Samedi 14 avril 2012 6 14 /04 /Avr /2012 21:50
- Par Valentin SAINT-ARNOULT

En raison de la rédaction d'un livre sur le totalitarisme et d'un second sur le maréchal Pétain, ce blog sera temporairement inactif. Néanmoins, vous pouvez consulter les articles parus (http://realite-histoire.over-blog.com/article-27686441.html).

 

Seront publiés les sujets suivants :

- Depuis quand sait-on que la Terre est sphérique et tourne autour du Soleil ?

 

Il s'agira d'étudier les différents intellectuels qui ont évoqué la sphéricité de notre planète depuis l'Antiquité jusqu'à Galilée. Une partie de cet article est déjà présent sur le blog, mais il reste à terminer.

 

- Les premières falsifications de l'histoire de France

 

Nous allons parcourrir l'époque mérovingienne pour découvrir les premiers mensonges historiques à l'aube de la civilisation française.

 

- Les savants du monde musulman au Moyen-Age : héritiers du savoir antique ?

 

En ce qui concerne ce sujet, nous mettrons en avant les connaissances étonnantes des savants musulmans du Moyen-Age, dont beaucoup ont été reprises et traduites de sources antiques.


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Samedi 25 juin 2011 6 25 /06 /Juin /2011 23:45
- Par Valentin SAINT-ARNOULT

Pour ceux qui veulent connaître tous les articles parus sur le blog, voici un récapitulatif :

Antiquité

-> Héron d'Alexandrie : un savant visionnaire
-> Néron a t'il brûlé Rome ?
-> Quand Jésus est-il né ?
-> Les mystères du peuple étrusque
-> Homère a t-il réellement existé ?
-> Le taoïsme et le confucianisme, deux religions ou deux philosophies ?

-> Depuis quand sait-on que la Terre est sphérique et tourne autour du Soleil ? Partie 1 : Les recherches antiques

-> Depuis quand sait-on que la Terre est sphérique et tourne autour du Soleil ? Partie 2 : Une décadence scientifique

 

Moyen-Age et Ancien Régime

-> Une femme est-elle montée sur le trône pontifical ?
-> Malleus Maleficarum : le manuel de la chasse aux sorcières
-> Quelle civilisation eurasiatique a découverte l'Amérique ?

-> Le 14 juillet, victime d'une erreur historique ?

Contemporaine

 

-> Pétain faisait-il double jeu à Vichy ? Partie 1 : Les premières traces d'une résistance
-> Pétain faisait-il double jeu à Vichy ? Partie 2 : Une position diplomatique complexe
-> Pétain faisait-il double jeu à Vichy ? Partie 3 : Le Maréchal face à l'Opération Torch

-> Pétain faisait-il double jeu à Vichy ? Partie 4 : Préserver la France dans la guerre

-> La loi Crémieux et le début du racisme contemporain en France

-> Pétain et l'antisémitisme, Partie 1 : Etait-il d'idéologie antisémite (1940-41)
-> Pétain et l'antisémitisme, Partie 2 : La mise en place de la collaboration d'Etats (1941-42)
-> Pétain et l'antisémitisme, Partie 3 : Entre résistance et collaboration (1942)

-> Qui a voulu assassiner l'amiral Darlan ?
-> Pétain et l'antisémitisme, Partie 4 : Le coup d'Etat de Laval (novembre 1942)
-> Pétain et l'antisémitisme, Partie 5 : La soumission au collaborationnisme (1943-44)
-> La perception des Alliés sur les juifs durant la Seconde Guerre Mondiale
-> Les nazis étaient-ils sous l'influence de sociétés secrêtes ?
-> Le 10 juillet 1940 : Ceux qui votèrent Pétain
-> La débâcle de mai-juin 1940 aurait-elle pu être évitée (1) ?
-> La débâcle de mai-juin 1940 aurait-elle pu être évitée (2) ?
-> La Constitution oubliée du maréchal Pétain : prélude des républiques françaises de l'Après Guerre (1)
-> La Constitution oubliée du maréchal Pétain : prélude des républiques françaises de l'Après Guerre (2)

-> Le 23 septembre 1940 : le début d'une guerre franco-française (1)

-> Le 23 septembre 1940 : le début d'une guerre franco-française (2)

-> A propos de l'appel du 18 juin 1940 prononcé par de Gaulle

-> A propos de l'armistice de Rethondes du 22 juin 1940

-> Un supposé document original du statut des juifs accablerai le maréchal Pétain

 

Divers

-> Différence entre l'histoire mythique et l'histoire réaliste

 


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Lundi 23 mai 2011 1 23 /05 /Mai /2011 18:25
- Par VSA - Publié dans : Antiquité

220px-Hipparchos_1.jpgUn essoufflement des recherches

 

Au deuxième siècle avant notre, la sphéricité et la position de la Terre étaient encore étudiées, mais le nombre de savants se penchant sur le sujet s‘avérait moins élevé. Deux astronomes sont à retenir concernant cette période : Hipparque de Nicée et Séleucos de Séleucie.

D’Hipparque de Nicée, nous ne possédons pas de date précise à propos de son existence. Il serait né vers -190 et serait décédé vers -120. Quoi qu’il en soit, nous sommes certain qu’il vécut au cours du IIème siècle avant notre ère. Il réalisa la plupart de ses travaux à Rhodes mais peu de sources de lui nous est parvenu, si ce n’est les données évoquées par Strabon dans sa Géographie (I et II), par Ptolémée dans son Almageste et par Pappus d’Alexandrie dans Collection mathématique, c‘est-à-dire plusieurs siècles après sa vie. Il fut sans aucun doute l’un des plus grands astronomes de l’Antiquité. En effet, il calcula avec précision la distance séparant la Terre à la Lune, organisa un grand catalogue étoiles (qui n’est malheureusement pas parvenu jusqu‘à nous), découvrit la précession des équinoxes (c’est-à-dire le lent changement de direction de l'axe de rotation de la Terre), ou encore étudia le mouvement des astres et des éclipses. Pour effectuer des calculs, il développa des méthodes trigonométriques (étude mathématique des relations entre distances et angles dans les triangle et des fonctions telles que le sinus, le cosinus et la tangente) et avait construisit les premières tables trigonométriques sous la forme de tables de cordes. Egalement, on lui attribue d'ailleurs l'invention de l'astrolabe, instrument qui facilita l'observation. Concernant notre sujet, Hipparque rejoignit l’avis de la plupart de ses prédécesseurs, c’est-à-dire qu’il ne remet pas en cause la sphéricité de la Terre, mais il aussi croyait en un système géocentrique de l’Univers (Jean-Baptiste-Philippe Marcoz, Astronomie solaire d'Hipparque soumise à une critique rigoureuse et ensuite rendue à sa vérité primordiale, Editions De Bure Frères, 1828).

A l’époque d’Hipparque de Nicée, un astronome défendait la théorie héliocentrique d’Aristarque de Samos, l’un des rares de l’Antiquité : le chaldéen hellénisé Séleucos de Séleucie (Bertrand Russell, History of Western Philosophy, Routledge Classic, 2004 [réédition],‎ p. 215). On ne connaît pas d'autre ancien astronome qui défendit Aristarque, mais Plutarque et le pyrrhoniste Sextus Empiricus ont évoqué des "partisans d'Aristarque" dans leurs écrits, mais qui nous sont inconnus. Né dans la petite ville de Séleucie à proximité de Babylone, on ne sait pas grand chose sur sa vie, même pas sa date de naissance et de mort. En revanche, on connaît ses réalisations en matière d’astronomie grâce à différents auteurs tels que Plutarque et Strabon. Quels sont les moyens utilisés par Séleucos pour défendre les théories d’Aristarque ? Le premier argument en faveur de l’hypothèse héliocentrique était en relation avec le phénomène des marées (Lucio Russo, Flussi e riflussi, Feltrinelli, Milano, 2003, ISBN 88-07-10349-4). Il expliqua que les marées étaient engendrées par les mouvements de la Lune, et observa une différence entre les deux marées quotidiennes en mer d'Arabie (Strabon, Géographie, III, 5, 9). Il ajouta que les marées survenaient à des moments différents selon le lieu et variaient en intensité, un point sur lequel Hipparque était d’accord (Strabon, Géographie, I, 1, 9). Selon l’algébriste Bartel Leendert van der Waerden (1903-1996), Séleucos aurait démontré la théorie héliocentrique en déterminant les constantes d'un modèle géométrique, tout en développant des méthodes pour calculer des positions planétaires selon ce modèle, et cela 1 600 ans avant Nicolas Copernic (Bartel Leendert van der Waerden, "The Heliocentric System in Greek, Persian and Hindu Astronomy", Annals of the New York Academy of Sciences , 1987, 500 (1), 525–545 [527-529]). Par conséquent, le natif de Séleucie aurait utilisé la trigonométrie pour parvenir à un tel résultat, méthode de calcul promu par Hipparque de Nicée.

Il est à noté que Hipparque et Séleucos connaissaient leurs travaux respectifs puisqu’ils s’accordèrent et s’opposèrent sur différents points. Quoi qu’il en soit, on est à une période où on parvient à obtenir un certain nombre de résultats à l’aide de calculs développés et précis, avec des méthodes élaborées. Les progrès en matière d’astronomie étaient continus au fil des siècles. Cependant, on assiste à une régression du nombre des découvertes, sans doute à cause d‘un manque de moyens technologiques, mais aussi probablement à cause d‘un désintérêt croissant des intellectuels pour les observations.

 

L’un des rares que nous pouvons mentionner pour le Ier siècle avant notre ère est Sosigène d’Alexandrie. Nous ne savons quasiment rien de lui, si ce n’est qu’il a établit un calendrier officiel sur l’ordre de Jules César en -46, connu aujourd’hui sous le nom de calendrier julien. Ce calendrier possède une précision quasiment conforme à la rotation annuelle de la Terre autour du Soleil (365,242190 jours), soit 365,25 jours.

Par la suite, un géographe va illustrer non seulement un déclin des recherches, mais aussi l’apparition d’erreurs et la persistance de celles d’il y a quelques siècles. Je veux parler de Marinos (ou Marinus) de Tyr, un romain d’origine phénicienne ayant vécut entre la fin du Ier siècle et le début du IIème siècle. Il tenta de calculer la circonférence terrestre et accepta les valeurs erronées de Posidonios d’Apamée (30 000 km) au lieu de celles d’Eratosthène de Cyrène (40 000 km). De plus, il estima que les terres habitées, de l’Espagne jusqu’à la Chine, s’étalaient sur 225° au lieu de 130° en réalité. Par conséquent, les travaux de Marinos fournirent des terres trop grandes sur un globe trop petit.

Le dernier grand astronome grec de l’Antiquité est connu puisqu’il rassembla huit siècles d’observation. Claude Ptolémée naquit vers 100 à Ptolémaïs de Thébaïde (Haute Egypte) et décéda vers 170 à Canope. On sait qu’il passa une partie de sa vie à Alexandrie. Ptolémée fabriqua divers instruments d'astronomie, tel l'astrolabe qui porte son nom, des globes célestes et divers documents cartographiques de la Terre. Il effectua des observations astronomiques à Alexandrie, où il semble s'être fixé entre 127 et 141. Egalement, il reprend, poursuit et complète les travaux de ses prédécesseurs. Son œuvre majeure est sa Syntaxe mathématique en treize livres, qui nous est parvenue dans sa traduction arabe « l'Almageste ». Elle renferme les connaissances astronomiques et la description des instruments grecs d'observation du ciel, ainsi qu'un traité complet de trigonométrie plane et sphérique. Ptolémée y donne d’ailleurs un calcul précis selon un système de numération hérité des Babyloniens. De plus, il explique tous les phénomènes résultants de la sphéricité de la Terre, donne une interprétation des mouvements du Soleil, de la Lune et des planètes, et réalise un catalogue abondant d’étoiles dont une liste de 48 constellations. Le mathématicien et astronome s'appuie notamment sur les travaux d'Hipparque de Nicée, réalisés trois siècles auparavant, afin de fabriquer un globe céleste. En parallèle, il va rejeter la théorie héliocentrique d'Aristarque selon laquelle la Terre tourne sur elle-même et autour du Soleil, Ptolémée replaçant de la Terre au centre immobile des révolutions de l'Univers. On y trouve présenté le célèbre système géocentrique aristotélicien qui fera autorité jusqu'à la Renaissance, avec la Terre trônant immobile au centre de l'Univers et autour de laquelle se déplacent la Lune, le Soleil et les planètes. Très lointaine, la huitième sphère à laquelle sont accrochées les étoiles marque pour lui la limite de l'Univers. Concernant l’éloignement et le rapprochement périodique des planètes, il pense à l’existence de deux systèmes alternatifs : celui des excentriques (trajectoires circulaires dont le centre, bien que proche de la Terre, ne coïncide pas avec celle-ci) et celui des déférents et des épicycles (la trajectoire d’une planète est la résultante de son mouvement circulaire uniforme autour d'un centre qui, lui-même, se déplace autour de la Terre selon un mouvement circulaire uniforme). De cette manière, Ptolémée justifie les anomalies observées. L'autre ouvrage très célèbre de Ptolémée est sa Géographie, dans laquelle il avait effectué les listes de coordonnées terrestres disponibles à son époque et avait cartographié le monde habité avec une grande précision. Cet ouvrage fit également autorité jusqu'à la Renaissance. Cet ouvrage fit également autorité jusqu'à la Renaissance. Parmi ses autres livres, figurent la Tétrabible (Tetrabiblion) qui est un traité d'astrologie dans lequel il expose l'influence exercée par les astres sur la Terre mais en s'efforçant d'aborder l'astrologie avec un esprit scientifique, les Harmoniques dans lequel il décrit  le concept de l'harmonie des sphères célestes (comme les pythagoriciens, Ptolémée voit dans le mouvement des planètes une harmonie musicale), et Optique dans lequel il avait dressé des tables de la réfraction, meilleures que celles d'Hipparque, et qui s’avéra utile pour la correction des observations astronomiques.

Beaucoup de ses théories étaient fausses, certes, mais elles donnaient des réponses rationnelles selon les moyens techniques de l’époque. Malheureusement, les théories d’Aristarque et de Séleucos furent progressivement oubliés, au profit des erreurs d’Aristote et de Claude Ptolémée. Cet exposé, synthèse de toutes les connaissances astronomiques de l‘Antiquité, ne sera remis en question qu'au XVIe siècle par le système de Copernic.

 

A suivre ...

 


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Lundi 1 novembre 2010 1 01 /11 /Nov /2010 00:50
- Par VSA - Publié dans : Contemporaine

577291 france-shoah-jewishLe 3 octobre 2010, Serge Klarsfeld et son fils Arno dévoilent au public, par l'intermédiaire de l'Agence France Presse (devant 25 journalistes), un document qui a été "authentifié" comme étant le texte original du statut des juifs, et comportant une écriture au crayon à papier attribuée à Pétain. Klarsfeld père ajoute que ce dernier aurait voulu durcir à l'extrème la législation antisémite de l'Etat Français. Une petite enquète réalisée par mes soins va démontrer que les paroles du soit-disant historien sont à remettre en cause. 

 

Un document authentique ou un faux ?  

 

Premièrement, le document est apparu comme par magie (soit disant donné par un anonyme au Mémorial de la Shoah) et il est diffusé à la télévision bizarrement 70 ans jour pour jour après le premier statut des juifs en France. Lorsque Serge Klarsfeld livra le document au public par l'intermédiaire des médias, il certifia que son authenticité ne fait aucun doute, et qu'il avait par conséquent fait l'objet d'une expertise scientifique. Malgré tout, il va involairement se contredire, prouvant un premier mensonge de sa part, puisqu'il avouera que le document n'avait même pas été analysé par un graphologue (analyse de l'écriture, étude cependant très fragile et pas toujours fiable) avant d'être placé devant les caméras. En effet, la fin d'une entrevue publiée dans Le Monde et datée du 4 octobre 2010 (http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/10/04/serge-klarsfeld-petain-n-a-pas-hesite-a-s-aligner-sur-l-ideologie-raciale-nazie_1420144_3224.html), le journaliste Thomas Wieder demande "Etes-vous sûr de l'authenticité du document ?", alors Klarsfeld répond "Oui, les circonstances de sa découverte ne doivent pas jeter un doute sur son authenticité", mais ajoute "On fera expertiser par un graphologue, s'il le faut, mais on reconnaît très bien l'écriture de Pétain – et nous avons bien sûr comparé avec d'autres documents rédigés par lui à l'époque avant de rendre public le document." Autrement dit, le document n'a pas été analysé par un expert avant qu'il soit rendu public à la télévision, alors qu'il aurait très bien pu n'être qu'un faux. Il indique que son authenticité est simplement prouvée par une écriture qui ressemble à celle de Pétain, alors que n'importe qui aurait pu l'imiter (ce n'est pas bien difficile). Le comble, ce document avait été "authentifié" avant son passage dans les médias par ... Arno Klarsfeld, fils de Serge, qui n'a  aucune compétence pour analyser un document historique. Nous reparlerons de l'écriture un peu plus tard.

 

Lorsqu'un document est reconnu comme authentique, alors un certificat d'authenticité doit-être délivré par un expert. Quelques jours après qu'il soit rendu public, le document fut vérifié par Tierry Bodin. Celui-ci est expert de la cour d'appel de Paris, mais surtout specialiste en documents autographes. Quelques-unes de ses déclarations ont été publiées dans divers journaux (http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/10/06/97001-20101006FILWWW00592-le-statut-des-juifs-authentique.php). Il explique que ce texte est "incontestablement authentique", qu'il a été "annoté par la main même du maréchal Pétain", qu'il "s'agit bien d'un document original, tapé à la machine et annoté à la main"et surtout qu'il date "indubitablement des années 1930-1940, et tout à fait semblable à d'autres documents émanant du cabinet du maréchal Pétain ou du gouvernement de l'Etat français que nous avons eus en main". Un autre expert de la cour d'appel de Paris, Alain Nicolas, a délivré le certificat d'authenticité après une seconde expertise (http://www.letelegramme.com/ig/generales/france-monde/france/statut-des-juifs-une-seconde-expertise-confirme-l-authenticite-du-document-07-10-2010-1074998.php). "Ce document de travail sur une loi portant sur le statut des juifs est incontestablement corrigé et annoté de la propre main du maréchal Pétain, à l'exception du mot "Projet", mentionné en rouge sur la première des cinq pages du document."  Sur quoi se sont basés les deux experts pour certifier que le document est authentique ? Selon le discours de Bodin, il daterait "des années 1930-1940". Quelle superbe précision pour un expert ! Peut-être que cette fourchette est la conclusion d'une analyse du papier, mais elle reste bien large. De plus, rien n'empèche à un faussaire de prendre un papier de cette époque puis d'écrire dessus. Bodin n'a même pas soumis le papier à une expertise scientifique qui apporterait plus de précision, et n'a sans doute utilisé que l'oeil nu. Bref, cet argument est à jeter aux oubliettes. Mais le motif principal des experts est que ce document est "tout à fait semblable à d'autres documents émanant du cabinet du maréchal Pétain ou du gouvernement de l'Etat Français"et que l'écriture ressemble à celle du maréchal Pétain. Par conséquent, les experts Bodin et Nicolas ont authentifié la source de la même manière que les Klarsfeld, d'après des ressemblances ... Belle manière d'établir l'authenticité d'un document !

 

Cela nous amène à étudier l'écriture annotée au crayon à papier. Pour accuser le maréchal Pétain, Klarsfeld et son fils expliquent que l'écriture présent sur le document serait de lui. Ils se justifient : "L'écriture de Pétain est très personnelle". La parole des "très honnêtes" Klarsfeld ne font bien-sûr pas office de preuve. Tout le monde peut apercevoir sur les deux photos publiées que ce texte tapé à la machine ne comporte seulement que quelques mots et morceaux de phrases qui sont annotés. L'expert Tierry Bodin explique "Le maréchal Pétain utilisait couramment le crayon de papier pour annoter ou corriger des documents, ou annoter des livres. Le graphisme des lettres comme celui des chiffres (y compris dans la numérotation des articles) est absolument le sien". Le Maréchal possèdait donc une écriture unique dans l'histoire de l'humanité !  En regardant les annontations présentes sur les deux photos de cet article, nous pouvons rapidement constater que l'écriture est assez courante, seul un menteur ou un aveugle pourrait prétendre le contraire. Alors de quelle manière peut-on certifier que l'écriture présente sur le document est bien de Pétain ? Une analyse de datation permettrait d'en savoir davantage. Problème, ce type d'étude se fonde sur l'encre employée par l'auteur, or l'ustensile utilisé était un crayon à papier. Par conséquent, la source est quasiment indatable ... Bodin le justifie par le fait que le Maréchal "utilisait couramment le crayon à papier", mais il ne prouve pas que c'est bien lui qui a écrit sur ce document. De plus, il n'est guère difficile d'imiter l'écriture d'une personne (personnellement, je n'aurai aucun mal à imiter celle présente sur le texte).

 

Enfin, il faut signaler que la cinquième feuille du projet indique le lieu de sa rédaction et la fonction de ses rédacteurs, «fait à Vichy, par le maréchal de France, chef de l'Etat, le vice-président du Conseil»et huit autres ministres. Malgré tout, il n'y a ni date, ni nom, ni signature, et ni côte administrative ... . Par conséquent, au mieux ce document a servi de brouillon. Au pire il s'agit d'un faux.

En clair, aucune donnée ne permet de certifier que ce document est authentique ou non. Mais dans le point suivant, nous allons partir du principe qu'il est bien authentique pour analyser les rectifications qui auraient été réalisées par le Maréchal.

 

Statut des Juifs - page 2Des informations inédites ?

 

Tout d'abord, le Maréchal aurait annoté que "tous les membres du corps enseignant" seraient interdis pour les juifs, alors que alors que les rédacteurs du statut avaient prévu cette interdiction uniquement pour les recteurs, inspecteurs, proviseurs et directeurs d'établissements primaires et secondaires. Egalement, Pétain voulait exclure les juifs des fonctions judiciaires, ainsi que de la possibilité de siéger dans "toute assemblée issue de l’élection" et d'"inspecteur des colonies". En réalité, ces points étaient déjà connus puisque Pétain avait demandé que l'enseignement et la justice et ne comprennent aucun juif dès le Conseil des ministres du 1er octobre 1940. De plus, il est bien noté dans le statut du 3 octobre 1940 que tous les juifs ne sont pas exclus de la fonctions publique, contrairement à ce qu'affirme Klarsfeld. Voici l'article 4 de cette loi : "L'accès et l'exercice des professions libérales, des professions libres, des professions dévolues aux officiers ministériels et à tous les auxilières de la justice sont permis aux juifs, à moins que les règlements d'administration publique n'aient fixé pour eux une proportion déterminée. Dans ce cas, les mêmes règlements détermineront les conditions dans lesquelles aura lieu l'élimination des juifs en surnombre."

Toujours sur ce point, ce que les Klarsfeld se passent bien de dire, c'est que les membres exclus de la fonction publique furent indemnisés selon leur ancienneté dans la profession exercée. Ce fait peut être facilement prouvé puisque l'article 7 de la loi sur le statut des juifs du 2 juin 1941 définit précisément les dispositions pour indemniser ces fonctionnaires, dispositions déjà  prises plus brièvement dans l'article 7 de la loi du 3 octobre 1940. Relevons notamment l'un des points importants de cet article du 2 juin 1941 : "3º Les fonctionnaires des départements, communes ou établissements publics qui possèdent une caisse spéciale de retraites bénéficieront, avec jouissance immédiate, de la pension d'ancienneté ou de la pension proportionnelle fixée par leur règlement de retraites, s'ils remplissent les conditions de durée de services exigées pour l'ouverture du droit à l'une de ces pensions."

Afin de comprendre de manière raisonnée cette disposition, l'intellectuel René Rémond évoque une autre raison que l'antisémitisme supposé de Pétain. En effet, il observe objectivement que la politique du gouvernement tend à enfermer les juifs "dans un statut discriminatoire qui les écarte de tout poste de responsabilité ou d'influence". Il ajoute que "le gouvernement du Maréchal ne vise aucunement à la disparition des Juifs" (René Rémond, Préface à l'ouvrage d'Asher Cohen, Persécutions et sauvetages: Juifs et Français sous l'Occupation et sous Vichy, Editions du Cerf, Paris, 1993).

 

Deuxième chose, d'après le document, une mesure prévoyait que "les descendants de Juifs nés français ou naturalisés avant 1860" ne soient concernés par la loi portant sur le staut des juifs. Cet alinéa a été rayé. D'après les Klarsfeld et les "experts", le responsable ne peut être que Pétain. Nous ne sommes pas certains que ce soit bien de sa main, n'importe qui aurait pu le gribouiller, le responsable ayant effectué cette rayure peut tout aussi bien être Pétain qu'une autre personne (il n'y a pas de multitude de façons de rayer une phrase ou un paragraphe). Mais partons du principe que le Maréchal avait un style de rayure unique dans l'histoire de l'humanité, tout comme son écriture "très personnelle". Quel est intérêt pour Pétain de supprimer cette exemption ? Pour les Klarsfeld, il s'agit sans aucun doute d'une pulsion antisémite. Cependant, nous pouvons émettre une hypothèse beaucoup plus raisonnée. S'il est vrai qu'en rayant cet alinéa, la loi va concerner davantage de juifs, s'il l'avait maintenu, un autre problème se pose. En effet, en maintenant cette mesure, alors le chef de l'Etat aurait crée deux "statuts" de juifs en France. Tout d'abord, il y aurait eu les juifs que nous pouvons qualifier de "favorisés", c'est-à-dire ceux qui échappent au statut les concernant car ils sont français depuis plusieurs générations. D'un autre côté, il y aurait eu les "discriminés", autrement dit ceux qui doivent se plier au statut les concernant qui auraient concerné les étrangers et des français. Par conséquent, il n'est pas impossible que Pétain voulait que tous les juifs soient concernés pour éviter de créer des tensions au sein de la communauté juive, alors que leurs membres étaient très libres de leur mouvement en ce début d'octobre et ne vivaient pas encore cachés. Par ailleurs, si l'exception d'octobre 1940 fut rayée et ne fut pas mise en place, l'article 8 du 2 juin 1941 établie une mesure réduisant de manière conséquente le nombre de concernés par la législation antijuive : "Peuvent être relevés des interdictions prévues par la présente loi, les juifs :
1º Qui ont rendu à l'État français des services exception-nels ;
2º Dont la famille est établie en France depuis au moins cinq générations et a rendu à l'Etat français des services exceptionnels."

Par conséquent, les propos de Klarsfeld expliquant que Pétain voulait durcir le statut des juifs pour des raisons antisémites sont largements contestables, pour ne pas dire mensongers. On peut affirmer que, si ce document est authentique, il n'apporte strictement rien dans le cadre de l'analyse historique du statut des juifs, et beaucoup d'interprétations sans fondement ont été réalisées par les Klarsfeld à des fins de propagande, agissant soit disant au nom de la mémoire des juifs. De plus, la source ne signifie aucunement que Pétain avait pris cette décision seul. 

 

Les désaccords de plusieurs historiens

 

Je ne vais pas m'étendre sur ce point, mais je vais prendre simplement deux entretiens.

 

Le premier est celui de l'historien Henry Rousso paru sur Libération (http://www.liberation.fr/politiques/01012294794-petain-et-les-juifs-l-obsession-juridique), qui n'a rien d'un pétainiste mais qui conteste largement l'authenticité du document ainsi que le point de vue falsificateur de Klarsfeld. Voici ce qu'il explique :

- au sujet de l'authenticité du document : "Si on laisse les effets d’annonce, l’analyse même rapide du document dans son intégralité peut conduire à d’autres hypothèses. Si rien ne permet de penser qu’il s’agit d’un faux, s’il est probable qu’il provienne de papiers ayant appartenu à Pétain ou à l’un de ses ministres les plus impliqués comme Raphaël Alibert, le garde des Sceaux, rien ne permet en revanche d’identifier formellement le ou les auteurs des annotations. L’expertise graphologique constitue ici un élément fragile : aucun tribunal n’aurait accepté cette pièce comme preuve à charge contre Pétain."

- au sujet de l'exclusion des juifs de la fonction publique : "les mesures d’exclusion professionnelles prévues à l’origine seront presque toutes appliquées, le caractère radicalement antisémite du texte étant acquis dès l’origine. En revanche, elles en étendent le périmètre et limitent les exceptions : plus de gens seront ainsi touchés. Parmi les catégories nouvelles, on relève les enseignants (et pas seulement les cadres de l’instruction publique), catégorie particulièrement détestée par Pétain, qu’ils soient Juifs ou pas. Pour les magistrats, contrairement à ce qui a été dit, presque toutes les catégories sont déjà exclues, une annotation ajoutant les juges de paix et les membres d’assemblées juridictionnelles élues (comme les prud’hommes) ce qui n’est pas une extension considérable  [...] les fonctionnaires juifs proches de la retraite seront renvoyés mais pourront toucher tout ou partie de leur pension ; les autres recevront leur traitement pendant une durée qui «ne pourra excéder quinze ans», précise l’avant-projet, une disposition rayée par celui qui l’a annoté, ce qui signifie, au moins sur un plan formel, que la durée pourra être plus longue."

- au sujet de l'alinéa rayé concernant l'exemption des descendants de juifs français nés avant 1860 : "Celui ou ceux qui ont modifié le texte ont supprimé l’exemption concernant les descendants de Juifs français «nés avant 1860», soit une population conséquente : c’est un point qui mérite examen, moins parce qu’il a été supprimé que parce qu’il a été prévu, sans que l’on puisse en l’état comprendre le sens de cette disposition jusque-là inconnue."

- au sujet de la responsabilité de Pétain dans le statut des juifs : "Pétain a peut-être annoté tout ou partie de ce texte puisque toutes les modifications seront retenues dans la loi du 3 octobre, ce qui signifie que celui qui les a faites avait le pouvoir de les imposer. Mais c’est ici une pure supposition. Rien ne permet de conclure que c’est lui, qu’il était seul, qu’il n’y a pas eu discussion au sein de son cabinet ou que ces modifications relèvent en priorité d’un antisémitisme plus forcené que le projet initial. [...] imagine-t-on le militaire Pétain relever le fait que l’on a oublié les juges de paix ou les inspecteurs des colonies ? Elle montre une volonté d’égalité dans l’opprobre, mâtinée d’une préoccupation pseudo-humanitaire qui permet de comprendre pourquoi on se préoccupe du paiement des fonctionnaires renvoyés : justifiant la promulgation du statut des Juifs, le gouvernement parlera d’«indispensables sécurités» prises avec un «esprit d’humanité»."

En clair, même si Henry Rousso pense que Pétain est antisémite, un avis que je ne partage pas du tout, il parvient quasiment à la même conclusion que moi vis-à-vis de ce document, c'est-à-dire un document à l'authentification fragile et qui n'apporte rien de neuf dans la recherche.

 

Un deuxième historien sera interrogé sur ce document, Alain Michel. Cet entretien est paru dans Le Monde (http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/10/08/petain-klarsfeld-et-le-statut-des-juifs_1421990_3232.html). Voici les points intéressants :

- au sujet de l'intérêt historique : "Je ne suis pas, loin de là, un "défenseur de Pétain", mais en tant qu'historien travaillant sur cette période, je ne peux être que frappé par les inexactitudes, pour le moins, qui ont entouré la découverte du document, tant dans la présentation des faits que dans leur analyse. Ce document n'apporte rien d'essentiel sur le statut des juifs d'octobre 1940. Nous savons depuis longtemps que le maréchal a insisté pour aggraver le projet, et le document vient seulement le confirmer. Il est intéressant sur le plan de la mémoire, bien plus que sur le plan de la connaissance historique, à laquelle il n'apporte rien de neuf."

- au sujet de l'antisémitisme français et du "durcissement" sur le statut des juifs : "Surtout, ce document ne dit rien quant à l'argument de certains concernant la protection ou non donnée par Vichy aux juifs français. Nous sommes en octobre 1940, dans le contexte d'un antisémitisme français qui est le prolongement d'une vision propre à la France développée dans les années trente, et qui est un antisémitisme essentiellement différent du racisme nazi. A la date du document, la solution finale n'a pas encore été mise en place et il n'est nulle part question d'un danger physique pour les juifs, en tout cas pour ceux de nationalité française. Nous ne pouvons donc tirer aucune conclusion quant à l'attitude de Vichy presque deux ans plus tard, lorsque les nazis mettront en place en France la solution finale, et que le gouvernement de Vichy devra faire des choix quant à son attitude et à sa collaboration dans le domaine des déportations."

- au sujet de l'analyse de certains "historiens" : "L'interprétation abusive de ce document est directement liée à la manière à la fois trop globalisante, et surtout anachronique, utilisée par nombre de personnes, dont beaucoup d'historiens, pour lire et reconstituer les événements difficiles de cette période."

Par conséquent, Alain Michel explique bien que non seulement ce document est d'un intérêt historique moindre, mais il ajoute qu'on ne pas en tirer grand chose. De plus, il remet en cause l'analyse arbitraire de plusieurs historiens qui se laissent submerger par leurs pulsions haineuses et aveugles plutôt que par la raison et l'objectivité. Les Klarsfeld, Paxton, Azéma ou encore Ferro sont quelques-uns des nombreux exemples.

 

2011-04-17_135922.jpgUn coup politico-médiatique préparé à l'avance

 

Selon Klarsfeld, le document du statut des juifs aurait été donné par une personne qui souhaitait rester anonyme. Dans le n° 303 du magazine Faits & Documents daté de la deuxième quinzaine d'octobre, le rédacteur précise que "cette apparition miraculeuse apparaît comme très soigneusement orchestrée et ne relevant absolument pas d'une découverte récente" (page 7). Il justifie sa déclaration en publiant le carton d'invitation distribué plusieurs semaines avant cet évènement médiatique, prouvant que celui-ci a bien été un coup monté initié par plusieurs "historiens", Serge Klarsfeld en tête, avec la classe politique, dont les très "honnêtes" Robert Badinter et Bertrand Delanoë comme chefs de file.

 

Je terminerai sur ce sujet en rappelant que j'ai rédigé 5 articles à propos de Pétain et sa liaison avec l'antisémitisme, dont les arguments sont plus fournis ceux de monsieur Klarsfeld et ses copains politiciens, mais qui sont moins connu puisque je ne bénéficie pas du même statut médiatique :

-http://realite-histoire.over-blog.com/article-22916931.html

-http://realite-histoire.over-blog.com/article-23403054.html

-http://realite-histoire.over-blog.com/article-23879774.html

-http://realite-histoire.over-blog.com/article-24985330.html

-http://realite-histoire.over-blog.com/article-26518930.html

 

 

Pas de date ni de signature, datation impossible à réaliser, analyses graphologiques peu fiables ... Par conséquent, il faut être particulièrement prudent sur ce fameux document, soit disant original, qui tombe à pic et qui était tant attendu par les Klarsfeld, 70 ans jour pour jour après le premier le premier statut des juifs du 3 octobre 1940. Et même si un certificat d'authenticité fut délivré par des experts, ces derniers n'ont absolument pas prouvé que l'écriture sur le document était bien celle de Pétain, ils se sont simplement basés sur des ressemblances vis-à-vis d'autres documents, des arguments biens fragiles et non dénués de subjectivité. Donc il peut s'agir tout aussi bien d'un authentique que d'un faux. Si c'est le cas, il ne faudrait pas s'en étonner puisque bon nombre de documents considérés autrefois comme authentiques se révélèrent finalement être des falsifications, et celui qui nous concerne ne serait pas le premier, loin de là. Il ne faut pas oublier qu'au XVIIème siècle, le moine oratorien Jérôme Vignier (1606-1661) avait réalisé de faux documents mérovingiens et carolingiens, une supercherie mise au jour en 1886. Plus récemment, un certain Konrad Kujau avait vendu le Journal d'Adolf Hitler en 61 livres à l'hebdomadaire Der Stein, pour une coquette somme de plus de 9 millions de marks en février 1983. Quelques mois après la publication de ce document, l'Office fédéral allemand des archives découvrit la fraude et Kujau fut condamné à 4 ans et demi de prison. Incontestablement, il existe des faussaires de génie à travers l'histoire. Quoi qu'il en soit, même si le texte imprimé concernant le statut des juifs serait authentique, il n'a en aucun cas l'importance que les Klarsfeld et autres historiens-théologiens le prétendent. Non seulement ils ont interprété très grossièrement ce document, mais en plus parfois avec des explications mensongères. Par ailleurs, je ne suis pas le seul à effectuer cette conclusion puisque plusieurs historiens sont en complet désaccord avec les Klarsfeld, dont Henry Rousso et Alain Michel que j'ai cité. Ceux-ci remettent aussi en cause l'authenticité de ce document ainsi que les propos des Klarsfeld alors qu'ils ne sont absolument pas pétainistes et ni admirateurs du Maréchal. Le document tant évoqué par les médias n'a clairement presque aucune importance historique. Malgré tout, on ne doute pas que les bien-pensants vont protéger pendant longtemps les élucubrations de Klarsfeld père et fils, vu leur position dans la sphère politico-médiatique. En effet, il n'est pas donné à tout le monde d'être un ami proche au président de la République française Nicolas Sarközy comme Arno Klarsfeld, ce dernier étant aussi un ex-amant de Carla Bruni, l'une des trois femmes de ce même président, sans oublier qu'il est actuellement conseiller au cabinet du premier ministre François Fillon et chargé de missions auprès de son ami intime. Quoi qu'il, l'histoire regorge de sources tellement plus importantes qu'un simple document à l'authenticité douteuses et aux interprétations théologiques qui sont liées.


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Dimanche 12 septembre 2010 7 12 /09 /Sep /2010 23:12
- Par VSA - Publié dans : Antiquité

cartesa9do9.jpgOn croit souvent que les hommes ont d'abord affirmé que la Terre était plate, et que Nicolas Copernic, Johannes Kepler et Galileo Galilei ont été les premiers à prouver que notre planète n’était pas le centre de l’Univers. Pourtant, il s’agit d’erreurs monumentales. Ces thèses d'une Terre sphérique et tournant autour du Soleil, nouvelles pour l’Europe Chrétienne durant la Renaissance, existaient déjà dès l’Antiquité. Alors comment se fait-il que les humains ont d’abord pensé que la Terre était sphérique, avant d’affirmer qu’elle était plate ? Pourquoi a t-on longtemps cru que notre astre était au centre de toute chose ? Nous allons d’abord constater que les premières civilisations antiques avaient déjà essayé de représenter notre astre malgré des connaissances primitives. Ensuite, nous analyserons les premiers savants à s’être intéressés à sa forme et à sa position dans l’Univers. Nous allons savoir comment s’est effectuée ce que nous pouvons appeler la « décadence scientifique », durant la christianisation de l’Empire Romain puis au Moyen Age. Enfin, on va constater quelques survivances aux pensées antiques qui seront notamment étudiés par les savants de la Renaissance, mais aussi d'une manière plus limitée au Moyen Age. Petite information sur ce sujet, on dit souvent que la Terre est « ronde ». Il s’agit d’une erreur de langage, puisqu’un disque peut être à la fois plat et rond alors que la terre n’a pas la forme d’un disque. Il est donc plus correct d’expliquer que notre planète est « sphérique ».

  

Les premières représentations

 

Au-delà des conceptions mythiques héritées des traditions préhistoriques, la forme et la configuration de la Terre furent étudiées dès les époques historiques les plus anciennes. Nous pouvons l’affirmer par des cartes gravées sur des tablettes en argile trouvées lors de fouilles en Mésopotamie. La plus ancienne carte géographique que nous connaissons connue figure sur une tablette d'argile sumérienne et provenant des fouilles de Ga-Sur à Nuzi, en Irak. Elle date de 2500 avant notre ère et se trouve actuellement au Musée Sémitique de l'Université de Harvard à Cambridge, dans l’état américain du Massachusetts. Un peu plus récente, une carte appelée « mappemonde babylonienne » se trouve sur les bases d’une tablette en terre cuite de 12,2 cm sur 8,2 cm conservée au British Museum de Londres. Agée d’entre 700 à 500 avant notre ère, cette figure est la plus vieille représentation connue de notre monde et illustre les connaissances géographiques des anciens peuples de la Mésopotamie. On suppose qu’elle provient du site archéologique de Sippar, appelé aujourd’hui Abu Habbah, c’est-à-dire au sud-ouest de Bagdad (en Irak). Au centre de cette carte, on peut facilement apercevoir Babylone. Aux alentours, on observe un disque entouré d'eau et prolongé par les sept îles d'un océan céleste. On peut supposé que c’est le Golfe Persique qui est dessiné comme une rivière encerclant le monde, et que les fleuves Euphrate et Tigre coulent vers lui. Cette tablette comporte également des inscriptions en caractères cunéiformes. Le texte mentionne "Utnapishtim" et "Sargon d'Akkad". De plus, le Nord est indiqué par les mots traduits "là où le soleil ne se voit pas". Enfin, il ne faut pas oublier que les arpenteurs égyptiens effectuaient régulièrement des opérations cadastrales, quasiment après chaque crue annuelle du Nil. Ils avaient acquis des connaissances empiriques assez vastes en géométrie pour pouvoir résoudre les problèmes topométriques. De plus, un débat demeure sur la conception de la Terre par les prêtres égyptiens. Il n’est pas impossible qu’ils la considéraient comme sphérique. Les Égyptiens avaient déjà découvert que le Soleil se retrouve à la même position par rapport aux étoiles en approximativement 365 jours, et constatèrent que l'apparition de Sirius, étoile très brillante située à l'est du Soleil, coïncidait avec la crue annuelle du Nil. Ils adoptèrent ainsi un calendrier annuel vers le IVe millénaire av. J.-C. Cependant, c’est incontestablement dans la Grèce antique que les questions sur la sphéricité et la situation de la Terre furent étudiés le plus, par l’intermédiaire des savants de l‘époque.

 

thales1.jpgL’étude de la Terre par les premiers savants grecs

 

Il semblerait, selon les sources, que le premier savant connu à avoir tenté d’analyser la forme de notre planète n’est autre que Thalès de Milet (-625 ; -547), le fondateur de la trigonométrie. On lui attribue généralement l'idée d'une Terre en forme de disque flottant sur un océan infini (Theodor Gomperz, Les Penseurs de la Grèce : histoire de la philosophie antique, tome I, livre I, chapitre 1, II). Cependant, l'idée d'un disque terrestre entouré du fleuve Océan est déjà présent dans les chants épiques attribués à Homère et antérieurs à Thalès. Toutefois, ce fut un progrès puisque le natif de Milet rompit avec les représentations mythologiques, telles qu'on les retrouve chez Hésiode (VIII-VIIe siècle avant J.C), d'une déesse Terre (Gaia) qui occupait le bas de l'univers et qui possédait des racines. En fait, il conçut un disque plat posé sur l'eau car ils pensaient mouvements de l'eau engendraient les tremblements de terre. Mais la Terre repose sur l'eau, sur quoi l'eau repose-t-elle ? D’autres natifs de Milet approfondirent les recherches. Anaximandre de Milet (-610 ; -547), contemporain de Thalès, émit une idée un peu différente. D’après lui, la Terre était cylindrique, se situait au milieu d'un univers infini, de sorte qu'il n'y ait aucune raison pour que la Terre se dirige d'un côté plutôt que de l'autre. Elle flotte en équilibre et sans être soutenue par quoi que ce soit (Hippolyte de Rome, Réfutation de toutes les hérésies, I, 5). Pourtant, malgré l’observation de la courbure, Anaximandre ne semblait pas concevoir la sphéricité de la Terre. Anaximène (-585 ; -525), disciple d'Anaximandre et natif lui aussi de Milet, proposa aussi une vision différente de celle de Thalès. Selon lui, la Terre est un disque très aplati baignant dans un océan fini, le tout étant maintenu dans l'espace sur un coussin d'air. Plus précisément, il la concevait plate et circulaire, recouverte d'un dôme céleste. De plus, il considérait le Soleil et la Lune comme des disques plats qui tournaient autour de la Terre demeuraient soutenus dans l'air. Par ailleurs, il affirmait que l’air est à l’origine de toute chose. Dilaté à l'extrême, l’air se transforme en feu. Comprimé, il se transforme en vent puis il produit des nuages. Encore plus comprimé, l’air donne de l'eau. Une compression extrême de l'eau transforme celle-ci en terre, dont la forme la plus condensée est la pierre. Mais de manière générale, il suivait ses prédécesseurs en pensant que la Terre et les différents astres étaient en suspension. Toutefois, il ajouta que le Soleil ne passe pas sous la Terre. Selon lui, la nuit se dissimulait derrière l'horizon pour retourner à son point de départ matinal. Cependant, il restait des progrès à faire en matière d‘astronomie. Anaximène croyait que les étoiles étaient clouées à la voûte céleste, ce qui en faisait les éléments les plus éloignés de la Terre. Un peu plus près se trouvaient les planètes, puis le Soleil et enfin la Lune (Diogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, II, 3 à 5).

Un tournant majeur intervient avec Hécatée de Milet (-548 ; -475), historien et géographe qui explora la Grèce, l‘Egypte, l’Empire Perse et tous les autres contours de la Méditerranée et de la Mer Noire. A travers son œuvre Périégèse, Hécatée réalisa une description approximative de l’Europe, de l’Afrique et de l’Asie. 300 fragments de cette mappemonde nous sont parvenus sous forme de citations. Cependant, cette source dévoile les lacunes dans les connaissances limitées de l'époque, ainsi que les préjugés chauvinistes des Grecs qui se positionnaient eux-mêmes au centre du monde. De plus, le géographe ne tint pas compte des données géographiques plus précises rapportées par le navigateur phénicien Hannon (Jean-Gabriel Demerliac et Jean Meirat, Hannon et l'Empire Punique, Paris, 1983). On n’a pas de date de vie précise sur lui mais il devait vivre à peu prêt à la même période qu’Hécatée. Hannon fit notamment le tour de l’Afrique, ce que n‘a pas fait le géographe grec. Les renseignements donnés par le Phénicien tombèrent dans l'oubli pendant plus de deux mille ans. Cependant, même s’il tenta une description du monde, il ne semblait pas s’intéresser à sa forme. Enfin, un dernier personnage fut influencé par l’école milésienne (Milet). Originaire de Clazomènes, en Ionie (près d’Izmir en Turquie), Anaxagore (-500 ; -428) est le premier philosophe connu à s’établir à Athènes, avant de se retirer à Lampsaque, une colonie de Milet. Il étudia les théories de ses prédécesseurs mais en les contestant la supposée forme plate des astres. Il affirma notamment que les planètes et que la Lune n'étaient pas des disques mais des corps solides analogues à la Terre et lancés dans l'espace comme des projectiles. De plus, la Lune possédait un corps opaque avec des montagnes et des plaines, éclairé par le Soleil envisagé comme un disque de feu. Par ailleurs, il explique les mouvements diurnes du Soleil et de la Lune et professe une théorie exacte des éclipses lunaires (Paul Couderc, Histoire de l'astronomie, « Que sais-je », n°165, p. 47).

 

philolaos.gifMalgré tout, ce ne sont pas les disciples de Thalès qui vont découvrir la sphéricité de la Terre mais les pythagoriciens. Déjà Pythagore de Samos (-580 ; -497) aurait été le premier à l’évoquer, mais ne l’aurait pas démontré (Paul Pédech, La géographie des Grecs, Presse Universitaire Française, Paris, 1976, p. 38). Il « fut le premier à appeler le ciel cosmos (ordre) et à dire que la Terre est ronde » (Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, livre VIII, Le livre de poche, 1999). Cependant, il est difficile d’attribuer à Pythagore qui, à notre connaissance, n’a jamais rien écrit de son vivant. De plus, les premiers biographes ont écrit plusieurs siècles après sa vie. Malgré tout, nous savons qu’il fonda une école à Crotone, en Italie du Sud, et ses élèves continueront ses recherches (Paul Couderc, Histoire de l'astronomie, « Que sais-je », n°165, p. 44-45). La pensée pythagoricienne va influencer considérablement les scientifiques d’Italie du Sud et de Sicile. Parmi les successeurs de Pythagore, on sait avec certitude qu’un savant peu connu affirmait que la Terre était sphérique. Son nom est Parménide d’Elée. Nous savons qu’il a vécu entre la fin du -VIème et le milieu du -Vème siècle, mais nous ne possédons pas de datation précise. Selon Diogène Laërce, le pythagoricien était le premier à affirmer que la Terre est ronde ou sphérique (Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, IX, III, 21, traduction par Marie-Odile Goulet-Cazé, Le livre de poche, 1999). Parménide a écrit un poème, dont plusieurs fragments furent retrouvés. Des passages indiquent les pensées du philosophe, et nous pouvons en relever deux très intéressants :

- « Mais, puisqu’il est parfait sous une limite extrême !       

Il ressemble à la masse d’une sphère arrondie de tous côtés,

également distante de son centre en tous points. » (Poème de Parménide d’Elée, VIII, 42-44, traduction française de Paul Tannery, Pour l'histoire de la science hellène, de Thalès à Empédocle, 1887).

- « Tu sauras la nature de l’éther, et dans l’éther
tous les signes et du Soleil arrondi la pure
lumière, ses effets cachés et d’où ils proviennent ;
tu apprendras les œuvres vagabondes de la Lune circulaire. »
(Poème de Parménide d’Elée, X, traduction française de Paul Tannery, Pour l'histoire de la science hellène, de Thalès à Empédocle, 1887).

Un autre pythagoricien d’Italie du Sud va s’illustrer, Philolaos de Crotone. Tout d’abord, il fit une compilation écrite des enseignements pythagoriciens, dont il reste plusieurs fragments (traduction des fragments par Anthelme-Édouard Chaignet, Pythagore et la philosophie pythagoricienne, contenant des fragments de Philolaüs et d'Archytas (1873), Adamant Media Corporation, 2002). De plus, il est à notre connaissance le premier philosophe à proposer un univers qui n’est pas géocentrique, c’est-à-dire avec une Terre qui n’est pas au centre de l’Univers. Pour cela, nous nous référons notamment au texte de la fin du Ier siècle d'Aétius de Byzance (Aétius, Opinions, II, VII, 7), qui fournit une présentation relativement complète de la conception cosmologique de Philolaos. En effet, il place un Feu Central « Estia » (donc Hestia) au centre de l’Univers, puis une anti-Terre. Or le Feu Central n'est pas le Soleil, il reste invisible et on ne perçoit sa lumière que reflétée par le Soleil. Il s’agit donc d’une force physique située au centre. L’anti-Terre tournait aussi autour de ce centre, mais comme elle en était plus rapprochée, elle demeurait également invisible. Tous les autres corps, y compris la Terre et le Soleil, étaient censés tourner sur des orbites circulaires autour de ce Feu Central. Au fond de ce Cosmos, on retrouve les étoiles fixes, puis l’Olympe se situe au-delà, c’est-à-dire le domaine des Dieux. Cette représentation est semi-mythologique et non héliocentrique. Néanmoins, il défendit une thèse intéressante, à savoir que la Terre était une planète produisant la nuit et le jour en tournant sur elle-même, ce qui était une idée nouvelle pour l'époque. Par conséquent, il considère clairement la Terre comme ronde ou sphérique (Paul Couderc, Histoire de l'astronomie, « Que sais-je », n°165, p. 50). Enfin, Philolaos évalua avec précision le mois lunaire à 29 jours et demi, l’année lunaire à 354 jours et l’année solaire à 365 jours et demi. Par la suite, Hicétas de Syracuse (-400 ; -335) fut l’un des premiers Sicilien à effectuer des recherches sur la forme et la position de la Terre. Selon Aétius, Hicétas aurait développé l’hypothèse de l’anti-Terre conformément aux idées de Philolaos (Aétius, Opinions, III, IX, 1-2). Il soutenait que la voûte céleste est fixe, et que seule la Terre est en mouvement et tourne autour de son axe, ce mouvement expliquant l’illusion du mouvement de tous les astres. Même s’il avait tort, il était persuadé que la Terre tournait sur elle-même : « la Terre tourne et pivote sur son axe à très grande vitesse » (Cicéron, Premiers Académiques, II, 39, § 123). On sait qu’Hicétas a eu un disciple dont on ne connait quasiment rien, Ecphantos de Syracuse. Ce dernier pensait que l’univers était constitué d’atomes en nombre infini et selon un principe divin (Aétius, Opinions, I, III, 19, Hippolyte de Rome, Réfutation de toutes les hérésies, I, 15). Cet espace est un et est sphérique. La Terre est au centre de cette sphère, et tourne sur elle-même d’ouest en est. Il contredit donc Philolaos de Crotone car ce dernier soutenait au contraire que la Terre n’était pas au centre. Néanmoins, nous constatons que tous pensent que la Terre tourne sur elle-même, et la considèrent donc ronde ou sphérique.

 

Au fil des temps, les théories se développent. Cependant, à partir du -IVème siècle, les savants vont davantage émettre des hypothèses selon des observations.

 

Geocentr.jpgLes premières observations scientifiques des savants antiques

 

La sphéricité de la Terre était donc une évidence pour les savants grecs. Platon (-429 ; -348), disciple de Socrate et maître d’Aristote, affirmait également que la Terre était sphérique, mais au centre de l'univers (Paul Pédech, La géographie des Grecs, Presse Universitaire de France, Paris, 1976, p. 39). Cette forme lui paraît plus rationnelle. Selon lui, la Terre était entourée d'une sphère d'eau, d'une sphère d'air et d'une sphère de feu. De plus, les 7 planètes évoluent dans une région intermédiaire, tandis que les étoiles se trouvent dans la partie supérieure de la sphère de feu (Platon, Timée, 63 a, et Phédon, 97 d-e, 108 d-113 et 110 b).

Puis au IVème siècle avant notre ère, un penseur original, ni milésien et ni pythagoricien, va s’illustrer comme étant l’un des premiers à tirer ses théories d’observations (François Lasserre, Eudoxe de Cnide, Berlin, 1987). Eudoxe de Cnide (-408 ; -355) fut le premier auteur grec d’une carte stellaire. Il a appris la géométrie auprès du pythagoricien Archytas (vers -390), puis se rendit à Athènes et fréquenta l’école de philosophie fondée par le disciple de Socrate Aristippe de Cyrène. Il aurait également voyagé en Perse puis en Egypte, avant de rejoindre Halicarnasse. Il y fréquenta Mausole satrape de Carie de -377 à -353. Ayant acquis beaucoup de connaissances, il retourna à Athènes et fut un temps disciple ou assistant de Platon. Enfin, il revint chez lui à Cnide afin de fonder une école. Tout d’abord, il a évalué avec une grande précision la longueur de l’année solaire, qu’il estimait à 365,25 jours. Il n’est pas impossible qu’il se soit basé d’après des observations égyptiennes ou babyloniennes. Il ne serait pas un cas unique. Tout comme Platon, Eudoxe pensait que la Terre était sphérique et se situait au centre de l’univers. Même s’il va effectuer ses théories d’après l’observation, il va se tromper sur la situation de la Terre et des autres astres composant notre système solaire. En effet, il fut surtout réputé pour avoir émit la théorie dite des "sphères homocentriques". Il croyait que les astres tournent tous autour de la Terre qui est immobile. Il contredit plusieurs pythagoriciens qui avaient bien perçu que notre planète tournait sur elle-même. Comme Platon, il estimait que mouvements de chaque astre sont commandés par un groupe de sphères qui lui sont propres. Pour l‘homme de Cnide, il y en a 3 pour le Soleil et la Lune, et 4 pour les planètes connues (Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, VIII, 86-91). De plus, chacun de ces astres serait encastré dans une sphère qui est centrée sur la Terre et possédait un mouvement circulaire autour d'un de ses diamètres. Les deux extrémités sont elles-mêmes fixées à une seconde sphère, et aussi centrées sur la Terre avec un mouvement circulaire. Mais le point intéressant, c’est qu’il découvre que les astres tournent à une vitesse constante autour de leur axe mais qu’ils ne possèdent pas tous la même vitesse (« Sur les écrits et les travaux d'Eudoxe de Cnide, d'après M. Ludwig Ideler, membre de l'Académie de Berlin, et sur quelques points relatifs à l'histoire de l'astronomie et à la chronologie anciennes », Journal des savants, 1840-41). Malgré toutes ces erreurs, la sphéricité de la Terre est avérée par Eudoxe de Cnide.

 

platon-aristote.jpgCependant, la véritable avancée vient avec Aristote de Stagire (-384 ; -322) qui ne va pas se contenter de dire se qu’il pense mais va apporter des preuves scientifiques sur la forme de la Terre et sa position dans l’Univers. Il est intéressant de connaître la vie d’Aristote afin de démontrer qu’il reçu des connaissances de plusieurs courants intellectuels. Tout d’abord, il faut savoir qu’il est issu d’une famille aisée puisque son père Nicomaque fut le médecin du roi Amyntas II de Macédoine. Sa mère, Phaéstis, était sage-femme et originaire de l'île d'Eubée. Il perdit rapidement ses parents, et fut élevé par son beau-frère Proxène d'Atarnée, habitant Atarnée (en Mysie), et se lia d’amitié avec le futur tyran de Mysie Hermias d'Atarnée. Cependant, comme Aristote était originaire de Stagire, une colonie grecque, et que sa mère venait de l’île grecque d’Eubée, il fut donc considéré comme grec. Mais il était assoiffé de connaissance, et il savait que le meilleur endroit pour en acquérir était à cet époque Athènes. Il s’y rendit et commença par suivre l’enseignement de l’orateur et professeur de rhétorique Isocrate. Cependant, il préféra intégrer l’Académie de Platon vers -367, à une époque où Platon se trouvait en Sicile. Il fut rapidement remarqué pour ses connaissances, au point que Platon lui donna le droit d’enseigner. Il écrivit plusieurs ouvrages traitant de physique, de philosophie, de métaphysique et même de politique. Il resta 20 ans à l'Académie, jusqu'à la mort de Platon en -346. Après le décès de ce dernier, ce fut le Speusippe qui lui succéda, célèbre pour avoir effectué une classification générale des plantes et des animaux. Mais lui et Aristote s’opposèrent régulièrement. Le natif de Stagire quitta Athènes pour Atarnée avec deux confrères, le platonicien Xénocrate et le naturaliste Théophraste. De plus, à cette époque, beaucoup d’intellectuels fuyaient la Grèce car le royaume de Macédoine de Philippe II se faisait menaçant. A Atarnée, il rejoignit son ami le tyran Hermias de Mysie, puis ouvrit une école de philosophie avec plusieurs platoniciens. Cependant, la Perse d’Artaxerxès III attaqua la Mysie, et Hermias d’Atarnée fut livré à l’ennemi puis exécuté. Alors Aristote se rendit sur l’île de Mytilène, non loin de Lesbos, chez son ami Théophraste. Il y ouvrit sa deuxième école. Mais à sa grande surprise, le roi Philippe II de Macédoine le contacta pour devenir le précepteur du prince héritier Alexandre VI, alias Alexandre le Grand, à l‘époque âgé de 13 ans. À la cour de Mieza, au nord de Pella (capitale de la Macédoine), il acquiert de nombreuses amitiés. Entre -345 et -335, il va se déplacer à Assos, Mitylène et à Mieza. Il poursuit plusieurs œuvres commencées précédemment, et en écrivit d‘autres. Parmi celles-ci, l’un va nous intéresser : Traité du Ciel. En parallèle, il voulait s’occuper de la reconstruction de Stagire, détruite en -349. Puis Aristote revint à Athènes en -335, c’est-à-dire 3 ans après sa prise par Philippe II. De plus, il souhaite obtenir la direction de l’Académie, mais cela lui échappe au profit de son confrère Xénocrate. Alors il fonde sa troisième école, le Lycée, sur un terrain loué et non acheté (Aristote était un métèque selon la législation athénienne, il n'avait donc pas le droit à la propriété). Le Lycée se composait de plusieurs infrastructures, notamment d’une école, d’une bibliothèque et d’un musée. Il était financé par Alexandre le Grand. A l’intérieur de cet établissement, Aristote faisait deux types de cours. Celui du matin était appelé "acroamatique" (enseignement oral) et fut réservé aux disciples avancés. Celui de l'après-midi était appelé "exotérique" (enseignement public) et fut ouvert à tous les individus. Il resta 13 ans au lycée (-335 à -323), et poursuivit ses écris. Cependant, un débat demeure. Il avait aussi peut-être accompagné Alexandre le Grand en Asie Mineure, en Syrie et en Égypte entre -335 et -331. Il aurait pu dévoiler ses idées à certains savants de ces régions, mais nous n‘en savons strictement rien. Quoi qu‘il en soit, nous savons que les relations entre les deux hommes vont s‘effriter en -327, après qu‘Alexandre fit mettre à mort Callisthène d'Olynthe, c’est-à-dire le neveu d'Aristote. Malgré tout, Aristote va continuer à enseigner à Athènes jusqu’à la mort du conquérant macédonien, en -323. A ce moment, la cité grecque entre en conflit civil puisque les Athéniens se rebelles, et Aristote est menacé par parti anti-macédonien de Démosthène. De plus, il fut accusé d’impiété pour avoir composé un hymne à son ami défunt Hermias d'Atarnée, car les hymnes étaient normalement réservés au culte des dieux. Il fuit alors Athènes, même si son ami Antipater, ancien lieutenant de Philippe II et gouverneur de la Macédoine pendant les expéditions d'Alexandre, soumit les Athéniens à Crannon. Aristote s’installe à Chalcis en -322, ville de l’île d’Eubée. C’est là qu’il mourut à 63 ans, probablement d’ne maladie d’estomac qui le minait depuis très longtemps. Son corps fut ramené à Stagire. Théophraste, son condisciple et meilleur ami, succéda à Aristote à la tête du Lycée. Le Lycée subsistera jusqu'en 529 de notre ère, c’est-à-dire pendant près de 900 ans. Les enseignements d’Aristote se transmettront de générations en générations. Il fermera sr l’ordre de l’empereur romain d’Orient Justinien Ier, qui voulait mettre fin à un philosophie considéré comme païenne.

Pourquoi raconter tout son parcours bien rempli ? Tout simplement pour bien faire comprendre que le natif de Stagire avait enseigné dans beaucoup de lieux, parmi des gens issus de la bonne société (rois, aristocrates, …), et influença un nombre considérable de savants qui lui succèderont, notamment grâce au Lycée (c‘est pour cette raison que ses successeurs seront désignés comme des aristotéliciens). Son enseignement se diffusera au-delà de la Grèce pendant des siècles. Alors quels étaient les théories d’Aristote en matière d‘astronomie ? Grâce à ses observations, il ne se contente pas de faire de la sphéricité de la Terre une question de principe, mais il va avancer des arguments physiques et empiriques dans son Traité du Ciel. Il va effectuer deux constats prouvant définitivement que la Terre est sphérique (Paul Pédech, La géographie des Grecs, Presse Universitaire Française, Paris, 1976, p. 39). Tout d’abord, il constate qu’à chaque fois qu'il y a des éclipses de Lune, la forme réfléchie de l’ombre est toujours courbée. Aristote a dit : "lors des éclipses, la Lune a toujours pour limite une ligne courbe : par conséquent, comme l'éclipse est due à l'interposition de la Terre, c'est la forme de la surface de la Terre qui est cause de la forme de cette ligne." (Aristote, Traité du Ciel, II, 14). Ensuite, il remarque les changements observés dans l’aspect du ciel lorsqu'on se déplace du nord au sud, et que les étoiles apparaissent au-dessus de l’horizon tandis que d'autres étoiles disparaissent sous l'horizon dans la direction opposée. En effet : "D'après la manière dont les astres se montrent à nous, il est prouvé que non seulement la Terre est ronde, mais même qu'elle n'est pas très grande, car il nous suffit de faire un léger déplacement, vers le sud ou vers l'Ourse, pour que le cercle de l'horizon devienne évidemment tout autre. […] Ainsi, quand on suppose que le pays qui est aux colonnes d'Hercule va se rejoindre au pays qui est vers l'Inde, et qu'il n'y a qu'une seule et unique mer, on ne me paraît pas faire une supposition par trop incroyable." (Aristote, Traité du Ciel, II, 14-15). Enfin, il apporte un troisième argument, mais qui est faux, c’est que la Terre est au centre de l'univers qu'Aristote conçoit comme fini, donc la sphère serait la figure qui en résulte. Il pense également que les astres sont immobiles et transportés par des cercles auxquels ils sont fixés, puis tourne autour de notre planète, et que les différents objets sont attirés par le centre (Aristote, Traité du Ciel, II, 13). On peut néanmoins percevoir chez le philosophe les premiers balbutiements pour expliquer la force de la pesanteur. Les idées d’Aristote concernant la pesanteur ne seront reprises que par Straton de Lampsaque (vers -340 ; -268) puis seront oubliées jusqu’à la Renaissance. Le fondateur du lycée tentera de calculer le périmètre de la Terre, qu’il estimera à environ 400 000 stades olympiques (équivaut à 74 000 kilomètres), et insiste sur la petitesse de cette longueur par rapport aux distances des corps cosmiques. C’est presque le double de la valeur réelle, mais elle constitue la plus ancienne estimation du périmètre de la Terre dont on dispose (Aristote, Traité du Ciel, II, 14).

 

aristarque.jpgUn astronome platonicien moins connu et contemporain d’Aristote va aussi mentionner une idée intéressante. En effet, pour Héraclide du Pont (-388 ; -312), la Terre tourne sur elle-même et autour de son axe afin d'expliquer le mouvement apparent des étoiles au cours de la nuit, et ajoutait que les planètes Mercure et Venus tournaient autour du Soleil. Il est le premier platonicien à percevoir un système partiellement héliocentrique, tout comme auparavant le pythagoricien Philolaos de Crotone. Bien plus tard, Copernic le revendiquera comme prédécesseur quant à l'hypothèse sur la rotation de la Terre autour d'elle-même en 24 heures. Il avait tort car un pythagoricien que nous avons évoqué auparavant, Hicétas de Syracuse, avait indiqué que la Terre tournait sur elle-même plusieurs siècles avant Héraclide du Pont.

En parallèle, un philosophe aristotélicien continue les travaux d’Aristote, Straton de Lampsaque. Il fut précepteur du futur pharaon Ptolémée Philadelphe à la cour d’Alexandrie entre -300 et -294, puis fut recteur du Lycée en succédant à Théophraste de -289 jusqu‘à sa mort vers -270. Lui n’apportera rien de nouveau, mais il va avoir comme élève, en -287, un homme qui révolutionnera l’astronomie. En effet, on sait peu de choses sur Aristarque de Samos (-310 ; -230). De ses travaux en mathématique et en astronomie ne nous est parvenu que l'ouvrage Sur les dimensions et des distances du Soleil et de la Lune. Il n’est pas impossible qu'il ait écrit d'autres ouvrages disparus lors de la destruction de la bibliothèque d’Alexandrie. Par ailleurs, ce que nous en savons, nous l’avons appris par les écrits d’auteurs qui ne partageaient pas nécessairement son point de vue sur l’Univers. Selon les sources, Aristarque aurait été le premier à penser que la Terre tournait autour du Soleil. Il rompait ainsi avec les aristotéliciens qui dominaient la science grecque et plus tard romaine. D’après le natif de Samos, la Terre orbitait autour du Soleil en un cercle parfait et tournait sur son propre axe, ce qui expliquait le mouvement quotidien et annuel du ciel de nuit (Sir Thomas Little Heath, Aristarchus of Samos - The Ancient Copernicus, A history of Greek astronomy to Aristarchus together with Aristarchus, treatise on the sizes and distances of the sun and moon, a new Greek text with translation and notes, Oxford University Press, 1913). Cette théorie allait à complètement l’encontre des convictions religieuses et philosophiques formulées à l’époque. Il apporte quelques preuves à ce sujet. Si la Terre se déplace autour de l‘astre solaire, alors elle devrait voir les étoiles fixes suivant un angle différent selon la période de l'année. Aristarque indique que cette différence d'angle existe mais n'est pas décelable, car les étoiles fixes sont situées très loin de la Terre. Nous savons que son hypothèse est exacte, puisque cette parallaxe est aujourd’hui mesurable, contrairement à l‘époque. Dans le cas du natif de Samos, sa théorie sur la rotation de la Terre autour du Soleil expliquait le mouvement nocturne et annuel des étoiles. Cependant, il fait aussi la proposition suivante : lorsque la Terre tourne autour du Soleil, la position apparente des étoiles devrait varier légèrement. Si vous observez le ciel et que vous notez la position d’une étoile, vous constaterez que celle sélectionnée s’est légèrement déplacée si vous l’observez dans six mois. En réalité, il s’agit d’un déplacement angulaire apparent qui résulte du passage de la Terre d’un côté à l’autre du Soleil. Ce phénomène, qui s’appelle la parallaxe, est facile à observer. Il suffit de tendre la main devant vous avec le pouce levé, puis fermez un œil en regardez votre pouce. Ensuite, rouvrez-le et, en fermant l’autre, regardez à nouveau votre pouce. On a comme l’impression qu’il a changé de place. En passant d’un œil à l’autre, ce n’est pas votre pouce qui s’est déplacé mais votre point d’observation. Le même phénomène se produit aussi lorsque la Terre tourne autour du Soleil. Observer la position d’une étoile quand la Terre se trouve d’un côté du Soleil puis de l’autre, revient au même que de regarder votre pouce d’un œil puis de l’autre. La plupart des savants de l’époque se conformait aux théories d’Aristote et rejetaient le modèle héliocentrique, préférant le géométrisme. De plus, l’enseignement d’Aristarque de Samos ne s’est pas diffusé partout, contrairement à celui d’Aristote. De plus, certains mathématiciens se posèrent une question d’ordre scientifique qui mis à mal la théorie du natif de Samos : pourquoi Aristarque n’a-t-il pas réussi à mesurer une parallaxe ? Celui-ci pensait avec justesse que les étoiles étaient trop éloignées pour que l’effet de parallaxe soit perceptible. Nous pouvons encore le vérifier avec l’expérience utilisée précédemment. Il suffit de tendre votre pouce à différentes distances de votre visage. Vous constaterez que plus vous le tenez éloigné, moins il a l’air de se déplacer. Si vous pouviez tendre le bras indéfiniment, le déplacement serait si infime qu’il serait imperceptible. Cependant, Aristarque ne pouvait démontrer avec les moyens de l’époque que les étoiles soient tellement éloignées et que les distances sont gigantesques. Les savants de sont temps ne pouvait imaginer la taille d’une galaxie, d’une constellation, et même de notre système solaire. Sa théorie pouvait donc paraître insensée. Finalement, le modèle héliocentrique a été rejeté car, s’il offrait une explication de l’apparence du ciel de nuit et de ses changements, il ne pouvait être testé avec les instruments de mesure de l’époque. Même l’un de ses meilleurs disciples d‘Alexandrie, le géomètre Apollonius de Perga (-262 ; -190), reprit le système géocentrique, étant donc en contradiction avec l'enseignement de son maître. La vision aristotélicienne de l’Univers a donc été conservée. Néanmoins, Aristarque de Samos ne sombrera pas dans l’inconnu. En effet, sa théorie sur l’héliocentrisme fut rappelée par le grand savant Archimède de Syracuse (-287 ; -212) à travers son ouvrage L’arénaire, dans lequel il écrit en préface : « Vous n'êtes pas sans savoir que par l'Univers, la plupart des Astronomes signifient une sphère ayant son centre au centre de la Terre […]. Toutefois, Aristarque de Samos a publié des écrits sur les hypothèses astronomiques. Les présuppositions qu'on trouve dans ses écrits suggèrent un univers beaucoup plus grand que celui mentionné plus haut. Il commence en fait avec l'hypothèse que les étoiles fixes et le Soleil sont immobiles. Quant à la terre, elle se déplace autour du soleil sur la circonférence d'un cercle ayant son centre dans le Soleil. »

 

eratosthenes.jpgAprès Aristote de Stagire et Aristarque de Samos, un troisième grec va révolutionner l’astronomie, Eratosthène de Cyrène (-273 ; -192). Il reçu un enseignement à Athènes, puis rejoignit la cour du pharaon Ptolémée III Evergète pour travailler à la bibliothèque d'Alexandrie. Selon nos connaissances actuelles, il fut le premier démontrer l'inclinaison de l'écliptique sur l'équateur (obliquité de l’axe de rotation terrestre) et fixa sa valeur à 23,51°. Il est aussi le véritable fondateur de la géodésie, qui consiste à mesurer et à représenter la surface terrestre. Il détermina le périmètre de la Terre par une méthode géodésique qui porte aujourd’hui son nom. Par cette méthode, il prouva définitivement que la Terre fut sphérique. Pour cela, il calcula les degrés de l'ombre d'un bâton planté à Syene (aujourd’hui Assouan) et de l’ombre formée par un obélisque dressé devant la bibliothèque d’Alexandrie à la même heure. En effet, connaissant la distance de Syène à Alexandrie et l'angle que fait le Soleil à la même heure, il put en déduire la grandeur du méridien terrestre. Après un simple calcul, il obtint une ellipse (courbe plane) qui en la prolongeant devenait une sphère, c‘est-à-dire la Terre. Il estima son périmètre à environ 39 350 kilomètres, ce qui est très proche des véritables mesures (environ 40 075 kilomètres). Nous ne savons pas comment Eratosthène connu la distance entre Syene et Alexandrie pour laquelle il indique une valeur de 5 000 stades. Il s’est probablement servi de cartes cadastrales égyptiennes dressées sur la base d'informations fournies par des « bématistes » (compteurs de pas), qui devaient effectuer le calcul après chaque crue du Nil. Il se peut également qu’il se doit fié aux indications peu précises des caravaniers qui avaient l'habitude de mesurer les distances en « chameau-jours ». Quoi qu'il en soit, il détermina pour la circonférence de la Terre une valeur de 250 000 stades égyptiens, soit une valeur de 39 375 kilomètres (Germaine Aujac, La Géographie dans le Monde antique, Paris, 1975, p. 15-20 et 70-78, et Ératosthène de Cyrène, le pionnier de la géographie: sa mesure de la circonférence terrestre, CTHS, Paris, 2001).

Malgré les précisions apportées par Eratosthène de Cyrène, d’autres savants tentèrent de calculer le périmètre de la Terre, mais ils s’éloignèrent davantage de la réalité, sombrant dans l’erreur. Posidonios d’Apamée (-135 ; -51) n’est pas le moins connu puisqu‘il fut l‘auteur d‘un globe en réduction reproduisant les mouvements conjoints des planètes du système solaire (Cicéron, De la nature des dieux, II, 88). En effet, selon lui, le périmètre de la Terre n’était que de 180 000 stades, soit 28 350 kilomètres. Il a utilisé la même méthode qu’Eratosthène, appliquée à l'arc de méridien entre Alexandrie et l’île de Rhodes. Il en estima une distance approximative selon le temps que prenait le trajet naval, à la vitesse de croisière normale d'une galère. Puis il déduisit la différence en latitude entre Alexandrie et Rhodes, mais obtint des valeurs erronées (Marie Laffranque, Poseidonios d'Apamée, Paris, 1964). Ces erreurs de Posidonios eurent un rôle important au cours de l’histoire. Pendant l’apogée de l’Empire Romain, Claude Ptolémée (100 ; 170) reprit ses calculs en croyant qu’ils étaient proches de la réalité, tout en évitant ceux d’Eratosthène. Les mesures du savant d’Apamée parvinrent jusqu’à la Renaissance, et a même peut-être influencé la décision de Christophe Colomb de rejoindre l’Asie en navigant par l’Ouest. En effet, selon les estimations de l'époque basées sur la valeur de la circonférence terrestre, l'Inde se situait seulement à 70 000 stades (soit environ 11 000 kilomètres) à l'Ouest des côtes européennes. Enfin, n’oublions pas qu’à la même époque d’Eratosthène de Cyrène, l’empereur de Chine Qin Shi Huang avait eut quelques problèmes avec les lettrés chinois, et donc fit brûler les ouvrages de savants anciens ainsi que ceux des intellectuels de l‘époque. Par conséquent, cet acte dramatique entraîna la destruction d’un grand savoir accumulé depuis des siècles, y compris d’observations astronomiques.

 

Tous les savants antiques étaient d’accords sur le fait que la Terre était sphérique. De plus, si la grande majorité des savants de l’époque avait adopté le modèle géocentrique, quelques rares comme Aristarque de Samos avait conclu que c’était bien la Terre qui tournait autour du Soleil, et non le contraire. Mais l’héliocentrisme fut rejeté par la majorité des savants de l’époque, perdurant dans l’erreur. En avançant dans le temps, les savants vont davantage se tromper, principalement à partir de la christianisation de l’Empire Romain, avec l’influence de la religion monothéiste qui va s’imposer progressivement dans le milieu scientifique (http://realite-histoire.over-blog.com/article-depuis-quand-sait-on-que-la-terre-est-spherique-et-tourne-autour-du-soleil-partie-2-une-decadenc-74498092.html)


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