opposition de Pétain. L’une des rares personnalités qui va dans le sens du Maréchal est Georges Clemenceau. Quelques jours avant sa mort, survenant le 24 novembre 1929, il s’exclamera : "Dans cinq ans, dans dix ans, quand ils voudront, les Boches entreront chez nous ".

En parallèle, le Maréchal continue à avertir la population du danger allemand. Le 18 septembre 1927, à l'inauguration de l'ossuaire de Douaumont, il lance un nouvel avertissement : "La victoire ne s'improvise pas [...] Sans préparation morale et matérielle, les épreuves qui sont inévitables dans la vie d'un peuple ne sauraient être acceptées de leur plein gré par les citoyens et abordées avec confiance... Ce ne serait pas en nous éloignant des principes d'ordre, encore moins en glissant aux doctrines dissolvantes que nous préparerions les générations futures aux difficultés de l'avenir. L'esprit de Verdun qui a suscité de si grandes actions doit rester le fondement de notre vie sociale et l'inspiration du devoir militaire." Comme le dit si bien Pedroncini : "On retrouve ici les préoccupations du maréchal Pétain concernant l'éducation, et la volonté de placer la bataille de Verdun comme le symbole de l'effort." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 297-298).
De plus, la question belge le préoccupait déjà dès la fin des années 1920. En effet, il ne souhaitait pas que la Belgique se retrouve dans la même situation qu'en 1914. Il expliqua : "Evitons de voir l'avenir trop sombre et proclamons, après tant de sacrifices, notre légitime espérance d'une paix honorable et prolongée. Mais ne nous endormons pas dans la confiance ! La situation dans laquelle la Belgique s'est trouvée placée dans la dernière guerre a eu trop de précédents dans l'histoire. Quels que soient les accords internationaux qui puissent intervenir dans l'avenir, nous savons qu'ils ne suffisent pas toujours à mettre les frontières à l'abri d'une agression. Veillons à préparer la concordance de nos efforts... Nous ne pous pas oublier que Liège, Namur et Verdun sont sur la Meuse les bastionsd'une même ligne de défense." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 304-305).
Lors d'un discours prononcé à Lyon, il insiste sur l'évolution de la technologie militaire : "La guerre moderne ne souffre pas les improvisations. Les progrès de l'armement ont transformé le champ de bataille en une immense usine où s'affirme le rôle prépondérand de la technique." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 305).

Le 22 janvier 1931, l'Académie française accueille Philippe Pétain au fauteuil du maréchal Foch (mort en 1929). L’intellectuel Paul Valéry le reçoit et fait le discours de réception retraçant sa biographie. Il rappelle et développe une phrase sur laquelle Pétain insistait : « le feu tue », et évoque quelques innovations en matière militaire : « la mitrailleuse a modifié durablement les conditions du combat à terre ». Il évoque quelques principes stratégiques, mais aussi les désaccords entre Pétain et Joffre. Le discours de réception du maréchal Pétain est un hommage au maréchal Foch auquel il succède, mais après avoir soumis le texte au général Weygand (n'oublions pas que Foch et Pétain ne s'appréciaient pas, tandis que Weygand connaissait bien Foch pour avoir été son bras droit).

Le 9 février 1931, Pétain est remplacé par le général Weygand au poste de commandant suprême de l’armée, et est nommé inspecteur général de la défense aérienne du territoire. Le 2 décembre 1931, il écrit à Pierre Laval, alors président du Conseil, pour lui demander "la constitution d'urgence d'une aviation de défense et d'attaque puissante", indépendante de l’armée de terre et de la marine. Pour cela, il conseille de prélever 250 millions de francs sur les crédits alloués à la construction de la ligne Maginot. A travers un article paru dans la Revue des Deux-Mondes dans ce même mois, il dénonce la "flagrante infériorité de la flotte aérienne française" et rappelle une nouvelle fois la nécessité de "constituer d'urgence une aviation de défense et d'attaque puissante".

A Douaumont, Pétain envoie un nouvel appel à la classe politique française le 7 août 1932. Cet avertissement est encore plus retentissant que les précédents : "Le sublime élan de dévouement envers la collectivité nationale a trop souvent fait place aux calculs égoïstes des intérêts particuliers. Pour résoudre les difficultés de l'heure présente, pour faire triompher nos vues sur le terrain des négociations internationales, il importe que la France montre une résolution unanime. L'heure est grave en effet ... Nous avons rêvé de paix et de collaboration entre les peuples, nous avons cru que les engagements solennellement souscrits suffiraient à garantir l'ordre établi, et voici que la notion fondamentale du respect des contrats s'effrite, que la bonne foi [...] se dérobe et que l'Europe reste divisée. [...] Mais il serait vain de consentir les sacrifices nécessaires à notre sauvegarde si nous laissions notre organisme national s'épuiser sous les rudes incidences économiques du moment. Une crise sans précédent ébranle le monde et menace jusque dans ses fondements notre civilisation. [...] Dans les moments d'angoisse ou d'incertitude qui font vaciller les plus fermes dessins, tournons nos pensées vers ce "soldat de Verdun" dont la vertu semblait sans limites, nous puiserons en lui la notion et la volonté de l'accomplir." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 299). Dans ce même discours, il précise que "de dures expériences ont convaincu les soldats de la faiblesse de l'homme en face de la prodigieuse puissance du matériel." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 306).
A l'occasion du 17ème anniversaire du déclenchement de l'offensive allemande sur Verdun, le 21 février 1933, Pétain déclare : "Au contact des réalités, l'enthousiasme s'atténue, l'homme réfléchit. Dans la bataille moderne, il s'aperçoit qu'il n'y a point de victoire possible si les troupes ne sont pas suffisamment armées, instruites, commandées." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 306).
Le 9 février 1934, le Maréchal est nommé ministre de la Guerre dans le gouvernement de Gaston Doumergue, fonction qu’il occupe jusqu’au 8 décembre 1934
. Il a accepté le portefeuille de la Guerre à la condition de pouvoir coordonner les trois ministères militaires : la Guerre, la Marine et l'Air. Il manifeste ainsi son soucis constant de la coordination dans la préparation à la guerre, aussi bien que dans la conduite des opérations. Cependant, il va devoir faire face aux restrictions budgétaires consacrée à l’armée. Dès le 26 mars, il demande l’adoption du char B1 dont il avait fait faire des prototypes pendant son commandement. Le même jour, il décide aussi l’adoption du char D2 et de l’étude d’un char léger. Par ailleurs, Pétain était soucieux de la formation des officiers supérieurs, et ordonne que tous les postulants de l’École supérieure de la guerre effectuent des stages préalables dans des unités de chars et d’aviations (Journal Officiel, 4 mars 1934).

Le 31 mai 1934, il est convoqué devant la Commission des finances et renouvelle ses réserves sur l’efficacité de la ligne Maginot. Il explique ce qu’est pour lui la fortification : le béton est un moyen pour économiser les effectifs, mais l’essentiel reste une armée puissante sans laquelle elle n’est qu’une fausse sécurité. Le but de la fortification est de permettre le regroupement des troupes pour l’offensive ou la contre-offensive. Il indique à la Commission des finances : « la ligne Maginot ne met pas à l’abri d’une pénétration de l’ennemi, si l’armée n’est pas dotée de réserves motorisées aptes à intervenir rapidement. » Néanmoins, il soutient le principe de cette ligne. Malgré tout, le Maréchal ne pensait pas que la ligne Maginot devait s’arrêter à la frontière belge. Il n’oublia pas ces graves erreurs lorsqu’il fera juger les responsables de la défaite en 1941, en imputant celle-ci essentiellement aux politiciens, même si nous savons très bien que les autorités gouvernementales avaient aussi suivi les orientations stratégiques de certains généraux.

Le 15 juin 1934, Pétain obtient un crédit supplémentaire important de 1 275 milliards de francs pour la modernisation de l’armée. La veille, il prononce un discours à la Chambre des députés et détaille brièvement les futures dépenses du crédit accordé le lendemain :
- 395 millions seront employés à l'achèvement de travaux en cours et pour la construction de casernements à proximité des ouvrages, dont 292 millions de francs seront destinés à l'organisation défensive de la frontière du Nord
- 880 millions seront utilisés pour des dépenses diverses, comme la conception des chars et des avions
A cette occasion, il insiste également sur la nécessité de na pas diminuer les crédits accordés, et cela pour deux raisons : pour empécher l'arrêt des travaux ; afin d'éviter l'interruption des contrats de main-d'oeuvre, ce qui pourrait engendrer le licenciement de 15 000 ouvriers (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 413-415).

Malgré tout, le ministre Pétain se heurte aux difficultés économiques du pays et le Président du Conseil Gaston Doumergue envisage de baisser le crédit accordé au ministère de la guerre. A l'occasion du Congrès des officiers de réserve, organisé le 22 juillet 1934, le Maréchal tire la sonnette d'alarme : "Vous saurez conduire votre troupe au feu comme vous l'aurez fait à la manoeuvre, aptes dès la première heure à en obtenir un rendement utile dans les conditions de surprise et de brutalité qui marqueront le début des conflits futurs. Car il importe de le rappeler, la Nation tout entière est appelée à participer au danger et le paysdoit être prêt à subir sur l'ensemble du territoire la terrible épreuve d'une attaque brusquée." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 310).
Le 19 août 1934, le Maréchal inaugure le monument de Charmes. Il profite de l'occasion pour faire un nouveau discours et revient sur les erreurs de la Grande Guerre. Il rappelle notamment les retards accumulés lors de la mise en place de l'offensive de Lorraine qui était finalement prévue le 14 novembre 1918, mais que l'armistice du 11 empècha sa réalisation. Il explique : "Après quatre années de lutte sans précédent, le dénouement de la guerre paraît devoir s'accomplir sur ce même terrain de Lorraine, témoin de nos premiers efforts. Mais l'ennemi a pressenti et mesuré le danger : il se dérobe aux conséquences d'une capitulation en signant l'armistice. Le général de Castelnau qui, en 1914, avait barré la route à l'envahisseur à Charmes et au Grand-Couronné, était privé de la joie du triomphe. [...] En matière d'art militaire, il est dangereux d'ériger en système les résultats d'une expérience même heureuse. Les données de la guerre comportent trop d'éléments changeants, imprévus, parfois impondérables. C'est au chef qu'il appartient d'en discerner à tout instant la valeur pour en déduire la forme de sa manoeuvre." Enfin, il termine son discours tout en regrettant l'affaiblissement des liens franco-italiens, qui avaient pourtant porté leurs fruits durant plusieurs bataille de la Première Guerre mondiale (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 311-312).
Le 27 octobre 1934, Pétain parvient à convaincre Louis Germain-Martin, ministre des finances, de signer le "Plan Pétain" prévu pour 1935. Ce plan prévoyait la construction de 60 chars lourds, de 300 chars moyens et de 900 chars légers. Deux jours plus tard, il remet une déclaration auprès de la Commission des Finances de la Chambre des députés, et insiste sur la nécessité d'un effort financier pour appuyer le "Plan Pétain" (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 415-416). Mais la chute du gouvernement en décembre retardera la mise en place de ce projet de plusieurs mois. De plus, le Maréchal est remplacé par le général Maurin, partisan des chars lourds et lents. Au même moment, il est l’un des premiers à dénoncer publiquement "le péril hitlérien", par l’intermédiaire de la Revue des Deux-Mondes. Dans ce même numéro de décembre 1934, il rappelle "la faiblesse de l’armée française". Deux mois plus tard, dans ce même magazine, cette fois-ci dâté du 15 février 1935, il écrit : "Il est indispensable que la France possède une couverture rapide, puissante, à base d’avions et de chars". Le 1er mars, dans une nouvelle intervention dans la Revue des Deux-Mondes, il déclare : "Notre système militaire actuel remonte aux années 1927-1928" et précise que : "Loin d'être matériellement désarmée, l'Allemagne dispose maintenant de forces militaires imposantes, susceptibles d'être mises sur pied très rapidement. Ainsi le rendement de notre système militaire ne répond plus aux conditions que nous impose le réarmement du Reich." Dans ce même article, il indique : "Le réarmement de l'Allemagne est un fait accompli. [...] Enorme accroissement des forces actives, armée et aviation ; possibilités grandissantes d'attaque brusquée, tels sont les traits nouveaux qui caractérisent l'évolution la plus récente de la puissance militaire allemande. [...] Au cours de l'année 1935, l'armée permanente du temps de paix comptera au minimum un effectif de 400 000 hommes, au lieu des 100 000 prévus par le traité. Son organisation, primitivement fixée à Versailles à sept divisions d'infanterie, va en compter vingt et une. A l'armée active proprement dite s'ajoutent les formations de la police encasernée, c'est-à-dire strictement militarisée, comptant à elle seule 180 000 hommes et bientôt 200 000, au lieu des 35 000 hommes consentis. Au total, les forces actives en temps en paix s'élèveront au cours de l'année 1935 à 600 000 hommes prévus,soit un chiffre quatre fois et demie plus fort. [...] De toute évidence, nos forces militaires actuelles sont calculées en fonction d'une puissance militaire allemande différente de celle d'aujourd'hui. Le déséquilibre qui existe dès maintenant à cet égard entre la France et l'Allemagne rique de devenir tragique à partir de 1936." (article repris dans Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 295-314).

Toujours en 1934, il rédigea la préface de l'ouvrage du général britannique Ashmore, intitulé Défense anti-aérienne (Payot, 1934). Les propos portent sur l'avenir de l'aviation et sont quasiment visionnaires : "L'aviation offensive porte dans ses flancs des possibilités insoupçonnées qu'il y a péril mortel à méconnaître. Dans son domaine, l'air, qui ne peut être barré comme on barre la terre et la mer, elle domine tous les autres théatres en plus des actions sur les arrières, actions qui lui sont propres [...] L'aviation boulverse les notions admises jusqu'ici comme évidentes ; elle oblige à remettre en cause les organisations anciennes [...] Que ne peut-on attendre d'un engin qui peut intervenir dans les batailles terrestes, dans les batailles navales, dans la défense aérienne du territoire et dans l'attaque du sol ennemi ? La vitesse prodigieuse des engins aériens lui permet de passer comme la foudre d'un domaine à l'autres, et d'agir partout à la fois. L'aviation rétrécie le monde. Elle contribue pour beaucoup à ce changement d'échelle, annoncé par Paul Valéry. Elle oblige à des boulversements profonds dans la constitution des forces armées, et dans l'organisation de l'Etat. Elle est la plus puissante défense du pays."
En 1935, Pétain devait participer à une conférence à Bruxelles portant sur l'évolution de l'art de la guerre et son avenir. Cet évènement était destiné aux Amis de la langue française et aux Conférences cardinal Mercier. Cependant, il a été contraint d'y renoncer pour des raisons diplomatiques, mais le texte du discours fut préservé. Le général Conquêt avait publié quelques extraits dans son oeuvre Auprès du maréchal Pétain (p. 154-155). Quant au texte intégral, il avait été communiqué par le fils du général Montjean au colonel Perrier-Cornet en 1988. Ce dernier confia le précieux document à Guy Pédroncini qui publia quelques passages à travers son Pétain : Le soldat 1914-1940. Selon l'historien, le Maréchal voulait mettre en avant les expériences et erreurs du passé, et constatait que les humains n'ont "jamais tenu compte du capital d'expérience amassé par leurs devanciers" et qu'ils sont "toujours retombés dans les mêmes ereurs et les mêmes incertitudes". Il souhaitait mettre en valeur l'apprentissage de l'histoire afin d'y trouver "d'utiles leçons", même si chaque conflit engendre "une énigme nouvelle ". L'histoire ne fournit pas de "recettes pour vaincre" mais il permet "quelques anticipations sur les formes nouvelles de la guerre". Puis il insistait sur le fait que "matériel, volonté, intelligence dominent toute action guerrière", que la science et le courage "ont toujours été indispensables", et cela "au regard de l'importance croissante qu'ont prise au cours des âges les conditions matérielles". Et il affirme "que la situation des matériels mis à la disposition des combattants détermine la physionomie propre de la guerre et que le perfectionnement incessant des moyens entraîne une évolution continue de l'art de la guerre." Toujours d'après ce même document, il voulait faire une étude sur l'évolution de l'art de la guerre  en fonction de l'armement, et cela depuis Alexandre le Grand jusqu'à la Grande Guerre, en soulignant un profond changement au XIVème siècle avec l'apparition de l'arme à feu. Il ne souhaitait pas passer à coté de Napoléon qui "porte au plus haut degré l'art militaire et exploite avec une incomparable habilité toutes les possibilités de son temps." Il voulait mettre l'accent sur le XIXème siècle qui symbolisait l'apparition "de profondes transformations dans le domaine du matériel", notamment le fusil et le canon à tir rapide qui "boulversent les conditions du combat. L'efficacité destructrice du feu exclut du champ de bataille les formations serrées." Enfin, il définissait la Grande Guerre comme le grand tournant tant attendu : "C'est le monde presque tout entier qui met les armes à la main. L'enjeu est d'importance. L'avenir même de l'humanité est en cause : d'un côté c'est la Haine et la Violence, de l'autre la Liberté et le Droit." Il ajoute que : "Sans doute l'offensive seule peut apporter des résultats décisifs : encore faut-il en avoir les moyens", définissant la percée comme "une illusion". Pour vaincre définitivement, il faut épuiser les réserves de l'ennemi. C'est ce qui s'est passé en 1918, mais elle "n'a été possible que grâce au char blindé, instrument qui se rit des mittrailleuses et des défenses accessoires, et qui permet les foudroyantes et les pénétrations profondes", et que c'est "l'apparition de ce nouvel engin qui rend l'avantage à l'assaillant et met fin en quelques mois aux hostilités de quatre ans." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 307-308). Pédroncini précise que le général Montjean regrettait que cette conférence du maréchal Pétain n'ait pas été prononcée, car cela aurait empéché les préjugés mensongés selon qui inventait un Maréchal n'accordant q'une faible importance à la technologie. Il y a pourtant suffisement de preuves pour démontrer le contraire. Beaucoup ont oublié que ce simple homme avait prédit la stratégie employée à l'avenir par les armées évoluées, et par extension la débâcle de 1940 :
"Il n'est malheureusement pas déraisonnable d'imaginer un agresseur résolu menant ses opérations dès le début avec une telle rapidité qu'elles anéantissent les premières forces militaires de son adversaire, paralysant sa mobilisation, détruisent les organes vitaux de sa puissance économique, étouffent toute velléité de résistance. Les instruments d'une pareille guerre existent. Sans tenir compte des moyens que le progrès de la chimie, de la bactériologique ou de l'électricité laissent entrevoir, il y a dès maintenant l'engin blindé et l'avion.
L'engin blindé automobile a donné la mesure de sa valeur en 1918. Sa puissance, sa rapidité de déplacement, sa résistance aux projectiles n'ont fait que s'accroître.
L'avion
[...] est en train de se tailler une part prépondérante dans le domaine guerrier." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 307-308).
Le 6 avril 1935, le maréchal Pétain remet la légion d'honneur à l'Ecole supérieure de la guerre. A cette occasion, il prononce un discours devant le président de la République Albert Lebrun, et dévoile sa stratégie qui demeure opposée à celle de Maurin : « l'apprentissage de la guerre doit s'inspirer de la connaissance des faits, dont l'Histoire fournit la base. [...] L'art militaire est le plus mouvant de tous les arts. Il serait facheux de se figer dans l'étude du passé sans jamais interroger l'avenir... L'école de guerre doit apporter dans ses recherches un esprit résolument ouvert aux problèmes modernes. Sous peine d'être surpris et de subir le système de guerre de l'adversaire, il importe dès maintenant d'avoir une doctrine. Cette doctrine doit faire une place raisonnable aux facteurs moraux et intellectuels qui restent des éléments permanents de l'action. Mais elle doit aussi s'appuyer sur l'étude des propriétés de l'armement qui de tout temps ont régi les formes de combat. La mitrailleuse, le canon lourd, le char et l'obus à gaz ont boulversé la tactique. Tout en restant attentif aux transformations que les progrès de la chimie, de l'électricité ou de toute autre science, il est nécessaire de tenir le plus grand compte des perspectives ouvertes par l'engin blindé et par l'avion. L'automobile, grâce à la chenille et à la cuirasse, a conquis droit de cité sur le champ de bataille et y met la vitesse au service de la puissance. Les unités mécanisées sont capables de donner aux opérations un rythme et une amplitude inconnus jusqu’ici. L’avion, en portant la destruction jusqu’aux centres vitaux les plus éloignés fait éclater le cadre de la bataille limité autrefois à la portée des coups de l'artillerie et modifie les conditions de l'action stratégique. [...] On peut même se demander si l’avion ne dictera pas sa loi dans les conflits de l’avenir. On ne comprendrait donc pas que cette arme, dont la puissance et le prestige s'accroissent de jour en jour, ne fut pas l'objet dans cette école d'une école approndie. En fait, la victoire appartiendra à celui qui saura le premier exploiter au maximum les propriétés des engins modernes et combiner leur action à quelque plan que ce soit pour anéantir les moyens de lutte de l'adversaire. » (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 423-428 et Guy Pédroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 312-313). Malgré tout, les hommes au pouvoir à cette époque ne tiendront pas compte de cette réflexion. Pétain était certain que la Seconde Guerre Mondiale était proche, tandis que d’autres le riront au nez, tout en s’accrochant à l’illusion d’une paix durable. A cette époque, le général Sikorsky publia son livre La Guerre moderne (Berger-Levrault, Paris, 1935). Le Maréchal participa à la rédaction de sa préface. Il écrit d'abord pour l'aviation "un rayon sans cesse croissant". Puis il explique que les éléments terrestes devront être "motorisés et mécanisés", et précise que
 « Les possibilités des chars sont tellement vastes qu’on peut dire que le char sera peut-être demain l’arme principale. » Puis il ajouta que : "L'utilisation de ces forces nouvelles, en combinant les unes avec les autres, posent des problèmes nouveaux, délicats et complexes d'organisation et d'emploi tactique. Favorisant l'attaque brusquée et les actions de surprise, ces progrès sont de nature à ouvrir de nouvelles voies à l'art de la guerre."
Afin d'unifier les forces armées de la France, il crée le Comité permanent de la défense nationale en 1936. Ce comité réunira divers généraux jusqu’en 1939, et Pétain assiste régulièrement aux séances. L’objectif était de préparer la France à la guerre : "une nation doit avoir, dès le temps de paix, une organisation permanente, fortement centralisée, qui assure l'unité de direction pour tout ce qui touche à la préparation des forces nationales [...] L'Air doit soit collaborer avec les autres armes, soit agir isolément pour porter la guerre chez l'ennemi ; cependant, les actions des trois armes doivent être coordonnées et il faudra, par conséquent, un commandement unique [...] Je ne demande pas un chef unique pendant la paix, mais pendant la guerre [...]". Pour lui, il faut établir cinq points: "Etablissement du plan de défense de l'Etat et des plans de campagne correspondant aux diverses hypothèses ; Orientation de la doctrine de défense nationale en fonction de l'évolution de la technique et arbitrage entre les thèses divergeantes; répartition générale des effectifs et des crédits de défense nationale ; mise en harmonie des programme d'armement; impulsion donnée aux recherches techniques s'inspirant des besoins communs aux forces terrestres, navales, aériennes." Il conclu par : «dans le domaine militaire, l’unité de commandement en vue de la coordination des moyens est à la base du succès.» (maréchal Pétain, Défense nationale et Commandement unique, Revue des Deux Mondes, 1er mai 1936, puis repris dans Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 315-327). Il applique cette réflexion à l’ensemble de la défense nationale. Cela inclut les servitudes géostratégiques de la France, puissance à la fois continentale, maritime et coloniale, pour justifier la centralisation du commandement. Ensuite, il faudra créer un ministère de la Défense nationale chargé de la coordination des hautes questions des forces armées, avec un chef d’état-major général de la Défense nationale qui, lors de la mobilisation, doit être investi de la direction générale de l’ensemble des théâtres d’opérations. 

Le maréchal Pétain émet plusieurs critiques contre le manque de volonté de la classe politique à investir dans l'armée française, et évoque des insuffisances dans tous les domaines. Le 4 octobre 1936, il lance un discours à Saint-Quentin et prononce cette célèbre phrase : "La conception de l'armée défensive qui a prévalu en France à la suite du traité de Versailles a fait son temps." A cette occasion, il évoque la situation internationale et se dit favorable à un resserrement des alliances face au péril allemand. Il mentionna l'amitié qui le lie avec John Persching et son admiration pour les Etats-Unis, puis mentionne sa volonté de préserver les relations avec la Grande-Bretagne (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 302).
La revue Sciences Politiques avait publié une conférence qui devait être prononcée par le Maréchal le 3 février 1938, à l'ouverture du cours de Défense nationale à l'Ecole libre des Sciences Politiques, devant plus de 800 élèves et devant des membres du conseil d'administration de l'école. Il insiste sur le fait que "L'art militaire est en perpétuelle évolution." et ajoute que "Ce sont les propriétés techniques des armes qui fixent le caractère des guerres." (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 328-341).

Malgré ses interventions, Pétain sera peu suivi. Parmi les officiers qui le soutiennent, il y a notamment deux de ses anciens élèves à Saint-Cyr, Alphonse Juin et Charles de Gaulle. D’ailleurs, ce dernier écrira trois livres sur l’armée française : Le fil de l’Epée en 1932, Vers l’armée de métier en 1934 et La France et son armée en 1938. Il reprendra les mêmes suggestions que Pétain en matière militaire, même si quelques différences demeuraient entre les deux hommes.

Par ailleurs, il faut savoir que le Maréchal se montrait déjà sceptique en 1936 sur la capacité de la France à pouvoir combattre face aux Allemands. Pour preuve, une lettre envoyée au général Héring et datant du 7 janvier 1937, qui démontre son état d’esprit sur de possibles menaces :

"Mon cher Héring,
Cette fin d’année (votre lettre est datée du 30) ne vous apparaît pas gaie.
Vous avez pour cela deux raisons, la santé de madame Héring et l’état général de nos affaires militaires, et vous êtes bien placé pour sentir la gravité de ces dernières.

L’Europe entière est dans l’attente des oracles qui vont sortir du prophète de Berchtesgaden. Voilà où nous en sommes 19 ans après avoir tenu dans nos mains le peuple qui nous menace aujourd’hui, à notre merci.
Rien ne sert de récriminer, il faut se préparer à se battre de nouveau – sursum Corda !

En toute affection… meilleurs vœux de guérison pour madame Héring
Ph. Pétain" 
Le 26 mai 1938, le Maréchal prononce un discours au Congrès de l'Union nationale des Combattants. Il rappelle la défaite française de 1870 face à la Prusse, puis le redressement de la France lors de la Grande Guerre. Mais il ajoute : "La victoire aurait-elle changée de camp ? Les clauses du traité de 1919 ont été déchirées par l'Allemagne, l'un après l'autre. Ce qui nous en reste, aussi appréciable que ce soit, ne constitue plus qu'une victoire mutilée. Sans avoir recours à la force des armes, l'Allemagne s'est assurée en pleine paix des avantages matériels qu'elle n'aurait pu obtenir en d'autres circonstances qu'après une campagne militaire victorieuse. Notre prestige en a souffert. Notre force militaire, restée cependant intacte, a perdu la par comparaison avec celles d'autres peuples voisins, une partie de sa puissance. Nous nous trouvons en présence d'une situation sérieuse. Notre avenir est menacée." (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 433-436). Il averti encore les français du danger le 20 novembre 1938 à Metz, à l'occasion d'un banquet pour le 20ème anniversaire de l'entrée des troupes françaises dans la ville. Il se montre extrêmement pessimiste : "En examinant froidement les faits, je suis forcée de constater que nous avons laissé échapper la plupart des avantages de notre victoire. Les Français, oubliant que la grandeur d'un pays n'est faite que de la somme des efforts personnels, se laissèrent entraîner vers la jouissance et les appétits matériels. L'union réalisée devant le danger s'évanouit dans le bien-être, et chacun reprit ses habitudes égoïstes du temps de paix. C'est pourquoi l'avenir si beau en 1918, vous apparaît maintenant sous des couleurs plus sombres." (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 436-441).
Enfin, juste avant la guerre, un conflit opposa Pétain à Gamelin. En effet, en janvier 1939, le Maréchal déclare à Science Po : « Comme les armements terrestres et maritimes ont été très peu modifiés depuis 1918, on pourrait en déduire que les caractères de la guerre future seront, au début, les mêmes que ceux de la guerre passée. Il n’en sera pas ainsi parce qu’il s’est produit un fait nouveau considérable, de nature à bouleverser les conditions de la guerre future. Le fait nouveau, c’est l’apparition de l’avion et sa participation à la guerre ». le général Gamelin n'était pas contre la modernisation de l'armée puisqu'il dira le 5 décembre 1938 : "Il faut augmenter l'aviation [...] mais un accroissement des forces terrestres s'impose. Or on est à la limite des crédits [...] pour l'achat de matériel neuf. Car nous avons des prototypes d'engins blindés, et il faudrait accélérer la sortie des matériels de série. Dans un pays à faible natalité, il faut des engins de guerre très moderne." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 478). Auparavant, il avait même demandé à Daladier la création de trois divisions le 10 mai 1938, puis de trois divisions cuirassées avec deux autres en réserve le 21 mai de la même année. Daladier rejeta ces demandes et n'accepta que deux divisions cuirassées de réserve prévues pour octobre 1940 (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 479). Mais, lors d'une réunion du CPDN des 24 et 25 février 1939, Gamelin répondra bêtement à Pétain : « Que peut l’aviation contre des hommes enterrés dans des tranchées étroites » (Citation déformée par Jean-Baptiste Duroselle dans La Décadence, p. 395, puis reprise par Guy Pedroncini dans Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 310). Si Gamelin n'était pas dénué d'une bonne volonté à moderniser l'armée, ce chef des forces françaises était encore enfermé dans ses stratégies de la Grande Guerre. En parallèle, voici la pensée de Pétain vis-à-vis d'une future attaque ennemi : "Tout à coup l'agresseur passera à l'intimidation aux actes. Sous la violence déchaînée de ses attaques, il faudra courrir aux frontières, défendre le ciel et en même temps continuer et intensifier les travaux de la paix, veiller sur les moissons, repreupler les usines vidées par l'appel aux armes ; conserver une volonté froide et lucide au milieu du boulversement des esprits. La Nation devant la brusque révélation de la réalité frissonnera. Les épreuves sembleront trop lourdes, les victimes trop nombreuses, les mesures de défense insuffisantes. La masse encline aux mouvements irraisonnés penchera peut-être vers le découragement et la capitulation et se tournera vers ses chefs, implorant d'eux un réconfort et une direction. C'est de leur énergie, de leur prestige que dépendra en définitive le sort du pays." (Guy Pedroncini, Pétain : Le soldat 1914-1940, Perrin, 1998, p. 310). Il est frappant de constater à quel point l'attaque allemande était annoncée par le futur chef de l'Etat.

Le Maréchal n’est pas le seul à demander un plus grand effort dans le réarmement de la France. Le général Vuillemin, chef d'Etat-Major à l'armée de l'Air, avait réalisé un d'un voyage d'études en Allemagne. Il y rencontre le maréchal Göring, qui lui montra des prototypes et des usines à énorme capacité de fabrication. Très affecté par ce qu’il avait observé, il tenta d’alerter les politiciens au pouvoir : "J'ai dû prévenir les présidents du Conseil, Blum et Daladier, que si la guerre
éclate, au bout de quelques heures, notre aviation démodée aura été anéantie." (Jean Montigny, La Défaite, Editions Grasset, 1941, p. 102).

En septembre 1938, c’est-à-dire au moment de la crise tchécoslovaque, ce même général Vuillemin déclara à Edouard Daladier : "Monsieur le président, si la guerre éclate, je vous demande d'être relevé de mon commandement et d'aller me faire tuer dans un avion de bombardement au-dessus de Berlin." (Charles Reibel, Les Responsables : Ma déposition devant la Cour suprême de Justice, Editions Baudinière, s.d, p. 13). Ces propos furent rapportés à Reibel par Daladier lui-même le 10 février 1939.
Par ailleurs, le ministre des Affaires étrangères Georges Bonnet craignait un débordement de la part des opposants politiques qui souhaitaient à la guerre. Lors d’un entretien avec de députés partisans d'une solution négociée, il s’exclama : "Ils sont fous. Vous, à la Chambre, faites l'impossible pour arrêter cette guerre, nous irions au désastre, cette guerre serait un crime!" (Jean Montigny, La Défaite, Editions Grasset, 1941, p. 104). Ce même Bonnet va demander une réunion au ministère de la guerre, qu’il obtiendra le 23 août 1939. Mais Gamelin et La Chambre osèrent affirmer que l'armée de terre et l'armée de l'air étaient prêtes, et m’émirent que quelques réserves. Reprenant la doctrine de Pierre Cot, Guy La Chambre d'invoqua l’aide de l'aviation anglaise, mais les parlementaires n’en savaient rien. En effet, Paul Rives, rapporteur du budget de l'air, tenta vainement d'obtenir des renseignements sur l'aviation anglaise, mais nos « alliés » ne souhaitaient pas donner d’information sur le nombre d’avions qui pourraient seconder l’armée française. (Hector Ghilini, A la barre de Riom, Editions Jean Renard, 1942, p. 22). Malgré tout, ils expliquèrent que les moyens des anglais "équilibraient sensiblement les moyens italo-allemands", mais avouèrent dans le même temps que l’"aviation de bombardement ne sortait pas encore en grande série" et qu'il faudrait "attendre au début de janvier 1940" (le procès-verbal de la réunion rédigé par le général Decamp, chef du Cabinet militaire de Daladier, a été publié dans Gringoire, le 19 décembre 1940).

De plus, au cours de cette réunion, Edouard Daladier ne demanda pas au général Vuillemin (présent à la réunion) de précisions sur l'état réel de l’aviation française. Pourtant, ce dernier savait que, face aux 4 500 avions de guerre allemands en ligne (sans compter les 5 000 en réserve et les 3 000 de coopération), l’armée française ne possédait que 510 avions de chasse (dont 442 modernes), 390 bombardiers (dont aucun moderne), 170 avions de reconnaissance (dont 52 modernes), et 340 avions d'observation (dont aucun moderne). En outre, elle ne possédait aucun avion de bombardement en piqué. Un comité d'étude pour leur fabrication s'était réuni une première fois le 21 octobre 1938, c'est-à-dire beaucoup trop tard (Gringoire, 24 avril 1942, p. 2 et 13 mars 1942, p. 3,  13 mars 1942, p. 3). Ainsi, Raymond Recouly expliqua : "Nous avions, Anglais et nous, sur notre front, 710 avions de chasse contre 1 500 allemands, soit pas même la moitié. Sur ce maigre total, la chasse anglaise, dont on nous a si souvent parlé, dont nos oreilles ont été rebattues, ne figure guère que pour le cinquième." (Gringoire, 24 octobre 1940, p. 2). Malgré tout, ces estimations étaient parfaitement connues. Entre le 9 février et le 10 août 1939, le général Geffrier, attaché de l'Air à Berlin, avait envoyé cinq rapports alarmant "fournissant des précisions sur l'accroissement de l'armée de l'air allemande, les qualités de ses nouveaux appareils, les nouvelles tactiques envisagées, la production sans cesse croissante des usines aéronautiques du Reich" (Gringoire, 24 avril 1942, p. 2).

Au début du second conflit mondial, le général Gamelin se ventait d’avoir formé hâtivement deux demi-brigades cuirassées au groupement d'instruction de Nancy, et souhaitait mettre sur pied quatre divisions. Pour cette réalisation, l’armée française disposait de 2 545 chars modernes (plus environ 1 300 chars de conception ancienne), mais certains étaient encore en rodage, tandis que d’autres étaient armés avec des canons de 1918. Deux appréciations de Recouly illustrait l’infériorité militaire française :

-"Le 10 mai 1940, les Allemands disposaient d'environ 5 000 ou 5 500 chars dans les unités combattantes, dont 4 000 environ répartis dans les sections de combat,1 000 ou 1 500 de remplacement" (Gringoire, 24 octobre 1940, p. 2)

-"L'Allemagne avait 6 500 chars. Nous exactement 2 545. Mais les déficiences d'armement eurent des conséquences désastreuses en particulier au nord de Sedan où, faute de canon de 37, on assista à la destruction d'un bataillon entier de chars. M. Daladier a déclaré qu'il y avait des chars dans les dépôts, dans les garages, et qui furent inemployés. C'est un mensonge. Je défie qu'on me cite un cas précis [...] La radio n'existait pas sur les chars légers le 1er septembre 1939.  A la même date, le canon automatique n'était pas prêt. Et jamais avant la guerre on n'a pu faire manœuvrer de divisions blindées, puisque nous n'en possédions pas" (Gringoire, 10 avril 1942, p. 3).

Cependant, les chiffres concernant les chars sont faux. D'après les dernières recherches, il est certain que les Allemands n'avaient pas plus de chars que les Français. Ils possédaient environ 2 500 chars, mais tous étaient modernes. Par ailleurs, si Daladier avait demandé des précisions sur la DCA, il aurait appris que la France possédait uniquement 17 canons de 90 mm pour les hautes altitudes sur les 500 demandés par l'armée. De plus, sur les 7 000 pièces de DCA jugées nécessaires, la France n’en possédait que 600. Sur les 6 000 pièces de DAT (Défense Aérienne du Territoire), elle en possédait 1 500. N’oublions pas beaucoup d'anciens modèles de la guerre 1914-1918 furent retapés en 1930, en 1933 et en 1934. D’ailleurs, l'armée française ridiculisait ce matériel sous le nom de "lance-patates" (Déposition du général Marescaux à Riom, citée dans Gringoire, 10 avril 1942, p. 3).


La France n’était pas prête pour la guerre … mais aurait pu l’éviter ! 

 

Le 23 mai 1939, le général Georges rédigea une note capitale qui confirmait l'insuffisance flagrante du matériel militaire :
I- L'Artillerie.


a) Artillerie légère de campagne.
1°) L'obusier de 105 est destiné à remplacer en partie le 155 court dans les
artilleries divisionnaires.
Une soixantaine de groupes ont été commandés.
Comment se fait-il qu'une vingtaine de groupes seulement aient été livrés... à une cadence moyenne d'un groupe par mois?
2°) Notre matériel 65 de montagne est aujourd'hui nettement insuffisant en portée
et en puissance.
Pour faire face à ces besoins urgents, nous devrions disposer d'une réserve importante de matériel 75 de montagne.
Or, cette réserve est aujourd'hui inexistante.
Quelles mesures a-t-on prises pour remédier d'urgence à cette situation grave?
3°) Artillerie lourde de CA
Notre 105 L.1913,canon de corps d'armée, a une portée de 11 à 13 km insuffisante devant les canons longs allemands.
Un nouveau matériel de 105 L. Schneider a été accepté : une cinquantaine de groupes seraient nécessaires, 7 groupes seulement ont été livrés, puis, la fabrication a subi un temps d'arrêt qui dure encore.
Pourquoi cette lenteur excessive, alors que le rajeunissement de notre Artillerie de corps d'armée est indispensable et urgent?

b) Artillerie de destruction.
Nous n'avons pour cette mission (d'attaque) que notre artillerie de la guerre
(1914 ): mortiers de 220,270,280,370,400.
Ce matériel serait à renforcer, à moderniser, parce qu'il est insuffisant en nombre et en portée.
Où en est-on de ces études?
D'autre part, il devrait être pourvu d'obus à amorçage de culot (et non de fusées d'ogives) de manière à avoir des effets de destruction puissants dans le béton.
Ces projectiles auraient été commandés en 1937 ou 1938. Aucun n'a été livré.
Où en est cette fabrication?
Quelle est la cause de ces retards inexplicables?
Quand les obus mis en commande seront-ils livrés?

c) Artillerie de DCA
1°) Artillerie de DCA de petit calibre.
Nous avons dû acheter du matériel à l'étranger. Mais les achats réalisés sont de faible importance par rapport aux besoins à satisfaire.
Notre canon de 25 Hotchkiss (monotube ou bitube) commence à peine à sortir de fabrication; encore devons-nous partager la production avec la Roumanie.
Quelles mesures sont prévues pour accroître le rythme de fabrication de ce matériel, indispensable pour la protection des troupes, des points sensibles, des établissements, des villes de la Métropole comme de l'Afrique du Nord?
2°) Artillerie de DCA de moyen calibre.
800 pièces de 75,modèle 32 ou 33,sont nécessaires pour l'armement des batteries existantes où à créer.
A peine 360 matériels ont été livrés.
Bourges n'a sorti en 8 mois que 35 matériels de 75/32.
Pourquoi a-t-on arrêté le 75/33,dont la production chez Schneider était satisfaisante (200 matériels livrés) ?
Quelles mesures sont-elles prises pour développer la fabrication de Bourges en matériel 75/32?
3°) Artillerie lourde de DCA.
Il s'agit de matériel de type 90, type marine amélioré.
Près de 500 matériels seraient nécessaires; aucun n'est sorti.
On en annonce une cinquantaine pour 1941.
Est-il possible d'attendre une date aussi lointaine pour un matériel de cette importance ?
Comment pourrait-on hâter et développer les fabrications du matériel de 90 DCA?

II- Infanterie et chars.

a) Munitions d'infanterie.
Il semble que la consommation des munitions d'Infanteries pour les besoins stricts de l'instruction, en temps de paix, dépasse les fabrications, bien que les dotations d'instruction aient été exagérément détruites.
De la sorte, les stocks constitués pour la mobilisation diminuent peu à peu: grave danger !
[...]

b) Canons antichars.
Deux modèles: Hotchkiss, Puteaux.
Hotchkiss (nationalisé) fabrique à une cadence satisfaisante.
Mais Puteaux, qui a une commande de 2 000 matériels, en sort 10 par mois (40 livrés).
Ce rythme est inadmissible.
Mesures prises pour le relever?

2°) Canon de 47:
Il faut un millier de matériels qui ont été commandés.
En 8 mois, une trentaine de matériels ont été livrés:
Mesures prises pour accélérer cette production?

c) Chars.
Le char lourd, type B, qui est excellent, ne sort qu'à la cadence de 4 à 5 par mois.
Il faudra 4 ans pour réaliser les besoins.
C'est un matériel qui établit notre supériorité en matière de chars.
Il faudrait donc activer sa production.
Mesures prises à cet égard?
Le char moyen Somua, sort à une bonne cadence. Il en est de même: des chars légers Hotchkiss (H-35) et Renault (R-35) bien qu'à un moindre degré.
Mais le char FCM, de facture nouvelle et intéressante, n'a été livré qu'à 100 exemplaires.
Pourquoi ne pas développer sa production?

(Document reproduit par Charles Reibel, Les Responsables : Ma déposition devant la Cour suprême de Justice, Editions Baudinière, s.d, annexe 1, p. 50-53).

Le général Georges concluait : "Notre production est, d'une manière générale, trop lente pour satisfaire nos besoins propres avec la rapidité qu'exigent les circonstances. Cette carence s'affirme encore davantage en présence des demandes (Artillerie, Chars, Antichars, DCA) que nous présentent les Puissances aujourd'hui protégées (Pologne, Roumanie, Turquie, Grèce). Il nous faut donc : Non seulement procéder à un redressement rapide et puissant dans le domaine de nos propres fabrications, mais encore réaliser des accords avec les Puissances alliées (Angleterre) ou amies (Etats-Unis, Belgique, Suisse) afin de procéder à une répartition de commandes selon les possibilités industrielles de ces Etats. Ces accords seraient de la plus grande urgence." (Charles Reibel, Les Responsables : Ma déposition devant la Cour suprême de Justice, Editions Baudinière, s.d, p. 53). La France n'était absolument pas prête à faire la guerre, que ce soit sur terre ou dans les airs. 

 

Le lendemain de l’attaque allemande sur la ville polonaise de Dantzig (1er septembre 1939), le président Edouard Daladier déclare la guerre au IIIème Reich. Cependant, il viole la constitution de la IIIème République puisqu’il ne demande pas l’accord des deux chambres. Un certain nombre de politiciens et de militaires s’élevèrent contre cette décision. En 1943, l'abbé Bergey raconte : "Il est donc bien acquis que la France a été jetée dans la mêlée au mépris de la Constitution. Les deux Chambres étaient-elles, par leurs majorités, contre la déclaration de guerre ? Il faut répondre "Non", puisque au Palais Bourbon comme au Luxembourg, c'est à la majorité des voix qu'on a empêché l'opposition (pacifiste) de parler. Mais alors pourquoi le gouvernement n'a-t-il pas voulu solliciter le vote ? Parce que pour faire voter la guerre, on aurait trouvé une minorité dangereuse, au sein de laquelle des hommes informés auraient jeté un cri d'alarme. C'était courir le risque de compromettre ce que "les bellicistes" au pouvoir avaient déjà "décidé". Ces voix n'ont pas retenti le 2 septembre, parce qu'il n'a été question que de "crédits" à voter. Mais le vrai débat n'a pas été proposé. Et c'est là qu'est la "trahison" voulue à l'égard des Chambres et du Pays." (Gringoire, 24 septembre 1943, p. 3). On peut vraiment se demander si les hommes au pouvoir avaient conscience de la supériorité effective et technologique de l’ennemi, malgré les alertes de Pétain, de Benazet, de Reibel et d’autres. Mais il faut dire que ces politiciens n’ont jamais fait une guerre de leur vie, et ont donc agit par méconnaissance et par l’incompétence de certains officiers qui les entourent. Par ailleurs, le général Gamelin imaginait une Pologne résistant plus de six mois, ce qui aurait laissé le temps de préparer une attaque pour voler à son secours. Cependant, la Pologne a tenu deux semaines. Le 17 avril 1942, un ancien ministre de la Guerre, Jean Fabry, écrivit : "Placé (le 3 septembre) devant le fait accompli, le Parlement l'a subi sans protestation. Et s'il avait été consulté ? Je crois qu'il aurait suivi le gouvernement, mais les résistances auraient été si angoissées, les avertissements si sévères que peut-être en octobre 1939, lorsque le chancelier Hitler nous proposa la paix après la défaite de la Pologne, la situation eût évolué autrement. A la Commission de l'armée du Sénat, il n'y avait personne pour vouloir la guerre. Trop avertis, nous la redoutions". (Gringoire, le 17 avril 1942, p. 1). Les Chambres auraient peut-être voté la guerre, mais la situation aurait radicalement changé fin septembre, après l'effondrement de notre allié de l'Est et l'inaction de l'armée française qui révélait sa tragique impuissance. Par ailleurs, le colonel Jean Fabry parlait d’une paix possible entre la France et l’Allemagne en octobre 1939. Est-ce un fait ?

Un cadre allemand déclara à un diplomate neutre en mission à Berlin : "Nous avons tous pensé que dès la mobilisation, alors que les deux tiers au moins de notre armé étaient activement occupés en Pologne, les Français allaient, sans plus attendre, entamer une offensive à fond contre des forces ennemies nettement inférieures, attaquer vigoureusement la ligne Siegfried assez faiblement défendue, en passant au besoin par le Luxembourg. Nous fûmes très surpris de constater qu'ils n'en faisaient rien, en dehors d'une offensive très faible, incapable de produire aucun résultat sérieux. Bien des nôtres se dirent alors que la France était entrée dans la guerre, beaucoup moins avec le désir de la mener résolument et de toutes ses forces, que pour complaire à son allié britannique. C'est pourquoi dès le début d'octobre, la Pologne étant entièrement submergée, notre Führer adressa à ses ennemis de l’Ouest une sincère et suprême offre de paix. Puisque la Pologne, pour laquelle les Français prétendaient se battre, était hors de cause, pourquoi donc continuer une lutte qui n'avait désormais plus d'objet ? Notre étonnement fut grand de constater que la France répondait par un refus catégorique à cette proposition. Chacun de nous se demandait alors ce que cherchaient au juste les Français. Ils veulent la guerre, nous nous disions-nous, et cependant, ils ne la font pas. Nous en arrivions à cette conclusion qu'ils ne savaient pas au juste ce qu'ils voulaient." (Propos rapportés par Raymond Recouly dans Gringoire, 24 octobre 1940, p. 2). Très peu d'historiens (pour ne pas dire aucun) relatent ce fait caché, cette tentative de paix de la part du chancelier du IIIème Reich. Le 6 octobre 1939, Daladier hésita à prendre cette main tendue de Hitler. Cependant le secrétaire général des affaires étrangères Alexis Léger empêcha cette réalisation. Désormais, la débâcle était inévitable.

En mai 1940, en pleine débâcle, le chef des forces françaises Maxime Weygand essayait de limiter la casse. En parallèle, un Daladier complètement irréaliste démontra son incompétence en matière de stratégie militaire. Dans le Tome 3  de ses Mémoires (Rappelé au service), le général Weygand indique à la page 153 : « Dans la première partie de sa réponse, le Président du Conseil s'associait à mes demandes à nos alliés. Dans la seconde il m'invitait à organiser la Bretagne en un réduit national capable d'une résistance de durée et me faisait part, pour la première fois, de son intention de renforcer la défense de l'Afrique du Nord. La conception d'un réduit breton, séduisante pour l'esprit, parut dans la conjoncture du moment, militairement irréalisable. Pour organiser une véritable forteresse, il fallait disposer d'effectifs, d'engins de guerre de toute nature, singulièrement  anti-chars et anti-aériens. Tout cela nous manquait sur la ligne de défense que nous organisions en toute hâte, il ne pouvait être question d'en distraire aucun élément. Je mis néanmoins aussitôt la question à l'étude comme j'en avais le devoir et parce que rien ne devait être négligé de ce qui pourrait se montrer utile. Je reviendrai sur ce réduit breton. Quant au renforcement de l'Afrique du Nord, il eût été bon d'y penser plus tôt. Lever et armer 500 000 hommes demandait un certain temps, sans parler du tonnage nécessaire à leur transport et de leur installation en Afrique ou le général Noguès avait déclaré ne pouvoir en recevoir et en instruire que 20 000. L'intention d'acheter des armes à l'étranger pour les en munir affirmait notre misère, mais cette solution à longue échéance ne répondait nullement à l'allure prise par les événements. »

 

Enfin, quelle est la situation de l'armée française au moment de la signature de l'Armistice ?

Dans son discours du 20 juin 1940, le maréchal Pétain a dévoilé publiquement les faiblesses de l’armée française, en comparant la situation avec celle de la Grande Guerre : « Nous espérions résister sur la ligne de la Somme et de l'Aisne. Le Général Weygand avait regroupé nos forces. Son nom seul présageait la victoire. Pourtant la ligne a cédé et la pression ennemie a contraint nos troupes à la retraite. Dès le 13 juin, la demande d'armistice était inévitable. Cet échec vous a surpris. Vous souvenant de 1914 et de 1918, vous en cherchez lés raisons. Je vais vous les dire. Le 1er mai 1917, nous avions encore 3.280.000 hommes aux armées, malgré trois ans de combats meurtriers. A la veille de la bataille actuelle, nous en avions 500.000 de moins. En mai 1918, nous avions 85 divisions britanniques ; en mai 1940, il n'y en avait que 10. En 1918, nous avions avec nous les 58 divisions italiennes et les 42 divisions américaines. L'infériorité de notre matériel a été plus grande encore que celle de nos effectifs. L'aviation française a livré à un contre six ses combats. Moins forts qu'il y a vingt-deux ans, nous avions- aussi moins d'amis. Trop peu d'enfants, trop peu d'armes, trop peu d'alliés voilà les causes de notre défaite. » La débâcle n’était donc pas une surprise, mais on peut aussi constater que les « alliés » anglais n’ont pas beaucoup aidé les troupes françaises. En mai 1945, c’est-à-dire avant son procès, Pétain envoya une note à la Commission d’Instruction de la Haute Cour : « J’étais ministre de la guerre en 1934, je ne le suis resté que neuf mois. Cela suffit à des adversaires pour essayer de me rendre responsable de la défaite de 1940. Je ne suis guère en mesure, actuellement en prison, démuni de tous documents, séparé de mes collaborateurs, d’apporter des précisions sur le budget des armements en 1933. Ce que je puis affirmer, c’est que mon effort a tendu essentiellement à la réorganisation de l’armée, alors que la politique de presque tous mes prédécesseurs n’avait, au contraire, tendu qu’à l’application de la formule « arbitrage, sécurité, désarmement.

Une des premières conséquences du désarmement avait été la réduction de la durée du service militaire. En ce concerne la diminution de 20% sur les crédits de matériel inscrits au budget de 1934,, il ne s’est agi, en réalité que d’une variante d’emploi, absolument justifiée, puisque, sur les crédits restants, 200 millions ont dû être reportés à l’exercice de 1935 par suite du retard dans la livraison des matériels commandés.

Depuis la note du 17 avril 1934, la politique de la France était d’assurer elle-même sa propre défense. J’ai alors tracé, pour 1935 et les années suivantes, tout un plan de réarmement et réclamé un crédit de 800 millions comme première tranche de ce nouveau programme. Mais on ne pouvait modifier en quelques semaines, dans le domaine des réalisations pratiques, une politique de dix années d’illusion, d’hésitation, de faiblesse, contre laquelle les autorités militaires étaient demeurées sans pouvoir. […]

Quant aux chefs du parti communiste – que je ne confonds pas avec la classe ouvrière – qui m’accusent de trahison, ils avaient délégué M. Ramette à la tribune de la Chambre pour répondre au discours dans lequel je sollicitais le vote immédiat de crédits nouveaux de 1 275 millions, et M. Ramette s’exprimait ainsi : « Nous ne situerons pas la discussion d’aujourd’hui à la manière du parti socialiste de Jules Moch. Son souci est qu’on réalise à meilleur marché la préparation de la guerre. Nous, nous nous dresserons contre cette préparation en bloc. Et si la guerre éclate, notre but sera de la transformer en guerre civile. » (Philippe Pétain, Actes et Ecrits, Flammarion, 1974, p. 461-462).
Enfin, il est intéressant d’analyser la plus puissante des grandes unités militaires françaises, c’est-à-dire la VIIème Armée. Il restait comme éléments :

- pour la 19è Division : moins de 1000 hommes, 23 mitrailleuses, 3 canons de 25, 1 canon de 47 et 1 canon de 75

- pour la 29è Division : aucune infanterie, 5 canons de 75, 1 canon de 25 et une fraction de G R D

- pour la 47è Division : 700 fantassins, 4 canons de 75 et 7 canons de 155

- les 4ème D I C et 24ème Divisions sont réduites à quelques centaines d'hommes (Général Georges, situation du 25 juin 1940).
La supériorité de l'armée allemande est incontestable, et l'armée française était trop faible pour résister. Il n'y avait donc pas besoin d'être devin pour deviner la débâcle.

Après l'analyse de ces deux articles, il n'est guère étonnant que la France a subi une débâcle militaire face à l'Allemagne. Alors que le IIIème Reich s'était préparé à la guerre en se dotant des dernières technologies, les gouvernements français préféraient compter sur un matériel vétuste et dépassé. Pourtant, dans les années 1930, plusieurs avaient alerté les politiciens au pouvoir sur l'urgence d'investir dans l'armement. Il  y a eu des quelques personnalités politiques comme Paul Bénazet ou Charles Reibel. Des militaires sont aussi intervenus pour faire part de leurs inquiétudes, comme Pétain, Georges ou Vuillemin qui avaient compris que la guerre était proche. De plus, le Maréchal était l'homme le plus prestigieux de l'époque à alerter les autorités, alors on peut se demander si les politiciens l'ont réclamé au pouvoir durant la débâcle uniquement à cause de son prestige, ou car il était l'un des premiers à avoir prédit la catastrophe. En face, Pierre Cot et Guy de la Chambre préféraient compter sur une alliance avec d'autres pays, mais la France a dût se débrouiller quasiment seule au début de la Seconde Guerre Mondiale. De plus, certains généraux comme Gamelin avaient démontré leurs compétences limités, et voulaient employer des stratégies dépassées. Par ailleurs, il ne faut pas oublier qu'en début 1942 s'organisa le procès de Riom, qui réunissait les hommes accusés par Pétain d'être responsable de la débâcle. Est-ce que ces accusations sont justifiées ? Au regard des différentes preuves, il est incontestable que les personnes au pouvoir entre 1936 et 1940 ont pleinement contribué à cette catastrophe. Donc qu'on le veuille ou non, le procès de Riom était bel et bien légitime. Malgré tout, il ne faut pas présenter la Bataille de France de mai-juin 1940 comme une promenade de santé pour l'armée allemande. En effet, n'oublions pas que les pertes ennemies ont été proportionnellement plus conséquentes lors de ces six semaines de campagne que lors des six premiers mois sur le front russe en 1941, ou que lors des trois mois de la Bataille de Normandie en  juin 1944. Au moment de l'armistice de Rethondes, l'Allemagne ne disposait plus que de 700 chasseurs et 841 bombardiers, et près de 1 600 de leurs avions furent détruits.
Avec une infériorité technologique et effective, les troupes françaises se sont montrés davantage héroïques et résistants que le prétendaient beaucoup de personnes. Cela démontre alors que si les politiciens avaient davantage investi dans l'armement et mobilisé plus d'hommes, alors nous n'aurions certainement pas subi une telle défaite. Enfin, il ne faut pas être dupe, certaines décisions de généraux sont à remettre en cause, voire même à déplorer. Nous pouvons citer notamment l'erreur tactique monumentale des généraux Gamelin et Georges d'avoir laissé le centre du front (c'est-à-dire la Meuse) sous la défense de divisions sous-équipées en DCA et en armes antichars. Nous pouvons rappeler également la décision de disperser la 7ème armée ainsi que 3 divisions de cuirassés alors qu'il était possible de contrer la percée de chars allemands par les flancs, puis ensuite de contre-attaquer pour renverser la situation. Enfin, n'oublions pas la mauvaise gestion des chars par Weygand, qui en envoya plusieurs centaines pour reconquérir des places stratégiques secondaires, au lieu de les conserver pour lancer des contres-offensives lors de batailles décisives et sur des points géostratégiques importants. A toutes ces erreurs s'ajoutent des problèmes fréquents de coordination et de communication.

 

 

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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 23:15

« C’est Christophe Colomb en 1492 ! » Voici la réponse d’un professeur à un élève lorsque l’un d’eux lui demanda « Qui est-ce qui a découvert l’Amérique ? » Et si un ou plusieurs explorateurs avaient marché sur le « Nouveau Monde » avant le navigateur de Gênes ? Et si une ou plusieurs civilisations eurasiatiques connaissaient déjà ce continent avant l’Europe chrétienne ? Il est temps de parcourir le temps à la recherche d’indices, permettant de prouver que Christophe est loin d’être le premier à avoir découvert l’Amérique …

 

Les expéditions Vikings

Au IXème siècle, les Vikings étaient établis dans les Iles Britanniques ainsi que sur les côtes de Francie. En 870, des Norvégiens installés en Ecosse, en Irlande ou fuyant leur pays soumis par le chef de guerre Harald-les-beaux-cheveux, vont se lancer dans la colonisation de l'Islande.

Ce n'est que la première étape d'un long mouvement migratoire vers l'ouest, jusqu'en Amérique. Aux alentours de l'an 900, un dénommé Gunnbjörn, déporté vers l'ouest par les vents, aperçoit un groupe d'îles inconnues au-delà de l'Islande. Il leur donne le nom de "Rochers de Gunnbjörn", mais n'y aborde pas. La nouvelle de cette découverte se répand et le navigateur fait des émules. En 978, Snaebjörn Galti tente de rejoindre ces "Rochers". C'est un cuisant échec, dont la saga Landnamabok se souvient. Vers 980, Erik le Rouge (Eirikr Thorvaldsson de son vrai nom),banni d'Islande à la suite d'une sombre affaire (criminelle), se met à sontour en quête des mystérieux îlots. Ayant atteint le Groenland (le "pays verts"), il passe environ trois ans à en reconnaître les fjords du sud-ouest. Par la suite, il revient dans son pays pour chercher des hommes tentés par la colonisation de ces nouvelles terres. Vers 985-986, Eric repart à la tête d'une flotte de 25 navires sur lesquels embarquent 800 personnes. Plusieurs têtes de bétail accompagnent ces Islandais d'une installation définitive. La traversée de l'Atlantique s'avéra difficile puisque 11 vaisseaux n'atteindront pas cette destination.
Un premier établissement s'est implanté autour de l'actuelle Julianehaab, dans l'Eystribyggdh. Une seconde colonie est créé plus à l'ouest, dans le Vestribyggdh. Erik plante son campement à Brattahild, à l'extrémité inférieure du "fjord d'Eric". Par la suite, plusieurs comptoirs sont fondés à proximité de la haute mer et au fond des fjords. A partir du XIème siècle, même des églises sont bâties. Les premières colonies compteront quelques milliers d'habitants regroupés dans la partie méridionale de l'île. Ils y vivent principalement d'élevage laitier de pêche. Ils y font du commerce, notamment de cordes, d'ivoire de morse ou de narval, d'huile ou encore d'ours blancs. En revanche, on ne sait pas quand les Vikings groenlandais rencontrèrent les Inuits, c'est-à-dire les Eskimos locaux. Certains chercheurs comme l'anthropologue Vilhjalmur pensent qu'il y a eut des croisements ethniques, ce qui n'est pas impossible.
Après l'installation des premières colonies, les Vikings organisèrent plusieurs expéditions afin de découvrir le "Nouveau Monde". La première fut réalisée sous les ordres d'un certain Bjarni Herjolfsson, fils de Herjolfr. Pendant ce cours voyage d'à peine plus d'un an, Bjarni est entraîné vers des côtes encore inconnues, à l'ouest-sud-ouest. Cependant, il ne se pose pas vers cet endroit, certainement par peur de l'inconnue. Alors il regagne le "fjord d'Éric" et fait part de ses observations. Vers l'an 1000, Leif Ericson (de son vrai nom Leifr Eiriksson), fils d'Erik le Rouge, part réaliser l'itinéraire de Bjarni avec 35 hommes sous ses ordres. Cependant, il fait le sens inverse de celui-ci de Bjarni. Il effectue la même description que celui-ci de son prédécesseur et constate la présence de grands glaciers. Alors il baptise cet endroit Helluland, que l'on peut traduire par le "Pays de la Pierre plate". Leif poursuit son expédition le long des côtes et découvre de vastes étendues de forêts. Il appellera ce lieu Markland, c'est-à-dire le "Pays des Forêts". Deux jours plus tard, il constate l'existence d'une île herbacée et va y accoster. Il continue ensuite son voyage d'étude et aborde un territoire localisé au-delà du détroit. Puis il longe une rivière et s'arrête près d'une lagune. Avec ses hommes, il bâtit un petit campement dans un lieu baptisé Leifsbudhir, c'est-à-dire les "Cabanes de Leifr". Cette région avait la particularité d'abriter de nombreuses vignes. Alors Leif Ericson nomma cet endroit Vinland, que nous pouvons traduire par "Pays du vin". Enfin, il revient au Groenland après une analyse fructueuse, mais aussi avec des ressources en bois et en vin. On peut même se demander si le principal objectif des expéditions était finalement la trouvaille de ressources afin de développer les activités économiques locales des colonies. Fasciné par les exploits de son frère, Thorvald (ou
Thorvaldr) décide aussi de partir à la recherche de nouvelles terres. Il prend 30 personnes sous ses ordres puis organise une expédition qui durera un an. Il traverse Markland puis passe un cap qu'il nomme Kjalarnes, c'est-à-dire "Cap de la Quille". Cependant, il tombe sur une tribu locale que les Vikings appellent "Skaerlings". Thorvald est mortellement blessé par une flèche et est enterré sur place. Profondément attristé par la mort de son frère, le jeune Thorsteinn entreprend de ramener son corps pour lui donner une sépulture chrétienne. En effet, si Erik le Rouge éait païen, ses fils étaient chrétiens. Il prend 25 hommes avec lui, mais la tempête l'empêcha de mener à bien son projet.
Par la suite, deux autres expéditions eurent lieu. L'une d'entre elle fut organisé par un riche islandais émigré au Groenland du nom de Thorfinn Karlsefni. Ce dernier avait de grandes ambitions et souhaitait notamment coloniser le Vinland. Pour parvenir à ses fins, il prend trois grands vaisseaux avec 150 hommes et du bétail. De plus, Leif Ericson accepte de prêter ses cabanes à l'aventurier. Thorfinn Karlsefni traverse Helluland, Markland, puis passe Kjalarnes et s'installe à Leifsbudhir. Cependant, lui et ses hommes se sont attaquer par des locaux "Skaerlings". Ces guerriers gênent beaucoup les colons, si bien qu'ils retournèrent au Groenland.
La dernière aventure est celle de la fille d'Erik le Rouge, appelée Freydis. Elle voulut renouveler l'expérience de Thorfinn et se rendit aux cabanes. Cependant, sa cruauté et les querelles qui animèrent son équipage firent échouer la colonisation. Par la suite, personne ne songea, semble-t-il, à regagner Leifsbudhir.
Il faut savoir que ces histoires proviennent de récits épiques mélangeants réalité et fiction. Parmi ces nombreuses sagas, nous pouvons citer la Saga d'Éric le Rouge, l'Islandingabok, le Landnamabok,  la Saga des Groenlandais, le Dit des Groenlandais. Par ailleurs, ils ont été rédigés environ trois siècles après les évènements décrits. Ces écrits contiennent sans doute des exagérations et des épisodes mythologiques. On y rencontre divers monstres, des personnages un peu trop héroïques et une Freydis un peu trop cruelle pour qu'on puisse les considérer comme des sources historiques fiables. Par ailleurs, il n'est pas impossible que des personnages ou des expéditions ont été inventées de toutes pièces. Malgré tout, p
lusieurs noms de lieux apparaissent, dont les principaux sont l'Helluland, le Markland et le Vinland. Des chercheurs ont tenté de retrouver ces terres en se fondant sur les descriptions topographiques, botaniques, zoologiques, météorologiques, climatiques et sur des données maritimes. Ils ont conclu que ces territoires étaient respectivement la Terre de Baffin, le Labrador et un endroit situé très approximativement entre la Nouvelle-Angleterre, la Nouvelle-Écosse et la baie du Saint-Laurent. Ce territoire correspondrait donc à l'Amérique du Nord.

Les preuves archéologiques doivent permettre de savoir si les écrits contiennent une part de réalité. Sur ce point, les trouvailles ne manquent pas. Un site va définitivement abattre le mythe de la découverte de l'Amérique par Colomb : le site de Anse-aux-Meadows sur la rive sud du détroit de Belle-Isle, sur l'île de Terre Neuve. Un local, George Decker découvrit plusieurs bosses et de crêtes recouvertes d'herbe, rappelant des ruines d'anciennes maisons. En 1960, les chercheurs Norvégiens Helge et Anne Stine Ingstad y constatent l'emplacement d'une colonie comportant des restes d'édifices de type scandinave (The Viking Discovery of America: The Excavation of a Norse Settlement in L'Anse Aux Meadows, Newfoundland, Checkmark Books, 2001). Après cette trouvaille exceptionnelle, d'autres recherche vont s'y succéder : le Dr William Taylor, indianiste du Musée National du Canada ; plusieurs archéologues Islandais et Suédois, dont un certain Kristjan Eldjarn, le futur président de la République d'Islande. Par la suite, une structure de 16 X 20 mètres fut retrouvée sur la rive Est d'une rivière provenant d'une lagune intérieure, le Black Duck Pond. Elle est identique à celles construites habituellement par les Vikings. A l'Ouest de cette même rive, une forge a été découverte avec une fosse contenant du charbon de bois. Le chercheur Rolf Pétré retrouva des cendres de charbon de bois, ainsi qu'un petit morceau de cuivre. Ce morceau de cuivre a été fondu selon une technique étrangère aux locaux de l'époque. Par ailleurs, l'analyse du charbon a été effectuée avec du Carbone 14. Ce charbon daterait des environs de l'an 1000. Tous les objets retrouvés tels que des clous de fer et une lampe prouvent une origine Viking. Enfin, une petite couronne en pierre ollaire a été retrouvée. Elle sert à filer la laine, alors que ni les Eskimos et ni les Indiens ne travaillaient la laine.

A moins d'être particulièrement borné, on ne peut que constater que le site de l'Anse-aux-Meadows fut occupé par les Vikings aux environs de l'an mille. Mais certains préféraient croire qu'à peine 20 ans après l'arrivée des Vikings au Groenland, des Indiens très ingénieux ont imité à la perfection les usages de ceux-ci, quitte à oublier soudainement leur propre culture, puis il se sont contentés de faire l'"expérience" à cet endroit précis, à cette époque précise et n'en tirant aucune leçon pour l'avenir. Malheureusement, même certains "grands intellectuels" n'admettent pas cette réalité qu'est la venue des Vikings en Amérique, et préfère maintenir que Colomb a réellement découvert le "Nouveau Monde". Je peux citer Régis Boyer, professeur à l'université Paris-Sorbonne, qui affirme que " il est imprudent d'affirmer que les Islandais du Groenland ont découvert l'Amérique du Nord". Enfin, finissons par le Groenland qui a subit une occupation scandinave importante. A la suite de diverses prospections, on a dénombré : environ 190 fermes, 12 églises et deux monastères, pour la région d'Eystribyggdh ; 9O fermes et 4 églises dans le Vestribyggdh. A Igaliko (anciennement Gardhar), on peut observer les restes d'une cathédrale. la colonie de Brattahild, où Éric le Rouge s'installa, a été identifiée et correspond à l'actuel Kaksiarsuk. Le "Fjord d'Éric"possède actuellement le nom de Tunidliarfik. Au Musée national de Copenhague, on peut observer une pierre runique qui fut retrouvée en 1824 par un Eskimo à Upernivik, c'est-à-dire sur l'île de Kingigtorssuaq. Ces preuves témoignent de la réalité des expéditions vikings menées vers le nord du Groenland.
Si les Vikings ont bel et bien posé les pieds en Amérique, on peut malgré tout se demander si une civilisation eurasiatique encore plus ancienne a découvert ce continent. Deux grands mystères demeurent, ceux des Romains et des Phéniciens
...

 

Une présence romaine ?

 

Grâce à quelques minces découvertes, nous pouvons quasiment affirmer que les Romains avaient atteint les côtes américaines. Tout d’abord, une tête d'homme barbu portant une sorte de chapeau pointu fut découverte en 1933 dans une tombe précolombienne de Tecaxic-Calixtlahuaca, située dans la vallée de Toluca (à environ 65 km de Mexico). Appelée « la tête de Tecaxic-Calixtlahuaca », cette probable figurine en terre cuite possédait un style romain. Aucune hypothèse expliquant sa présence sur le site n'a encore été confirmée. Autre trouvaille, au cours de fouilles archéologiques dans la villa de l'éphèbe à Pompéi, les chercheurs repèrent une peinture murale représentant un fruit ayant l'aspect de l'ananas (Wilhelmina Mary F, The Natural History of Pompeii: A Systematic Survey, p 81). Cette œuvre d'art est aujourd’hui conservée au musée archéologique de Naples. Cependant, il ne faut pas oublier que quelques fruits ont un aspect extrêmement proche de l'ananas, tels que le sagoutier indien et le cycas d’Afrique. Mais en 1982, une découverte va appuyer l’hypothèse de contacts entre les Romains et les civilisations précolombiennes antiques. En effet, l'épave d'une galère romaine contenant de nombreuses amphores dans sa soute fut découverte dans le fond de la Baie de Guanabara, au large du Brésil (Science et Vie, n° 785, Février 1983, p. 68). La seule supposition qui pourrait contredire cette théorie de contact avec l’Amérique du Sud serait que la galère ait dévié de sa trajectoire à la suite d’une tempête.


Des Phéniciens en Amérique ?
 
En 1872, près de Rio de Janiero, une dalle gravée aurait été découverte et porterait une écriture d'origine méditerrannéenne.  Le 11 novembre de cette même année, le vicomte de Sapuacahy, également président de l'Institut Historique de Rio de Janeiro, reçoit un courrier évoquant la découverte de la dalle dans une plantation de Paraiba (qui ne sera jamais retrouvée), contenant une étrange inscription dont la copie est jointe. Quelques érudits croient reconnaître dans l'inscription recopiée l'écriture phénicienne. Cependant, les chercheurs d'Amérique du Sud ne sont pas des connaisseurs de la civilisation phénicienne. Alors ils font appel au Français Ernest Renan, auteur de la Vie de Jésus et spécialiste des civilisations mésopotamiennes. Renan déclare que cette inscription est un faux, mais après avoir effectuée une traduction entièrement erronée. par la suite, la controverse s'installe entre les érudits européens. Il ne faut pas oublier que l'écriture phénicienne était quasiment inconnu à l'époque de la supposée découverte. Ce détail ferait pencher pour l'authenticité du texte, mais la disparition de la pierre demeure un argument majeur pour les sceptiques.
En 1967, le professeur Cyrus Gordon reprend le texte afin de le retraduire. Il est spécialiste des langues anciennes et est directeur du département des études méditerranéennes de l'université de Brandeis (Massachusetts). Voici la traduction française du texte de la pierre :
"Nous sommes des Cananéens sidoniens de la cité du roi marchand. Nous avons été jetés sur cette île lointaine, une terre de montagnes. Nous avons sacrifié un jeune aux dieux et aux déesses dans la dix-neuvième année de notre puissant roi Hiram et nous avons embarqué d'Ezion Geber dans la mer Rouge. Nous avons voyagé avec dix bateaux et fait le tour de l'Afrique par mer pendant deux ans. Puis nous avons été séparés par la main de Baal, et nous ne sommes plus avec nos compagnons. ainsi, nous sommes venus ici, douze hommes et trois femmes, dans "l'île de fer". Suis-je, moi l'amiral, un homme qui prendrait la fuite ? Non ! Puissent les dieux et déesses célestes nous bien favoriser !"
Gordon affirme que l'inscription de Paraiba ne peut être un faux. Il explique que le roi phénicien mentionné est Hiram III (552-532 avant Jésus Christ), et que l'inscription date de -531. Il ajoute que le contrôle de Gibraltar par Carthage explique le contour de l'Afrique par l'Est, à partir de la Mer Rouge. Quant à "l'île de fer", il s'agirait du Brésil, territoire où ce type de métal est abondant. De plus, l'évocation de la "main de Baal" peut avoir une signification particulière puisque cette divinité est parfois associé à l'orage et la tempête qui intervient dans les affaires des hommes. Par ailleurs, l'expression "jetés sur cette île lointaine" ainsi que le faible nombre de marins peut laisser penser que le navire à fait naufrage. Cependant, dans un pays bois comme le Brésil, les navigateurs phéniciens auraient pu reconstruire un bâteau et repartir. Malgré tout, il ne faut pas oublier que ce territoire est parcouru par les alizés. Ces vents soufflent de l'Afrique jusqu'en Amérique et facilitent le voyage aller. Les navires antiques sont dépourvus de gouvernail d'étambot (invention européenne du XIIème siècle) et ne pouvaient lutter contre les puissants vents contraires. On peut donc présumer que ces marins ont gravé cette dalle car ils sont restés prisonniers sur le continent où ils avaient échoué.

Ce n'est donc pas l'Europe Chrétienne qui a découverte l'Amérique par l'intermédiaire Christophe Colomb. Grâce à quelques écrits et à plusieurs trouvailles archéologiques, on sait que les Vikings se sont installés sur le "Nouveau Monde", et cela dès la fin du Xème siècle. Malgré tout, nos "intellectuels" préfèrent affirmer que ce continent n'a été découvert qu'en 1492, mais pour quelle raison ? La réponse est simple. Il est toujours mieux de dire que c'est un bon chrétien civilisé qui a réalisé cette trouvaille, plutôt qu'un pilleur barbare Viking comme Erik le Rouge. De plus, si ses enfants se sont convertis à la chrétienté, il ne faut pas oublier qu'Erik était païen. Malgré tout, il est vrai que l'implantation des Vikings était isolée, et les Européens de l'époque ignoraient qu'un groupe d'hommes avaient découvert de nouvelles terres au delà de l'Océan Atlantique. Ne parlons pas de 1492 comme une découverte mondiale, mais d'une découverte pour l'Europe Chrétienne. Cependant, la civilisation Viking n'était peut-être pas la première européenne à poser les pieds en Amérique, puisque des Phéniciens du -VIème siècle auraient attérit sur ce territoire par accident. Même si cette hypothèse n'est pas à exclure, il n'y a que des données archéologiques qui permettraient de confirmer l'implantation d'une civilisation antique méditerranéenne. Nous avons constaté la forte probabilité de contacts entre les Romains et des peuplades d'Amérique du Sud, mais le mystère plane à propos des Phéniciens. Si un chercheur venait à prouver une présence phénicienne en Amérique, alors il réaliserait l'une des plus grandes découvertes historiques de l'Humanité.

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14 juin 2009 7 14 /06 /juin /2009 21:30

Le 10 Juillet 1940, des élus du peuples se réunissent pour voter démocratiquement les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, chose qu'il n'avait pas exigé. Mais qui sont ceux qui ont voté en sa faveur, qui ont voté contre, et qui s'étaient abstenus ? Voici l'ensemble des élus qui vont élever le stratège au poste du chef d'Etat avec les pleins pouvoirs. Vous remarquerez que près d'un tiers d'entre eux ne s'étaient pas déplacer à Vichy, et plusieurs de ces courageux avaient déjà fuis la France ...

Vote du Congrès sur l'article unique du projet de loi constitutionnelle

Nombre des votants : 649
Majorité absolue : 325
Pour l'adoption : 569
Contre : 80
Abstention : 15

Ont voté pour :

• d'AILLIÈRES Bernard Julien Marie (député - Sarthe - inéligible à la Libération jusqu'en 1949)
• ALBERT André Didier François (député - Deux-Sèvres - parti Camille Pelletan)
• ALBERTIN Fabien Joseph (député - Bouches-du-Rhône - Socialiste)
• ALBERTINI Augustin (sénateur - Hérault- Radical-socialiste - Gauche démocratique)
• ALLEMANE Gaston Jean Bertrand (député - Seine -Socialiste)
• AMAT Jean-Baptiste (sénateur - Haute-Garonne - Radical-socialiste - Gauche démocratique)
• Comte Hubert d'ANDLAU de HOMBOURG (sénateur - Bas-Rhin - Union républicaine - inéligible à la Libération)
• ANDRAUD Henry Francisque Bernard Joseph (député - Puy-de-Dôme - Non inscrit)
• ANDRÉ Adrien (sénateur - Vienne - Gauche radicale – Gauche démocratique)
• ANTIER Joseph (sénateur - Haute-Loire - Action nationale républicaine et sociale - décédé en 1943)
• ANTIER Paul (député - Haute-Loire - Agraire indépendant – Action nationale républicaine et sociale)
• (de SAUVAN) d'ARAMON Bertrand Marie Joseph (député - Seine - Fédération républicaine)
• ARBELTIER René Robert (député - Seine-et-Marne - Socialiste SFIO)
• ARCHIMBAUD Léon Daniel Josué (député Drôme - Radical-socialiste)
• ARMBRUSTER Raymond (sénateur - Aube – Non inscrit)
• ARNOL Justin Clément (député - Isère - Socialiste SFIO)
• AUBAUD Raoul François Régis (député - Oise - Cartel des gauches)
• AUBERT Louis Félix Hippolyte (député - Vendée - Non inscrit)
• Duc d'AUDIFFRET-PASQUIER Etienne Denis Augustin Marie Gaston (député - Orne - Républicains indépendants et d'Action sociale)
• AUFFRAY François Marie (député - Côtes-du-Nord - Républicain radical et radical socialiste)
• BADAUD-LACROZE Léonide (sénateur - Charente - Gauche démocratique)
• BACHELET Paul (sénateur - Pas-de-Calais – Non inscrit)
• BARDOUL Emmerand Prosper Marie Joseph (député - Loire-Inférieure - Fédération républicaine)
• BARDOUX Jacques (sénateur - Puy-de-Dôme - Union démocratique radicale)
• BARÉTY Léon Jean Jacques (député - Alpes-Maritimes - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• BARON Charles Victorin Apollon Marie Eugène (député - Basses-Alpes - Socialiste SFIO)
• BARON Ernest Alexandre Étienne dit Étienne (député - Tarn-et-Garonne - Radical-socialiste)
• BARTHE Édouard (député - Hérault - Union socialiste et républicaine - questeur de la Chambre)
• BARTHÉLEMY Georges Eugène Germain (député - Seine - Socialiste SFIO)
• BASQUIN Alfred Jean-Baptiste (député - Somme - Socialiste SFIO)
• BATAILLE Victor Antoine Martial (député - Saône-et-Loire - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• BAUDOUIN-BUGNET Pierre Jean Gustave (député - Doubs - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• BAUNION DÉMOCRATIQUE RADICALEY Charles Georges Alfred (député - Seine-et-Marne - Non inscrit)
• BAUFLE Maurice (sénateur - Doubs - Union républicaine)
• BAZILE Gaston (sénateur - Gard - Gauche démocratique)
• BAZIN Maurice (député - Jura - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• BEAUGRAND Kléber Jules Pierre (député - Loir-et-Cher - Socialiste SFIO)
• BEAUGUITTE André Emmanuel (député - Meuse - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• BEAUMONT Jean (sénateur - Allier - Gauche démocratique)
• Comte (BONNIN de la BONNINIÈRE) de BEAUMONT Jean Robert Maurice (Député - Cochinchine - Non inscrit)
• BEAUVILLAIN Auguste Arthur (député - Nord - Socialiste SFIO)
• BECQUART Henri Jules Lucien (député - Nord - Fédération républicaine)
• BEDOUCE Albert (député - Haute-Garonne - Socialiste SFIO)
• BELLANGER Robert (sénateur - Ille-et-Vilaine - Gauche
démocratique)
• BELMONT Robert (sénateur - Isère - Gauche démocratique)
• BELS Adrien (sénateur - Dordogne - Gauche démocratique)
• BELTRÉMIEUX Gaston Jean-Baptiste François Joseph (député - Pas-de-Calais - Socialiste SFIO)
• BELUEL Ernest (sénateur - Haute-Garonne - Gauche démocratique - décédé en 1942)
• BÉNAZET Paul Louis (sénateur - Indre - Gauche démocratique)
• BÉRANGER Pierre Vincent Émile (député - Eure - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• BÉRARD Léon (sénateur – Basses-Pyrénées – Union républicaine)
• BERGERY Gaston (député - Seine-et-Oise - Parti frontiste)
• BERNEX Jean-Baptiste Marie (député - Haute-Savoie - Fédération républicaine)
• BERNIER Paul Marie (député - Indre-et-Loire - Radical-socialiste)
• de BERNY Gérard (sénateur - Somme - Non inscrit)
• BÉRON Émile (député - Moselle - Gauche indépendante {ex-communiste})
• BERTHÉZENNE Charles (député - Gard - Union socialiste et républicaine)
• BERTHOD Aimé (sénateur - Jura - Gauche démocratique)
• BERTRAND Williams (sénateur - Charente-Inférieure - Radical-socialiste – Gauche démocratique)
• BESNARD René (sénateur - Indre-et-Loire - Gauche démocratique)
• BESSE René Amédée Marcel Joseph (député - Lot - Non inscrit)
• BETOULLE Léon (sénateur - Haute-Vienne - Socialiste SFIO)
• BÉZOS Robert Jean-Baptiste Paul (député - Landes - Radical-socialiste)
• BIBIÉ Maxence Bernard Pierre Émile (député - Dordogne - Union socialiste et républicaine)
• BIÉTRIX Louis Henri (député - Doubs - Indépendants d'union républicaine et nationale)
• BLANC Joseph (sénateur - Haute-Savoie - Gauche démocratique - décédé en 1941)
• BLANC Prosper (député - Ain - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• BLANCHET Sylvain Henri (député - Creuse - Socialiste SFIO)
• BLANCHO François Marie Valentin (sénateur - Loire-Inférieure - Socialiste SFIO)
• Comte de BLOIS Louis (sénateur - Maine-et-Loire - Non inscrit)
• BOIVIN-CHAMPEAUX Jean (sénateur - Calvados - Union républicaine)
• BON Léon (sénateur - Bouches-du-Rhône - Groupe socialiste SFIO)
• BONNET Georges Étienne (député - Dordogne - Radical-socialiste)
• BORET Victor (sénateur - Vienne - Gauche démocratique)
• BORGEOT Charles (sénateur - Saône-et-Loire - Gauche démocratique)
• BORREL Antoine (sénateur - Savoie - Gauche démocratique)
• BOSSOUTROT Lucien Jean-Baptiste (député - Seine - Radical-socialiste)
• BOUCHER Marcel Émile Auguste (député - Vosges - Indépendants d'union républicaine et nationale)
• BOUDET René (député - Allier - Socialiste SFIO)
• BOUGUEN Yves (sénateur - Côtes-du-Nord - Union démocratique radicale)
• BOUISSON Fernand Émile Honoré(député - Bouches-du-Rhône - Non inscrit)
• BOUISSOUD Charles Paul Adolphe Claudius (député - Saône-et-Loire - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• BOULAY Henry (député - Saône-et-Loire - Socialiste SFIO)
• BOULLY Georges (sénateur - Yonne – Gauche démocratique)
• BOUNIN Jacques (député - Alpes-Maritimes - Non inscrit)
• BOURDEAUX Henry (sénateur - Somme - Union démocratique radicale)
• BOUSGARBIÈS Jean (député - Aude - Radical-socialiste)
• BOUSQUET Édouard Marius (député - Lozère - Fédération républicaine)
• BOUX DE CASSON François Olivier Marie (député - Vendée - Fédération républicaine)
• BRACHARD Émile Victor Léon (député - Aube - Radical-socialiste)
• BRAISE Félix (sénateur - Haute-Savoie - Fédération républicaine – Union républicaine -décédé en 1942, avant la fin de son mandat)
• BRANDON Raoul Jacques Ernest (député - Seine - Union socialiste et républicaine - décédé avant la fin de son mandat)
• BRARD Alfred (sénateur - Morbihan - Gauche démocratique)
• BRET Georges Robert René Léon (député - Ille-et-Vilaine - Non inscrit)
• BRETON André Jules Louis (sénateur - Cher - Gauche démocratique)
• BRILLE Michel Louis (député - Somme - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• BRINGER Louis (sénateur - Lozère - Non inscrit)
• BRIQUET Camille Victor Joseph (député - Eure - Radical-socialiste)
• BROM Joseph (sénateur - Haut-Rhin - Non inscrit - décédé en 1945)
• BRUNET Auguste Charles Désiré Emmanuel -franc-maçon - (député - la Réunion - Union républicaine démocratique et de solidarité créole – inéligible à la Libération)
• BRUNET René Jean Alfred (député - Drôme - Socialiste SFIO)
• BUISSON Albert (sénateur - Puy-de-Dôme – Gauche démocratique)
• BURGEOT Pierre Julien (député - Rhône - Fédération républicaine)
• BURRUS Maurice Jean Marie (député - Haut-Rhin - Action populaire
• BURTIN René Valentin (député - Saône-et-Loire - Socialiste SFIO)
• BUYAT Louis Antoine Marie (député - Isère - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• CADIC Joseph Marie Augustin (député - Morbihan - Non inscrit)
• CAILLAUX Joseph (sénateur – Sarthe – Gauche démocratique - décédé en 1944)
• CAILLIER (René (sénateur – Gironde – Union démocratique radicale)
• CALMEL Armand (sénateur – Gironde – Union démocratique radicale)
• (FILHOL) DE CAMAS Edmond (sénateur – Morbihan – Gauche démocratique - décédé en 1945)
• CAMBOULIVES Laurent (sénateur – Tarn – Gauche démocratique)
• CANDACE Gratien (député – Guadeloupe - Gauche radicale – Vice-président de la chambre - seul député Noir)
• CAPRON Marcel Albert (député - Seine – Communiste)
• CAPUS Joseph (sénateur – Gironde – Union démocratique radicale)
• CARRÉ-BONVALET René (sénateur – Charente-Inférieure – Gauche démocratique)
• CARRÈRE Bertrand (sénateur – Haute-Garonne – Gauche démocratique)
• CARRON Hyacinthe (député - Savoie - Radical-socialiste)
• CASSEZ Émile (sénateur – Haute-Marne – Gauche démocratique)
• CASTNON INSCRITNEZ Jean Marcel (député - Cher – Socialiste SFIO)
• CASTEL Léon (député – Aude - Radical-socialiste)
• de CASTELLANE Stanislas (sénateur – Cantal – Union démocratique radicale)
• CAUTRU Camille (sénateur – Calvados – Union républicaine)
• CAYREL Antoine Georges Hubert (député – Gironde - Gauche indépendante)
• DE CHABOT Pierre Marie (député – Vendée - Fédération républicaine)
• CHAMBONNET Auguste (sénateur – Creuse – Gauche démocratique)
• de CHAMMARD Jacques Paul (sénateur – Corrèze – Gauche démocratique)
• DE CHAMPEAUX François Michel (député – Côte-d’Or - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• CHANAL Eugène (sénateur – Ain – Gauche démocratique)
• CHASSEIGNE François Ernest Edmond - franc-maçon - (député - Indre – Parti de l’Unité prolétarienne)
• CHÂTEAU René Eugène Armand (député - Charente-Inférieure - Radical socialiste – Philosophe collaborateur connu sous le pseudonyme de Jean-Pierre ABEL – détenu à la Libération - négationniste)
• CHAULIN-SERVINIÈRE Jean Paul Gaston Lucien (député – Mayenne - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• CHAUTEMPS Alphonse (sénateur - Indre-et-Loire - Gauche démocratique - décédé en 1944)
• CHAUTEMPS Camille (sénateur - Loir-et-Cher - Gauche démocratique)
• CHICHERY Albert Marc (député - Indre - Radical-socialiste)
• CHOUFFET Armand Pierre Émile (député - Rhône - Parti socialiste)
• CLAMAMUS Jean-Marie (sénateur – Seine – Groupe communiste)
• CLAUDET Fernand René Léon Just (député - Doubs - Républicains indépendants et d'action sociale)
• DE CLERMONT-TONNERRE François Marie Amédée Joseph (député - Somme - Agraire indépendant)
• COINTREAU André Pierre (député - Maine-et-Loire - Républicains indépendants et d'action sociale)
• COLOMB Pierre Augustin Nicolas(député - Vienne - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• COMPAYRÉ Emery (député - Tarn - Radical-socialiste)
• CONSTANT Victor (sénateur – Seine – Union républicaine)
• CONVERSET René (sénateur – Aube – Non inscrit)
• COTY René (sénateur - Seine-Inférieure - Républicains Indépendants – Union républicaine - futur président de la 4ème République !)
• COUCOUREUX Joseph (sénateur – Aveyron - Union républicaine)
• COULAUDON Aimé Félix François Marie (député - Puy-de-Dôme – Socialiste SFIO)
• COUROT Louis (sénateur – Meuse – Union républicaine)
• COURRENT Paul Jean Pierre (député - Lot-et-Garonne - Radical-socialiste)
• COURSON Léon (député - Indre-et-Loire - Radical-socialiste)
• COURTEHOUX Jules François Joseph Marie (député - Ardennes - Radical-socialiste)
• de COURTOIS Pierre (sénateur – Basses-Alpes – Gauche démocratique)
• COUSIN Georges Lucien Paul Constant (député - Seine - Fédération républicaine)
• CROUAN Jean Adolphe Marie (député - Finistère - Fédération républicaine)
• DAHLET Camille (député - Bas-Rhin – Action populaire)
• DAILLE Albert (député - Tarn-et-Garonne - Radical-socialiste – décédé avant la fin de son mandat)
• DANIEL-VINCENT Charles (sénateur – Nord – Gauche démocratique)
• DARIAC Adrien Louis (député - Orne - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• DAUZIER Louis (sénateur – Cantal – Gauche démocratique)
• DAVID André (député - Haute-Garonne – Socialiste SFIO)
• DÉAT Marcel (député - Charente - Union socialiste et républicaine - mort en exil en Italie)
• DEBRÉGÉAS Gabriel (député - Haute-Vienne – Socialiste SFIO)
• DECLERCQ Gilbert (député – Nord – Communiste – Mort pour la France à Nîmes le 30 septembre 1944)
• DELAUNAY Amédée Charles Alfred (député - Charente-Inférieure - Radical-socialiste - décédé avant la fin de son mandat)
• DELAUNAY Maurice Robert (député - Calvados – Non inscrit)
• DELCOS François (député - Pyrénées-Orientales - Radical-socialiste)
• DELESALLE Charles (sénateur – Pas-de-Calais – Union démocratique radicale)
• DELPUECH Vincent (sénateur – Bouches-du-Rhône – Gauche démocratique)
• DELTHIL Roger (sénateur – Tarn-et-Garonne – Gauche démocratique)
• DELZANGLES René Bernard Pierre (député - Basses-Pyrénées - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• DENIS Georges (député - Mayenne - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• DEREUSE Eugène Henri (député - Nord – Socialiste SFIO)
• DESBONS Jean Marie Joseph Charles(député - Hautes-Pyrénées - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• DESCHANEL Jean Louis Camille Émile (député - Eure-et-Loir - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• DESCHASEAUX Marcel (député - Vosges - Parti social français)
• DESCHIZEAUX Louis Georges (député - Indre - Union socialiste et républicaine)
• DESGRANGES Jean-Marie (député - Morbihan - Non inscrit)
• DESJARDINS Charles (sénateur – Aisne – Action nationale républicaine et sociale)
• DESPRÈS Marcel (sénateur – Saône-et-Loire – Gauche démocratique)
• DEUDON Maurice (député – Nord – Socialiste SFIO)
• DEVAUD Stanislas (député - Algérie - Républicains indépendants et d'action sociale)
• DEWEZ Sulpice (député – Nord – Communiste)
• DE DIESBACH Louis (député - Pas-de-Calais - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• DIGNAC Pierre (député - Gironde - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• DOMMANGE René (député - Seine - Indépendants d'union républicaine et nationale)
• DONON Marcel (sénateur – Loiret – Gauche démocratique - décédé en 1943)
• DORMANN Maurice (sénateur – Seine-et-Oise – Non inscrit)
• DOUSSAIN Gustave (député - Seine - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• DROUOT Maurice (député - Haute-Saône - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• DUAULT Alfred (député - Côtes-du-Nord - Démocrate populaire)
• DUBON Antoine (député - Landes - Union socialiste et républicaine)
• DUBOSC Albert (député - Seine-Inférieure - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• DUBOSC Louis François (député - Gers – Socialiste SFIO)
• DUBOYS-FRESNEY Jacques Étienne Albert (député - Mayenne - Fédération républicaine)
• DUCHESNE-FOURNET Pierre (député – Calvados – Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• DUCOS Hippolyte Roc Aristide (député - Haute-Garonne - Radical-socialiste)
• DUMESNIL Jacques-Louis (sénateur – Seine-et-Marne – Non inscrit)
• DUPONT Alphonse Joseph (député - Ain - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• (FRÉDÉRIC-)DUPONT Édouard (député - Seine - Fédération républicaine)
• DUPUY Pierre (député - Établissements français de l’Inde - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• DUTERTRE DE LA COUDRE Augustin Louis Marie Joseph Pie (député – Loire-Inférieure - Fédération républicaine)
• ELBY Henri (sénateur – Pas-de-Calais – Union démocratique radicale)
• ELSAESSER Charles (député - Bas-Rhin - Action populaire)
• ESCANDE Georges (sénateur – Lot-et-Garonne –Gauche démocratique - décédé en 1944)
• ESCARTEFIGUE Marius (député - Var - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• ESPARBÈS Ernest (député - Haute-Garonne – Socialiste SFIO)
• EVEN Pierre (sénateur – Côtes-Nord – Gauche démocratique - décédé en 1941)
• EYNAC Laurent André dit LAURENT-EYNAC (sénateur – Haute-Loire – Gauche démocratique)
• EYNARD François (sénateur – Drôme – Gauche démocratique)
• FABRE Ulysse (sénateur – Vaucluse – Gauche démocratique)
• FABRY Jean (sénateur – Doubs – Union républicaine)
• FALLIÈRES André (sénateur - Lot-et-Garonne - Gauche démocratique)
• FARJON Roger (sénateur – Pas-de-Calais – Union républicaine)
• FAUCHON Maxime (député - Manche - Républicains indépendants et d'action sociale)
• FÉGA Joseph (député – Haut-Rhin - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• FÉRIN Raymond (député - Marne - Radical-socialiste)
• FERNAND-LAURENT Jean (député - Seine - Républicain indépendant)
• FERRAND Camille (sénateur – Creuse – Gauche démocratique)
• FÉVRIER André (député - Rhône – Socialiste SFIO)
• FIANCETTE Eugène (sénateur – Seine – Gauche démocratique)
• FIEU Louis(député - Tarn – Socialiste SFIO)
• FIORI Henri (député - Algérie - Union socialiste et républicaine)
• FLANDIN Pierre-Étienne (député - Yonne - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• FONTANILLE René (sénateur – Lot – Gauche démocratique - décédé en 1941)
• FOUILLOUX Albert (sénateur – Ain – Gauche démocratique)
• FOULD Achille (député - Hautes-Pyrénées - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• FOURCADE Manuel (sénateur – Hautes-Pyrénées – Union républicaine - décédé en 1943)
• FOURCAULT DE PAVANT François (député - Seine-et-Oise - Républicains indépendants et d'action sociale)
• FOURMENT Gustave (sénateur – Var – Gauche démocratique - décédé en 1940 )
• FOURRIER Jules (député - Seine – Communiste)
• DE FRAMONT DE LA FRAMONDÉE Ernest (député - Lozère - Fédération républicaine)
• FRANCHI Toussaint (député - Bouches-du-Rhône – Socialiste SFIO)
• du FRETAY François (sénateur – Finistère – Union républicaine)
• FROGET Jean-Marie (sénateur – Rhône – Gauche démocratique - décédé en 1942)
• FROSSARD Ludovic-Oscar (député - Haute-Saône - Non inscrit)
• FROT Eugène (député - Loiret - Union socialiste et républicaine)
• FUCHS Édouard (député - Haut-Rhin - Action populaire)
• GADAUD Félix (sénateur – Dordogne –Gauche démocratique)
• GAILLEMIN Louis (sénateur – Vosges – Union républicaine)
• GALIMAND Lucien (député - Seine-Inférieure - Radical-socialiste)
• GALLET Antoine-Marius (député - Ain - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• GAPIAND Jean (député - Loire - Non inscrit)
• GARCHERY Jean-Louis (député - Seine – Socialiste SFIO)
• GARDEY Abel (sénateur – Gers – Gauche démocratique)
• GARDIOL Louis (député - Basses-Alpes – Socialiste SFIO)
• GARRIGOU Louis (sénateur – Lot – Gauche démocratique)
• GASNIER-DUPARC Alphonse (sénateur – Ille-et-Vilaine – Gauche démocratique)
• GASPARIN Lucien Charles Marie -franc-maçon - (député – Réunion – Radical)
• GÉRARD Gaston (député - Côte-d'Or - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• GAURAND Pierre (député - Loire - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• GAUTHEROT Gustave (sénateur – Loire-Inférieure – Action nationale républicaine et sociale - décédé en 1944)
• GAUTIER Fernand (sénateur – Indre – Gauche démocratique - décédé en 1942)
• GELLIÉ Émile (député - Gironde - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• GENTIN Fernand (député - Aube - Radical-socialiste)
• GENTY André ( député - Seine-Inférieure - Agraire indépendant)
• GÉRENTE Henri (député - Haute-Savoie - Non inscrit)
• GERMAIN Paul (sénateur – Indre-et-Loire – Gauche démocratique - décédé en 1944)
• GERNEZ Raymond (député - Nord – Socialiste SFIO)
• GILLET Pierre (député - Morbihan - Agraire indépendant)
• GINET Jean (député - Isère - Radical-socialiste)
• GIRAULT Fernand (député - Loire - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• GOIRAND André (sénateur – Deux-Sèvres – Gauche démocratique)
• GOUNIN René (sénateur – Charente – Gauche démocratique)
• GOUSSU Paul (député - Sarthe - Démocrate populaire)
• GOY Jean (député - Calvados - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• (MILLIN) DE GRANDMAISON Georges Charles Alfred Marie (sénateur - Maine-et-Loire - Républicain et social – Union républicaine - décédé en 1943)
• (MILLIN) DE GRANDMAISON Robert (député - Maine-et-Loire - Républicains indépendants et d'Action sociale)
• GROS Arsène (député - Jura – Socialiste SFIO)
• GUERNIER Charles (député - Ille-et-Vilaine - Non inscrit)
• GUERRET Marcel (député - Tarn-et-Garonne – Socialiste SFIO)
• GUICHARD Louis (député - Vaucluse - Radical-socialiste)
• GUIDET Abel (député - : Pas-de-Calais - Radical-socialiste – Mort pour la France)
• GUILHEM Jacques (sénateur – Aude – Gauche démocratique)
• GULLUNG Joseph (député - Haut-Rhin - Action populaire)
• GUYONNET Louis (sénateur – Isère – Gauche démocratique)
• HANNOTIN Edmond (sénateur – Ardennes – Union démocratique radicale)
• Comte d'HARCOURT (sénateur - Calvados – Union républicaine)
• HARENT Joseph (sénateur – Somme – Non inscrit)
• HARTER Paul (député - Moselle - Action populaire)
• HARTMANN Charles (député - Haut-Rhin - Action populaire)
• HAY Jean (député - Charente-Inférieure - Radical-socialiste - Mort pour la France)
• HEID Arthur Jean (député - Moselle - Action populaire)
• HENRIOT Philippe (député - Gironde - Fédération républicaine)
• HENRY-HAYE Gaston (sénateur – Seine-et-Oise – Non inscrit)
• HÉRAUD Marcel (député - Seine - Républicains indépendants et d'action sociale)
• HERVÉ Yves (député - Côtes-du-Nord - Républicains indépendants et d'action sociale – décédé avant la fin de son mandat)
• HYMANS Max (député - Indre - Union socialiste et républicaine)
• DES ISNARDS Charles (député - Seine - Fédération républicaine)
• JACQUIER Paul (sénateur – Haute-Savoie – Gauche démocratique)
• JACQUY Jean (sénateur – Marne – Non inscrit)
• JARDILLIER Robert (député - Côte-d'Or – Socialiste SFIO)
• JOIN-LAMBERT André (sénateur
– Eure – Union républicaine)
• JOLY François (député - Ille-et-Vilaine - Républicains indépendants et d'action sociale)
• JOSSE Prosper (sénateur – Eure – Action nationale républicaine et sociale)
• JOURDAIN Paul (sénateur – Haut-Rhin – Union démocratique radicale)
• Marquis de JUIGNÉ Jacques (sénateur – Loire-Inférieure – Non inscrit)
• DE KERGARIOU Edgar (sénateur – Côtes-du-Nord – Union démocratique radicale)
• LABBÉ Ernest (sénateur – Ardennes – Union démocratique radicale)
• LACHAL Raymond (député - Puy-de-Dôme - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• LA CHAMBRE Guy (député - Ille-et-Vilaine - Radical-socialiste)
• LAFAYE Gabriel Paul (député - Gironde - Union socialiste et républicaine)
• Marquis de la FERRONNAYS Henri (député - Loire-Inférieure - Non inscrit)
• LAFFONT Paul (sénateur – Ariège – Gauche démocratique)
• LAMBIN Paul (député - Aisne – Socialiste SFIO)
• LAMOUREUX Lucien (député - Allier - Radical-socialiste)
• LANCIEN Ferdinand (sénateur – Finistère – Gauche démocratique)
• LANIEL Joseph (député - Calvados - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• LAROCHE Ernest (député - Puy-de-Dôme – Socialiste SFIO)
• LAUDIER Henri (sénateur - Cher – Gauche démocratique)
• (RAYMOND-)LAURENT Jean (député - Loire - Démocrate populaire)
• LAUTIER Pierre (sénateur - Ardèche – Union républicaine)
• LAVAL Pierre (sénateur - Puy-de-Dôme - Non inscrit - fusillé le 15 octobre 1945)
• LAVERGNE Fernand (sénateur – Tarn – Gauche démocratique)
• LAVOINNE André (sénateur – Seine-Inférieure – Union républicaine)
• LEBERT André (sénateur – Sarthe – Union démocratique radicale)
• LEBLANC Edmond (sénateur – Mayenne – Union républicaine)
• LEBŒUF Marcel (sénateur – Nièvre – Union démocratique radicale)
• LEBRET René (député - Seine-Inférieure - Union socialiste et républicaine)
• LE COUR GRANDMAISON Jean Baptiste Charles René Marie Joseph (député - Loire-Inférieure - Non inscrit)
• LÉCULIER Henri (sénateur – Jura – Gauche démocratique)
• LEDOUX Ferdinand (député - Ardennes - Radical-socialiste)
• LEFAS Alexandre (sénateur – Ille-et-Vilaine – Union républicaine)
• LEFEBVRE du PREY Edmond (sénateur – Pas-de-Calais – Union républicaine)
• LEFÈVRE Roger (député - Charente-Inférieure - Socialiste SFIO)
• LEGUET Firmin (sénateur – Ardennes – Union démocratique radicale)
• LE JEUNE Olivier (sénateur - Finistère – Non inscrit)
• LEMAISTRE Jean (sénateur – Ille-et-Vilaine – Gauche démocratique)
• LE MAUX Philippe (député - Côtes-du-Nord – Socialiste SFIO)
• LÉMERY Henry (sénateur – Martinique – Non inscrit)
• LE MOIGNIC Eugène (sénateur – Compagnie des Indes Françaises – Gauche démocratique)
• LE POULLEN Étienne (député - Ille-et-Vilaine - Fédération républicaine)
• LE ROUX Eugène Alexis (député - Loire-Inférieure – Socialiste SFIO)
• DE LESTAPIS Samuel (député - Basses-Pyrénées - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• Comte de LEUSSE Jean (sénateur – Bas-Rhin – Union républicaine)
• LEVESQUE Luc Marie Léon Pascal (député - Vienne - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• LÉVY Moïse (sénateur – Haute-Saône – Gauche démocratique)
• L'HÉVÉDER Louis (député - Morbihan – Socialiste SFIO)
• LIAUTEY André François Marie Joseph (député - Haute-Saône - Radical-socialiste)
• LINYER Louis (sénateur – Loire-Inférieure – Action nationale républicaine et sociale)
• LISSAR Jean (sénateur – Basses-Pyrénées – Union républicaine)
• LOHÉAC Pierre (député - Finistère - Républicains indépendants et d'action sociale)
• LOUBAT Pierre (sénateur – Tarn – Gauche démocratique)
• LOUBET Joseph (sénateur – Lot –Gauche démocratique)
• LOUIS-DREYFUS Louis (sénateur – Alpes-Maritimes – Non inscrit)
• LOURTIES Victor (sénateur – Landes – Gauche démocratique)
• LUCAS Octave Joseph (député - Manche - Fédération républicaine)
• LUCCHINI Albert Marcel (député - Bouches-du-Rhône – Socialiste SFIO)
• MACOUIN Clovis Henri Dominique (député - Deux-Sèvres - Fédération républicaine)
• MAFFRAY Marius (député - Indre-et-Loire – Socialiste SFIO)
• MAHIEU Albert (sénateur – Nord – Union démocratique radicale)
• MAJUREL Moïse Élie Charles (député - Hérault – Socialiste SFIO)
• MALLARMÉ André (sénateur – Alger – Non inscrit)
• MALON Émile (député - Manche - Non inscrit)
• MALRIC Ernest Jean Marie (député - Tarn - Radical-socialiste)
• MALVY Louis-Jean (député - Lot - Radical-socialiste)
• MANCEAU Anatole (sénateur – Maine-et-Loire – Union républicaine)
• MARCHANDEAU Paul Marie Henri Joseph - franc-maçon - (député - Marne - Radical-socialiste)
• MARESCAUX Léon Fleurisse Désiré (député - Nord - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• MAROGER Jean (sénateur – Aveyron – Union républicaine)
• MAROSELLI André (sénateur – Haute-Saône – Gauche démocratique)
• MARQUET Adrien (député - Gironde - Non inscrit)
• MARTEL Louis Félix (député - Haute-Savoie - Démocrate populaire)
• MARTIN François (député - Aveyron - Fédération républicaine)
• MARTIN Henri Jean Eugène (député - Marne – Socialiste SFIO – Mort pour la France)
• MARTIN Raymond (sénateur - Haute-Marne – Gauche démocratique)
• MASSE Pierre (sénateur - Hérault – Gauche démocratique)
• MASSÉ Émile Claude Antoine (député - Puy-de-Dôme - Radical-socialiste)
• MASSÉ Joseph François Louis (député - Cher - Indépendants d'union républicaine et nationale)
• MASSOT Marcel Xavier (député - Basses-Alpes - Radical-socialiste)
• MASTEAU Jacques (député - Vienne - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• MATHÉ Pierre (député - Côte-d'Or - Agraire indépendant)
• MAUGUIÈRE Albert Jules Marie (député - Haute-Saône - Radical-socialiste)
• MAULION Paul (sénateur – Morbihan – Gauche démocratique)
• MAUPOIL Henri (sénateur – Saône-et-Loire – Gauche démocratique)
• MAURICE Georges (sénateur – Vienne – Gauche démocratique)
• MECK Henri (député - Bas-Rhin - Action populaire)
• MÉDECIN Jean (sénateur – Alpes-Maritimes – Non inscrit)
• MELLENNE André Gervais Paul Albert (député - Oise - Radical-socialiste)
• MÉNIER Georges (député - Charente - Radical-socialiste)
• MENNECIER Albert Omer Clovis (député - Aisne – Socialiste SFIO)
• MERLIN Henry (sénateur – Marne – Gauche démocratique)
• MEYER Léon (député - Seine-Inférieure - Radical-socialiste – n’a pas terminé son mandat)
• MICHARD-PELLISSIER Jean Lucien Victor (député - Hautes-Alpes - Gauche indépendante)
• MICHEL Augustin (député - Haute-Loire - Fédération républicaine)
• MICHEL Pierre (sénateur - Côtes-du-Nord – Gauche démocratique )
• MIELLET Edmond (député - Territoire-de-Belfort - Radical-socialiste)
• MILAN François (sénateur – Savoie – Gauche démocratique)
• MILLIÈS-LACROIX Eugène (sénateur – Landes – Gauche démocratique)
• MIREAUX Émile (sénateur – Hautes-Pyrénées – Union démocratique radicale)
• MISTLER Jean (député - Aude - Radical-socialiste)
• MITTON Jules (député - Eure-et-Loir - Radical-socialiste)
• MOLLARD Maurice (sénateur – Savoie – Gauche démocratique)
• MONCELLE Édouard Marius Joseph (député - Moselle - Union républicaine démocratique)
• MONFORT Louis Marie (député - Finistère - Non inscrit)
• MONSACRÉ Fernand (sénateur – Aube – Non inscrit)
• MONSSERVIN Joseph (sénateur – Aveyron – Union républicaine)
• DE MONTAIGU Hubert (député - Loire-Inférieure - Fédération républicaine)
• DE MONTALEMBERT Geoffroy (député - Seine-Inférieure - Non inscrit)
• MONTIGNY Jean Auguste (député - Sarthe - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• DE MONZIE Anatole (député - Lot - Union socialiste et républicaine)
• MORANE Paul (député - Côtes-du-Nord - Républicains indépendants et d'action sociale)
• MOREAU Gaston Maurice (député - Maine-et-Loire - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• MORIN Ferdinand (député - Indre-et-Loire – Socialiste SFIO)
• MOURIER Louis (sénateur – Gard – Gauche démocratique)
• MULLER Eugène (sénateur – Bas-Rhin – Action nationale républicaine et sociale)
• MURET Auguste Joseph Vincent (député – Hautes-Alpes – Socialiste SFIO)
• NACHON Louis (député - Jura - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• NADER Hervé (député - Finistère - Républicains indépendants et d'action sociale)
• NAPHLE André (député - Gironde – Socialiste SFIO)
• NAUDIN Achille (sénateur - Nièvre – Union démocratique radicale)
• NAUDIN Raoul (député - Nièvre - Radical-socialiste)
• NÉRON Édouard (sénateur – Haute-Loire - Action nationale républicaine et sociale)
• NEYRET Jean (sénateur – Loire – Union démocratique radicale)
• NIEL Jean (député - Aveyron - Républicain indépendant)
• NOUELLE Georges (député - Saône-et-Loire – Socialiste SFIO)
• OBERKIRCH Alfred (député - Bas-Rhin - Fédération républicaine)
• OUVRÉ Albert (sénateur – Seine-et-Marne – Non inscrit)
• PAGEOT Auguste (député - Loire-Inférieure – Socialiste SFIO)
• PALMADE Maurice (sénateur – Charente-Inférieure – Gauche démocratique)
• PASCAUD Édouard Pierre Ausonne François (député - Charente - Radical-socialiste
• PATIZEL Henri (sénateur – Marne – Gauche démocratique)
• PAULIN Albert (député - Puy-de-Dôme – Socialiste SFIO)
• PAVIN de LAFARGE Henri (sénateur – Ardèche – Union républicaine)
• PÉBELLIER Eugène-Gaston (député - Haute-Loire - Républicains indépendants et d'action sociale)
• PÉCHEROT René (député - Drôme - Radical-socialiste)
• PEISSEL François (député - Rhône - Républicains indépendants et d'action sociale)
• PELLÉ Léon (député - Loiret - Républicain indépendant)
• PELLETIER Jean (sénateur – Saône-et-Loire – Gauche démocratique)
• PERDRIX Henri (sénateur – Drôme – Gauche démocratique)
• PÉRIN Émile (député - Nièvre - Parti de l'unité prolétarienne)
• PERNOT Georges (sénateur – Doubs – Union républicaine)
• PERREAU-PRADIER Pierre (député - Yonne - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• PERREIN Émile (député - Maine-et-Loire - Radical-socialiste)
• PESCHADOUR Julien (député - Corrèze – Socialiste SFIO)
• PETSCHE Maurice (député - Hautes-Alpes - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• PEUGEOT François (député - Doubs - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• PEYRONNET Albert (sénateur – Allier – Gauche démocratique)
• PEZET Ernest (député - Morbihan - Démocrate populaire)
• PICHERY Pierre (sénateur – Loir-et-Cher – Non inscrit)
• PIÉTRI François (député - Corse - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• PILLOT Armand (député - Seine – Communiste)
• PINAULT Étienne (député - Ille-et-Vilaine - Démocrate populaire – décédé avant la fin de son mandat)
• PINAY Antoine (sénateur – Loire – Union démocratique radicale)
• PINELLI Noël (député - Seine - Républicain indépendant)
• PITTI-FERRANDI François (sénateur – Corse – Gauche démocratique)
• PLANCHE Camille (député - Allier – Socialiste SFIO)
• PLICHON Jean-Pierre (député - Nord - Républicains indépendants et d'action sociale)
• POINTAIRE Adolphe (sénateur – Jura – Gauche démocratique)
• POITOU-DUPLESSY Jacques (député - Charente - Fédération républicaine)
• POLIMANN Lucien-Angèle (député - Meuse - Républicains indépendants et d'action sociale)
• POMARET Charles (député - Lozère - Union socialiste et républicaine)
• PONSARD Henry (député - Bouches-du-Rhône - Républicains indépendants et d'action sociale)
• PORTMANN Georges (sénateur – Gironde – Non inscrit)
• POTUT Georges (député - Nièvre - Radical-socialiste)
• PRESSEQ Léopold (sénateur – Tarn-et-Garonne – Gauche démocratique)
• PRINGOLLIET André (député - Savoie - Union socialiste et républicaine)
• PROVOST-DUMARCHAIS Gaston (sénateur – Nièvre – Union républicaine)
• QUEINNEC Jacques (sénateur – Finistère – Union républicaine)
• QUENETTE Jean (député - Meurthe-et-Moselle - Républicains indépendants et d'action sociale)
• QUINSON Aimé (député - Ain – Socialiste SFIO)
• RADULPH Jules Albert (député - Calvados - Agraire indépendant)
• RAMBAUD Louis (sénateur - Vendée – Action nationale républicaine et sociale)
• RANQUET Joseph Valentin (député - Gard - Radical-socialiste)
• RAUX Lucien (député - Nord - Communiste)
• RAUZY Alexandre (député - Ariège - Socialiste SFIO)
• RAVANAT Joannès (député - Isère - Socialiste SFIO)
• RAY André Victor (député - Isère - Radical-socialiste)
• RAYNAUD Clément (sénateur – Aude – Gauche démocratique)
• RÉGIS Marcel André (député - Algérie - Socialiste SFIO)
• REIBEL Charles (sénateur – Seine-et-Oise – Union républicaine)
• REILLE-SOULT-DALMATIE François (député - Tarn - Démocrate populaire)
• RICHARD Paul (député - Rhône - Fédération républicaine)
• RIFFATERRE Camille Guillaume (député - Creuse - Socialiste SFIO)
• RILLART de VERNEUIL Henri (sénateur – Aisne – Action nationale républicaine et sociale)
• RIO Alphonse (sénateur - Morbihan –gd)
• RIOU Gaston Édouard (député - Ardèche - Radical-socialiste)
• RIVES Paul Jacques Marius (député - Allier - Socialiste SFIO)
• RIVIÈRE Albert Marcel (député - Creuse - Socialiste SFIO)
• ROBBE Fernand (député - Seine-et-Oise - Radical-socialiste)
• ROBERT Léopold (sénateur - Vendée – Action nationale républicaine et sociale)
• ROBERT Maurice (député - Aube - Radical-socialiste)
• DE ROCCA-SERRA Camille Charles Joseph Eugène Roch (député - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• ROCHEREAU Victor (député - Vendée - Républicain indépendant)
• ROGÉ Gaston (sénateur – Meurthe-et-Moselle – Union républicaine)
• ROLDES Maxence Jean-Baptiste (député - Yonne - Socialiste SFIO)
• ROLLIN Louis Marie Joseph Étienne (député - Seine - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• ROLLIN René Alfred Émile (député - Haute-Marne - Radical-socialiste)
• ROTINAT Vincent (député - Indre - Radical-socialiste)
• des ROTOURS Guillaume (sénateur – Nord – Union démocratique radicale)
• ROUCAYROL Fernand (député - Hérault - Socialiste SFIO)
• ROUGER Hubert (député - Gard - Socialiste SFIO)
• ROULLEAUX-DUGAGE Georges Henri Maurice Christian (député - Orne - Fédération républicaine)
• ROUMAJON Jean Edmond (député - Corrèze - Socialiste SFIO)
• ROUSSEL Édouard (sénateur - Nord – Union démocratique radicale)
• ROUSSEL Émile (sénateur - Aisne – Action nationale républicaine et sociale)
• ROUSTAN Mario (sénateur – Hérault – Gauche démocratique)
• ROUX François (député - Saône-et-Loire - Socialiste SFIO)
• ROY Henri (sénateur - Loiret - Gauche démocratique)
• ROZIER Félix (sénateur – Drôme – Gauche démocratique)
• DE SAINT-JUST François (député - Pas-de-Calais - Fédération républicaine)
• DE SAINT-PERN Henri (député - Maine-et-Loire - Fédération républicaine)
• SAINT-VENANT Charles (député - Nord - Socialiste SFIO)
• SALENGRO Henri (député - Nord - Socialiste SFIO)
• SARRAUT Albert (sénateur – Aude – Gauche démocratique)
• SATINEAU Maurice (député - Guadeloupe - Union républicaine et sociale)
• SAUDUBRAY François (député - Sarthe - Démocrate populaire)
• SAURIN Paul (député - Algérie - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• SCAPINI Georges (député - Seine - Républicain indépendant)
• SCHRAMECK Abraham (sénateur – Bouches-du-Rhône – Gauche démocratique)
• SCHUMAN Robert (député - Moselle - démocrate populaire - un des pères fondateur de l'Europe !)
• SCLAFER James (sénateur - Charente-Inférieure - Radical-socialiste – Gauche démocratique)
• SELLIER Louis (député - Seine - parti de l'Unité prolétarienne)
• SELTZ Thomas (député - Bas-Rhin - Action populaire)
• SERLIN Joseph (sénateur – Isère – Gauche démocratique)
• SÉROT Robert (député - Moselle - Républicains indépendants et d'action sociale)
• SIBUÉ Louis (député - Savoie - Socialiste SFIO)
• SILVESTRE Léon (député - Gard - Socialiste SFIO)
• SIREYJOL Léon (sénateur – Dordogne – Gauche démocratique)
• SOULA Daniel Jean-Baptiste (député - Ariège - Socialiste SFIO)
• SPINASSE Charles (député - Corrèze - Socialiste SFIO)
• SUSSET Raymond (député - Seine - Union socialiste et républicaine)
• TAITTINGER Pierre (député - Seine - Fédération républicaine)
• TALANDIER Fernand Paul Jean-Baptiste Bertrand Germain (député - Cantal - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• TASSO Henri (sénateur – Bouches-du-Rhône – Groupe socialiste - SFIO)
• TAUDIÈRE Émile (député - Deux-Sèvres - Républicains indépendants et d'action sociale)
• TAURINES Jean (sénateur – Loire – Union démocratique radicale)
• TEMPLE Emmanuel Jacques Marie (député - Aveyron - Fédération républicaine)
• DE TESSAN François Armand Delphin Jules (député - Seine-et-Marne - Radical-socialiste – Mort pour la France)
• TESSIER Georges (député - Haute-Vienne – Socialiste SFIO)
• THELLIER Paul (député - Pas-de-Calais - Alliance des républicains de gauche et des radicaux – Mort pour la France)
• THIBON Alphonse Jules Isidore (député - Ardèche - Fédération républicaine)
• THIÉFAINE Maurice (député - Loire-Inférieure – Socialiste SFIO)
• THIOLAS Maurice Antonin Barthélémy (député - Haute-Loire – Socialiste SFIO)
• THONON Charles (député - Seine-et-Oise – Socialiste SFIO)
• THORP René Pierre William (député - Gironde - Radical-socialiste)
• THOUMYRE Robert (sénateur – Seine-Inférieure – Union républicaine)
• THUREAU-DANGIN Jean (sénateur – Seine-Inférieure – Union républicaine)
• DU TINGUY DU POUËT Jean (député - Vendée - Républicains indépendants et d'action sociale)
• TIXIER-VIGNANCOUR Jean-Louis Gilbert (député - Basses-Pyrénées - Non inscrit – futur candidat d’extrême droite aux présidentielles de 1965)
• TOY-RIONT Maurice (sénateur – Hautes-Alpes – Union républicaine)
• TRANCHAND Aimé (député - Vienne - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• TRISTAN Firmin Célestin Marie (député - Morbihan - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• TURLIER Henry (sénateur – Saône-et-Loire – Gauche démocratique)
• ULMO Georges (sénateur – Haute-Marne – Gauche démocratique)
• VAILLANDET Pierre (député - Vaucluse – Socialiste SFIO)
• VALADIER Jean (sénateur – Eure-et-Loir – Gauche démocratique)
• VALAT Fernand (député - Gard – Communiste)
• VALENTIN François Charles Joseph dit FRANÇOIS-VALENTIN (député - Meurthe-et-Moselle - Fédération républicaine)
• VALIÈRE Sabinus (député - Haute-Vienne - Socialiste SFIO)
• VALLAT Xavier (député - Ardèche - Fédération républicaine)
• VALLETTE-VIALLARD Pierre (député - Ardèche - Fédération républicaine)
• VALLIN Charles (député - Seine - Parti social français)
• VANTIELCKE Roger (député - Pas-de-Calais – Socialiste SFIO)
• VARDELLE Marcel Léon (député - Haute-Vienne – Socialiste SFIO)
• VAUR Léon (député - Manche - Démocrate populaire)
• VEYSSIÈRE Gaston (sénateur – Seine-Inférieure – Union républicaine)
• VIELLARD Louis (sénateur – Territoire-de-Belfort – Union républicaine)
• VILLAULT-DUCHESNOIS Jean (sénateur – Manche – Union républicaine)
• VILLEDIEU Antoine (député - Puy-de-Dôme – Socialiste SFIO)
• VINCENT Adolphe Jules Félix Louis (député - Pas-de-Calais - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• VINCENT Émile (sénateur - Côte-d'Or - Non inscrit)
• VOIRIN Maurice (député - Ardennes – Socialiste SFIO)
• WALTER Michel (député - Bas-Rhin - Action populaire)
• WARUSFEL Alphonse (sénateur – Oise – Union démocratique radicale)
• de WENDEL Guy (sénateur - Moselle – Union républicaine)
• YBARNÉGARAY Jean (député - Basses-Pyrénées - Indépendants socialistes)


Ont voté contre :

• ASTIER Marcel (sénateur - Ardèche - Gauche démocratique)
• AUDEGUIL (Jean-)Fernand (député - Gironde - Socialiste SFIO)
• AURIOL Vincent Jules (député - Haute-Garonne - Socialiste SFIO - futur président de la 4ème République)
• BACHELET Alexandre (sénateur - Seine - Socialiste SFIO)
• BADIE Vincent Henri (député - Hérault - Radical-socialiste)
• BÉDIN Camille Fernand (député - Dordogne - Socialiste SFIO)
• BENDER Émile (sénateur - Rhône - Gauche démocratique)
• BIONDI Jean (député - Oise - Socialiste SFIO)
• BLUM Léon (député - Aude - Socialiste SFIO – n’a pas terminé son mandat)
• BONNEVAY Laurent Marie Benoît (député - Rhône - Alliance des républicains de gauche et des radicaux )
• BOULET Paul Marie Maurice (député - Hérault - Parti de la jeune République )
• BRUGUIER Georges (sénateur - Gard - Socialiste SFIO)
• BUISSET Séraphin Léopold (député - Isère - Socialiste SFIO)
• CABANNES Gaston Marie Léon (député - Gironde - Socialiste SFIO)
• CAMEL François (député - Ariège - Socialiste SFIO - n'a pas achevé son mandat - Mort pour la France)
• Marquis de CHAMBRUN Pierre (sénateur - Lozère - Non inscrit)
• CHAMPETIER de RIBES Auguste (sénateur - Basses-Pyrénées - Non inscrit)
• CHAUMIÉ Pierre (sénateur - Lot-et-Garonne - Gauche démocratique)
• CHAUSSY Arthur (député - Seine-et-Marne - Socialiste SFIO)
• COLLOMP Joseph Victorien (député - Var - Socialiste SFIO)
• CRUTEL Octave Louis Charles Célestin (député - Seine-Inférieure - Radical-socialiste )
• DAROUX Pierre (député - Vendée - Radical-socialiste )
• DELOM-SORBÉ Maurice Marie Joseph (député - Basses-Pyrénées - Gauche démocratique et radicale indépendante )
• DÉPIERRE Joseph (sénateur - Rhône - Groupe socialiste – SFIO)
• DORMOY Marx (sénateur - Allier - Groupe socialiste – SFIO)
• ELMIGER Alfred (député - Rhône - Gauche indépendante )
• FLEUROT Paul (sénateur - Seine - Gauche démocratique)
• FOUCHARD Émile (député - Seine-et-Marne - Communiste)
• FROMENT Édouard (député - Ardèche - Socialiste SFIO)
• GIACOBBI Paul (sénateur - Corse - Gauche démocratique)
• GODART Justin (sénateur - Rhône - Gauche démocratique)
• GOUIN Félix Jean (député - Bouches-du-Rhône - Socialiste SFIO)
• GOUT Henri (député - Aude - Radical-socialiste)
• GROS Louis (sénateur - Vaucluse - Groupe socialiste - SFIO)
• GUY Amédée (député - Haute-Savoie - Socialiste SFIO)
• HENNESSY James (sénateur - Charente - Union démocratique radicale - décédé en 1945)
• HUSSEL Lucien Joseph (député - Isère - Socialiste SFIO)
• ISORÉ André (député - Pas-de-Calais - Radical-socialiste)
• JARDON Eugène (député - Allier - Communiste)
• JAUBERT (Jean-)Alexis (député - Corrèze - Radical-socialiste)
• JORDÉRY Claude (député - Rhône - Socialiste SFIO - Mort pour la France)
• LABROUSSE François (sénateur - Corrèze – Gauche démocratique)
• LE BAIL Albert (député - Finistère - Radical-socialiste)
• LECACHEUX Joseph (député - Manche - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• LE GORGEU Victor (sénateur - Finistère – Gauche démocratique )
• LUQUOT Justin (député - Gironde - Union socialiste et républicaine)
• MALROUX Augustin (député - Tarn - Socialiste SFIO - Mort pour la France)
• MANENT Gaston (député - Hautes-Pyrénées - Radical-socialiste)
• MARGAINE Alfred (député - Marne - Radical-socialiste)
• MARTIN Léon Achille (député - Isère - Socialiste SFIO)
• MAUGER Robert (député - Loir-et-Cher - Socialiste SFIO)
• MENDIONDOU Jean (député - Basses-Pyrénées - Gauche indépendante)
• MOCH Jules (député - Hérault - Socialiste SFIO - n'a pas terminé son mandat)
• MONTEL Maurice Aimé Louis Joseph (député - Cantal - Gauche indépendante)
• Marquis de MOUSTIER Léonel Marie Ghislain Alfred (député - Doubs - Républicains indépendants et d'action sociale - Mort pour la France)
• MOUTET Marius (député - Drôme - Socialiste SFIO)
• NICOD René (député - Ain - Communiste)
• NOGUÈRES Louis (député - Pyrénées-Orientales - Socialiste SFIO)
• ODIN Jean (sénateur - Gironde – Gauche démocratique)
• PAUL-BONCOUR Joseph (sénateur - Loir-et-Cher – Gauche démocratique)
• PERROT Jean (député - Finistère - Radical-socialiste)
• PÉZIÈRES Georges (sénateur - Pyrénées-Orientales – Groupe socialiste - SFIO )
• PHILIP André Louis (député - Rhône - Socialiste SFIO)
• PLAISANT Marcel (sénateur - Cher – Gauche démocratique)
• (TANGUY-)PRIGENT François (député - Finistère - Socialiste)
• RAMADIER Paul (député - Aveyron - Socialiste SFIO)
• RAMBAUD Joseph Paul (sénateur - Ariège – Gauche démocratique )
• RENOULT René (sénateur – Var – Gauche démocratique)
• ROCHE Léon Pierre Laubanie (député - Haute-Vienne - Socialiste SFIO)
• ROLLAND Camille (sénateur - Rhône Gauche démocratique)
• ROLLAND Jean-Louis (député - Finistère - Socialiste SFIO)
• ROUS Joseph (député - Pyrénées-Orientales - Socialiste SFIO)
• ROY Jean-Emmanuel (député - Gironde - Radical-socialiste)
• SÉNÈS Henri (sénateur - Var - Groupe socialiste - SFIO)
• SERRE Philippe (député - Meurthe-et-Moselle - Parti de la Jeune République)
• SIMON Paul (député - Finistère - Démocrate populaire)
• THIÉBAUT Gaston Marie Léon (député - Radical-socialiste)
• THIVRIER Isidore Joseph (député - Allier - Socialiste SFIO - Mort pour la France)
• TRÉMINTIN Pierre Marie Jacques Nicolas (député - Finistère - Démocrate populaire)
• ZUNINO Michel (député - Var - Socialiste SFIO)

Se sont volontairement abstenus :

• BUREAU Georges Allyre Marie Médéric (député - Seine-Inférieure - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• CAMPARGUE Paul Jean Louis (député - Yonne – Socialiste SFIO)
• CHASSAING Eugène (sénateur - Puy-de-Dôme - Gauche démocratique)
• DRIVET Antoine (sénateur – Loire – Gauche démocratique)
• FAURE Pétrus (député - Loire - Parti de l'unité prolétarienne)
• HERRIOT Édouard (député - Rhône - Radical-socialiste)
• HONNORAT André (sénateur – Basses-Alpes – Union républicaine)
• JULES-JULIEN Alfred (député - Rhône - Radical-socialiste)
• RUFF dit LUSSY Charles (député - Vaucluse - Socialiste SFIO - n'a pas achevé son mandat)
• MICHEL Marcel (sénateur - Dordogne – Gauche démocratique )
• MONNET Georges (député - Aisne - Socialiste SFIO)
• PERRIER Léon (sénateur – Isère – Gauche démocratique)
• ROBERT Pierre (sénateur – Loire – Gauche démocratique)
• QUEILLE Henri (sénateur – Corrèze – Gauche démocratique)
• SÉROL Albert (député - Loire - Socialiste SFIO)
• STEEG Théodore (sénateur - Seine - Gauche démocratique)
• VIDAL Raymond (député - Bouches-du-Rhône - Socialiste SFIO)

N'ont pas pris part au vote :

• AGUILLON Maurice (député - Vienne - Radical-socialiste - déporté et mort pour la France)
• ALHÉRITIÈRE Henri (sénateur - Creuse – Gauche démocratique)
• AVELINE Joseph Louis (député - Orne - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• BACQUET Paul (député - Pas-de-Calais - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• BARBIER André (sénateur – Vosges – Union républicaine)
• BASTIDE Joseph Étienne Jacques Pierre (député - Aveyron - Fédération républicaine)
• BAUD André Claude Marie (député - Jura - Indépendants d'union républicaine et nationale)
• BEAUDOIN (député - Moselle - Agraire indépendant - Mort pour la France)
• BÈCHE Émile (député - Deux-Sèvres - Socialiste SFIO)
• BÉNARD Léonus (sénateur - la Réunion – Gauche démocratique)
• BERLIA Émile (député - Haute-Garonne - Socialiste SFIO)
• BERSEZ Paul (sénateur – Nord – Gauche démocratique - décédé en 1940 )
• BETFERT Pierre (sénateur – Côtes-du-Nord Union démocratique radicale)
• BIENVENU-MARTIN Jean Baptiste (sénateur – Yonne – Gauche démocratique - décédé en 1943)
• BLAISOT Camille Charles Auguste (député - Calvados - Fédération républicaine - Mort pour la France)
• BLANCHOIN Albert Pierre René (député - Maine-et-Loire - Parti de la Jeune République)
• (PIERRE-)BLOCH Jean (député - Aisne - Socialiste SFIO - n'a pas terminé son mandat)
• BLONCOURT Élie Clainville (député - Aisne - Socialiste SFIO)
• BONDOUX Léon Georges (député - Nièvre - Socialiste SFIO)
• BOUHEY Jean Baptiste Georges (député - Côte-d'Or - Socialiste SFIO)
• BRASSEAU Paul (sénateur – Seine-et-Oise – Non inscrit)
• BROGLY Médard (sénateur – Haut-Rhin – Non inscrit)
• BUGAIN Marcel Henri (député - Aisne - Socialiste SFIO)
• CABANIS Paul Léon Rollin (député - Loiret - Radical-socialiste)
• CABART-DANNEVILLE Maurice (sénateur – Manche – Union républicaine - décédé en 1942)
• CADOT Henri Émile Christian (député - Pas-de-Calais - Socialiste SFIO)
• CAMUS Lucien Eugène René (député - Seine-et-Oise - Parti Camille Pelletan)
• CHIAPPE Jean (député - Seine - Républicain indépendant - décédé avant la fin de son mandat)
• DE CORAL Bernard Gabriel Jean Marie (député - Basses-Pyrénées - Fédération républicaine)
• CORBEDAINE Édouard (sénateur – Moselle – Union républicaine)
• COT Pierre Jules (député - Savoie - Radical-socialiste)
• COURNAULT Charles (sénateur – Meurthe-et-Moselle – Union républicaine)
• COURTIER René (sénateur – Seine-et-Marne – Non inscrit)
• CREYSSEL Paul (député - Loire - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• CUTTOLI Paul (sénateur – Constantine – Gauche démocratique)
• DAHER André (député - Bouches-du-Rhône - Fédération républicaine)
• DALADIER Édouard (député - Vaucluse - Radical-socialiste - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• DAMECOUR Émile (sénateur – Manche – Union républicaine - décédé en 1940 )
• DARAIGNEZ Ernest (sénateur – Landes – Gauche démocratique - décédé en 1940 )
• DECRÉQUY Gustave (député - Pas-de-Calais - Radical-socialiste)
• DELABIE Maurice (député - Somme - Radical-socialiste)
• DEMELLIER Louis (sénateur – Deux-Sèvres – Gauche démocratique - décédé en 1943)
• DENTU Georges (sénateur – Orne – Action nationale républicaine et sociale)
• DEZARNAULDS Pierre (député - Loiret - Radical-socialiste)
• Marquis de DION Albert (sénateur – Loire-Inférieure –Action nationale républicaine et sociale)
• DUBOIS Marius (député - Algérie - Socialiste SFIO - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• DUPUIS Armand Camille (député - Oise - Radical-socialiste)
• ENJALBERT René (député - Algérie - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• FAURE Paul (député - Saône-et-Loire - Socialiste SFIO)
• FIÉ Arsène-Célestin (député - Nièvre - Socialiste SFIO)
• de FONTAINES Raymond (sénateur – Vendée – Action nationale républicaine et sociale)
• FORCINAL Albert (député - Eure - Union socialiste et républicaine)
• FRANÇOIS-SAINT-MAUR Charles (sénateur – Loire-Inférieure – Non inscrit)
• FULLY Pierre (député - Landes - Radical-socialiste - décédé avant la fin de son mandat)
• GAUTRON Jacques (sénateur – Eure-et-Loir – Union démocratique radicale)
• GEISTDOERFER Michel (député - Côtes-du-Nord - Radical-socialiste)
• GILBERT Raymond (sénateur – Eure-et-Loir – Union démocratique radicale - s'est retiré de la vie politique dès l'Armistice de 1940)
• GORÉ Alexandre (sénateur – Oise – Union démocratique radicale - s'est retiré de la vie politique dès l'Armistice de 1940)
• GUASTAVINO Jean-Marie (député - Algérie - Radical-socialiste - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• GUÉRIN Gustave (sénateur – Manche – Union républicaine)
• HACHETTE René (sénateur – Aisne – Union républicaine - décédé en 1940)
• Duc d'HARCOURT François (député - Calvados - Républicain indépendant)
• HAUET Albert (député - Aisne - Radical-socialiste - décédé avant la fin de son mandat)
• HENNESSY Jean Patrick dit "James" (député - Alpes-Maritimes - Non inscrit)
• HÉRY René (sénateur – Deux-Sèvres – Gauche démocratique - décédé en 1941)
• HUEBER Charles Louis (député - Bas-Rhin - Action populaire)
• IHUEL Paul François Joseph Marie (député - Morbihan - Non inscrit)
• INIZAN Vincent Marie (député - Finistère - Fédération républicaine)
• IZARD Georges (député - Meurthe-et-Moselle - Parti frontiste)
• JONAS Édouard Léon (député - Alpes-Maritimes - Union socialiste et républicaine)
• JOSSOT Pierre (sénateur – Côte-d’Or – Gauche démocratique - décédé en 1941)
• JOVELET Anatole (sénateur – Somme – Gauche démocratique)
• (CALLOC’H) DE KÉRILLIS Henri (député - Seine - Républicain indépendant – n’a pas terminé son mandat)
• Vicomte de LA GRANDIÈRE Palamède (sénateur – Maine-et-Loire - Action nationale républicaine et sociale)
• Baron de LA GRANGE Amaury (sénateur - Nord – Union républicaine)
• LAGROSILLIÈRE Marie Joseph Samuel (député - Martinique - Socialiste SFIO)
• LA MYRE-MORY Robert (député - Lot-et-Garonne - Alliance des républicains de gauche et des radicaux - n'a pas achevé son mandat - Mort pour la France)
• LANDRY Adolphe (député - Corse - Radical-socialiste)
• LAPIE Pierre-Olivier (député - Meurthe-et-Moselle - Union socialiste et républicaine)
• LARDIER Émile (député - Territoire-de-Belfort - Fédération républicaine)
• LASSALLE Jean-Robert (député - Landes - Radical-socialiste - n'a pas achevé son mandat - Mort pour la France)
• LAURENT Augustin (député - Nord - Socialiste SFIO)
• LAUVRAY Léon (sénateur – Eure – Union républicaine)
• LEBAS Jean-Baptiste (député - Nord - Socialiste SFIO - Mort pour la France)
• LECOURTIER Georges (sénateur – Meuse – Union républicaine - décédé avant la fin de son mandat)
• LEDERLIN Paul (sénateur – Corse – Gauche démocratique)
• LEJEUNE Max Marius Achille (député - Somme - Socialiste SFIO)
• LE PÉVEDIC Joseph Marie (député - Morbihan - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• LEROY Jean (député - Vosges - Parti de la Jeune République)
• LONGUET Ignace Théophile (député - Charente-Inférieure - Radical-socialiste)
• LOUBRADOU Paul (député - Dordogne - Communiste)
• DU LUART Jacques Louis Jean Robert (député - Seine-Inférieure - Fédération républicaine)
• Marquis de LUDRE-FROLOIS René (sénateur – Orne – Action nationale républicaine et sociale)
• DE LYROT Hervé Léon Charles (député - Ille-et-Vilaine - Républicain indépendant)
• MABRUT Adrien François (député - Puy-de-Dôme - Socialiste SFIO)
• MAËS Alfred Jacques Wulfrand (député - Pas-de-Calais - Socialiste SFIO)
• MAGNAN André Jean Marie (député - Loire - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• MARIE André (député - Seine-Inférieure - Radical-socialiste)
• MARIN Louis (député - Meurthe-et-Moselle - Fédération républicaine)
• MASSON Louis (député - Nord - Socialiste SFIO - décédé avant la fin de son mandat)
• MAZERAND Georges (député - Meurthe-et-Moselle - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• MENDÈS FRANCE Pierre Isaac Isidore (député - Eure - Radical-socialiste - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• MÉTAYER Georges Eugène (député - Seine-Inférieure - Radical-socialiste)
• MEUNIER Jean (député - Indre-et-Loire - Socialiste SFIO)
• MILLERAND Alexandre (sénateur – Orne – Union républicaine)
• MIROUEL Arthur (sénateur – Meuse – Union républicaine)
• MONNERVILLE Gaston Charles François (député - Guyane - Radical-socialiste - en 1939, il s'est porté volontaire pour servir la France dans la Marine et donc le 10 juillet 1940 il était à bord du Le Provence en Méditérannée. Il y était encore lors de la bataille de Mers el-Kébir - président du Sénat après le guerre)
• de MONTI de REZÉ Henri (sénateur – Mayenne – Action nationale républicaine et sociale)
• MORINAUD Émile (député - Algérie - Gauche démocratique et radicale indépendante)
• MORIZET André (sénateur – Seine – Groupe socialiste - SFIO)
• NICOLAS Eugène (sénateur – Haute-Vienne – Groupe socialiste - SFIO)
• OSTERMANN Paul (sénateur – Haut-Rhin – Non inscrit)
• PARMENTIER André (député - Nord - Fédération républicaine)
• PATENÔTRE Raymond (député - Seine-et-Oise - Union socialiste et républicaine)
• PETER Émile (député - Moselle - Action populaire)
• PITOIS Pierre (député - Marne - Républicains indépendants et d'action sociale)
• PLANCKE Gabriel (député - Nord - Gauche indépendante)
• PLARD René (député - Aube - Parti de l'unité prolétarienne)
• DE POLIGNAC François (député - Maine-et-Loire - Républicains indépendants et d'action sociale)
• TOURNAIRE dit RENAITOUR Jean-Michel (député - Yonne - Gauche indépendante)
• RÉTHORÉ Raymond (député - Charente - Radical-socialiste)
• RICHARD Adrien (sénateur - Vosges – Union républicaine)
• RICHARD René (député - Deux-Sèvres - Radical-socialiste)
• ROMASTIN Théophile Victor Marie (député - Sarthe - Radical-socialiste)
• de ROTHSCHILD Maurice (sénateur – Hautes-Alpes – Non inscrit)
• ROUX-FREISSINENG Pierre (sénateur – Oran – Union démocratique radicale)
• RUCART Marc Émile (député - Vosges - Radical-socialiste)
• SALLÈS Antoine (député - Rhône - Républicains indépendants et d'action sociale)
• SAUSSOT Gustave (député - Dordogne - Communiste)
• SELLIER Henri (?)(sénateur - Seine – Groupe socialiste - SFIO)
• SERDA Joseph (député - Algérie - Gauche indépendante)
• SÉVÈRE Joseph Victor - franc-maçon - (député - Martinique - Union républicaine)
• SIGRIST Joseph (sénateur – Bas-Rhin – Non inscrit)
• SION Paul (député - Pas-de-Calais - Socialiste SFIO)
• SOURIOUX Ernest (député - Creuse - Indépendants d'union républicaine et nationale - Mort pour la France)
• TELLIER Alphonse (député - Pas-de-Calais - Socialiste SFIO)
• THIBAULT Albert (sénateur - Sarthe – Union républicaine)
• THOMAS Eugène (député - Nord - Socialiste SFIO)
• TRIBALLET Henri (député - Eure-et-Loir - Union socialiste et républicaine)
• TURBAT Eugéne (sénateur – Loiret – Gauche démocratique)
• URBAN Jean-Jacques (sénateur – Bas-Rhin – Union républicaine)
• VASSAL Jean (député - Oise - Socialiste SFIO)
• VASSEUX Édouard (sénateur – Oise – Gauche démocratique)
• VIÉNOT Pierre (député - Ardennes - Union socialiste et républicaine - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• WIEDEMANN-GOIRAN Fernand (député - Seine - Indépendants d'union républicaine et nationale)
• WILTZER Alex (député - Action populaire - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• WOLFF Jules (sénateur – Moselle – Union républicaine)
• ZAY Jean (député - Loiret - Radical-socialiste - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca - mort pour la France)

Ne peuvent prendre part au vote :

• MOURER Jean-Pierre (député - Bas-Rhin - Action populaire)
• ROSSÉ Joseph (député - Haut-Rhin - Action populaire)
• STÜRMEL Marcel (député - Haut-Rhin - Action populaire)

N'ont pas pris part au vote comme s'étant excusés de ne pouvoir assister à la séance :

• BASTID Paul Raymond Marie (député - Cantal - Radical-socialiste - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• BÉRENGER Henry (sénateur - Guadeloupe – Gauche démocratique)
• BROUT Marcel Louis Charles (député - Seine - Communiste - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• CAMPINCHI César Sampiero Auguste Napoléon Jérôme (député - Corse - Radical-socialiste - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca - décédé avant la fin de son mandat)
• CATALAN Camille Constant (député - Gers - Radical-socialiste - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• DELATTRE Gabriel Émile (député - Ardennes - Radical-socialiste - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• DELBOS Yvon Pierre Stanislas (député - Dordogne - Radical-socialiste - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• DENAIS Joseph Paul Émile Marie (député - Seine - Fédération républicaine - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• DUPONT André Adolphe François (député - Eure - Socialiste SFIO - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• DUPRÉ Léandre (député - Nord - Socialiste SFIO - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• DUVAL Alexandre Henri (député - Eure - Fédération républicaine)
• DIOUF Galandou (député - Sénégal - Gauche indépendante - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• GRUMBACH Salomon (député - Tarn - Socialiste SFIO - n'a pas terminé son mandat - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• HIRSCHAUER Auguste général (sénateur – Moselle – Union républicaine - décédé en 1943)
• JACQUINOT Louis (député - Meuse - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• (QUÉNAULT) DE LA GROUDIÈRE Bernard (député - Manche - Fédération républicaine - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• LAZURICK Maurice dit Robert (député - Cher - Socialiste SFIO - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca - n'a pas terminé son mandat)
• LE TROQUER André (député - Seine - Socialiste SFIO - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• LÉVY-ALPHANDÉRY Georges (député - Haute-Marne - Radical-socialiste - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca - n'a pas achevé son mandat)
• LOUIS ROTHSCHILD dit MANDEL Georges (député - Gironde - Républicain indépendant - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca - Mort pour la France)
• MOUNIÉ Auguste (sénateur – Seine – Gauche démocratique)
• PARAYRE Joseph (sénateur – Pyrénées-Orientales – Groupe socialiste - SFIO)
• PERFETTI Camille (député - Haute-Marne - Radical-socialiste - questeur de la Chambre - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• PHILIP Jean (sénateur - Gers – Gauche démocratique)
• RÉVILLON Tony (sénateur – Ain – Gauche démocratique - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
• REYNAUD Paul (député - Seine - Alliance des républicains de gauche et des radicaux)
• SCHMIDT Jammy (député - Oise - Radical-socialiste - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
•STUHL Jean (général) (sénateur - Moselle - Action nationale républicaine et sociale - mort en 1942)
•THOMAS Jean-Marie (député - Saône-et-Loire – Socialiste SFIO - embarqué sur le Massilia au départ du Verdon à destination de Casablanca)
•de WENDEL François (sénateur - Meurthe-et-Moselle – Union républicaine)

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24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 11:40

 

Le nazisme a eu un impact considérable dans l’Europe du XXème siècle puisqu'il fut en partie responsable d'une guerre mondiale. Il s’est véritablement imposé en Allemagne au début des années 1930, par l’intermédiaire mouvement National-Socialiste, puis s’est propagé dans une grande partie de l’Europe jusqu’en 1945, avec la chute du IIIèmeReich. Les tenants de cette idéologie avaient la volonté d’établir la domination de la « race aryenne » sur le Vieux Continent, tout en éliminant l’influence des « races » indésirables. Mais quelle est réellement l’origine du nazisme ? Les dignitaires du régime nazi étaient-ils influencés par des sociétés secrètes ? Nous pourrons nous apercevoir, dans cet article, que cette doctrine raciste n’est pas née de la seule plume d’Adolph Hitler et de son Main Kampf, mais qu’elle apparue à la suite d’un long processus intellectuel, avant d’être théorisé puis reprit par des hommes politiques, pour devenir « religion » d’Etat. Pour information, cet article a été réalisé avec l'objectif de déterminer l'origine du nazisme, donc je ne soutiens en aucun cas cette doctrine.

 

Du nationalisme allemand au pangermanisme

 

L’idée d’un Etat unique regroupant toutes les populations germaniques est indivisible du nazisme. Elle doit donc être étudiée. Ce souhait d'une nation unifié a émergé au début du XIXème siècle par l’intermédiaire du théoricien Johann Gottlieb Fichte (1762-1814). Proche de Kant, ce philosophe athéiste a écrit les Discours de la nation allemande en 1808, à une période où la majorité des Etats européens étaient soumis à l’Empire de Napoléon Ier. En opposition à la domination française, une conscience nationale est apparue en Allemagne comme dans la plupart des régions d'Europe. Il ne faut pas oublier qu’avant 1870, l’Allemagne était composée de plusieurs Cités-Etats indépendantes les unes des autres, et étaient intégrées au sein du Saint-Empire Germanique. A travers son œuvre, Fichte va défendre le développement d’une conscience nationale allemande et va assigner à son peuple une mission spirituelle. Il était convaincu que les Etats Allemands ne pourraient être plus forts que s’ils s’unissaient au sein d’une même nation. Après la chute de l’Empire napoléonien, en 1815, la conscience d’une unité nationale allemande va progressivement se développer. En 1834 est crée une union douanière entre les différents Etats (la Zollverein). Mais à partir de 1848 s’affirme une querelle de conception nationaliste entre les partisans d’une "Grande Allemagne", incluant notamment l’Autriche, et ceux d’une "Petite Allemagne", rassemblée autour de la Prusse. Ce sont les défenseurs de cette dernière qui vont s’imposer durant la deuxième moitiée du XIXème siècle. En 1866, les Prusses combattent victorieusement l’Autriche à Sadowa, anéantissant provisoirement la réalisation d’une "Grande Allemagne". Après la guerre franco-allemande de 1870, la "Petite Allemagne" sort vainqueur du duel l’opposant à la France de l’empereur Napoléon III, notamment grâce à la politique d'Otto Von Bismarck. Le 18 janvier 1871, celui-ci fait proclamer l’Empire allemand, et en devient chancelier. Néanmoins, après le départ du "Chancelier de fer" en 1890, l’idée d’une "Grande Allemagne" reprend forme et va profondément influencer l’empereur Guillaume II.
En parallèle, le nationalisme va évoluer à travers deux théories : d’une part, promouvoir une alliance économique et politique entre les Etats allemands ; d’autre part, le besoin d’une union politique entre tous les peuples d’origine germanique. C'est à travers la seconde théorie que la conception raciale apparaît. Paradoxalement, elle va d'abord être développée par un français, Joseph Arthur comte de Gobineau (1816-1882). Cet écrivain et diplomate va faire le tour du monde. En effet, à partir de 1851, il va effectuer diverses missions diplomatiques en Ottomanie, en Allemagne, en Grèce, au Brésil et en Suède. Gobineau publia plusieurs ouvrages que nous pouvons citer : Le Prisonnier chanceux (1846), Adélaïde (1869), Souvenirs de voyage (1872), Nouvelles asiatiques (1876), Les religions et les philosophies dans l’Asie centrale (1865), Histoire des Perses (1869). Mais ce grand intellectuel va aussi développer des théories raciales à travers son Essai sur l’inégalité des races humaines, publié en 1853. Selon lui, la race est la cause essentielle de la prospérité et de la décadence des différentes civilisations. Il affirme la supériorité de la race indo-européenne par rapport aux autres races, à la fois intellectuelle et morale. Par ailleurs, la pureté du sang doit déterminer la hiérarchie raciale, et s'oppose au métissage qu'il considère comme une menace de dégénérescence contribuant au déclin des civilisations. Cependant, même si Gobineau met en valeur le principe de hiérarchie raciale, on reste assez éloigné de l'idéologie nazie. En effet, celui-ci prônait une théorie élargie des races, avec les Indo-Européens comme êtres supérieurs, donc comprenant les Celtes, les Latins, les Anglo-Saxons, ... . En parallèle, il ne définit pas les Tziganes et les Juifs comme des dangers permanents.
Cependant, la conception d'"espace vital", c'est à dire de Lebensraum, apparait en Allemagne de la plume d'un dénommé Friedrich Ratzel. Partisan du darwinisme concernant l'évolution des espèces, Ratzel va publier Géographie politique en 1897. Il explique que l'Etat subi les mêmes influences que toute vie et que ce sont les bases de l'extension des hommes sur la terre qui déterminent logiquement l'extension de leurs Etats. Malgré tout, cette pensée est avant tout influencée par les idées de Darwin selon laquelle chaque être vivant, animal et végétal, se développe selon le milieu naturel dans lequel il évolue. Par conséquent, chaque race doit selon lui évoluer à l'intérieur d'un espace vital qui lui est propre et que la nature a fixé : "Les frontières ne sont pas à concevoir autrement que comme l'expression d'un mouvement organique et inorganique". Toutefois, il faut replacer le contexte. Ratzel souhaitait sans doute justifier et promouvoir l'existence d'une Allemagne unifiée. De plus, cette jeune nation voulait à l'époque concurencer la Grande Bretagne et la France dans la colonisation du globe. Ratzel n'était pas indifférent à ce phénomène et soutenait que les peuples primitifs (Naturvölker) de l'Afrique, Océanie et des îles s'opposent par leurs traits aux peuples évolués (Kulturvölker) de l'Ancien et du Nouveau Monde. Par conséquent, ces derniers avaient pour lui naturellement le droit d’occuper les territoires des premiers. Par la suite, la conception d'espace vital sera repris plus tard par les fondateurs de l'idéologie nazie.
 
 Par la suite, un Allemand d'origine anglaise va développer les théories de Gobineau et les associer avec certaines idées de Ratzel, Houston Stewart Chamberlain (1855-1927). Natif de Portsmouth en Angleterre, Chamberlain a passé la majeure partie de sa vie dans des pays germaniques. Il fit des études à Vienne, s'installa en Allemagne en 1885, puis se maria avec Eva en 1908, qui n'est autre que la fille du compositeur Richard Wagner. En 1916, celui-ci obtint la nationalité allemande et milite en faveur du IIème Reich contre la France et l'Angleterre, son pays d'enfance. Mais Chamberlain s'est surtout fait connaître pour son ouvrage Les Fondements du xixe siècle (Die Grundlagen des neunzehnten Jahrhunderts) publié en 1899, puis traduit en anglais en 1911. En s'inspirant de Gobineau, il met en valeur l'idée de pureté raciale, et affirme la supériorité du peuple allemand qui serait issu d’une souche teutonique ou aryenne dominante. Mais au contraire du Français, l'Allemand pense que le peuple Juif et le peuple Tzigane sont des dangers pour la survie de la civilisation. Il va avoir  un grand  succès en Allemagne. Après la Grande Guerre et le traumatisme de la défaite allemande, ses théories seront reprises par la Ligue Pangermaniste (Alldeutscher Verband). Cette organisation a été fondée en 1891 à Berlin sous le nom de Ligue Générale Allemande, puis sera réorganisée sous le terme de Ligue pangermaniste en 1894 par Ernst Hasse. La Ligue va propager ses théories par des tracts, des livres et des conférences, et se réfère essentiellement aux idées de Chamberlain. Elle va défendre l’idée de race (Volkstum) et veut faire prendre conscience aux ressortissants allemands d’une unité culturelle germanique transcendant les frontières. Cette idée va s'additionner à la théorie de la "Grande Allemagne", et elle trouve un écho favorable chez les Allemands d’Autriche et les Sudètes de Tchécoslovaquie. Des hommes politiques viennois, comme Karl Lueger et Georg von Schönerer, vont y adhérer en professant leurs idées pangermanistes et racistes. La volonté d'une "Grande Allemagne" sous l'influence du pangermanisme va être mis en avant en 1911 par l'intermédiaire de Otto Richard Tannenberg. Auteur de La plus grande Allemagne, quelques-uns de ses arguments deviendront politique d'Etat, comme ce passage : "Quelle situation pitoyable que la nôtre, si l'on considère que pas moins de 25 millions d'allemands, c'est-à-dire 28 pour cent de la race, vivent au-delà des limites de l'empire allemand ! C'est là un chiffre colossal, et un fait pareil ne saurait se produire dans un autre État quelconque sans susciter la plus vive indignation de tous les citoyens et l'effort le plus passionné pour remédier au mal sans plus attendre. [...] Qui pourrait empêcher 87 millions d'hommes de former un empire, s'ils en faisaient le serment ?" Le pangermanisme est l'une des bases du national-socialisme. Les annexions de territoires abritant des populations germaniques (Autriche, Tchécoslovaquie, Pologne) durant les années trente servirent de prétexte à la réalisation des ambitions pangermanistes de l’Allemagne nazie : constituer une « Grande Allemagne » en Europe. En parrallèle, les nazis tentèrent de s'appuyer sur des scientifiques pour prouver leur théorie. L’anthropologue et raciologue Hans Günther reprit aussi les idées de Gobineau sur l‘inégalité des races, tout comme l’avait fait Chamberlain. Il publia notamment Les peuples de l’Europe (Kleine Rassenkunde Europas) en 1924 et fut l‘un des plus célèbres raciologues du IIIème Reich. L’un de ses élèves les plus connus était Bruno Beger qui devint également anthropologue. Celui-ci travailla notamment au RuSHA (Bureau pour la race et la population) à partir de 1934, ainsi qu’à l’Ahnenerbe (qui signifie Héritage Ancestral en français) qui fut une organisation crée le 1er juillet 1935 par Heinrich Himmler et qui avait pour but était de prouver la validité des hypothèses sur la supériorité raciale des « Aryens ». Beger participa même à une expédition en 1938 afin de recueillir des informations sur les origines et le développement de la race aryenne dans cette région. Durant la Seconde Guerre mondiale, il tenta de récupérer des squelettes afin de créer une collection anthropométrique servant à l'identification des juifs. Cependant, la théorie pangermaniste n'aurait jamais pu s'imposer si elle n'avait pas été soutenue par des sociétés secrètes, dont la plus importante était l'ordre de Thulé.

L'influence de Thulé

 

L’ordre de Thulé est sans aucun doute l’une des sociétés secrètes la plus influente dans l’Allemagne du début du XXème siècle. Son nom vient de l’Ultima Thulé, contrée mythique du Grand Nord située dans plaine entourée de montagnes de glace et appartenant au continent disparu Hyperborée. Ce territoire aurait sombré dans la mer, alors que l’Ultima Thulé était le berceau de la race aryenne, composée d’humains blonds aux yeux bleus. Quelques rares survivant auraient échappé au cataclysme. Cette histoire qui n'est qu'une légende est néanmoins à l’origine d'un mythe grec et a été mentionnée pour la première fois par l'explorateur du -IVème siècle Pythéas de Massalia (Marseille), à travers son ouvrage De l'Océan, ouvrage qui a aujourd'hui disparu. Néanmoins, plusieurs auteurs antiques vont l'évoquer,  notamment l'historien Hécatée d'Abdère (fin -IVème siècle) qui va consacrer un ouvrage sur Les Hyperboréens, ou encore le poète Virgile (-70 à -19), dans son œuvre l’Enéïde. Cependant, l'ordre de Thulé était à la base une organisation d'études ethnologiques s'intéressant surtout à l'Antiquité germanique. Après la fondation du groupe en 1912, la confrérie se fit d’abord remarquer en publiant une œuvre de quatre volumes intitulée Prose et poésie de l’Antiquité nordique (Altnordische Dichtung und Prosa), sous la direction du professeur Félix Niedner. Cependant, plusieurs membres furent tués durant la Première Guerre Mondiale. Après la Grande Guerre, l'association se reforma mais prit une nouvelle orientation, notamment sous l’influence du professeur et historien Paul Rohrbach qui écrivit plusieurs livres consacrés au pangermanisme. Le 17 aout 1918, ce groupe de recherche devint alors une société secrète après sa fondation par le baron Rudolf von Sobotendorff. Diffusée à Munich, ville qui fut le berceau du nazisme, Thulé prôna le paganisme, le racisme et l'antidémocratie. De plus, son symbole, la croix de Wotan (dieu pré-germanique), ressemble fortement à la croix gammée. Paul Rohrbach a eut un impact important pour avoir fait entrer un certain Karl Haushofer dans l’organisation, et lui en confia même la direction. Général et diplomate, Haushofer va reprendre la théorie du Lebenscraum de Ratzel. c’est-à-dire de l’idée d’un espace vital nécessaire à l’épanouissement de la race aryenne. Pour lui, le monde doit être divisé en zones d'influences ne devant pas être exclusivement déterminées par l'arbitraire de l'humain, mais elles renverraient à une base conforme à la nature qui en serait l'expression directe. Par conséquent, l'espace vital devient l'élément clef de sa thèse. Chaque peuple doit s'affirmer à l'intérieur d'une zone déterminée selon des dispositions naturelles puis doit s'y développer. Et s'il veut maintenir et améliorer son développement, il doit recourir à une politique étrangère adaptée à ses objectifs. Malgré tout, il y a une différence importante par rapport à la théorie de Ratzel évoquée ci-dessus. Si ce dernier a crée ce principe d'espace vitale, c'était dans le cadre d'une unification de l'Allemagne et de sa potentielle domination sur les peuples moins avancés. La géopolitique de Haushofer était essentiellement anti-impérialiste, dans le sens où elle s'opposait aux menées conquérantes des puissances thalassocratiques anglo-saxonnes. En effet, selon lui, ces dernières empêchaient le déploiement harmonieux des peuples qu'elles soumettaient et divisaient inutilement les continents. Séduit par les idées panasiatiques et paneuropéennes, le théoricien entendait dépasser les nationalismes et voulait contribuer, par ses écrits, à l'émergence de « grands espaces continentaux » formés de nations solidaires. Par ailleurs, il souhaitait la collaboration des Européens, des Russes et des Japonais dans une grande alliance eurasienne, mais fermée aux influences anglaise et américaine. Malgré tout, il ne faut pas oublier qu'Haushofer n'a jamais intégré le parti nazi et était marié à une juive, mais les partisans d'Hitler reprirent ses idées pour les appliquer à leur doctrine. L'un des premiers adhérants à cette théorie du Lebenscraum fut le dignitaire nazi Rudolph Hess, qui estimait que, conformément à l'idée d'Haushofer, l'Europe devait être partagé entre les Germains et les Anglo-Saxons. Hess était influencé par l'occultisme et la magie noire, et demandait souvent l'avis des astrologues avant de prendre des décisions importantes. Le plus réputé de ces "conseillers" était un certain Eric-Jan Hanussen, organisateur de soirées initiatiques et qui accordait des entretiens avec des responsables nazis, en échange d'une forte somme. Par ailleurs, Hitler reprit une autre idée de ce groupe, le salut de Thulé "Salut et victoire" ("Heil und Sieg"), qu'il transforma en "Sieg Heil". Comme autre membre influant, on peut rappeler le théoricien Dietrich Eckart qui va faire entrer Alfred Rosenberg. Ce dernier publiera Le Mythe du vingtième siècle en 1930, dans lequel il affirmera que la race détermine l'évolution culturelle et scientifique des civilisations tout en rappelant la supposée supériorité raciale des Germains, issue de la "race des seigneurs" de l'Ultima Thulé. Paradoxalement, l'ordre de Thulé va décliner en parallèle à la montée en puissance du national-socialisme durant les années 1930. Enfin, un décret de 1937 interdira toutes les organisations franc-maçonnes, dont Thulé faisait partie. Néanmoins, celle-ci a eu incontestablement une influence considérable envers les nationales-socialistes. D'autres sociétés secrètes avaient influencé les nazis, notamment l'Ordo Novi Templi et le Golden Dawn qui pratiquaient le culte de la mort et de la pureté de la race.

 

Le nazisme n'est pas né du jour au lendemain. Il a au contraire été l'aboutissement d'un long processus intellectuel qui s'est déroulé sur plus d'un siècle. Nous avons pu constater que le nationalisme allemand était à l'origine de ce processus, puis qu'il s'est développé pour donner naissance au pangermanisme, prônant le souhait d'un Etat composé de tous les peuples issus de la "race germanique", tout en rejetant les "races impures". Cette idéologie s'est ensuite incrustée dans des organisations maçonniques, dont l'ordre de Thulé qui était de loin la plus importante. Ces sociétés ont profondément influencé le parti National-Socialiste. Ainsi est né le nazisme.

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3 mars 2009 2 03 /03 /mars /2009 13:35

On attribue à Homère les deux plus anciens poèmes connus de la Grèce antique, l'Iliade et l'Odyssée. L'Iliade est le premier des deux poèmes qui ont été attribués à Homère. Il raconte, en vingt-quatre chants, la célèbre Guerre de Troie. Le second poème, l'Odyssée, explique la longue traversée du héros Ulysse, roi d'Ithaque, qui avait combattu avec le roi Mycénien Agamemnon face aux Troyens selon l'Iliade. Après avoir victorieusement combattu contre Troie, le roi d'Ithaque s'égara au milieu des tempêtes et va parcourir la Méditerranée pendant dix ans, affrontant divers obstacles comme le chant des sirènes ou le cyclope Polyphème, fils du dieu Poséïdon. Cependant, que sait-on de Homère ? A-t-il réellement rédigé seul ses deux oeuvres ? Où n'a-t-il tout simplement pas existé ?


Deux poèmes à succès

A partir du -VIIIème siècle, des poètes et des bardes, appelés aèdes, commençaient à parcourir la Grèce afin de raconter diverses épopées. Par ailleurs, l'écriture était mal connue des Grecs à cette époque, donc les différents évènements se transmettaient souvent de manière orale. Ce genre de récits avait un grand succès puisqu'ils faisaient régulièrement le tour de la Grèce. Au -VIème siècle, Athènes organisa des lectures publiques intégrales. Le philosophe grec Héraclite d'Ephèse est l'un des premiers à évoquer Homère au -VIème siècle. Au -Vème siècle, les jeunes écoliers grecs apprenaient fréquemment la poésie. De plus, l'écriture se développa rapidement et les récits légendaires furent inscrits sur papiers ou recopiés. L'Iliade et l'Odyssée furent largement diffusés dans toute la Grèce antique et connurent un grand succès, si bien qu'au -IVème siècle, le conquérant Macédonien Alexandre le Grand possédait toujours un exemplaire de ces deux récits, où que ses campagnes le mènent. Or il advint fréquemment qu'un auteur ajoute ou modifie quelques vers de son plein gré. Il y a ainsi plusieurs versions de l'Iliade et de l'Odyssée, même si les différences sont légères. Néanmoins, on peut se demander s'il est possible de dater ces deux oeuvres ?

Peut-on dâter les oeuvres supposées d'Homère ?

Pendant longtemps, on considérait qu'Homère avait vécu vers le -VIIIème siècle avant Jésus Christ. Cependant, les premières lectures attestées de ses deux poèmes ont lieu au -VIIème siècle. Un historien Allemand de la première moitié du XXème siècle, Wolfgang Schadewaldt, va apporter des précisions en pensant que les deux oeuvres datent de la fin du -VIIIème siècle, vers -720. Par ailleurs, les récits sont censés raconter des évènements qui se déroulaient à l'époque mycénienne (deuxième millénaire avant Jésus Christ), mais un certain nombre d'anachronismes furent constatés. Malgré tout, cela ne signifie pas pour autant que les deux oeuvres aient été des fictions. En effet, divers érudits auraient pu très bien les reprendre, mais en se basant à l'époque où ils vivaient, ou en inventant quelques passages. On peut aussi émettre l'hypothèse d'une tradition orale qui s'est perpétuée au fil des siècles, avant de mettre par écrit les poèmes. Par ailleurs, si on analyse leur composition, on peut remarquer que l'Iliade est une oeuvre aboutit et bien organisée, alors que l'Odyssée apparaît beaucoup plus désordonnée. De plus, le premier poème évoque des évènements qui auraient très bien
pu exister, avec des rencontres, des combats, l'évocation de stratégies de guerre et même quelques descriptions géographiques relativement détaillées, comme la plage du site de Troie. Par ailleurs des héros surhumains sont évoqués, mais qui incarnent des valeurs, tels que Achille symbolisant l'idéal moral du parfait chevalier, un peu comme Lancelot dans le mythe médiéval arthurien. L'Iliade ferait donc davantage référence à des évènements passés et racontés par des aèdes. En revanche, l'Odyssée est un poème très différent de son prédécesseur. En effet, le second évoque davantage une aventure fantastique avec divers êtres ou monstres issus de la mythologie, tels que les cyclopes, les nymphes, les sirènes, ... . On constate même l'intervention directe et physique de plusieurs Dieux comme Eol, le Dieu du vent, ou encore Hélios, le Dieu du Soleil. Cependant, l'auteur fait quelques fois des descriptions de la Méditerranée dans l'Odyssée, puisque Ulysse l'aurait traversé, tandis que les héros de l'Iliade ne s'aventuraient guère en mer, sauf pour aller à Troie, et les batailles ont toujours lieu sur la terre ferme. L'Odyssée met davantage en valeur la mythologie alors que l'Iliade insiste plus sur l'esprit guerrier. Peut-t-il donc s'agir du même auteur ?


Plusieurs auteurs ?


Jusqu'au XVIIème siècle, peu de personnes doutaient de l'existence d'Homère. Cependant, on ne connaît de lui même pas son lieu de naissance, et la tradition le ferait naître à Colophon, à Smyrne, à Chio, à Ios ou dans d'autres cités de la Grèce Antique. Certains expliquent même qu'il était aveugle ! Mais en 1670, l'abbé d'Aubignac publie les Conjectures académiques, dans lequel il va remettre en cause diverses incohérences entre les deux poèmes homériques. Il va jusqu'à douter de l'existence de l'aède. Cependant, à cette époque, peu de personnes s'attardaient sur le sujet. Environ un siècle plus tard, c'est-à-dire en 1795, parait Prolegomena ad Homerum de l'Allemand Friedrich August Wolf, qui va développer une critique sur les oeuvres du supposé Homère. Il va alors se demander si plusieurs auteurs anonymes se cacheraient derrière un pseudonyme ? Par la suite, l'écrivain britannique Samuel Butler élabora une hypothèse selon laquelle l'Odyssée aurait été écrite par une femme sicilienne, puisque les scènes semblent se dérouler sur les Côtes de Sicile et des îles avoisinantes. Il l'écrivit dans The authoress of the Odyssée qui fut publiée en 1897. Cette théorie n'est pas stupide pour deux raisons. La première est qu'il ne faut pas oublier que les cités siciliennes de l'Antiquité, qui étaient essentiellement grecques, demeuraient des puissances maritimes. Nous pouvons citer par exemple par exemple Syracuse, qui avait dominé la Grande Grèce durant plusieurs siècles (la Grande Grèce était l'ancien nom de la Sicile). De plus, Butler appuya son hypothèse sur le fait que la vie quotidienne des femmes étaient parfois mentionnées, comme par exemple Pénélope qui confectionnait une tapisserie en attendant le retour de son mari Ulysse. Il est vrai que les allusions à la vie quotidienne des femmes sont peu présentes dans les écrits de l'époque antique, mais est-ce que les femmes grecques savaient écrire à l'époque Antique ? Malheureusement, nous ne pouvons donner de réponse, mais il ne faut pas oublier que le genre féminin était habituellement réduit au second plan chez les Grecs de l'époque. Cependant, il est probable que les femmes de l'aristocratie avaient des connaissances dans l'écriture, et l'une d'entre elle avait peut-être souhaité mettre en avant la vie quotidienne des femmes. Quoi qu'il en soit, il est presque certain que l'Iliade et l'Odyssée aient été écrites par différents auteurs. En effet, le langage et la vision poétique sont totalement différents. L'auteur de l'Iliade vécut sans doute au -VIIIème siècle, tandis que celui de l'Odyssée vécut probablement au -VIIème siècle. De plus, le second révèle davantage une ouverture à la navigation et à la découverte de la Méditerranée, avec une partie de rêve sur un fond de mythologie. Son manque d'unité et des défauts dans la structure du texte permettent de croire que ce texte est l'oeuvre de divers auteurs. Enfin, on peut aussi rappeler que même des auteurs grecs de l'Antiquité doutaient de l'authenticité d'Homère, et on peut rappeler notamment Hérodote, qui explique dans son oeuvre Histoire (IV, 32-33) : "C'est chez Hésiode qu'il est question des Hyperboréens, c'est aussi chez Homère, dans les Epigones, si réellement Homère est l'auteur de ce poème."


Homère ne peut être l'auteur à la fois de l'Iliade et de l'Odyssée. Ces deux textes s'opposent : le type de récit, la vision, la structure, le langage, ... . Mais alors, qui était t-il ? L'auteur d'une des deux oeuvres ? Un prestigieux aèdes, voir le chef d'un groupe d'intellectuels ? Un pseudonyme employé par divers érudits ? Une organisation d'aèdes ? Ou a-t-il réellement existé ? Les questions restent nombreuses et le débat est loin d'être terminé ... .

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Publié par VSA - dans Antiquité
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