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21 octobre 2008 2 21 /10 /octobre /2008 11:23

Au XIIIème siècle, Le dominicain Martin de Troppau publie Chronique des papes et des empereurs. Ce livre va faire parler de lui puisqu'il relate la vie d'une femme nommée Jeanne qui devint pape entre 855 et 858. Jusqu'au XVIème siècle, l'Eglise vit dans l'existence de la papesse un fait établi, avant de dénier toute réalité à ce personnage. A t'elle réellement existé ?

Comment la papesse Jeanne devint Jean VIII l'angélique ?

D'après les biographies médiévales, Jeanne serait née en 822 à Ingelheim, près de Mayence. A la fin de son adolescence, cette femme quitta l'Allemagne vers 845 pour aller étudier dans une université anglaise. Afin de se faire accepter dans l'établissement, elle se serait fait passer pour un homme du nom de Johannes Anglicus (Jean l'Anglais). A cette époque, les femmes ne sont pas censés étudier. Ensuite, elle s'installa à Athènes avec son amant, et consacra la suite de sa vie à l'étude de la science et de la philosophie. Elle étudia également la médecine auprès du rabbin Isaac Istraeli. Après la mort de son amant, elle quitta la Grèce en 848 pour l'Italie et s'installa dans la ville sainte, à Rome. Elle y aurait rencontré le pape de l'époque, c'est-à-dire Léon IV, et se serait rapidement liée d'amitié avec celui-ci. Elle fréquenta également les plus importantes abbayes françaises de l'époque, dont celle de Saint-Germain-des-Prés. C'est donc une femme d'un grand savoir qui se présenta devant le pape et les cardinaux. Il ne faut pas oublier qu'à cette époque, il était extrêmement rare qu'un non religieux sache lire et écrire, et les connaissances acquises étaient donc exceptionnelles et devaient certainement susciter l'admiration. Toujours déguisée en homme, elle fut ordonnée prêtre et devint rapidement cardinal. Après la mort de Léon IV, en 855, elle fut désigné pour prendre sa succession et monta sur le trône pontifical sous le nom de Jean VIII l'Angélique. Nul ne semble connaître sa véritable identité, et selon les sources, elle exerça sa charge sans le moindre problème. Cependant, en avril 858, au cours de la fête des Rogations, elle s'écroula entre la basilique Saint-Jean-de-Latran et la basilique Saint-Pierre. Elle mit alors un enfant au monde, devant un public stupéfait. Selon les sources, elle fut ensuite lapidée ou décèda en accouchant. Elle fut ensuite enterrée à la sauvette, hors des lieux sacrés, c'est-à-dire en dehors de la basilique Saint-Pierre.

Les sources mentionnant la papesse

Martin de Troppau n'est pas le seul à évoquer la papesse Jeanne, loin de là. Peu avant lui, Etienne de Bourbon, un autre dominicain, mentionnait déjà une affaire dans son oeuvre Tractatus de diversis materiis predicabilibus. Le Promptuarium exemplorum de Martin le Polonais, un autre érudit du XIIIème siècle raconta l'histoire de Jean VIII l'angélique, tout comme Jean de Mailly à travers son Traité des divers matériaux de la prédication. Enfin, Emmanuel Roïdis au XIXème siècle, puis Durrell Lawrence au XXème siècle, écrivirent chacun La papesse Jeanne. Par ailleurs, une inscription aurait été gravée à l'endroit même de l'accouchement de la papesse en ces termes: "Pierre, père des pères, publie la parturition de la papesse". En clair, cela signifie qu'une papesse avait accouché et que l'Eglise l'a certifié. Mais à partir du XVIème, c'est-à-dire à l'aube des Guerres de Religion, cette histoire va subir une opposition. Cependant, ce n'est pas les caholiques mais les protestants qui vont prendre position contre l'existence d'une femme pape avec David Blondel, en 1647. Il est suivit par le moine augustin Onofrio Panvinio en 1562, à travers sa Vitae Pontificum (Vie des papes). Par la suite, l'Eglise va aussi contredire l'histoire de Jeanne la papesse en indiquant que le pape de 855 à 858 n'était pas Jean VIII l'Angélique mais un certain Benoît III. Cependant, si on étudie la vie papale de Benoît III, on peut se rendre compte que celui-ci a curieusement des similitudes avec la papesse Jeanne.

L'énigme Benoît III


Encore aujourd'hui, l'Eglise reconnait Benoît III comme le successeur de Léon IV en 855. Cependant, il n'y a quasiment aucune source qui mentionne l'existence de ce personnage. Il est décrit comme ayant un beau physique, lui attribue une aversion pour les apparitions en public ainsi qu'une grande modération. On sait également que Benoit III a fait face à l'anti-pape Anastase III, dit le bibliothécaire, qui fut aussi nommé en 855, si on en croit l'érudit contemporain Hincmar de Reims, dans son Monumenta Germaniae Historica. Par ailleurs, Benoit III serait mort subitement le 17 avril 858 et aurait été enterré en dehors de la basilique Saint-Pierre, conformément à sa volonté, car il se serait jugé indigne de se mettre près des saints, mais sans se justifier. Tous ces faits peuvent aussi s'appliquer au règne de la papesse Jeanne. Par ailleurs, l'Eglise aurait très bien pu rebaptiser Jeanne, c'est-à-dire Jean VIII l'Angélique, en Benoît III, pour mieux dissimuler son sexe. Cependant, cette histoire racontée par de nombreux auteurs n'est pas sans anomalies.

Les anomalies de cette histoire

La thèse qui rejette l'existence de la papesse Jeanne en prétendant qu'une femme ne saurait se dissimuler si longtemps sous les habits masculins est pourtant contredite par deux faits importants : l'Eglise a admise son existence durant des siècles et d'autres femmes avaient également vécu jusqu'à leur mort, en dissimulant son sexe sous une apparence masculine. Le meilleur exemple est l'abbesse allemande Hildegarde, qui a vécu au XIème siècle et qui fut réputée pour ses écrits mystiques. Ce n'est donc pas cette thèse qui peut être retenue. Cependant, la papesse a pu être confondue par un autre pape, en 872, qui a aussi porté le nom de Jean VIII. Son existence est bien avérée. Il fut surnommé la papesse en raison de sa faiblesse éprouvée face au peuple Sarrasins, mais aussi et surtout en raison de son homosexualité supposée. Les deux personnages n'ont-ils aucun rapport l'un avec l'autre, ou une confusion s'est-elle établie entre le successeur de Léon IV et un historique pape Jean aux moeurs efféminées ? D'autres points sont à éclaircir. En effet, selon les récits, Jeanne aurait étudié dans une université anglaise, or la plus ancienne connue de cette province, c'est-à-dire celle d'Oxford, date du XIIème siècle, même si la date exacte n'est pas connue et que des traces d'enseignement existaient avant ce siècle. Par ailleurs, selon les connaissances actuelles, il n'y avait aucune école de science et de philosophie à Athènes au IXème siècle, et les grandes écoles antiques de cette ville avaient fermé depuis bien longtemps. Des énigmes sont encore à résoudre.

La vie de la papesse Jeanne est-elle un mythe ou une réalité ? Il est aujourd'hui difficile de répondre à cette question. Une chose est certaine, l'Eglise s'est mystérieusement contredite à ce sujet.

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